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L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle

 

1870 Moulins dans la tourmente de la guerre

Château de Frescaty, dans le domaine de Fristot, où fut signe la capitulation de l’armée du Rhin

Le dernier château de Frescaty fut le témoin muet de la plus honteuse des capitulations de l'Armée française. En effet, dans l'une de ses salles de réception, le général Jarras, mandaté par le maréchal de France Bazaine, signe, le 27 octobre 1870, à vingt-deux heures trente, la reddition de l'armée du Rhin, appelée à tort la capitulation de Metz.

Trois siècles auparavant, le 08 avril 1552 - jour de Pâques fleuries - dans le domaine de Fristot, le maître-échevin Jacques de Gournay accueillit le connétable Anne de Montmorency et lui remit les clefs de la ville de Metz. Les Allemands ne l'avaient jamais oublié. De ce fait, les Prussiens voulurent effacer cet affront en signant la capitulation de l’armée du Rhin dans le château de Frescaty qui se situait dans le domaine de Fristot et la dénommèrent, à tort, la Capitulation de Metz.

Si les différents parlementaires passaient par les avant-postes qui se situaient près du vieux pont, un résident de notre commune offrit l’hospitalité à l’extravagant Victor Régnier dont se servit le chancelier allemand. Dans un premier temps, nous nous intéresserons à l’affaire « Régnier », puis aux parlementaires ainsi qu’à la capitulation.

Maréchal Bazaine

 L’affaire Régnier

 

Dans son œuvre, intitulée « Episodes de la Guerre de 1870 et le Blocus de Metz » (BNF/Gallca ) l’ex Maréchal Bazaine nous apprend que :

 

« La soirée étant trop avancée, M. Régnier retourna à Moulins-lès-Metz , où il. passa la nuit chez M. Arnoux Rivière , commandant une troupe de partisans, et c'est dans la journée du 24 qu'il eût un entretien en tête-à-tête, premièrement avec le maréchal Canrobert, qui lui déclara ne pas accepter la mission, et ensuite avec le général. Bourbaki, qui au contraire, l'accepta. Le refus du Maréchal était dû, disait-il, à son état de santé. »

 

Poursuivons l’affaire Régnier, en compagnie de Théodore Duret, dans son œuvre « Histoire de quatre ans 1870-1873 Tome second » (BNF/Gallica) :

 

« M. de Bismarck se montrait prêt en effet à négocier avec tous ceux qui se présentaient. Au moment même où M. Jules Favre se trouvait à Ferrière une personne, se proposant comme intermédiaire de l'empire, y arrivait de son côté et était immédiatement reçue. Au début de ce second entretien à Ferrières, M. de Bismarck montra à M. Jules Favre une photographie de la plage d'Ilastings, au bas de laquelle le Prince impérial avait, écrit quelques mots à l'adresse de son père. C'était le passeport que lui avait remis, pour parvenir auprès de lui, un sieur Régnier venant d'Hastings. M. de Bismarck déclarait avoir éconduit Régnier comme manquant de sérieux, mais, après le départ de M. Jules Favre, il ne devait pas moins l'employer dans une négociation avec le Mal Bazaine et l'armée de Metz.

Otto von Bismarck
Château de Ferrières, résidence du chancelier allemand. Il y reçut jules Favre, ministre des affaires étrangères, et le sieur Régnier

Consultons, à présent, le « Compte rendu des débats du 1er Conseil de guerre » (BNF/Gallica) :

 

« Un des officiers du maréchal, chargé du commandement des avant-postes, M. Arnous-Rivière, et sur lequel le rapport s'exprime avec une sévérité non déguisée, recevait les parlementaires et les conduisait en voiture de Moulins au grand quartier général. L'incident le plus curieux de cette période est sans contredit l'incident Régnier, qui tiendra une grande place dans le cours des débats. Amené le 23 septembre au soir par M. Arnous-Rivière jusqu'à Longeville au quartier‑général du général de Cissey , celui-ci apprenant qu'il y avait un parlementaire qui désirait conférer avec le maréchal Bazaine, donna l'ordre a M. le capitaine Garcin de le conduire immédiatement à Metz. Il se fit annoncer sous ce titre : l'envoyé d'Hastings. On ignorait alors absolument à Metz que l'impératrice eût fixé sa résidence à Hastings.

Le sieur Régnier entre en matière en déclarant au maréchal qu'il vient de Ferrières, où se trouvait le quartier général ennemi ; qu'il a obtenu une audience de M. de Bismarck, auprès duquel il s'était rendu pour savoir s'il était désireux de faire immédiatement la paix avec le gouvernement impérial. Il montre au maréchal une photographie de la demeure de l'impératrice à Hastings, au bas de laquelle le prince impérial a tracé quelques lignes affectueuses à l'adresse de son père. Le sieur Régnier n'a pas de pouvoirs écrits, et, sur l'observation qui lui est faite à ce sujet, il répond que c'est pour ne pas livrer aux hasards des incidents du voyage des documents importants. Les dépositions du maréchal et du sieur Régnier concordent, pour ces préliminaires de leur entretien, sauf sur un point important. « 11 m'a dit venir de la part de l'impératrice, avec le consentement de M. de Bismarck, » dit le maréchal. « Je n'ai pas dit au maréchal que j'eusse une mission de l'impératrice, » déclare Régnier.

L’impératrice Eugénie Eugenia Maria de Montijo de Guzman, comtesse de tera
Général Ernest Courtot de Cissey

Fut-il question, dans cette première visite du sieur Régnier, de l'envoi d'un général auprès de l'impératrice ? Le maréchal l'affirme, Régnier déclare le contraire. Quoi qu'il en soit, le lendemain seulement on va voir le maréchal prenant des mesures pour se conformer à. ce qu'il appelait les désirs de l'impératrice.

Lorsque prit fin la conférence entre le maréchal et le sieur Régnier, il était trop tard pour franchir les lignes et ce ne fut que le lendemain 25 que Régnier put revenir à Corny, où il trouva, dit-il, un télégramme de M. de Bismarck autorisant la sortie d'un général de l'armée de Metz. Comme cette sortie devait être tenue secrète, le général de Stiehle, déclare Régnier, avait eu l'idée de mettre à. profit, pour atteindre ce but, une demande de rapatriement dont était saisi l'état-major de l'armée de blocus de la part du comité de secours luxembourgeois concernant sept médecins. Leurs compatriotes, qui étaient enfermés dans Metz et dont on sollicitait le retour dans leur pays.

L'envoi d'un officier supérieur auprès de l'impératrice ayant été décidé, le maréchal Canrobert s'excusa sur son état de santé. Le maréchal Bazaine, montrant au général Bour­baki, étonné de la proposition qui lui était faite, des lettres du prince Frédéric-Charles , lui expliqua qu'on pouvait traiter directement avec le quartier général prussien et que pour arriver à ce résultat, il fallait que lui, Bourbaki, allât en Angleterre trouver l'impératrice qui l'attendait.

Le départ du général devait avoir lieu incognito pour ne rien ébruiter, et le général n'ayant pas d'habits bourgeois, le maréchal lui prêta les siens ; une casquette avec la croix de Genève, que Régnier avait demandée à l'un des médecins, complétait le costume. L'autorité allemande avait donné un sauf-conduit pour neuf médecins au lieu de sept, favorisant ainsi la sortie en question.

A la lecture des deux incidents concernant les relations du chef de l'armée du Rhin avec le quartier général allemand et le sieur Régnier, le maréchal s'est départi de l'impassibilité qu'il impose à sa physionomie. »

 

Abandonnons le sieur Victor Régnier pour nous intéresser aux allées et venues des négociateurs qui empruntent le passage de notre vieux pont que relate le Compte rendu des débats du 1er Conseil de guerre (BNF/Gallica). Nous savons qu’Arnous-Rivière était chargé de leur accueil

Prince Frédéric Charles de Prusse, dit le prince rouge, neveu de Guillaume I
Général Bourbaki, Commandant de la garde impériale

Les PARLEMENTAIRES

 

« Pendant les premiers temps du blocus, les parlementaires se présentaient indistinctement par toutes les routes. Mais, à partir du 11 septembre, le prince Frédéric-Charles décida que ce service se ferait exclusivement par la route de Moulins à Ars, qui reliait directement les deux quartiers généraux.

A partir de ce moment, il s'établit entre les deux chefs d'armée une correspondance suivie. A de très-courts intervalles, des parlementaires prussiens se présentaient aux avant-postes français.

Tout ce que l'on a pu constater, c'est que de nombreuses communications directes eurent lieu, pendant le mois de septembre, entre le prince Frédéric-Charles et le maréchal Bazaine.

Interrogé sur le service des parlementaires, le témoin - Général Coffinières - dépose que dès l'abord le service se faisait sur toutes les lignes, puis en a adopté la ligne de Moulins à Ars. Jusqu'au 25 septembre, le service était fait par le 4e corps, qui occupait cette position, et par le capitaine Arnous­-Rivière. De ses explications fort embrouillées, il ressort que le règlement qui régit ce service n'a pas toujours été observé, et que quelque­fois les parlementaires pénétraient jusque dans les lignes françaises et jusqu'au quartier général. M. le maréchal recevait souvent, en dehors de l'état-major général, les parlementaires.

Général Grégoire Pascal Félix Coffinières de Nordeck

On appelle M. Arnous-Rivière.

Le 12 août, j'ai reçu l'autorisation du maréchal de former un corps destiné à éclairer l'armée

Pendant tout le mois de septembre, je restai à la disposition du 4e corps, sous les ordres du général de Cissey ; j'occu­pais Moulins-les-Metz : j'eus le service des parlementaires…

Sur la demande du général-président M. Arnous-Rivière déclare qu'il n'ajamais reçu de dépêche par des émissaires ou par les habitants des environs de Moulins. Une seule fois le lieutenant Witz a pu aller jusqu'à Ars.

Le témoin a remis à l'état-major du lie corps toutes les lettres des parlementaires.

D. Il résulte de l'instruction que le 16 septembre le colonel Boyer a été envoyé en parlementaire. Connaissez-vous des détails sur ce fait?

R. Le colonel Boyer était mon supérieur, et je n'avais pas à m'occuper de ce qu'il faisait. Je l'ai conduit à mon poste le plus avancé.

D. A-t-il passé les lignes et combien de temps est-il resté?

R. Je ne l'ai pas reçu à son retour, je ne puis donc rien dire; L'officier de garde seul peut le savoir.

D. Le 17 vous êtes allé vous-même en parlementaire, et vous avez rapporté la réponse à la lettre que le colonel Boyer avait portée la veille

R. Oui, un officier allemand m'attendait à mi-chemin entre Moulins et Ars.

Le vieux pont de Moulins, passage obligé des parlementaires. Les avant-postes de l’armée du Rhin se situaient à l’une de ses extrémités

On appelle M. Malherbes.

Le témoin dépose que M. Arnous-Rivière, pendant qu'il était installé à Moulins, dans sa maison, faisait de grandes dépenses ; il disait qu'il connaissait beaucoup, beaucoup le maréchal.

Le témoin a vu passer plusieurs parlementaires qu'on a conduits au grand quartier général.

Sur la demande du commissaire du gouvernement, le témoin déclare que les parlementaires montaient dans la chambre de M. Arnous-Ri­vière et restaient longtemps en conversation avec lui.

On appelle le témoin Henriot, cultivateur à Moulins-lès-Metz, 31 ans.

Le témoin habitait Moulins-lès-Metz ; il a passé deux parlementaires dans sa nacelle, au milieu de septembre, pendant la nuit, de la rive gauche sur la rive droite. Deux autres parlementaires ont été passes dans le jour par le témoin ; c'étaient un colonel et un commandant. Il n'y avait que la nacelle du témoin, le bac étant détruit. Les deux rives étaient en dedans des lignes françaises.

Le témoin ne peut préciser comme date. Les deux passages ont eu lieu au mois de septembre, entre le 10, époque à laquelle on a brûlé le bac, et le 20, date à. laquelle le village de Maison-Rouge a été incendié.

Général comte Boyer, l’un des premiers émissaires du maréchal Bazaine : missions auprès de Frédéric-Charles, de Bismarck et de l’impératrice Eugénie
Procès du maréchal Bazaine. Première séance du Conseil de guerre jugeant à Trianon le maréchal (6 octobre 1873).

On appelle le témoin Meyer, propriétaire à Ars.

Dans les premiers jours d'octobre, dit letémoin, je vis par un télescope les travaux des Prussiens et je pus constater que l'ennemi ne les gardait pas. Je vis aussi un parlementaire avec un drapeau blanc qui avait une conférence avec les Allemands. Je descendis à Moulins pour voir rentrer le parlementaire. Je ne vis rentrer qu'une patrouille.

Le 11, me promenant du côté de Frescati, je vis trois cavaliers, je me cachai et j'entendis l'un d'eux dire : C'est ici, maréchal, que nous devons mettre pied à terre.

Le témoin fait la description des trois cavaliers; il ne put surprendre leur conversation. Ils se dirigèrent du côté de Jouy, et une voiture vint à leur rencontre. Un planton ramena leurs chevaux.

Le lendemain, ajoute le témoin, nous eûmes, comme officiers de la garde nationale, une entrevue avec le général Coffinières, qui nous dit que l'armée allait partir.

Plus tard je vis le maréchal et lui parlai de mes découvertes. Il me répondit qu'en effet on faisait en cachette le service des parlementaires ; malgré sa défense.

On appelle le témoin Paquin, menuisier, domicilié à Metz.

Le 7 septembre, le témoin était sur le pont de Moulins, quand il vit passer le maréchal qui se dirigeait vers Ars. Il a vu trois militaires prussiens venir à sa rencontre ; son escorte est rentrée dans les lignes, et lui a poussé plus loin.

Le 6 octobre, le témoin était encore sur le pont. Le maréchal a passé de nouveau et est entré dans une propriété. Une calèche est venue du côté des Allemands avec trois personnes qui ont demandé la propriété de M. Buisson. On la leur a indiquée ; ils y ont rejoint le maréchal. M. Buisson lui-même a ouvert la porte.

J'ai oublié de dire que le 22 septembre le maréchal Bazaine est allé en voiture à Ars. Ce jour-là, on a empêché la circulation à Mou­lins et l'on a fait fermer les cabarets. Cet ordre a été donné au maire par M. Arnous-Rivière.

Place royale pendant le siège (Place de la République
Bazaine et sa famille à Versailles 1872 B.N. Estampes cl Maunoury

On entend M. Guépratte, sculpteur.

Le témoin dépose sur l'ordre de fermer les cabarets à Moulins, le 22 septembre, et d'empêcher la circulation des habitants après huit heures du soir. Il a vu, le 26 ou le 27, le maréchal se diriger vers Ars.

Malgré l'heure avancée, j'ai reconnu le maréchal. La nuit était claire, il faisait jour serein (sic), et j'ai très-bien vu le cheval rouge du maréchal avec son étoile au front. Le maréchal avait un grand manteau, et j'ignore quel costume il portait dessous ; mais, sur sa tète, j'ai distingué les broderies du képi.

Il y avait avec lui un porte-fanion et un trompette. Le trompette a sonné au parlementaire vers les Prussiens, où a été le maréchal, et quand ce trompette est repassé, je l'ai abordé, nous avons causé un bout de chemin, et il m'a demandé une pipe de tabac, que je lui ai donnée.

Il est incarcéré au fort de l’île Sainte-Marguerite, au large de Cannes. Avec l’aide de l’ex-capitaine Doineau, des bureaux arabes, de son aide de camp, le lieutenant-colonel Henry Willette et de son épouse, qui partagent sa captivité, il parvient à s’évader dans la nuit du 9 au 10 août 1874 et à s'enfuir en Espagne. ( Source Wikipedia)

On entend le capitaine Lemoyne.

Le témoin prit, le 28, le service des parlementaires à Moulins. Il a rencontré M. Arnous-Rivière qui apportait une dépêche à l’état-major général. Pendant que, sur sa demande, en l’absence du commandant Samuel, il était allé chercher quelqu’un pour faire traduire la lettre, elle fut traduite par une autre personne.

Le général Jarras fit appeler le témoin et lui dicta la réponse à la lettre allemande, qui fut portée par le témoin aux avant-postes à Moulins. La lettre était du général de Stiehle.

On entend M. Buisson, propriétaire à Moulin-lez-Metz.

Le 14 août le maréchal a logé chez le témoin, à la suite de la bataille de Borny. A table, le maréchal dit que s'il avait. eu deux heures de plus , pas un Allemand ne serait resté. Le lendemain matin le maréchal Canrobert vint faire visite au maréchal. Un officier étranger fut amené par un gendarme ; il paraît que c'était un Anglais.

Dans le courant de septembre, le maréchal est venu faire visite au témoin, après une tournée aux avant-postes. Un dragon de l'escorte est venu sonner à la porte, et le témoin a ouvert lui-même. Le maréchal a demandé au témoin des nouvelles de la petite-fille du témoin qui. déclare que le maréchal doit être un bon père.

Après la capitulation, le maréchal est entré sans cérémonie dans sa cuisine, et la conversation s'engagea entre le maréchal, Mme et M. Buisson. Le maréchal ne pouvait disposer .que de deux heures, et il a demandé à déjeuner. Il a affirmé au témoin et à sa femme qu'ils ne seraient pas Prussiens, malgré les désastres de l'armée. Une compagnie de grenadiers accompagnait le maréchal, et a fait le café dans la cour du témoin. Un officier allemand est arrivé en même temps avec des soldats réclamant un logement. Le maréchal donna une sauve-garde à M. Buisson, et les soldats ennemis se retirèrent.

LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. N'est-il pas venu au mois de septembre une voiture avec des personnes étrangères chez le témoin, au moment où le maréchal s'y trouvait ?

R. Oui ; on a dit que c'était le prince Frédéric-Charles ; j'ai protesté contre cela dans l'instruction. La personne qui est venue en voiture était le père de M. Lapointe, un de mes amis. Jamais le maréchal n'a eu d'entrevue chez moi avec qui que ce soit. »

 

LA CAPITULATION A FRESCATY

Château de Frescaty, résidence des trois derniers évêques de l’Ancien Régime, détruit au cours de la Révolution

« En arrivant à Frescati, - il s’agit du général Jarras - j'eus une nouvelle conférence en tête-à-tete avec le général de Stiehle. Je transmis la communication dont j'étais char­gé au sujet des drapeaux, et, comme je m'y attendais, le général de Stiehle se montra peu convaincu que l'usage invoqué existât réellement. Afin d'éviter autant que possible la discussion sur cette question, je passai brusquement à une autre, et je lui fis connaître que les dernières in­structions du maréchal me prescrivaient de ne pas accepter le défilé.

Le général de Stiehle ne comprit pas qu'on refusât à ce moment une disposition qui avait été réclamée la veille avec de si vives instances comme un honneur mérité. Je ne fis qu'une réponse, c'est que c'était la volonté du maréchal. J'avais soin de faire remarquer que le refus Orbit sur le défilé.et nullement sur les honneurs de la guerre, et, en réponse, on faisait l'objection prévue que l'un était la conséquence de l'autre et qu'il n'était pas possible de les séparer.

 

On appelle le colonel Fay. Le témoin a accompagné le général Jarras, le 26 octobre, à Frescati. Après avoir pris connaissance des articles du protocole, tel qu’il avait été remis au général Cissey, il fit observer au général Jarras, que c’était là une capitulation pure et simple, le général avait encore à ce moment quelque espoir.

Le témoin fait un récit identique à celui du général Jarras. Il raconte pourtant ce détail en plus, que le roi de Prusse avait télégraphié en Allemagne que Metz se rendrait le 27 à midi. On croyait donc tout conclu, alors qu’il n’y avait encore rien de signé, et les dernières concessions du roi ont pour cause cette dépêche anticipée. En tout cas, du côté de l’ennemi, on était très-pressé d’en finir.

 

 

 

 

 

 

On entend le commandant Magnin, colonel d'artillerie.

Il dépose également sur le fait des ordres émanés du général Soleille. Le témoin n'a eu connaissance que de la circulaire aux chefs de corps.

  D'après les termes de cette dépêche, dit le témoin, tout le matériel devait être abandonné à l'ennemi et les drapeaux, eux aussi n'étaient pas sauvés. Ça été pour nous un douloureuxmoment que celui où nous avons appris que les drapeaux allaient être abandonnés. En effet, le 1ernovembre, nos officiers ont pu, en passant par Frescati, voir nos drapeaux rangés en cercle, plantés en terre dans l'enceinte de je ne sais plus quel château.

Lettre du maréchal Bazaine adressé au maire de Metz
Château détruit, pendant la dernière guerre, par l’aviation alliée. L’armée allemande, sous la première annexion, en avait fait un « Kasino », cercle militaire. La salle de la capitulation se trouvait au premier étage

Dans l'après-midi du 26, avant que le général Jarras partit pour le château de Frescati, l'intendant en chef, qui, le matin même, avait dé­claré qu'il ne restait plus de vivres, vint en hâte annoncer au maréchal qu'après de nouvelles recherches, il était en mesure de continuer les distributions pendant trois et peut-être quatre jours encore.

Ce n'était point là une illusion de la part de ce fonctionnaire. Ce fut en effet l'existence de ces denrées qui put seule permettre au général Coffinières, dans le conseil du 26, de fixer au 5 novembre la date de l'épuisement des approvisionnements pour la place abandonnée à elle-même tandis que jusque-là n'était le. 29 octobre avait indiqué comme dernière limite.

Nous avons vu le conseil réuni le 26 octobre, n'ayant plus aucune confiance dans le sort des armes, déclarer qu'il ne restait plus qu'à subir les conditions de l'ennemi.

Le même jour, désigné pour cette triste mission, le général Jarres, chef d'état-major général, partit vers cinq heures et demie du soir pour le château de Frascati, où il devait, de concert avec le général de Stiehle, chef d'état-major du prince Frédéric-Charles, arrêter les clauses de la capitulation de l'armée et de la place de Metz. Il se fit accompagner de deux officiers attachés à l'état-major général, MM. le lieutenant-colonel Fay et le commandant Samuel.

Dans la conférence qui s'ouvrit, le général Barras demanda d'abord qu'un détachement constitué, composé de troupes de toutes armes, fût, autorisé à rentrer librement en France ou en Algérie. Cette faveur lui ayant été refusée, la discussion ne porta plus que sur deux points principaux.

Cette faveur lui ayant été refusée, la discussion ne porta plus que sur deux points principaux.

  Comme le conseil en avait exprimé le désir, le général devait insis­ter pour que l'épée fût laissée à tous les officiers. A tette demande' le plénipotentiaire prussien objectait que le roi de Prusse entendait ré­server cette faveur à ceux-là seuls qui consentiraient à rentrer en France sous condition de s'engager sur parole à ne pas porter les ar­mes contre l'Allemagne jusqu'à la paix,

Malgré l'anomalie injustifiable d'une semblable exception, il fallut une longue insistance pour que le général de Stiehle promît d'appuyer auprès du prince la demande de laisser l'épée à tous les officiers.

Une deuxième demande, non prévue dans le conseil, fut formulée inopinément par les officiers qui accompagnaient le général Jarras. Ils firent observer que pour reconnaître la valeur des troupes françaises, valeur dont le général prussien venait de témoigner lui-même, il était équitable d'accorder une faveur honorifique dont reflet s'étendit à toute l'armée. Ils réclamèrent en conséquence les honneurs de la guerre, tels qu'ils sont définis par l'usage, c'est-à-dire consistant dans le défilé en armes des troupes vaincues, qui reçoivent de la part des troupes victorieuses les honneurs militaires, et ne sont constituées prisonnières de guerre qu'après cet hommage rendu à l'énergie de leur résistance

Le 27, à six heures du soir, accompagné des mêmes officiers, le général repartit pour le château de Frescati, où l'attendait le général de Stiehle.

Après l’échange des pleins pouvoirs, on s'occupa de la rédaction définitive du protocole.

Arrivé à l'art. 3, le général Jarras déclara qu'il avait ordre de rejeter le défilé et les honneurs qui s'y rattachaient.

« Ai-je bien entendu ! s'écria avec étonnement le plénipotentiaire prussien, vous refusez aujourd'hui les honneurs que vous demandiez hier et qui vous ont été accordés ? »

La surprise du général ennemi fut partagée par les deux officiers français qui, par un sentiment élevé et patriotique, avaient insisté la veille pour obtenir cette dernière satisfaction en faveur de l'armée.

 

Mais le général Jarras dut maintenir son refus, et proposa alors, comme le maréchal le lui avait prescrit, de conserver la version française de l'article, tout en se conformant en réalité à la version allemande.

A quoi le général de Stiehle se contenta de répondre : « Chez nous, ce qui n'est pas exécuté n'est pas écrit. »                                                                                                            

I1 était pénible de recevoir cette leçon de l'ennemi, mais il n'aurait pas fallu s'y exposer. »

Le siège de metz

 

Die Belagerung von Metz nous append que :

 

« Le siège de Metz dura 70 jours. Comme il fallait sustenter 260 000 mille personnes - 50 000 habitants, 20 000 réfugiés et 190 000 militaires - le maréchal Bazaine fut vaincu par la faim et non par une victoire militaire. Les chevaux payèrent un lourd tribut : en effet, 35 000 chevaux de cavalerie et d’artillerie permirent à la ville de résister jusqu’à la fin du mois d’octobre. »

 

A l’aide d’un autre document allemand, Schlachten um und Belagerung von Metz im Deutsch-Französischen Krieg 1870,prenons connaissance du coût en prisonniers ainsi qu’en matériel et commençons par le coût humain :

  • 3 maréchaux ;

  • 4 000 officiers ;

  • 173 000 hommes de troupe.

Le coût en matériel s’élevait à quelque 80 milliards de francs :

 

  • 800 canons ;

  • 66 mitrailleuses ;

  • 300 000 mille fusils ;

  • 2 000 fourgons militaires ;

  • 53 aigles et drapeaux ;

  • le matériel pour 85 batteries ;

  • la bibliothèque de l’école d’artillerie, d’une très grande valeur.