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L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle

Les Chômeurs de l’An I de l’Ere Francisquaine

 

Nos parlementaires

 

Ne confondons pas l’ère fancisquaine, qui débute le 16 juin 1940, avec l’ordre franciscain. Le 16 juin, Paul Reynaud, président du Conseil donne sa démission, et le président de la République, Albert Lebrun, propose, comme successeur à celui-ci, Philippe Pétain.

Le maréchal n’est ni un politique ni un diplomate, mais un militaire : un chef à qui l’on doit obéissance. Dorénavant le citoyen ne pensera plus mais obéira, et ce conformément au premier alinéa de l’article premier du Règlement de Discipline Générale des Armées de l’année 1933 :

 

« La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants, que les ordres soient exécutés littéralement, sans hésitation ni murmure : l'autorité qui les donne en est responsable et la réclamation n'est permise au subordonné que lorsqu'il a obéi. »

 

Dans les jours qui suivent, nous assistons à un raz de marée - un tsunami politique -qui submerge la France. Cette chronologie, je la reprends dans le livre de Michèle Cointet, « Nouvelle histoire de Vichy » :

 

« 17 juin. Constitution du gouvernement Pétain.

Demande d’armistice par l’intermédiaire de l’Espagne.

Le général de Gaulle s’envole pour la Grande-Bretagne.

22 juin. Armistice franco-allemand à Rethondes.

23juin. Pierre Laval entre dans le gouvernement Pétain.

27 juin. Pierre Laval vice-président du Conseil.

2 juillet. Convocation de l’Assemblée nationale.

9 juillet. L’assemblée nationale vote la révision des lois constitutionnelles de 1875.

10 juillet. L’Assemblée nationale confie au maréchal Pétain la charge de réviser la Constitution.

11 juillet. Trois actes constitutionnels fusionnent la présidence du Conseil et la présidence de la République, précisent les pouvoirs du chef de l’Etat, ajournent les Chambres.

12 juillet. Second gouvernement de Philippe Pétain. Acte constitutionnel N°4 désignant Pierre Laval comme successeur de Philippe Pétain. »

 

La majorité des parlementaires, responsables de cette défaite, se déchargent sur ce vieillard, ancien militaire, sans aucune expérience politique, et lui donnent les pleins pouvoirs pour établir, non un gouvernement de Salut public, mais une dictature, copie conforme de la dictature nazie à laquelle l’Allemagne doit ses victoires. A présent, posons-nous la question suivante :

 

Nos parlementaires actuels sont-ils meilleurs ou pires que ceux de 1940 ?

 

Réponse

 :

 

Ni meilleurs ni pires : ils sont de la même veine.

 

Nous subissons une crise, due au surendettement de l’Etat, que nous devons aux gouvernements de droite et de gauche. Le parti socialiste et son candidat à la présidence ne cessent, pour se défausser de leur responsabilité, d’incriminer le président actuel… Ne sont-ils pas les mêmes qu’en 1940 ? Pouvons-nous leur faire confiance ? Passons la parole à Laurence Parisot :

 

« Il faut aussi faire attention, il me semble que les politiques d'une manière générale se défaussent un peu trop facilement de leurs responsabilités sur la situation difficile que nous traversons aujourd'hui, »

Mais comment se débarrasser de cette gangrène ? Reprenons la devise des Lollards :

 

« Quand Adam bêchait et qu’Eve filait où était le noble ? »

 

Et adaptons-la à notre époque :

 

« Quand Adam bêchait et qu’Eve filait où était l’élu qui vit de notre travail ? »

 

Pour nous en débarrasser, mettons-les au régime du bénévolat. Sous quel régime fonctionnent nos associations ? Sous celui du bénévolat. N’en sommes-nous pas très fiers ? Comment fonctionnent les conseillers prud’homaux, ces élus de la nation, qui ne perçoivent aucune indemnité ? Font-ils un mauvais travail ?

Nos élus, qui ne veulent que le bien de la France, ne devraient percevoir aucune indemnité, si ce n’est celle de déplacement, et leurs séances de travail se dérouleraient, le soir ou les jours non ouvrés. Ils accepteront, n’en doutons pas, avec joie, ces nouvelles conditions de travail…

Après cette digression, revenons à l’ère francisquaine

 

Montoire-Hendaye-Montoire

 

Laissons la parole à Michèle Cointet , déjà citée :

 

« Le 22 octobre, Otto Abetz demande à Pierre Laval de se rendre d'urgence à Paris. Il l'emmènera le lendemain en automobile quelque part en France pour retrouver une haute personnalité allemande dont il lui révèle en chemin que ce n'est pas Ribbentrop, mais le Führer en per­sonne. Laval s'exclame : « Sans blague ! » Il exulte en voyant son projet diplomatique se concrétiser. L'endroit choisi pour la rencontre est Mon­toire, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tours.

À 18 heures, deux trains arrivent en gare de Montoire. Une demi-heure plus tard, la voiture d'Abetz y pénètre. Laval voit le tapis rouge qui conduit jusqu'au wagon où l'attendent Adolph Hitler et Joachim von Ribbentrop, son ministre des Affaires étrangères. Le vice-président du Conseil entonne un couplet sur le crime d'avoir déclaré la guerre etaffirme son sincère désir de collaboration avec une Allemagne qui saura user généreusement de sa victoire. Hitler ne parle pas de l'armistice. Il dit œuvrer pour terminer la guerre avant de se consacrer à la paix, où évidemment la France devra payer ses erreurs, mais il n'exclut pas qu'elle puisse un jour retrouver en Europe et en Afrique son importance. Il demande à son interlocuteur d'informer le maréchal Pétain qu'il le verrait volontiers après sa rencontre avec Franco. »

 

Pierre Laval, politicien pacifiste, plusieurs fois président du conseil, au cours des années 30 du siècle dernier, était tombé dans l’oubli. Il profite de la défaite de son pays pour jouer, à nouveau, les premiers rôles. Je ne le jugerai pas, mais ferai appel au bon sens populaire. Pendant la guerre, j’habitais Villeurbanne et poursuivais mes études dans un séminaire. Pendant mes vacances, je fréquentais des jeunes ouvriers - mon intention, après avoir lu « France Pays de Mission », était de devenir prêtre-ouvrier. Nos discussions de jeunes s’intéressaient à la politique et, lors d’une discussion, j’appris comment ces jeunes l’appréciaient, suite à l’entrevue de Montoire, et je vous les cite :

 

« Quand Hitler dég…, Pierre l’avale. »

 

Le lendemain, Hitler, au sommet de sa gloire, rencontre le général Franco, à Hendaye, dans le but de convaincre l'Espagne d'entrer en guerre. Ce dernier refuse d’entraîner l’Espagne dans cette folie meurtrière. Et pourtant ! Ne doit-il pas sa victoire sur les Républicains aux armées hitlériennes et fascistes ? Ce général, tant vilipendé, savait pertinemment que l’Allemagne nazie ne vaincrait pas l’Empire britannique et ne voulait pas s’aliéner les Etats-Unis.

Le 24 octobre, soit le lendemain, Adolf Hitler retourne à Montoire et reçoit Philippe Pétain. Le maréchal de France, contrairement au général Franco, s’incline devant le caporal de Bohème et lui offre la collaboration de la France… La victoire bohémienne de Montoire effaçait la défaite prussienne de Verdun. La félonie de notre P.P. national, je la découvre dans l’instruction N°18 d’Adolf Hitler que je relève dans l’œuvre de Michèle Contet :

 

« Hitler est satisfait de l'entrevue, disant qu'il a plus de confiance dans la mesure du digne maréchal Pétain que dans l'excitation de Pierre Laval. Qui veut connaître ses véritables intentions après l'entrevue de Montoire - qui est, pour lui, secondaire - doit lire l'instruction n° 18 du 12 novembre 1940 transmise aux commandants en chef des trois armes et à l'OKW :

« Le but de ma politique à l'égard de la France est de coopérer avec ce pays de la manière la plus efficace pour la conduite de la guerre future contre l'Angleterre. La France aura provisoirement à jouer le rôle d'une "puissance non belligérante" qui devra accepter, dans le domaine de sa souveraineté et en particulier dans ses colonies africaines, les mesures prises par l'Allemagne pour la conduite des opérations et les appuyer, dans la mesure nécessaire, par l'emploi de ses propres moyens de défense. La tâche primordiale des Français est d'assurer défensivement et offensivement la protection de leurs possessions africaines (Afrique occidentale et équatoriale) contre l'Angleterre et le mouvement de de Gaulle. À partir de cette tâche, la participation de la France à la guerre contre l'Angleterre pourra se développer pleinement » »

 

Avant d’aborder les chômeurs de l’ère francisquaine, il me faut parler de la francisque.

La francisque

 

J’emprunterai à Michèle Cointet la création de l’ordre francisquain :

 

« La francisque, née dans l'entourage du maréchal Pétain, récompense le dévouement politique à la personne du chef de l'État et le soutien à sa politique. Elle deviendra aussi un substitut de fait à la Légion d'hon­neur, dont il a été décidé qu'elle ne serait plus décernée - en principe - à des civils tant que durerait l'occupation. Le général Brécard est nommé grand chancelier. Les militaires qui ont accompli des actions valeureuses en 1939 et 1940 ont été décorés, ce qui est souvent critiqué. Un jour, le commandant Bonhomme voulut que la voiture du chef de l'État s'ornât d'un fanion, mais le service du protocole lui fit remarquer qu'il n'en existait pas d'assuré pour le chef de l'État, qui usait en général d'une inscription RF (République française). Ne croyant pas qu'il était pertinent d'offrir aux regards du peuple les lettres RF, il demanda à un ami, le capitaine Ehret, joaillier dans le civil, de dessiner un emblème personnel de Pétain. Le capitaine proposa un bâton de maréchal accosté de deux francisques d'argent évoquant deux victoires, Tolbiac et Verdun. L'emblème est aussitôt adopté par Bernard Ménétrel, Henry Du Moulin de Labarthète et presque tous les membres des cabinets minis­tériels. Les commerçants de Vichy vendent l'insigne aux visiteurs et à de nombreux résidents désireux de l'arborer.

Le 24 mai 1941, un arrêté en réglemente la forme et la loi du 16 octobre 1941 en fait une distinction accordée par le maréchal de France. Un comité d'attribution réunit, chaque mercredi, Henry Du Moulin de Labarthète, Bernard Ménétrel, Lucien Romier, le général Laure, Gaston Cèbe, le commissaire général La Monneraye, Louis Gar­rone, le général Trochu et Henri Maux, commissaire adjoint au Chô­mage. Il sera précisé un peu plus tard que les candidats doivent remplir deux des trois critères suivants : action militaire pendant l'une ou l'autre guerre, action politique avant la guerre en faveur d'idées de la Révolu­tion nationale, services exceptionnels rendus au régime ou au maréchal de France. Quelque 2 600 personnes l'ont reçue. Elle est largement dis­tribuée aux ministres et membres des cabinets ministériels, aux hauts fonctionnaires, aux industriels, à des artisans, et à des artistes, et surtout à des journalistes-propagandistes.

Un serment est requis des récipiendaires de la francisque : «Je fais don de ma personne au maréchal de France comme il a fait don de la sienne à la France. Je m'engage à servir ses disciplines et à rester fidèle à sa per­sonne et à son œuvre. »»

 

Parmi les 2 600 récipiendaires, je n’en retiendrai qu’un seul :

 

Le francisquain de Solutré…

 

« Selon Pierre Péan, son biographe, François Mitterrand avait fait savoir lui-même qu'il accepterait volontiers d'entrer dans l'ordre de la Francisque en recevant celle-ci des mains du Maréchal. À cet égard, l'article « Pèlerinage en Thuringe » apparaît comme un prédiscours de récipiendaire par son exaltation de thèmes chers à Pétain : la souffrance, le sacrifice, la reconnaissance des erreurs commises.

L'article « Pèlerinage » et la remise de la francisque sont deux choses étroitement liées. Les deux parrains de Mitterrand, Gabriel Jeantet et Simon Arbellot de Vacqueur, ne font pas partie - loin s'en faut - des amis de Pierre Laval. Remise à coup sûr en février ou mars 1943, cet octroi revêt une double signification. De nature d'abord ; celui d'un maréchalisme de fond, l'Ordre impliquant un « attachement actif et profond à l'œuvre et à la personne du Maréchal ». De circonstance ensuite ; en s'étant révélé l'adversaire d'André Masson, candidat de Pierre Laval à la tête du Commissariat aux Prisonniers, François Mitterrand apparaît comme un féal du Maré­chal. L'examen de la liste des titulaires de la francisque postérieurement à avril 1942 révèle de très nets choix antilavalliens. On peut encore rappeler ici qu'au printemps 1943, Pétain a esquissé une ultime tentative pour se débarrasser de Pierre Laval.

« Couverture » pour ses activités de Résistance, aux dires de l'intéressé, la fran­cisque revêtait les couleurs d'une attitude antilavallienne de collaboration d'État. » »

 

Article signé par Jean-Paul Cointet dans son Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation. A présent, intéressons-nous à nos chômeurs de l’an I de l’ère francisquaine.

 

Les Chômeurs

 

Après la grande vague d’expulsion - du 11 au 21 novembre 1940 - exécutée dans le plus grand désordre, Joseph Bürckel impose, aux fonctionnaires de la Moselle annexée, un serment de fidélité au chef de l’Etat nazi, Adolf Hitler. Que l’on me permette une digression concernant ce nazi que je découvre dans Wikipedia :

 

« Conservant sa fonction de Gauleiter, Joseph Bürckel devient responsable de l'administration civile en Moselle, le 7 août 1940, en tant que gouverneur du Gau Westmark[]. Le Gau Westmark comprend le Palatinat, la Sarre et la Moselle. Son chef-lieu est Sarrebrück. Bürckel réside la plupart du temps à Neustadt an der Weinstraße, dans le Palatinat.

Le 20 septembre 1940, Bürckel fait son entrée solennelle à Metz et se fait remettre les clés de la cité par le dernier maire allemand de la ville en 1918, Roger Foret. Le 1er janvier 1942, il obtient le grade de SS-Oberführer. En 1944, Bürckel est décoré de l'Ordre Allemand (Deutscher Orden), la plus haute distinction décernée par le parti nazi, pour services rendus au Reich.

Josef Bürckel se suicide avec son épouse le 28 septembre 1944, après l'entrée des troupes Alliés en Lorraine. Metz sera libéré le 21 novembre suivant. Bürckel ne sera remplacé qu’en janvier 1945 par Willi Stöhr. »

 

Le gouvernement de Vichy se met en conformité avec la dictature nazi, en imposant aux fonctionnaires un serment de fidélité au maréchal Pétain, le 4 octobre 1941. Mais revenons à nos chômeurs.

Mon père, fonctionnaire des PTT, ainsi qu’un bon nombre de ses concitoyens d’autres administrations refusent de prêter ce serment à Hitler et invoquent la raison suivante :

 

« Ce ne sont pas les Allemands que nous avons connus. »

 

Le 31 décembre 1940, ils perdirent leur emploi. Quant à leur indemnité de chômage, ils perçurent leurs émoluments jusqu’à leur expulsion en avril 1941. L’Etat français payait, en effet, les fonctionnaires des départements annexés jusqu’en août 1941. Les expulsions du mois d’avril se déroulèrent en deux temps : avant le passage de la ligne de démarcation, les pères de famille pouvaient choisir de se fixer en ZO (zone occupée) ou en ZNO (zone non occupée, appelée à tort, zone libre). Cette mansuétude des nazis, nous la devons au maréchal Pétain qui offre sa collaboration à Hitler, qui, satisfait, ordonne à Bürckel de cesser les expulsions de novembre 1940 et lui demande d’imposer ce serment.

Arrivés en ZNO, nous avons été mal accueillis. Les Lyonnais nous considéraient comme des émigrés de seconde zone qui venaient manger le peu de pain qui leur restait. Si les Allemands, ces gens corrects, nous avaient chassés de Moselle c’étaient que nous n’étions que des gens de peu de valeur…

Ces chômeurs-optants, je les compare aux marins bretons, qui, de suite, répondent à l’appel du 18 juin et ces chômeurs sont, me semble-t-il, les premiers résistants au régime nazi, alors qu’Adolf Hitler était, en 1940, au sommet de sa gloire.

 

Quand l’Etat français leur reconnaîtra-t-il cette qualité de résistants ?

 

Arthur Holle

 

PRAF et déserteur de l’armée allemande, non de mon fait, mais de celui de mon père, le chômeur de l’ère francisquaine , EV 1944/1945