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L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle

Ad basilicas

Le quartier des basiliques de metz-sablon

Dessins de Pierre Coustans

1ère Partie

 

DIVODORUM

 

Dans l'Antiquité, le lien national n'existe pas. La nationalité se conçoit par le lien religieux. Aussi Rome, après la conquête de la Gaule, élimine-t-elle la caste druidique et facilite-t-elle ainsi la romanisation de la population gauloise. Cette élimination de la caste sacerdotale s'accompagne de la destruction et de la transformation des lieux de culte ainsi que des lieux de rassemblement.

Les Romains édifient la Cité des Trévires - peuple belge, le plus puissant et le plus étendu, qui occupait la vallée de la Moselle jusqu'au Rhin - à l'emplacement d'un ancien sanctuaire trévire et lui donnent le nom d'Augusta Trevirorum. Cette cité mosellane perdra le nom qu'elle reçoit sous l'Empire et prendra celui de son peuple. Ailleurs, et toujours pour faciliter la romanisation des peuplades soumises, ils construisent des amphithéâtres en lieu et place des temples indigènes.

Divodurum, le nom de notre Cité, figure dans « Historiae » de Tacite (fin du premier siècle). Divodurum, le « Fort divin », se situe au confluent de la Moselle et de la Seille : deux divinités celtes. Les Gaulois vénéraient, ne l'oublions pas, les forces de la nature, et le culte des eaux figure parmi ceux qu'ils pratiquaient le plus. La situation de l'oppidum, « au milieu des Mères », donnera son nom au peuple belge qui l'entoure : les Médiomatrices - première mention de « Médiomatrici », dans l'un des commentaires de Jules César, « De bello gallica » :

 

« Sous la forme syncopée MEDT1S, METT1S, » - selon Ferdinand Lot – « le nom du peuple s'est substitué au nom du lieu, c'est Metz. »

 

En s'installant à Divodurum, les conquérants romains démolissent le temple des Médiomatrices, situé « au milieu des Mères », et le remplacent par le plus vaste amphithéâtre de la Gaule, connu à ce jour. En outre, ils désacralisent les environs de l'amphithéâtre en y implantant le séjour des morts.

 

 

LES ROMAINS ET LA MORT

 

Les Romains considèrent la mort comme une souillure, ainsi que nous l'apprend Georges Dumézil dans son oeuvre « La Religion romaine archaïque » :

 

« Les rapports entre morts et vivants sont sans intimité, sans confiance, - d'autant plus que le mort, si aimé, si admiré soit-il, est d'abord la source de la pire des souillures. Le double sens d'un mot comme « funestus » en fait foi : la « familia funesta » n'est pas seulement en deuil et malheureuse, mais souillée, contaminée et contagieuse, jusqu'à ce qu'elle ait retrouvé la condition de "familia pura". Plusieurs fonctions sacrées requièrent de leur titulaire d'être « patrimus » et « matrimus », d'avoir ses père et mère vivants. Les morts sont essentiellement inactuels et n'interviennent pas, en général, dans la vie des hommes. »

 

En implantant un « locum sepulturae » - lieu de sépulture – « au milieu des Mères », les conquérants souillent cette terre, vénérée par les Médiomatrices et la désacralisent.

Les rapports des Romains avec leurs morts manquent totalement de confiance et se limitent à deux périodes, au cours de l'année : les « Parentalia » de février - les Parentales ou fêtes funèbres - ainsi que les « Lemuria » de mai - les Lémuries ou fêtes en l'honneur des ombres :

 

« Les Parentales duraient du 13 au 21 février. - Selon Georges Dumézil - Pendant cette neuvaine, les magistrats cessaient de porter leurs insignes, les temples étaient fermés, le feu ne brûlait pas sur les autels, et l'on ne contractait pas mariage. Seul, le dernier jour, que les calendriers appellent « Feralia », était de fête publique, les huit premiers paraissant réservés à des rites privés... Le mot « parentare » - célébrer une cérémonie funèbre pour ses père et mère ou pour ses parents - implique que chaque famille s'occupe alors de ses morts... On apporte sur les tombes mêmes des couronnes et un festin très simple, du sel, du pain amolli dans du vin pur, quelques violettes. Pendant ces neuf jours, les morts remontent, errent çà et là et se repaissent des mets qu'on leur a servis. Il ne semble pas qu'ils profitent de ces courtes vacances en plein air pour inquiéter les vivants ni pour hanter les maisons... »

 

Mais, lors des Lémuries, les morts reviennent et visitent les maisons où ils avaient vécu si nous nous référons à Georges Dumézil citant un passage d'Ovide :

 

« Vers le milieu de la nuit, quand le silence favorise le sommeil, quand les chiens et les divers oiseaux se sont tus, l'homme qui n'a pas oublié les anciens rites et qui craint les dieux se lève. Les deux pieds sont sans chaussures. Faisant claquer ses doigts réunis contre le milieu de son pouce, il se signale, pour éviter qu'une ombre légère, s'il marchait sans bruit, ne surgisse devant lui. Trois fois, il se lave les mains dans l'eau d'une fontaine ; il se tourne et prend dans sa bouche des fèves noires qu'il crache ensuite derrière lui en disant :

 

« Je jette ces fèves ! Par ces fèves, je me rachète moi et les miens ! »

 

Il répète cette formule neuf fois, sans regarder derrière lui ; on pense que l'ombre ramasse l'offrande et, invisible, le suit. De nouveau il touche l'eau, fait tinter un objet de bronze et prie l'ombre de sortir de sa maison. Par neuf fois, il dit encore :

 

« Mânes de mes pères, sortez ! »

 

Alors seulement il se retourne convaincu qu'il a correctement rempli les rites. »

 

Et Georges Dumézil de conclure :

 

« Il ressort de ce texte que le revenant s'il n'était pas attiré gentiment vers la porte par les fèves dont il est friand, entraînerait avec lui dans la mort quelques vivants. »

 

Les Romains considèrent donc bien la mort comme une souillure et les morts comme des importuns dont il faut se débarrasser. D'ailleurs, leur vocabulaire s'en ressent : ils ne meurent pas, mais cessent de vivre. Et lorsque l'un des leurs quitte cette terre, ils ne disent pas : il est mort, mais il a vécu (vixit). Quant à la mort, c est la « pausa vitae » : la cessation de la vie.

Du vocabulaire, passons à l'étymologie. Celle du mot « sepultura » nous confirme l'aversion des Romains pour ceux qui ont cessé de vivre. En effet, « sepultura » tire son étymon du verbe « sepelire » : ensevelir ; au sens figuré, faire disparaître.

Quant à l'adjectif « sepelibis » - qu'on peut enfouir, au sens propre ; qu'on peut cacher, au sens figuré - il nous confirme l'aversion des Romains pour leurs disparus qui les souillent.

Et lorsqu'ils inhument (inhumare) leurs morts ils les déposent dans cette terre qui, selon Georges Dumézil :

 

« recèle dans ses étages inférieurs le sombre domaine auquel les morts accèdent par leurs tombeaux. »

 

Comme ce domaine inférieur leur fait horreur, les Romains traitaient les premiers chrétiens de « peuple des ténèbres », du fait que ceux-ci honorent leurs morts et qu'ils croient à la vie éternelle ainsi qu'à la résurrection des corps.

NAISSANCE du QUARTIER des BASILIQUES

 

Par son affirmation de l'autre monde, le « peuple des ténèbres » sanctifie la terre « au milieu des Mères » que les Romains avaient désacralisée en y implantant le séjour de ceux qui avaient cessé de vivre. Et la zone cimétériale prendra le nom de Quartier des Basiliques, jusqu'à sa destruction, au cours de l'année 1552. Pour comprendre cette transformation, il nous faut remonter le temps.

Sous le règne de Théodose (379-395), la religion chrétienne, tolérée depuis l'édit de tolérance (Milan 313), devient la religion d'Etat. L'empereur entreprend, sur le plan légal, la lutte contre l'ancienne religion : il interdit les opérations divinatoires (381), l'entrée des temples (392) et le culte domestique des dieux (392). Il donne ensuite les anciens temples aux chrétiens. Sous la pression populaire, va se développer le culte des martyrs, selon Henri-Irénée Marrou, co-auteur de la Nouvelle Histoire de l'Église :

 

« Les motifs qui inspirent cette vénération sont bien entendu spécifiquement chrétiens : la croyance dans le suffrage des saints qui, déjà auprès de Dieu, peuvent intercéder pour nous. Les fidèles en attendaient des faveurs qui n'étaient pas toutes d'ordre eschatologique[1], ni même spirituel : d'où tant de récits de guérisons miraculeuses et autres manifestations de leur pouvoir de thaumaturges. De même, les honneurs rendus à leurs dépouilles s'adressent à une chair sanctifiée par l'esprit, dans laquelle s'est manifestée la puissance victorieuse du Christ - chair d'ailleurs promise à la résurrection...

L'archéologie retrouve à travers toute l'étendue du monde chrétien de nombreux monuments élevés sur la tombe des martyrs.

Toutes ces grandes églises - martyria[2] - sont édifiées en banlieue, le plus souvent dans une zone cimétériale: les basiliques proprement urbaines, situées intra muros, ne possédaient pas à l'origine de corps saints car la vieille loi romaine, interdisant l'ensevelissement à l'intérieur de la cité, reste scrupuleusement observée, du moins jusqu'à la fin du quatrième siècle. »

 

Cet engouement des « nouveaux convertis » pour le culte des martyrs s'explique par leur habitude ancestrale d'invoquer diverses entités - les divinités tutélaires - à certaines époques de la vie ainsi qu'avant d'entreprendre leurs différentes activités. Comme Théodose interdit le culte domestique des dieux, ils se sentent désemparés. Pour se protéger de tous les accidents domestiques, ils recourent au suffrage des saints.

Prenons l'exemple d'une mère qui vient de mettre au monde son enfant. Pour le prémunir de tous les dangers de l'existence, elle le place sous la protection de plusieurs divinités tutélaires, au fur et à mesure de sa croissance :

 

  • Vitumus lui donne et lui conserve la vie ;

  • Sentinus doue le nouveau-né de sensibilité ;

  • Opis le recueille sur la terre ;

  • Vaticanus ouVagitanus lui ouvre la bouche pour vagir ;

  • Levana protège le nouveau-né quand on le soulève de terre ;

  • Abeona l'aide à marcher ;

  • Cumina surveille l'enfant dans son berceau ;

  • Edusa préside aux aliments de l'enfant ;

  • Potina lui donne à boire ;

  • Paventinus s'occupe de ses peurs ;

  • Fabulinus l'aide à parler.

     

    Lorsqu'il se rend ensuite à l'école, d'autres divinités le prennent en charge. Au cours de sa nuit de noces, la jeune épousée n'invoque pas moins de quatre entités.

    Abandonnons les époques de la vie pour nous intéresser aux divinités tutélaires qui présidaient aux différentes activités agricoles :

     

  • Vervactor, retournement de la jachère ;

  • Reparator, ou Redarator, remise en état de la jachère ;

  • Imporcitor, labour à gros sillons ;

  • Insitor, semailles ;

  • Obarator, labour en surface ;

  • Occator, hersage ;

  • Sarritor, sarclage

  • Subruncinator, binage ;

  • Messor, moisson ;

  • Convector, charriage ;

  • Conditor, emmagasinement et conservation des produits ;

  • Promitor, dégrangement.

     

    Le suffrage des martyrs et des saints remplacera toutes les divinités tutélaires de la religion romaine, mais entraînera l'attachement passionné des fidèles pour les reliques. L'Eglise, compréhensive, accepte et accueille cette nouvelle forme de piété mais, attentive, elle veille aux déviations ainsi qu'aux excès possibles.

    Pour canaliser cette pratique religieuse, la hiérarchie chrétienne édifie, dans les zones cimétériales, des basiliques à deux niveaux : la liturgie se déroule dans la partie supérieure ; les dévotions, dans la partie souterraine ou crypte. Des communautés de clercs s'installent dans ces sanctuaires, y récitent les prières liturgiques, les entretiennent, organisent les pèlerinages et récoltent, en compensation, les offrandes des fidèles.

    L'ancienne zone cimétériale de la Cité messine jouera ce rôle de lieu de pèlerinage et de dévotion et ce pendant plus de onze siècles. Elle prendra le nom, aujourd'hui oublié, de « Quartier des Basiliques » et comptera, avant l'an mil, quelque seize sanctuaires, dont trois abbayes bénédictines. Au cours des siècles, cinq autres sanctuaires s'y ajouteront.

    Nous pouvons donc affirmer que le « Quartier des Basiliques » comprenait, à un moment donné de son existence, pas moins de vingt et un édifices religieux.

    Malheureusement, un membre de la famille ducale de Lorraine, le duc François de Guise, ce voyou royal, ruinera, de fond en comble, au cours de l’année 1552, la périphérie la plus prestigieuse de la Cité messine.



[1]eschatologie : en théologie, études des fins dernières de l'homme et du monde

 

[2] martyrium : église placée sous l'invocation d'un martyr ou d'une martyre

DESTRUCTION DU QUARTIER DES BASILIQUES

 

Dans la destruction du Quartier des Basiliques, la ville de Metz, ville libre et impériale, n'est que la victime de l'antagonisme entre les Habsbourg et les Valois. Et commençons par les Habsbourg.

Marie de Bourgogne se trouve, à vingt ans, l'unique héritière de Charles le Téméraire et d'Isabelle de Bourbon (05 janvier 1477). La duchesse cherche un mari pour la protéger et choisit Maximilien d'Autriche, qu'elle épouse, le 18 août 1477. Ce mariage assure aux Habsbourg les possessions néerlandaises des ducs de Bourgogne et la Franche-Comté. De leur mariage, naissent deux enfants : Philippe le Beau et Marguerite d'Autriche.

Philippe le Beau épouse Jeanne la Folle, fille de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille. Philippe et Jeanne auront plusieurs enfants, dont Charles de Gand. À la mort de son père (25 septembre 1506), Charles, âgé de six ans, devient roi des Pays-Bas. Sa tante Marguerite assure la régence. Mais, à la mort de son grand-père Ferdinand (23 janvier 1516), il hérite du royaume d'Espagne et de Naples, sous le nom de Charles 1er. Maximilien d'Autriche, empereur d'Allemagne depuis 1493, meurt, le 12 janvier 1519.

Avant sa mort, Maximilien avait multiplié les efforts pour assurer la succession de l'Empire à son petit-fils, roi des Pays-Bas, d'Espagne et de Naples et héritier des possessions des Habsbourg. En succédant à son grand-père comme empereur d'Allemagne, Charles devenait ainsi le maître de l'Europe. La France, quant à elle, serait prise en tenaille entre les diverses possessions de Charles. La charge d'empereur étant élective, un rival imprévu se présente à l'élection de l'Empire en la personne du roi de France, François, premier du nom.

Auréolé de sa victoire aussi éclatante qu'imprévue (Marignan 13/14 septembre 1515), François s'appuie sur le roi d'Angleterre, Henri VIII, et sur le pape, Léon X. En outre, l'archevêque de Trèves, l'archevêque de Mayence, l'électeur de Brandebourg et le comte palatin, soit quatre électeurs sur sept, lui sont favorables.

François dispose de ressources et n'hésite pas à prodiguer ses libéralités aux électeurs pour briguer leurs suffrages. Charles, sans ressources et parcimonieux, offre aux électeurs de petites pensions. Marguerite d'Autriche, sa tante, lui recommande de ne pas se montrer économe et de dépenser largement. Conseillé par Jacob Függer, le fameux financier d'Augsbourg, Charles offre aux électeurs des traites, payables chez ce banquier, après l'élection. Nous voyons, au cours de cette élection, les banquiers, ces grandes puissances d'argent, qui commencent à gouverner, dans la coulisse, le monde moderne.

En finançant et en soutenant la candidature de Charles à l'Empire, Jacob Függer obtient ainsi le marché de l'Empire espagnol d'Amérique. Et Charles, roi d'Espagne, de Naples et des Pays -Bas, reçoit la couronne du Saint Empire germanique, le 28 juin 1519, à Francfort, et prend le nom de Charles, cinquième du nom, plus connu sous celui de Charles Quint. Déçu, François envoie ses félicitations à son rival.

Une autre déconvenue attend François 1er, le 25 février 1525, devant Pavie. Dans un combat assez mal engagé, le roi de France, blessé, son cheval tué sous lui, remet son épée à l'ennemi. Charles Quint l'interne à Madrid. Le traité du même nom, en date du 14 janvier 1526, lui rend sa liberté. En échange de cette libération, il s'engage à prendre pour épouse Eléonore de Habsbourg, sœur de l'empereur, ainsi qu'à rendre la Bourgogne, la Flandre et l'Artois. En outre, le dauphin François et son frère Henri, âgés respectivement de huit et de sept ans, prennent la place de leur père et servent d'otages.

Dés sa rentrée à Paris, François 1er dénonce le traité, puisqu'il le signe, à Madrid, sous la contrainte. Une nouvelle guerre commence et se termine, le 03 août, 1529, par le traité de Cambrai ou la Paix des Dames ; traité conclu par Louise de Savoie, mère du roi, et par Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur. Si Charles renonce à la Bourgogne et libère, moyennant une forte caution, les princes, François lui remet la Flandre et l'Artois.

Le 01 juillet 1530, une nef, chargée de caisses d'or, quitte la rive française de la Bidassoa, tandis qu'une autre, en sens inverse, ramène les deux petits princes. Leur père prend pour épouse Eléonore d'Autriche, le 07 juillet, à Mont-de-Marsan. François, le dauphin, meurt, le 10 août 1536, et Henri succède à son père, à la mort de ce dernier, le 31 mars 1547.

Henri Il se souvenait des mauvais traitements subis à Madrid, pendant ses quatre années de captivité, et haïssait Charles Quint, son geôlier. Rancunier, il profite des divergences confessionnelles entre l'empereur et les princes allemands de confession luthérienne. Ces derniers, à la tête desquels se trouve Maurice de Saxe, refusent solennellement de reconnaître Charles Quint comme leur souverain et de rester « sous le joug des Espagnols et des prêtres de Rome ». Pour obtenir leur liberté religieuse, ils appellent à leur aide Henri II, lui donnent le titre de Vicaire impérial et lui octroient, en récompense de son intervention, les trois villes évêchoises de langue romane : Metz, Toul et Verdun. Le traité de Chambord-Friedwald, du 15 janvier 1552, scelle l'alliance entre le roi de France et les princes rebelles.

Ironie du sort... Un prince qui, dans son royaume, rend contre les réformés les édits de Châteaubriant (1551) et d'Ecouen (1559) et exige la condamnation à mort de ces mêmes réformés, surpris dans l'exercice clandestin de leur culte, oui ! ce prince s'allie à des princes rebelles de confession luthérienne et leur promet la liberté de culte...

Au cours du printemps de l'année 1552, l'armée française se met en route avec, à sa tête le connétable Anne de Montmorency. La Cour suit l'armée de loin. Le 10 avril, le connétable s'empare, par ruse, de la cité messine. Le roi en prend possession huit jours plus tard, soit le 18 avril.

Comme l'intervention de la France se limite à la conquête des Trois Evêchés, le fameux « Voyage d'Austrasie », les princes allemands, déçus par l'attitude du roi de France, s'inquiètent des victoires françaises et se réconcilient avec l'empereur. Au cours de l'été, le traité de Passau (05 août 1552), conclu entre Ferdinand, le frère de Charles Quint, et Maurice de Saxe, l'ancien allié du roi de France, accorde la liberté religieuse aux princes protestants ainsi que l'amnistie de tous les princes révoltés. Cette paix religieuse permet à l'empereur de rassembler une puissante armée et de passer à la contre-offensive.

Abandonnons l'Allemagne et revenons dans le Royaume de France. La conquête de Metz, Toul et Verdun par Henri, deuxième du nom, s’inscrit dans un esprit de revanche qui anime les Valois contre les Habsbourg. Quant à la défense de Metz, elle incombe à François de Guise et va permettre à la maison de Guise de prendre le pas sur celle de Montmorency, dont Anne, leur représentant, est chargé du ravitaillement de la ville et des troupes assiégées. Pour mener à bien l'organisation de la défense de Metz, le Duc de Guise, qui se méfie du connétable Anne de Montmorency, cherche l'appui de Diane de Poitiers, la maîtresse du roi, l'obtient et entreprend, dès le 18 août, les travaux de défense que nous poursuivrons en compagnie des Bénédictins, les historiens de la ville de Metz[1] :

 

« ... Il commença par ordonner de nouveaux ouvrages dans la place et par détruire aux environs tout ce dont l'ennemi aurait pu faire usage...

En même-temps on mit par terre les Eglises, les monasteres et les fauxbourgs qui étoient hors de la ville, et qui faisoient une grande partie de ses richesses et de sa beauté. On ruina les Abbayes de saint Arnoul, de saint Clément, de saint Martin, de saint Eloy, saint -Pierre­-aux-arénes, et les Eglises de saint Louis et de saint Jean-aux-champs, de saint Julien, de saint Amand, de saint André, de saint Laurent, de Notre-Dame-aux-Martyrs, de saint Urbice, de saint Eutrope, de sainte Elisabeth, de saint Goëric, de saint Génois, de saint Privé, de saint Ladre, de saint Fiacre ; le petit saint Jean, saint Côme & saint Damien, le saint-Esprit, sainte Catherine. On démolit de plus, les fauxbourgs de saint Arnoul, de saint Clément, de Mazelle, des Allemands, de saint Julien, de saint Martin, de saint-Pierre-aux-Champs ; la forte maison de saint-Benoît, le Château-l’Evêque de Montigny, la Horgne-aux-Sablons, la belle Croix, la Folie, et plusieurs autres. On n'épargna pas même les édifices de dedans la ville, qui se trouverent dans le terrein destiné aux fortifications commencées, comme l'Abbaye de Pontiffroy, le Prieuré des Pucelles, les couvents de l'Observance et de l'Ave Maria, les paroisses de saint Hilaire le grand, et de saint Médard, sans parler des monasteres qui ont été en partie ensevelis sous les fortifications, tels que sainte Glossinde, les Augustins et les Carmes.

Comme on étoit fort pressé de travailler, et qu'on ne pouvoit prendre toutes les précautions nécessaires, il y eut plus de deux cents soldats qui périrent sous les ruines. Le Duc de Guise, à qui il faisait peine de perdre tant de beaux monumens, avoit ordonné aux travailleurs de se contenter de sapper les grands murs, avec les piliers des principales Eglises, et de les étayer avec des bois, afin qu'on ne les abattit qu'à la dernière extrêmité, et lorsque la présence de l'ennemi ne permettroit plus de différer. On en usa ainsi en particulier envers l'Eglise de l'Abbaye de saint Arnoul : toutefois la grandeur et la solidité furent cause qu'elle fut abattue des premieres, de peur que les ennemis ne dressassent sur la voûte un cavalier contre la porte de Scarponne. »

 

La destruction de tous les édifices religieux de la ville de Metz, situés extra muros, se justifiait-elle ? Il nous faut considérer la réponse à cette question sous deux angles différents : sous celui de la stratégie militaire et sous celui du droit international.

Commençons par ce dernier :

 

  • La validité d'un traité dépend de la qualité des négociateurs : les gouvernants des États contractants ou leurs représentants. Côté allemand : les princes rebelles ne représentaient pas l'autorité impériale.

  • En cas de validité du traité, la France ne respecte pas les clauses de celui-ci : elle n'apporte aucune aide aux princes allemands, mais récolte les fruits de l'accord.

  • Mécontents, les contractants allemands dénoncent leur alliance avec la France en donnant acte d'allégeance à leur Souverain.

     

    De ce fait, la conquête de Metz par Henri Il s'apparente à une agression contre la ville de Metz[2]. La Rochefoucauld ne me démentira pas puisque, dans ses Maximes, il nous apprend que :

     

    « Il y a des crimes qui deviennent innocents et même glorieux par leur éclat, leur nombre et leur excès. De là vient que les voleries publiques sont des habiletés et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conquêtes. »

     

    Si le Roi de France n'avait pas le droit de s'emparer de la Cité messine, Ville libre impériale, le duc de Guise, en la défendant, agit comme un receleur. Après la destruction du « Quartier des Basiliques » et d'autres édifices religieux, au nom du Roi, pouvons-nous le considérer comme un grand stratège ?

    Pour justifier la destruction de l'abbatiale Saint-Amould, les Bénédictins allèguent ce prétexte spécieux :

     

    « ...de peur que les ennemis ne dressassent sur sa voûte un cavalier contre la porte de Scarponne. »

     

    Avant de nous inscrire en faux contre cette assertion des historiens de Metz, la définition du ternie « cavalier » s'impose ; définition que nous donne le Littré :

     

    « Terme de fortification. Amas de terre, dont le sommet compose une plate-forme sur laquelle on dresse des batteries de canon pour nettoyer la campagne ou pour détruire quelque ouvrage de l'ennemi. »

    Dans ce cas précis, l'assaillant, l'Empereur Charles-Quint, tente de détruire les remparts de la ville de Metz et emploie, de ce fait, des cavaliers de circonstance.

    Comme une seule batterie se composait de six canons, de deux grosses couleuvrines, de quatre moyennes couleuvrines ainsi que de douze faucons, le cavalier supportait une charge de quelque quarante tonnes, sans y inclure le poids des munitions et des artilleurs. L'abbatiale Saint-Arnould pouvait-elle supporter une telle charge ?

    Malgré la destruction de quelque trente édifices religieux et maisons fortes, les pionniers de l'armée impériale établirent des cavaliers de circonstance qui vont permettrent aux canons de l'assaillant de battre les remparts de la ville, au cours de l'assaut du mois de novembre 1552, comme nous l'apprend Pierre Rocolle, auteur de « 2000 ans de fortification française » :

     

    « Par exemple, au siège de Metz par les troupes de Charles Quint, en 1552, celles-ci établirent trois cavaliers devant la portion de l'enceinte où l'assaut devait être donné. »

     

    Pour nous convaincre de l'inutilité, voire de l'absurdité de la destruction de tous les édifices religieux de la périphérie messine, intéressons-nous à la poliorcétique, la technique du siège des villes.

    Au milieu du seizième siècle, la portée des canons ne dépassait pas deux cents mètres, et le déploiement des pièces d'artillerie se faisait à une centaine de mètres des fossés d'une enceinte fortifiée. Laquelle de toutes les églises détruites par le duc de Guise se trouvait à moins de cent mètres des fossés de la ville de Metz ?

    La destruction du Quartier des Basiliques - le plus prestigieux de la périphérie messine - par Monseigneur le Duc de Guise, ce voyou royal, s'apparente donc bel et bien à un acte de vandalisme.



[1] Je respecte l’orthographe et l’accentuation de l’époque.

[2] Si Metz est française de facto depuis 1552, elle ne l’est de jure que depuis le traité de Westphalie (1648).

2ème Partie

 

AVANT-PROPOS

 

Cette seconde partie comprend autant de chapitres qu'il y avait de dénominations de sanctuaires dans le « Quartier des Basiliques ». En effet, plusieurs sanctuaires ont, au cours des siècles, changé de dénomination. Chaque chapitre comporte éventuellement sept sections :

 

  • Dénomination ;

  • Emplacement ;

  • Patron tutélaire ;

  • Stationnale;

  • Histoire ;

  • Anecdotes ;

  • Traditions populaires.

     

    Dénomination

     

    Dans son étude « Églises messines antérieures à l'an mil », l'abbé Roch-Stéphane Bour (R-S B), ancien supérieur du Grand Séminaire, nous renseigne sur les différentes appellations des sanctuaires, au cours des siècles, et selon les auteurs.

     

    Emplacement

     

    Nous indiquons, dans la mesure du possible, et sous toutes réserves, l'emplacement du sanctuaire que nous relevons soit dans l'étude précitée soit sur un plan du Jahrbuch de 1907, que nous devons au même auteur : S. Arnulf u. Umgebung vor 1552.

     

    Patron tutélaire

     

    Nous empruntons la biographie du saint à qui est dédié le sanctuaire, soit dans la Vie des Saints (V d S), soit dans un Dictionnaire d'Hagiographie (D H).

     

    Stationnale

     

    Cinquante-deux jours séparent le Mercredi des Cendres du samedi précédant le dimanche de Quasimodo ; soit cinquante-deux stations quadragésimales et pascales. Chaque jour de cette période liturgique, l'évêque de Metz, qui disposait dans la Cité et dans la proche banlieue, de quelque trente- quatre églises stationnales, célébrait l'office du jour dans l'un de ces sanctuaires.

    Si l'une des églises du Quartier des Basiliques est antérieure à l'épiscopat de Drogon (823-855), ou lui est contemporaine, elle figure dans la liste stationnale de l'Eglise de Metz, dont nous devons la découverte (manuscrit 268 de la Bibliothèque Nationale) à l'abbé Klauser, auteur de « Notes sur l'ancienne Liturgie de Metz ».

     

    Histoire

     

    Pour mieux connaître l'histoire du sanctuaire nous compilons plusieurs ouvrages :

     

  • « Eglises antérieures à l'an mil », Roch-Stéphane Bour ;

  • « Les anciens Pouillés du Diocèse de Metz », Nicolas Dorvaux ;

  • « Histoire de Metz », les Bénédictins.

     

     

     

    Anecdotes

     

    Si nous relevons, dans les « Chroniques de la Ville de Metz », Jean-François Huguenin, un, voire plusieurs récits concernant le sanctuaire, nous vous les donnons en intégralité ou vous les résumons. Ces récits, quelque peu naïfs, en nous apportant quelques détails supplémentaires, nous le font mieux connaître.

     

    Traditions populaires

     

    Nous empruntons au « Petit Dictionnaire des Traditions populaires messines », docteur Raphaël de Westphalen (R d W) certaines pratiques, certaines croyances, certains adages concernant le saint tutélaire.

SAINT-AMAND

 

Dénomination

 

« Sanctus Amantius - Ecclésia s.Amantii (Amancii) - S. Amandus - Ecclesia parrochialis s. Amancii in suburbio sancti Clementis - S. Aman -S. Amant : assez fréquent - S. Amand : nom ordinaire. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« Grâce aux dénominations cadastrales : clos Saint-Amand, Fontaine Saint Amand, Saint- Amand vigne, etc. .., qui remontent très haut, nous pouvons situer cette église au haut du Sablon, un peu au-delà de Saint-Laurent, sur le chemin qui conduisait de ce denier sanctuaire à Saint-Clément, à quelques mètres à l'est du Pont Amos. » (R-S B).

 

L'abbé Bour aurait pu appeler le pont par son vrai nom : pont Saint-Clément. Pardonnons-lui cette étourderie. Saint-Amand se situait donc approximativement au carrefour formé par le pont Saint-Clément, par les rues aux Arènes, Paul Diacre, du Graouilly et de Castelnau.

Patron tutélaire

 

« Il semble qu'à Metz on regardait comme titulaire de l'église Saint Amand, évêque de Maëstricht, apôtre des Belges, mort vers 679 et honoré le 6 février : tous les autres saints qu'on invoque dans les litanies de cette station appartiennent à cette région..." » (R-S. B.).

 

  

Amand, originaire de l'Aquitaine, naît dans le Poitou, vers 584. Plus précis, certains auteurs le font naître près d'Issoudun, en 595. D'une grande famille d'origine gauloise, il entre à l'École du Palais ; préfiguration aristocratique de l'École Nationale d'Administration. À sa sortie de l'École du Palais, il exerce la fonction d'adjoint au chancelier-référendaire, Ouen Dadon, et devient, par la suite, aumônier de Dagobert.

Au cours de l'année 626, Dagobert, contraint et forcé, épouse Gomatrude, la soeur de la reine Sichilde. Par son mariage, il devient ainsi le beau-frère de son père, Clotaire, deuxième du nom. Amand, l'aumônier, unit le jeune couple.

Mais, en 629, devenu roi à la mort de son père, il répudie Gomatrude pour convoler avec Nantilde, une femme de condition modeste.

Amand, intransigeant sur le chapitre de la morale, s'oppose à la répudiation de la reine : le roi ne peut être celui par qui le scandale arrive... Dagobert se refuse d'entendre raison et relègue son aumônier à Toulouse où réside Caribert, le frère du roi.

Amand profite de son exil pour évangéliser les Basques et les Gascons et pour fonder un monastère en Rouergue, selon son plus ancien biographe. Mais revenons à la seconde épouse de Dagobert.

Avant de l'épouser, le bon roi Dagobert lui impose un marché : ne se sentant pas l'âme d'un époux fidèle, il entend qu'aucune récrimination n'émanera d'elle quant à ses infidélités. Nantilde accepte le marché et, sa vie durant, respectera le contrat.

L'Histoire reconnaît trois concubines à Dagobert : Berthilde, la Neustrienne, qu'il rencontre à Orléans, Wulfgunde, l'Aquitaine, que son père Gélise, seigneur wisigoth, lui présente et Ragnétrude, l’Austrasienne, mère d'un roi et d'un saint, la plus discrète des concubines. Mais laissons la parole à Maurice Bouvier-Ajam, auteur d'une biographie de Dagobert :

 

« Dans l'entourage d'Anségisèle, Dagobert distingue la jeune noble Ragnétrude, qui devient sa maîtresse et est traitée à Metz comme à Trèves avec des égards royaux. De retour à Paris, le roi apprend que Ragnétrude est enceinte de ses oeuvres. Encore un scandale ? Que non ! Anségisèle et les évêques ses amis lui font savoir que les Grands ecclésiastiques et laïques d'Austrasie se réjouissent de cette nouvelle tôt répandue, que le peuple de Metz est en liesse : il y aura un prince austrasien, fils de celui qui fut Dagobert l'Austrasien, et d'une femme austrasienne. Nantilde elle-même, fidèle au pacte conjugal de douteuse moralité auquel elle a souscrit, félicite d'autant plus sincèrement son époux qu'il lui indique clairement que jamais un fils de Ragnétrude ou d'une concubine n'aura le pouvoir suprême sur la Francie.

Ragnétrude est conduite à Orléans, cité assez centrale où Dagobert a lui-même prévu toutes les conditions de confort et de soins requis pour l'état de la future mère.

C'est un garçon !

...Caribert accepte avec empressement d'être parrain du jeune Sigebert : il s'achemine sans délai vers Orléans : qu'on ne s'occupe surtout de rien, il se charge de tout et le baptême sera somptueux !

Dagobert arrive quelques jours après Caribert, qui a effectivement tout préparé. Il amène avec lui Eloi, Ega, Ouen et - pourquoi pas ? - la reine Nantilde et Landegisèle. Le référendaire Chadoin, qui fait la liaison entre le roi et les Burgondofarons depuis que ces derniers ont refusé d'avoir un maire du Palais, accourt pour représenter la Bourgogne.

Le baptême aura lieu à la cathédrale. L'officiant, dans ses plus riches atours sacerdotaux, attend le cortège royal sur le parvis. C'est Amand, désigné et amené ici par Caribert ! Dagobert lui donne l'accolade. Amand officie ; il bénit l'enfant royal, âgé de neuf jours, puis récite le Pater Noster. Et l'enfant - voyons donc - répond : Amen. Miracle ! L'enfant est un Elu du Seigneur, un saint ! Que grande est la bonté de la Providence qui veut que le fils d'un roi soit un saint ! Cet Amen, toute l'assistance l'a entendu, et Amand plus distinctement que les autres ! Voilà qui suffirait à rendre légitime la plus illégitime des naissances ! Tout cela est évident…

Et le soi-même, Amand est nommé évêque de Maëstricht, où Cunibert le fera acclamer par le clergé et par le peuple et d'où il pourra conduire l'évangélisation des Flandres. »

 

La critique moderne considère les récits de son plus ancien biographe comme légendaires et lui conteste même son élection au siège épiscopal de Maëstricht. Mais s'il devient effectivement évêque de cette ville, il n'occupe ce siège que pendant une période de trois ans. Ensuite, évêque itinérant, il voyage sans cesse et ne se repose que dans les monastères qu'il fonde dans les régions évangélisées.

Si nous lui attribuons la fondation du monastère d'Elnone, entre l'Elnon et la Scarpe, il en fait la base de départ de ses courses apostoliques ainsi qu'un centre d'instruction de ses missionnaires.

Apôtre des Flandres et du Hainaut, il meurt, très âgé, au monastère d'Elnone, le 06 février 679 (?). Après sa mort, cette fondation prendra le nom de Saint-Amand et formera l'embryon de la cité de  Saint - Amand-les-Eaux.

 

Stationnale

 

Vingt-septième station ; mardi de la quatrième semaine du Carême. Histoire

 

Histoire

 

« ... la charte de l'évêque Hériman en faveur de Saint-Clément, de 1090, lui donne le titre de paroisse. Ni Windric, ni Sigebert de Gembloux, ni l'abbé Richer, abbé de Saint-Symphorien n'en parlent Une aventure, arrivée en 1447 à l'évêque Conrad Bayer de Boppart, donne au chroniqueur l'occasion de la mentionner. » (R-S. B.)

 

Première mention du sanctuaire, dans le manuscrit 268 de la Bibliothèque Nationale. Il existait donc avant le milieu du neuvième siècle.

A qui devons-nous la dévotion à ce saint d'origine aquitaine, mais apôtre de la Belgique ? A Chrodegang, prélat messin, d'origine belge. Simple conjecture de ma part...

Chrodegang, notre trente-septième évêque (742-766), naît dans la Hesbaye, vers le début du huitième siècle, et fait ses études au monastère de Saint-Trond. Or, Saint-Trond dépend de l'Eglise de Maëstricht...

A moins que la fondation de ce sanctuaire ne revienne à l'un de nos maires du palais ? Un descendant de Pépin le Vieux, originaire de la Hesbaye...

Abandonnons la fondation de Saint-Amand pour nous intéresser à la collation de son bénéfice.

Le 03 mai 1090, veille de sa mort, Hermann, notre cinquante et unième évêque (1072 -1090), établit une charte en faveur de l'abbaye de Saint-Clément. Dans cette charte que nous transmet Martin Meurisse (Histoire des Évêques de Metz), il lui cède certains biens et lui en confirme d'autres. Parmi ceux -ci figure la paroissiale de Saint-Amand. En conséquence de quoi, nous pouvons affirmer que Saint-Clément, collateur ou patron (curé primitif) de l'église, en percevait les bénéfices et y nommait le curé (vicaire perpétuel).

Si le pouillé de 1360 ne mentionne pas le collateur de la paroissiale, celui de 1544, que nous devons à Hugues Nicolaî de Tavars, désigne l'abbaye de Saint-Vincent comme collateur. Dans le pouillé des Bénédictins (fin du dix-huitième siècle), nous lisons :

 

« Chapelle de St-Amant, transférée dans l'église de St-Vincent, située à l'autel de Ste-Croix. Depuis 1587, les institutions pour cette chapelle ont été données sur la nomination de l'abbé. »

 

Dans une note, en bas de page, l'abbé Nicolas Dorvaux nous apporte une précision :

« ... celle (la chapelle) de St-Amand était-elle seule à constituer un bénéfice distinct des revenus claustraux ? C'est tout ce qui restait de la paroisse de St-Amand, dont l'église ayant été détruite lors du siège de 1552, le titre fut éteint par l'évêque François de Beauquerre en 1557. »

 

A quel moment la collation du bénéfice de ce sanctuaire passe-t-elle de Saint-Clément à Saint-Vincent ? Consultons, à cet effet, les Preuves de l'Histoire de Metz de nos historiens, les Bénédictins :

 

« Le 15 mai 1192, le pape Célestin, troisième du nom, confirme les biens et les privilèges de l'abbaye de Saint-Vincent. Dans cette confirmation, nous lisons :

 

« ... cum appenditiis quas ex ipsa possidetis; Ecclesiam sancti Amandi apud Aneriacum, partem decimae... » »

 

Nous pouvons traduire :

 

« Ecclesiam sancti Amandi apud Aneriacum, ...”

 

par :

 

« l'église de Saint-Amand près d'Ennery... »

 

Comme il n'existe pas de sanctuaire dédié à saint Amand, soit à Ennery, soit dans le voisinage, il nous faut admettre que l'imprimeur ou le copiste omet la ponctuation entre « Amandi » et « apud ». Il s'agit, en fait, d'un point-virgule. Rectifions cette erreur :

 

« ... Ecclesiam sancti Amandi ; apud Aneriacum … »

 

« ... l'église de Saint-Amand ; près d'Ennery… »

 

La preuve de notre assertion nous est fournie par la lecture d'un texte que nous devons à notre cinquante-neuvième évêque, Bertram (1180-1212). Dans ce texte, Bertram confirme les biens et privilèges de l'abbaye de Saint-Vincent, et la paroissiale de Saint Amand n'y figure pas :

 

« ...Ecclesiam sancti Gorgonii ante Majorem Ecclesiam ; apud Aneriacum partem decimae...”

 

Entre « Ecclesiam » et « apud » figure le point-virgule. Que pouvons-nous déduire de ces deux textes ? En 1181, l'abbaye de Saint-Clément possédait encore la collation de la paroissiale de Saint-Amand, mais le 15 mai 1192, le pape Célestin la cède à l'abbaye de Saint-Vincent.

La destruction de la paroissiale Saint-Amand, comme nous le rappelle la Petite Chronique des Célestins, entre dans la stratégie militaire de François de Guise, au cours du mois d'août de l'année 1552.

 

Anecdotes

 

Evêque fugueur

Le 07 mai 1447, une conférence se tient dans le Quartier des Basiliques, près de la porte aux bacons de l'enceinte de l'abbaye de Saint-Clément. Elle doit mettre fin à la guéguerre qui oppose l'évêque de Metz, Conrad Bayer de Boppart, à l'abbé de Gorze. Participent à cette conférence l'évêque de Metz susnommé, Jacques de Gerbéviller, abbé de Gorze, et Joachim Rowault, commandant d'un corps de troupes françaises et protecteur de l'abbaye de Gorze. L’entrevue se déroule sous les meilleurs auspices, et les protagonistes concluent un accord. Mais, à la sortie, Joachim Rowault veut s'assurer de la personne du prélat et lui tend une embuscade. Ce dernier ne doit son salut qu'à la vitesse de son cheval. Et le chroniqueur de conclure :

 

« ... et subitement, faisant signe de volloir parler à aulcuns de ses officiers, tout à cheval se despartit et frappa si bien des éperons par le chemin où la fontaine de l'hospice vient, de costé St Amand, qu'il fut au Champapane en peu d'heure et arriva par la porte St Thiebault à Metz. »

 

Curé farceur

Le 28 juillet 1449, sire Domange Begin, curé de Saint-Amand, achète un petit cheval et le règle vingt- deux sous. Ce cheval, attelé à une charrette, lui permettra de récolter les dîmes de sa paroisse. Sur ces entrefaites, Dediet, dit Grossemaire, le marchand, rencontre Domange et son acquisition et se gausse de cette dernière :

 

« Comment, dit-il, votre cheval, incapable de tirer une charrette vide, pourrait-il traîner une charrette pleine ? »

 

Domange, sans se départir de son calme et de sa bonne humeur, demande à Grossemaire de déposer, sur la charrette, la meilleure cuve de vin de son cellier pour la mener jusqu'à Saint -Amand. S'il échoue dans sa tentative, il lui donnera le cheval, la charrette et les harnais. Le marchand tient le pari et lui remet une cuve de vin d'une valeur de cinquante sous. La cuve de vin chargée et le petit cheval attelé, le curé monte sur ce dernier et prend la direction de Saint-Amand, accompagné de Grossemaire. Celui-ci perd son pari et, beau joueur, se moque de lui-même, comme nous l'apprend le chroniqueur :

 

« ... et en fist ledit Dediet de luy meysme mocquerie disant que ceulx qui veullent se mocqueir d'aultruy, sont les premiers prins et mocqués le plus souvent. »

SAINT-ANDRÉ

 

Dénomination

 

« S. Andreas - Ecclesia sancti Andreae - Ecclesia S. Andree extra muros - S. Andreas - Prioratus sancti Andree - S. Andreu - S. Andrieu - S. Adrieu au Champts.

Le titulaire est l'apôtre de ce nom, le frère de saint Pierre. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« L'église était située au delà de Saint-Clément, dans la direction de la Horgne, sur une petite élévation du terrain près de la tranchée actuelle du chemin de fer. Le souvenir en est conservé dans différentes anciennes dénominations du cadastre et des actes : ban Saint-André, clos Saint-André, moulin Saint-André, étang et rue de l'étang Saint-André, fontaine Saint-André, croix de Saint-André (cette dernière date de 1866) ; l'église a dû se trouver quelques mètres en arrière. »(R-S B)

 

Selon R-S B, le prieuré se situait donc près du pont de la Horgne. Quant à nous, nous le localisons quelque peu au-delà de l'angle formé par les rues du Lavoir et Saint-André.

Patron tutélaire

 

André naît à Bethsaïda, exerce, comme son frère Pierre, le métier de pêcheur et possède une maison dans la ville de Capharnaüm, sur les bords du lac de Tibériade. Était-il marié, comme son frère, ou célibataire ? Nous l'ignorons.

  

« Un matin, en compagnie de Jean, le futur évangéliste, il se trouvait auprès du Précurseur lorsque celui-ci, voyant passer Jésus, le leur montra en disant :

 

« Voici l'agneau de Dieu. »

 

Aussitôt, l'un et l'autre, s'éloignant du Baptiste, suivirent Notre-Seigneur. Après un entretien de quelques heures avec leur nouveau maître, qui venait de se révéler à eux André, dans son ravissement, se hâta de chercher son frère Simon et, dès qu'il l'eut rencontré, il s’écria :

 

« Nous avons trouvé le Messie, »

  puis il l'amena à Jésus...

...Devenus les amis de Jésus, André et Simon ne cessèrent pas pour cela de se livrer à leurs occupations habituelles, mais plus tard, un second appel devait les attacher définitivement à leur maître d'une façon stricte et officielle. Un jour, en effet, Jésus, arrivant sur la rive du lac, aperçut les deux frères qui jetaient leurs filets dans les eaux et leur dit :

 

« Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. »

 

Et eux, aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent pour ne plus se séparer de lui. » (V d S)

 

L'Eglise grecque surnomme André « le premier appelé » - titre que lui conteste l'Eglise latine - et le considère, de ce fait, comme le premier des Apôtres.

Après la Pentecôte, selon Eusèbe, les Apôtres se partagent les régions qu'ils doivent évangéliser. Dans ce partage, la Scythie échoit à André,

 

« tandis que saint Jérôme et Théodoret ont écrit que la Grèce ou plus strictement l'Achaïe fut le théâtre de sa prédication. » (V d S)

 

Lors de son passage en Thrace, André sacre lui-même le premier évêque de Byzance, Stachys, l'un des soixante-douze disciples du Christ. Dans leurs « Acta sanctorum », les bollandistes réfutent cette assertion qui conteste la primauté du siège apostolique de Rome et le confère à celui de Constantinople.

Vers la fin du premier siècle, « le premier appelé » meurt à Patras ; dans l'Achaïe, attaché à une croix en forme d'X (la fameuse croix de saint André), la veille des calendes de décembre, soit le 30 novembre.

 

Stationnale

 

Non.

 

Histoire

 

La plus ancienne mention de ce sanctuaire, nous la trouvons dans une charte d'Adalbéron, premier du nom, notre quarante-sixième évêque (929-962). Dans cette charte, Adalbéron incorpore, au cours de l'année 953, le prieuré Saint-André à l'abbaye Saint-Clément. Mais laissons la parole aux Bénédictins :

 

« Sept ans après l'introduction de la réforme à S. Clément, Adalbéron, charmé du bon ordre qui y régnait, lui unit l'Eglise de S. André, avec pouvoir à l'Abbé d'y mettre des Religieux. Cette Eglise était située au-delà de S. Pierre-aux-arenes (sic), tirant vers la porte Mazelle, et il y eut durant plusieurs siècles un Prieuré conventuel, dans lequel la régularité s'observait aussi exactement que dans l'Abbaye même de S. Clément.

Le Pape Innocent III, par une Bulle datée du dixième des Calendes de Juillet, c'est-à-dire du 22 juin 1207, défendit, sous peine d'excommunication, à tout Archevêque, Evêque et Clerc, d'y introduire des femmes séculieres (sic), mais même des Religieuses : trait qui prouve que ces dernieres (sic) n'étaient point alors cloîtrées comme elles le sont de nos jours. Ce Prieuré fut détruit en 1552, à l'approche de l'arrivée de Charles-Quint pour assiéger Metz. »

 

Dans une note en bas de page, les Bénédictins, nos historiens de Metz, nous donnent une précision complémentaire, et je vous la cite :

 

"Cette union fut confirmée par Innocent II, en 1139, par Innocent III, en 1207, et par Grégoire IX, en 1233. »

 

Dans leurs « Preuves de l'Histoire de Metz », ils ne nous donnent que la copie de la première bulle pontificale qu'Innocent II, le serviteur des serviteurs de Dieu, adresse à son cher fils, l'abbé Simon, surnommé le Père des Pauvres. Elle porte la date du 27 avril 1139.

Avant de nous intéresser à la fondation du sanctuaire de Saint-André, revenons à l'emplacement que les Bénédictins situent « au-delà de S. Pierre-aux-arenes, tirant vers la porte Mazelle ». Si nos historiens se trompent, j'ignore sur quoi ils se fondent pour avancer une telle assertion. Quant à Roch -Stéphane Bour, il place le prieuré « dans la direction de la Horgne, sur une petite élévation du terrain près de la tranchée actuelle du chemin de fer », en s'appuyant sur le nécrologe de l'Abbaye Saint-Clément, nécrologe des douzième et treizième siècles. Quant à nous, nous le localisons quelque peu au-delà de l'angle formé par les rues du Lavoir et Saint-André.

La plus ancienne mention de ce sanctuaire remonte à l'année 953. Comme il ne figure pas dans la liste stationnale de l'Eglise de Metz (manuscrit 268 de la Bibliothèque Nationale), nous pourrions en déduire qu'il voit le jour entre le milieu du neuvième et le milieu du dixième siècle. Le fait que le manuscrit précité ne le mentionne pas comme église stationnale ne nous autorise pas à nier sa fondation et son existence avant le milieu du neuvième siècle. Saint Pierre-le-Vieux, l'un des plus anciens sanctuaires du groupe cathédral, sinon le plus ancien, dont la légende attribue la fondation à Clément, l'apôtre messin, ne figure pas dans la liste stationnale de l'église de Metz, alors qu'il est antérieur à la première moitié du septième siècle. En outre, une église, dédiée à un apôtre, possède souvent une origine antérieure au neuvième siècle.

La destruction du prieuré Saint-André, comme nous le rappelle la Petite Chronique des Célestins, entre dans la stratégie militaire du duc François de Guise, au cours du mois d'août de l'année 1552.

 

Anecdotes

 

Haut fait d'armes

La guerre, dite de la Hottée de Pommes oppose, de 1427 à 1430, la ville de Metz au duc de Lorraine, Charles, deuxième du nom.

Le 08 juin de l'année 1429, quinze cents cavaliers, « bien armés et equippés » ainsi qu' «  environ cinq mille hommes à pied » fauchent « les bleds qui estoient moult belz (beaux), par devers St Andrieu, jusques aupres d'Augney ».

Ce haut fait d'armes, nullement spécifique à l'armée ducale de Lorraine, caractérise bien les armées de l'époque : le plaisir de détruire, sans risque aucun, et la pillerie.

 

Destruction du pont de Magny

Toujours dans une guerre qui oppose la ville de Metz au duc de Lorraine, René d'Anjou, premier du nom, allié au roi de France Charles, septième du nom, les magistrats messins décident, par ordonnance de justice du 27 octobre 1444, de brûler « tous les mainoirs de la prioré de St Andreux » et de détruire « le pont de Maignez ».

Ce qui nous donne à penser que les habitations du bourg Saint-André étaient, en ce milieu du quinzième siècle, des maisons à colombage.

 

Futur pape, abbé de Saint-Symphorien

Abandonnons les affaires militaires pour nous intéresser aux affaires religieuses. Jean Joffrey, cardinal d'Alby, avait impétré[1], en cours de Rome, l'abbaye Saint-Symphorien. A sa mort, survenue en 1473, les religieux bénédictins élisent leur abbé et portent leur choix sur Thirion Barret. Le pape Sixte, cinquième du nom, ne reconnaît pas Thirion et lui substitue son propre neveu, Giuliano della Rovere - le futur pape Jules, deuxième du nom. Giuliano cède ensuite son droit à Jacques de Froville.

« Le lundy de la st. Jehan Baptiste » de l'année 1479, Jacques de Froville, pourvu de « certains mandemens apostoliques » vient prendre possession de l'abbaye Saint-Symphorien Les religieux bénédictins s'y opposent.

Obligée d'intervenir dans cette affaire délicate, la justice messine prend avis d'un conseil composé de chanoines et de religieux ; parmi ces derniers, je ne trouve aucun religieux bénédictin. Après avoir pris connaissance des mandements, les seigneurs justiciers et le conseil décident d'un accord transactionnel entre les protagonistes : Jacques de Froville prend possession de l'abbaye Saint-Symphorien ; Thirion Barret reçoit, en compensation, une somme d'argent, d'autres revenus à Vic, le prieuré d'Augny et celui de Saint-André.

 

Traditions populaires

 

«Saint André : 30 novembre.

 

Mieux vaut Saint-André sec que mouillé, affirmaient les anciens.

 

La neige le jour de Saint-André

Fait beaucoup de mal au blé.  

 

A la Saint-André, la nuit l'emporte sur le jour qui suit - nous dit un vieux dicton.

 

Le saint était invoqué des filles aspirant au mariage et des parturientes.

 

J'entends encore cette brave campagnarde s'écrier au milieu de ses douleurs :

 

« Oh, bon saint André, faites qu'il sorte aussi vite qu'il est entré ! ».

 

Une jeune fille qui, par hasard, trouvait une pomme le jour de la Saint-André, la pelait avec soin pour obtenir une pelure bien longue. Elle jetait la pelure en arrière par dessus la tête, puis regardait quelle lettre d'alphabet le ruban avait formé. La lettre indiquait l'initiale du nom ou du prénom du futur époux.

 

La fille désireuse de voir en songe son futur mari, semait, au moment de se coucher, sous l'oreiller quelques grains d'avoine et de lin et priait ainsi :

 

« Grand saint André faites que je voie en mon dormant

Celui que j'aurai pour amant. » 

 

D'autres se contentaient de dire trois fois :

 

"Saint André,

Faites-moi voir

Celui que je dois avoir ». (R d W)



[1]Impétrer : obtenir (qqch) de l'autorité compétente, à la suite d'une requête

 

LES SAINTS-APÔTRES / SAINT-ARNOULD / SAINT-JEAN

 

  • voir Saint-Arnould

     

    Patron tutélaire

     

    La dévotion aux Apôtres remonte au quatrième siècle.

    Nous devons à la générosité de l'empereur Constantin ainsi qu'à celle de la famille impériale, l'édification, à Rome, de la basilique des Saints-Apôtres (aujourd'hui Saint-Sébastien).

    A Constantinople, Constantin prépare sa sépulture dans l'église des Douze Apôtres.

SAINT-ARNOULD / LES SAINTS-APÔTRES / SAINT-JEAN

 

Dénomination

 

« D'après la légende, saint Patient, quatrième évêque de Metz et disciple de saint Jean l'Apôtre, aurait dédié à son Maître, qui l'avait envoyé dans nos régions, l'église qu'il avait fait construire sur une petite élévation, au sud de la ville. Il est vraiment étonnant qu'on s'en tienne encore aujourd'hui à un récit qui est privé de tout fondement sérieux. Et cependant les documents authentiques parlent un langage très clair. Voici ce qu'ils nous disent par rapport au nom de notre église.

Jusqu'en 715, elle portait exclusivement le nom des Saints Apôtres. L'écho s'en retrouve jusqu'au XVIe siècle.

Deux ans après, en 717, paraît pour la première fois celui de Saint-Arnould. Ce changement est le résultat de la translation qu'on y a faite de ses reliques, vers 641. Cependant, pendant quelque temps encore, le premier nom se maintient à côté du second, soit sous sa forme primitive soit sous une forme un peu modifiée. Parfois aussi on nous avertit que le deuxième vocable n'est pas le vocable primitif. Souvent celui de Saint-Arnould est seul employé. Saint Jean, dont le nom tout d'abord est encore mêlé à celui d'autres Apôtres, est déclaré officiellement le premier et principal titulaire lors de la consécration, en 1049, de la nouvelle église par le pape Léon IX.

En pratique, le nom de l'ancêtre des Carolingiens reste le nom usuel : Saint Arnauld.

Cette suite chronologique des vocables a laissé des traces dans les invocations des litanies à la station qui se faisait dans notre église le dernier jour des Rogations.»(R-S B)

 

Roch-Stéphane Bour conteste donc à notre sanctuaire sa première dénomination, celle de Saint-Jean, qu'admettent, par contre, des auteurs tels Prost, de Bouteiller, Kraus, Wolfram, Chatelain, Bégin. Mais force lui est de reconnaître que Jean l'Evangéliste est « le premier et principal titulaire lors de la consécration, en 1049 ».

Nicolas Dorvaux nous confirme, dans ses Pouillés, cette place de Jean comme premier titulaire :

 

« En 1049, Léon IX fit la dédicace de l'église que l'abbé Varin venait de rebâtir, sous l'invocation de St Jean l'Evangéliste, des douze Apôtres et de St. Arnoudld... »

 

Dans une note en bas de page, le même auteur se réfère au Père Benoît Picart :

 

« La tradition est que St Patient, quatrième évêque de Metz, fit bâtir une église en l'honneur de St Jean l'Evangéliste... On l'appela ensuite l'église des Douze Apôtres, enfin St-Arnou, lorsque St Goëry eut transféré le corps de ce saint évêque. »

 

Sous l'abbatiat de Wuillaume II ou Walon (1050-1097), un moine de Saint-Arnould nous fait part de cette tradition que nous relatent les Bénédictins :

 

« Du temps de Walon, un moine de S. Arnoul, assez mauvais écrivain, fit un petit ouvrage plein de fables, touchant l'origine de l'Eglise de cette Abbaye. Il dit que S. Patient, quatrième évêque de Metz, et disciple de saint Jean l'Evangéliste, ne voulant point quitter son maître sans avoir de ses reliques, cet Apôtre s'arracha une dent, la lui donna, et l'envoya ensuite prêcher l'Evangile dans le Pays messin ; que saint Patient étant arrivé à Metz, y bâtit une Eglise sous l'invocation de saint Jean, de son vivant même, et qu'elle en porta le nom, jusqu'à ce qu'elle prit celui de saint Arnoul. »

 

Dans le paragraphe « Patient, quatrième Evêque de Metz » de leur Histoire de Metz, les Bénédictins nous relatent la fondation de l'église Saint-Jean :

 

« Quoi qu'il en soit, l’Eglise de S. Jean, dite depuis de S. Arnoul, l'une des plus belles et des plus riches de la Province, était située au Midi de la Ville, derrière la Citadelle, dans un canton appelé le Champapane, à l'endroit précisément où l'on voit encore la base d'une Croix de pierre érigée dans l'emplacement du Maître-Autel. Comme les Eglises construites par S. Clément ne se trouvoient pas alors assez vastes pour contenir tous ceux qui avaient embrassé le Christianisme. S. Patient destina celle-ci à servir de Cathédrale. Elle fut employée à cet usage jusqu'à ce qu'elle fut détruite par Attila en 451. Quelque temps après on la rebâtit, et même avec certaine magnificence... »

 

Après la translation des reliques de notre vingt-neuvième évêque, vers l'année 641, Saint-Arnould prend donc le relais des Douze Apôtres. Mais à quel moment et pour quel motif cette dénomination prend-elle la place de Saint-Jean ?

Il nous est impossible de situer, dans le temps, ce changement de dénomination, puisque aucun document n'en fait mention.

Quant au mobile... Il existait à Rome, sur la voie appienne, un sanctuaire dédié aux Douze Apôtres - aujourd'hui, basilique Saint-Sébastien. Au cinquième siècle, elle servait d'église stationnale, et le pape y célébrait la messe, le vendredi des Quatre-Temps de Carême.

Mais nous trouvons également un sanctuaire, dédié aux Saints -Apôtres, à Constantinople : nécropole des empereurs byzantins dont la construction remonterait à l'empereur Constantin le Grand (285 env. - 337). Comme Saint-Amould, le Saint-Denis messin, servait de nécropole aux familles royales de la première et de la deuxième génération, les princes austrasiens voulurent-ils se faire inhumer, à l'instar des empereurs byzantins, dans un sanctuaire où pas moins de douze saints - et non les moindres - leur servaient d'intercesseurs ...

 

Emplacement

 

« L'emplacement de l'église des Saints-Apôtres a pu être déterminé avec toute la précision désirable lors du nivellement des remparts en 1902 et 1903, où on a pu découvrir les restes de la vieille crypte romane cachée sous la lunette d'Arçon placée à gauche du chemin qui conduisait à Montigny. Cet emplacement correspondait exactement à la moitié gauche ou orientale de la façade de l'hôpital Bon-Secours et se continuait vers l'est, sur toute la largeur de la route de Verdun, qui à cet endroit est double. » (R-S B)

En compagnie du même auteur, assistons à l'assassinat de l'une des plus grandes personnalités du monde barbare :

 

« Brunehaut fut torturée pendant trois jours. On l'assit, en signe d'opprobre, sur un chameau et on la livra aux outrages de l'armée. Enfin on l'attacha par les cheveux, un bras et un pied, à la queue d'un cheval, que les coups de fouet entraînèrent dans une course rapide, et bientôt son corps ne fut plus qu'une loque informe. »

 

Les lambeaux de son corps furent brûlés et non ensevelis.

Après avoir pris connaissance de ce fait, peu glorieux, de la vie de notre vingt-neuvième évêque, consultons, à présent, le Dictionnaire hagiographique, qui n'en dit mot de cet acte de barbarie :

 

« Saint, évêque, mort vers 640. Courtisan important des rois d'Austrasie, il se décida pour la vie monastique à Lérins. Son épouse elle aussi prit le voile. Arnoul fut nommé évêque de Metz, vers 616. Quelques années avant sa mort, il se retira dans un ermitage près de 1’abbaye de Remiremont »

 

Michel Mourre, dans son Dictionnaire d'Histoire universelle, le fait monter, vers 611/612 sur notre siège épiscopal :

 

  

« Père d'Ansegisel et aïeul de Pépin de Herstal, il est l'ancêtre de la dynastie des Carolingiens (parfois appelés Arnulphingins). Evêque de Metz, vers 611/12, il fut un des conseillers de Dagobert Ier d'Austrasie puis choisit vers 627 de se faire ermite dans les Vosges. »


Stationnale

 

Trente-cinquième station ; mercredi de la cinquième semaine de Carême ou mercredi de la Passion.

 

Histoire

 

« Les commencements de l'église sont obscurs. Le plus ancien témoignage de la tradition, qui en attribue la fondation à saint Patient, est une note marginale faite au nom du saint dans le catalogue des évêques de Metz inséré dans le sacramentaire de Drogon vers 850, et datant de la même époque :

 

« ipse (= Patiens) construxit ecclesiam sancti arnulfi ubi ipso requiescit . »

 

Avant la translation définitive du siège épiscopal à l'intérieur de la ville (à Saint-Etienne), l'église des Saints-Apôtres aurait servi de résidence temporaire à quelques-uns de nos évêques. Je ne vois pas de raisons sérieuses de nier cette résidence temporaire attestée par le Petit cartulaire de l'abbaye. Elle est également admise par Prost et d'autres qui expliquent dans ce sens une particularité de la cérémonie des Rameaux. » (R-S B)

 

Dans une note en bas de page, l'auteur précité nous précise que :

 

« La veille des Rameaux, l'évêque devait se rendre à Saint-Arnould, y prendre un bain, coucher dans la chambre de l'abbé et partir de là avec son cortège pour la procession. »

 

Reprenons le cours de l'histoire de l'abbaye, en compagnie du même auteur :

 

« Voici maintenant les grandes dates de cette église...

  • Destruction de l'édifice par les Huns attestée formellement par le Petit cartulaire de Saint-Arnould et implicitement par Grégoire de Tours (mort en 594).

  • Reconstruction sur le même emplacement à l'époque mérovingienne et installation d'une communauté de clercs vivant peut-être d'après une règle monastique.

  • Nouveaux travaux projetés et probablement commencés par l'évêque Drogon, en vue de réformer les clercs.

  • Reconstruction de l'abbaye - en dehors de l'église - par l'abbé Anstée et installation des Bénédictins sous Adalbéron 1 (929-962) en 942.

  • Travaux de réparations sous l'évêque Robert (883-917), dont nous ne connaissons pas autrement ni l'étendue, ni le caractère.

  • Nouvelle église élevée d'après un plan plus grandiose, par l'abbé Warin, et consécration solennelle en 1049, par Léon IX.

  • Incendie en 1097 sur lequel nous ne sommes pas autrement renseignés.

  • Travaux entrepris en novembre 1541 sous l'abbé Pierre Michel pour « voulter » la nef de l'église.

  • Destruction de l'abbaye et de son antique église par le duc de Guise en 1552 ; translation des moines au couvent des Frères-Prêcheurs, qui prit à la suite le nom de Saint-Arnould. » (R-S B)

  •  

    Nicolas Dorvaux, dans les Pouilles du Diocèse de Metz, nous donne quelques détails supplémentaires, concernant l'abbatiale :

     

    "L'église de cette abbaye étant sous l'invocation de St Arnould, tige des rois de France de la seconde race, plusieurs princes et presque tous les grands du royaume d'Austrasie voulurent y être enterrés. On y voit encore le tombeau de la reine Hildegarde, épouse de Charlemagne, et celui de Louis le Débonnaire, son fils. Ils embellirent en conséquence cette église au point qu'elle devint une des plus belles du pays : elle était peinte en son entier, deux rangs de colonnes de marbre régnaient de chaque côté, chaque colonne était ornée d'une table de marbre enrichie de pierres précieuses et couverte d'or et d'argent, richesses qui furent emportées par les barbares qui détruisirent cette église au IXe siècle. La munificence des princes ne se borna pas à l'embellissement de l'église : ils enrichirent aussi l'abbaye...

    Vers le milieu du Xe siècle, Adalbéron Ier, évêque de Metz, voyant que ceux qui occupaient l'abbaye de St-Arnould et qui devaient y pratiquer la règle de Chrodegand, scandalisaient tout le monde par leur conduite, les en chassa et mit à leur place, du consentement d'Otto Ier, des religieux bénédictins qu'il tira de l'abbaye de Gorze, qui apportèrent à St-Arnould le goût des sciences avec celui de la régularité : leur école devint en peu de temps si florissante qu on y recourait non seulement des pays étrangers, mais encore de la Saxe et de la Bavière, et il en sortit un grand nombre d'élèves d'un mérite distingué, dont plusieurs furent élevés à l'épiscopat et d'autres choisis pour abbés dans divers monastères. Léon IX fit la dédicace de l'église que l'abbé Varin venait de rebâtir, sous l'invocation de St Jean l'Evangéliste, des Douze Apôtres et de St-Arnould, et défendit par une bulle qu'aucun prêtre célébrât la messe sur le grand autel, à moins qu'il ne fut évêque ou abbé, privilège qu'il accorda à sept religieux de la maison, qui furent appelés cardinaux et au princier, doyen et grand-archidiacre de la cathédrale de Metz. L'empereur Charles IV confirma tous les biens et privilèges de cette abbaye en 1356 et à l'abbé le titre de chapelain de l'Empereur, dont ses prédécesseurs jouissaient depuis plusieurs siècles. En 1538, Pierre Michel, natif de Metz, personnage d'un grand mérite et abbé de St-Arnould, obtint de Paul Ill une exemption pleine et parfaite de toute juridiction épiscopale pour son abbaye, selon qu'elle en jouissait déjà par concession du pape Nicolas V. »

     

    Après Nicolas Dorvaux, consultons les Bénédictins. Dans leur Histoire de Metz, ils consacrent plusieurs chapitres à l'abbatiale Saint-Amould :

     

    « Peut-être aurions-nous de quoi l'éclaircir, si la découverte qui a été faite vers le milieu du treizième siècle, dans l'Eglise de S. Arnoul, avoit été examinée de plus près. Nous lisons, dans une espece de Procès-verbal, tiré des Archives de cette Abbaye, que plusieurs Princes, Ducs, Comtes et autres personnes de distinction, ont été inhumés dans le choeur de cette Eglise qu'ils y sont restés dans l'état, où ils avaient été mis jusqu'au tems de l'abbé Thiébaut (1231­1252) et que cet Abbé faisant travailler, en 1239, à l'agrandissement du choeur, pour y mettre de nouveaux stalles (ce nom a été longtemps masculin), les ouvriers découvrirent vingt-deux tombeaux. Les habits de soie, les sandales, les gands (s'agit-il des gants ou des glands ?), les anneaux, les sceptres et les couronnes, trouvés dans quelques-uns, ne permirent pas de douter qu'ils renfermaient les cendres de quelques Rois. On y trouva aussi quelques corps de femmes, revêtus d'habits Royaux, et dont les cheveux descendaient jusqu'aux genoux. On y découvrit enfin quatre petits cercueils, dans lesquels il y avoit quatre enfants couverts d'une fine toile de lin. On ajoute qu'il y avoit des Epitaphes pour chaque personne, mais qu'elles étoient tellement effacées qu'on n'avoit pu les lire. On mit au milieu du choeur tous ces ossements sous une seule tombe, sur laquelle on grava ces mauvais vers .... » J’ai conservé l’orthographe du siècle.

     

    Concernant la bulle de Léon IX, les Bénédictins nous donnent une précision complémentaire :


  • « Léon y accorde à l'Abbé Warin et à ses successeurs l'usage des sandales et de la dalmatique, aux principales Fêtes de l'année, et pour rendre l'anniversaire de cette Dédicace plus solemnelle, il établit, sous le bon plaisir de l'empereur Henri III, une foire annuelle près de l'Eglise du monastère. »

     

    L'usage des sandales et de la dalmatique correspondait à un honneur que les papes accordaient à certains dignitaires de l'Eglise.

     

    « On appelle aussi sandales (sic) la chaussure du Pape et des Evesques quand ils officient, telles qu'on croit avoir été portées par St. Barthélemy », si nous nous référons à Antoine Furetière.

     

    Quant à la dalmatique, consultons Michel Mourre :

     

    « Cette tunique, dont le nom fut sans doute une indication d'origine, fit partie dès le IIe s. du costume d'apparat des empereurs romains ; au IIIe s, elle était portée par les gens de distinction comme une tunique de luxe, entre la tunique de lin et le vêtement de dessus. Dans l'Eglise, au IVe s, seuls le pape et ses diacres avaient droit à ce vêtement d'honneur. Au Ier s, tous les évêques la portaient : c'était alors une tunique blanche, pourvue de larges manches ; deux bandes de couleur pourpre tombaient devant et derrière les épaules jusqu'aux pieds, et des bandes analogues ornaient les manches près du poignet. À partir du XIIe s, la dalmatique commença à raccourcir et elle prit peu à peu la forme d'un scapulaire, avec une ouverture pour la tête et deux ailerons retombant sur les bras. »

     

    Toujours concernant la dalmatique, recourons à Antoine Furetière :

     

    « ... les Empereurs et les Rois dans leurs Sacres et aux grandes ceremonies étoient vestus de dalmatique. Cet ornement n'appartenoit autrefois qu'aux Diacres de l'Eglise de Rome. Les autres ne la pouvoient porter que par un indult et concession du Pape dans quelque grande solemnité. Herbert dit que la tunique étoit le propre des Sousdiacres, la dalmatique des Diacres, et la chasuble des Prestres. Le Pape Zacharie avoit coustume de la porter sous sa chasuble, et les Evesques en portent encore...

    ...Alcuin dit que le Pape Sylvestre en introduisit le premier l'usage dans l'Eglise ; mais elle étoit differente de celle d'à présent. Elle étoit faite en forme de croix, avait du costé droit des manches larges, et du costé gauche de grandes franges, lesquelles signifiaient, suivant ce que dit Durandus, les soins et la superfluitez de cette vie. On n'en mettoit point par conséquent au costé droit, à cause que l'autre vie en est exempte. » J’ai conservé l’orthographe du siècle.

     

    Mais poursuivons et terminons l'histoire de l'abbaye, en compagnie des Bénédictins :

     

    « Quelque temps auparavant, Raoul - Raoul de Coucy, notre soixante-seizième évêque, qui monte sur notre siège épiscopal le 6 janvier 1388 - avoit obtenu les bulles de commende pour l'Abbaye de sainct Arnoul, et s'étoit présenté pour en chasser Renauld de Roucelles ; mais l'Abbé élu se défendit, de manière que Raoul se désista de son injuste entreprise par acte du 9 Octobre de la même année 1393. »

     

    Anecdotes

     

    Bougre... d'abbé

    Au cours de l'année 1401, les moines de Saint-Amould élisent Jehan Roillenat abbé de leur monastère. Pour obtenir la confirmation de son élection, le nouvel élu verse 6 000 francs à Raoul de Coucy ainsi que 1 000 francs aux officiers du prélat messin. La même année, quelques moines, mécontents de leur sort, tentent de se débarrasser de leur supérieur, l'accusent de « bougrerie »[1] et soumettent son cas à Raoul de Coucy, évêque de Metz. Ce dernier, profite de l'aubaine qui lui permettrait de percevoir à nouveau 6 000 francs, du fait d'une nouvelle élection, et cite l'abbé de Saint -Arnould à comparaître devant lui, à Vic.

    Comme Jehan Roillenat ne se rend pas à Vic, l'évêque de Metz fait publier, le dimanche 23 avril 1402, dans toutes les églises paroissiales de la Cité messine, une lettre dans laquelle il le déclare contumace et l'excommunie. L'abbé excommunié appelle de cette sentence près les seigneurs justiciers de la ville et se défend d'avoir péché contre nature.

    Nicole de Laitre, échevin du Palais, se rend à Vic, rencontre le prélat messin et lui signifie que, juge et partie dans cette affaire, il ne peut que revenir sur sa décision et s'en remettre soit à l'archevêque de Trèves, soit au pape. Et l'évêque lui répond que cette affaire est de son ressort et qu'il n'y a pas de pape. En le quittant, Nicole de Lattre lui rappelle que « Nous avons un archevesque à Tréve et un pape à Rome. »

    Dans cette affaire, un laïc s'en remet au pape de Rome, tandis qu'un membre de la hiérarchie catholique le renie ... En cette année 1402, le Grand Schisme sévit en Occident. Boniface IX et son Sacré -Collège, soutenus par l'Empire, par l'Angleterre, par la Flandre, par les Etats scandinaves, par la Hongrie et par l'Italie, siègent à Rome. En Avignon, Benoît XIII et son Sacré-Collège, soutenus par la France, par la Castille, par le Portugal et par I'Ecosse, y tiennent séance. Le rejet du pape de Rome par Raoul de Coucy s'explique par le fait que ce dernier doit à Clément VII, prédécesseur de Benoît XIII sa nomination à notre siège épiscopal. Les historiens de l'Eglise considèrent ces deux papes d'Avignon comme des antipapes. Après cette digression, revenons à Metz.

    Le 15 juin 1402, jour de la Saint-Vite (alias Saint-Guy), plusieurs seigneurs justiciers de la Cité messine se rendent à l'église paroissiale du même nom - sanctuaire détruit lors de la construction de la Citadelle. Après l'Offertoire, Nicole de Laite monte en chaire pour y défendre l'honneur de Jehan Roillenat et dénonce, dans une longue diatribe, la collusion d'intérêt entre l'évêque de Metz et les moines rebelles.

     

    Anneau de Saint-Arnould

    Le 16 août de chaque année, jour de la fête de Saint-Arnould, les chanoines du chapitre cathédral, accompagnés de leurs collègues de Saint-Sauveur, se rendent à Saint-Arnould pour y entendre la messe. A cette occasion, ils sortent, de leur Trésor, l'anneau du saint évêque messin et l'exposent, dans l'abbatiale, à la vénération des fidèles.

    En 1462, un différend oppose les deux chapitres aux autorités messines. Bannières en tête les chanoines quittent la ville et se réfugient à Pont-à-Mousson. Quelques chanoines ne suivent pas le mouvement et, le 16 août, se rendent à Saint-Amould pour y entendre la messe, mais sans emmener avec eux la bague de notre vingt-neuvième évêque :

     

    « ...de quoy l'abbé dudit lieu, avant la messe, fist protestation par instrument contre les dits chanoines de ce qu'ilz n'avaient aparté ledit antel (anneau), comme faire debvoient. »

     

    Les chanoines expliquent à l'abbé que les dissidents avaient emporté les clefs du trésor :

     

    « Ce fait, ledit abbé et lesdits chainoines eulrent escord (accord) ensemble et chantant la messe comme les aultres fois. »

     

    Procession des Palmes

    « Le jour de paisques florie, qu'on dit les palmes (dimanche des Rameaux de l'année 1481), le reverendissime George (Georges I de Bade), evesque de Mets, ordonna de faire la grande procession des palmes à St Arnoult, qui n'avait esté faicte depuis cent quatre ans par avant ; et alla couchier, le sabmedy soir, à Sainct Arnoult et fut logié en la chambre l'abbé et couchié en son lit Et le lendemain, lui meysme fisc l'office et benist les palmes. Et à la procession furent tous les chainoines, curez et presbires des paroisches avec les seigneurs, bourgeois et peuple de Mets : et fut fait le sermon en la grant crawée (crypte ?) de Sainct Arnoult, et fisc la predication frère Jehan Philippe, general de l'ordre des freres de l'Observance. Et apres vint à porte Sezrpenoize qui estait close et fermée : et sus la porte estaient les dames de Saincte Glodsine (Glossinde), Sainct Pierre et Saincte Marie.

    Et devant la porte, ledit seigneur evesque fist l'office pour rompre et ouvrir la porte en memoire que Jhesuscrist rompit les portes d'enffer quant l'ame fut separée de son corps, apres la redemptionn faicte par son precieulx sang. Et chantont lesdictes dames desdits monaisteires les responds et Gloria laus, que les enffans ont acoustumé de faire. Et apres les portes ouvertes et l'entrée en Mets et l'evesque reconduit en jusques à la grande eglise, et ce fait, les curez, prestres et paroischiens s'en retournont, chescun en leur paroische, pour que la messe et passion qui se dit, ledit jour, comme on a acoustumé... »

     

    Processions à Saint-Arnould

    Pour rendre grâce à Dieu, pour apaiser son courroux, ou pour lui demander quelque bienfait, le clergé messin organisait des processions à Saint-Amould :

     

    « ... Audit mois et grant partie du mois de may (1468), fist ung tres froid tems et tellement que les biens de terre ne pouvoient croistre ne (ni) sortir de terre. Et on fist une procession à Sainct Arnoult, et incontinent fist bel et chault...

    ... Le vendredy, penultiesme (avant-dernier) jour de juillet (1473), on fist procession generalle à Sainct Arnoult, en louant Dieu d'icelles tresves et paix, luy suppliant avoir pitié de son pouvre peuple et preserveir les habitons d'icelle cité de mortalité à cause que alors on moroit (mourait) fort en la cité des esprinsons (épreintes)...

    ... Le vendredy devant les palmes, seiziesme jour de febvrier (1476) (il s'agit probablement du mois de mars : le jour des palmes ne peut se célébrer, dans le cas de la date la plus avancée, qu'à partir du 15 mars) on fist une procession generale à St Arnauld, pour la victoire que nous avons eue contre les Lorrains ; et fist le sermon ung notable clerc qui estoit liseur (lecteur) des Cordeliers...

    ...Le second jour de juillet (1483), on fist faire une procession generale à l'eglise et monaisteire de Sainct Arnoult, là où fust portée la vraye croix du monaisteire de Sainct Eloy que on avait allé querir, le dimanche devant, à procession en devoltion, les fiertes (reliquaires) de sainct Clement, de sainct Livier, de St Sebastien et le chief (un os du crâne) de monseigneur sainct Estienne, pour rendre graice à Dieu de la bonne année et fertilité des biens que Dieu avoit envoyés, luy priant, par sa bonté, les amendeir et gardeir et qu'il luy pleust avoir pitié de son pauvre peuple et le preserveir de peste et mortalité qui alors rengnoit régnait) fort, gardeir la cité en paix et luy donneir victoire contre ses ennemis...

    ... Et à celle occasion, le vendredy apres, septiesme jour de Jung (1493), on fist une belle et devote procession à Sainct Arnoult devant Mets, pour rendre et donneir louange à Dieu en luy priant que la paix du roy de France et du roy des Romains (empereur germanique) et aussy la paix d'entre le roy de Secille (Sicile) et la cité puisse durer et tenir ; et pareillement que Dieu veuille gardeir la cité et le païs (pays) d'epidemie et amender les biens de la terre. Et fut celle procession l'une des sollempnelles que de loing tems en fut point faictes... »



[1] Bougrerie : sodomie, en vieux Français

SAINT BÉNIGNE

 

Dénomination

 

« S.Benignus - Ecclesia s. Benigni : dénomination régulière dans les documents latins - Monasterium s. Benigni - S. Beniignus in suburbio sancti Arnulphi (extra muros metenses) - S. Benin - S. Begney - S. Bening - S. Benigne, dénomination plus fréquente. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« L'église était située à l'ouest du couvent de Saint-Arnould, pour ainsi dire devant la porte de l'abbaye ; c'est ce qui explique que certains documents disent qu'elle est située dans le monastère - in monasterio sita. Elle servait de paroisse à la domesticité ; l'abbé en avait le patronage ; il la faisait desservir par son chapelain. » (R-S B)

 

Roch-Stéphane Bour situe l'église en dehors de l'enceinte de l'abbaye Saint-Amould, malgré ce « in monasterio sita » : située dans le monastère. Pour soutenir une telle assertion, l'auteur se réfère, me semble-t-il, à la bulle du pape Célestin, troisième du nom, en date du 15 mai 1192. Dans cette dernière, Célestin confirme les biens et les privilèges du monastère. Or, si le pape lui confirme la possession du sanctuaire de Saint Bénigne – « Ecclesiam sancti Benigni, cum decima » - ce dernier ne pouvait se situer qu'extra muros.

En nous référant au Jahrbuch de 1907, Saint-Bénigne se situait dans l'actuel pâté de maisons formé par l'avenue de Nancy, par la rue Paul Verlaine, par la rue Ambroise Paré et par la rue Charles Abel.

Patron tutélaire

 

« Le titulaire, saint Bénigne, est regardé comme disciple de saint Polycarpe et apôtre de la Bourgogne ; martyr sous Marc-Aurèle. Sa fête est célébrée le Ier novembre. » R-S B.)

 

La légende de Bénigne se trouve dans les actes de saint Andoche :

 

« Polycarpe, évêque de Smyrne, voit saint Irénée lui apparaître en songe et lui donner l'ordre d'envoyer en Gaule des prédicateurs. Il obéit aussitôt : les prêtres Bénigne et Andoche et le diacre Thyrse sont désignés pour cette lointaine mission. Andoche et Thyrse s'arrêtent à Saulieu. Bénigne poursuit sa route jusqu'à Dijon et y annonce l'Evangile.

L'empereur Aurélien vient à passer par Dijon, pour y inspecter le mur qu'il fait construire. Il apprend la présence des chrétiens dans le pays et ordonne de faire arrêter leur chef. Bénigne est pris à Epagny, à 10 kilomètres au nord de Dijon, et amené devant l'empereur...

Bénigne est d'abord battu de verges, étendu sur le chevalet et enfermé dans la prison où un ange le guérit. Le lendemain, il est conduit dans un temple dont il renverse les idoles par un signe de croix. Aurélien lui fait alors sceller les pieds dans une auge, lui fait enfoncer des alênes rougies sous les ongles et l'enferme avec des chiens affamés. Peines inutiles ; il lui faut asséner un coup de massue sur le crâne pour que le martyr achève son témoignage. Après sa mort, il est enseveli par une veuve du nom de Léonille. » (V d S)

 

Bénigne ne possède pas la qualité d'évêque mais celle de prêtre ; nous pouvons donc le considérer comme un émissaire d'Irénée, évêque de Lyon, d'origine grecque. Quant à son martyre...

Dans son « De gloria martyrum », Grégoire de Tours nous parle de son arrière-grand-père, évêque de Langres :

 

« Grégoire de Langres eut à s'occuper, pendant un de ses nombreux séjours à Dijon, du culte que les chrétiens de ce pays rendaient à un sarcophage du cimetière. L'évêque, défiant, aurait voulu interdire ce culte que semblaient pourtant autoriser de nombreux miracles. Un jour, enfin, il eut une vision : le martyr lui-même lui apparut et lui ordonna de restaurer son tombeau et de rebâtir la crypte. Emu par cette apparition, Grégoire obéit : malgré sa taille et son poids, le sarcophage, que trois paires de boeufs auraient eu peine à traîner, fut porté sans aucune peine dans la crypte nouvelle, et ce dernier prodige accrut encore la gloire du martyr. L'évêque pourtant et ses ouailles ne savaient rien du martyr ainsi honoré, sauf son nom de Bénigne. Il arriva que peu d'années après les gens qui étaient allés en Italie rapportèrent à Dijon l'histoire de la passion de Saint Bénigne. Dès lors, la foule des pèlerins accourut, et l'évêque de Langres fit construire une grande basilique, à laquelle il adjoignit un monastère. »

 

Stationnale

 

Douzième station ; lundi de la deuxième semaine de Carême.

 

Histoire

 

« Nous ne savons que peu de chose de son histoire. Dans un travail paru il y a vingt ans nous avons cru pouvoir rattacher son origine au célèbre Guillaume, abbé de Saint-Bénigne, à Dijon, réformateur d'un grand nombre de couvents de son époque et propagateur zélé du culte du titulaire de son abbaye. Guillaume exerça le gouvernement de Saint-Arnoul à deux reprises. La découverte du texte liturgique de Paris rend cette hypothèse illusoire. » (R-S B)

 

Guillaume de Saint-Bénigne est élu abbé de Saint-Amould, en 998. À une date indéterminée, il donne sa démission en faveur de Benoît. Ce dernier meurt en 1024 ; Guillaume reprend alors le gouvernement du monastère jusqu'à sa mort, survenue le 01 janvier 1031.

 

« Il était abbé de 40 monastères en même temps, il les visita tous quelque temps avant sa mort. » (Pouillés).

 

Or le monastère Saint-Bénigne figure, ne l'oublions pas, dans la liste stationnale de l'Eglise de Metz (manuscrit 268 de la Bibliothèque Nationale), sous cette dénomination. La liste stationnale étant largement antérieure à la naissance de Guillaume de Saint-Bénigne, sa découverte par l'abbé Klauser rendait l'hypothèse de Roch-Stéphane Bour illusoire - ce que ce dernier reconnaît lui-même. En outre la fondation de ce sanctuaire remonte avant le milieu du neuvième siècle. D'où la question : à quelle époque cette église voit-elle le jour ?

Dans le Quartier des Basiliques, trois sanctuaires sont dédiés à des saints, soit d'origine grecque, soit particulièrement honorés dans l'Eglise grecque : saint Bénigne, saint André[1] et saint Jean[2] La dédicace à saint Bénigne me ferait remonter la fondation de ce sanctuaire au début de la christianisation de notre région et rappelle l'origine grecque de l'Eglise de Metz.

L'emplacement de l'édifice à proximité de l'enceinte de l'abbaye Saint-Arnould, ainsi que sa desserte par le chapelain de l'abbé, lui enlève toute individualité. Son histoire se confond, de ce fait, avec l'abbaye Saint-Arnould, d'où, de même, absence de toute anecdote.

La destruction de l'église Saint-Bénigne, comme nous le rappelle la Petite Chronique des Célestins, entre dans la stratégie militaire du duc François de Guise, au cours du mois d'août de l'année 1552.



[1] Prieuré Saint-André

[2] Abbaye Saint-Arnould

SAINT-CLÉMENT / SAINT-FÉLIX

 

Dénomination

 

« I) Saint-Félix : Basilica beati Felicis martyris - Sanctus Felix - Abbatiuncula s. Felicis - Abbatiola s. Felicis - Ecclesia s. Felicis - S. Felix - monasterium s. Felicis - Cenobium S. Felicis Metensis.

2) Saint-Félix et Saint-Clément : sacra limina (cher temple) beatorum Confessorum Clementis atque Felicis.

3) Saint-Clément : Ecclesia s. Clementis - Ecclesia beati Clementis - Ecclesia sancti Clementis - Coenobium s. Clementis - Monasterium s. Clementis.

Le nom de Saint-Félix date de l'époque où des reliques de ce saint prêtre de Nole ont été déposées dans notre église. A partir de l'installation des moines, en 946, celui de Saint- Clément, qui, jusqu'ici, ne s'était rencontré qu'une fois, s'implanta rapidement, grâce aux différentes « translations » ou exaltations de ses restes et aux miracles qui s'opéraient de plus en plus nombreux dans son sanctuaire, et devint bientôt exclusif. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« L'endroit où était jadis située la célèbre abbaye ne peut être déterminé qu'approximativement. Après sa destruction en 1552, on plaça une croix à l'endroit du maître-autel qui malheureusement ne figure pas sur le plan du Sablon donné par les Bénédictins à la fin du tome II de leur Histoire de Metz. Baltus, qui l'a encore vue, nous dit qu'elle se trouvait sur la hauteur du Sablon. D. J. François, de son côté, nous assure que l'abbaye était située "au déclin d'une agréable colline... où se voit encore une croix pour monument de la place du maître-autel." En tenant compte d'autres données fournies par le cadastre de la commune, par des arpentages opérés à différents moments et des ventes de différentes pièces de vignes, etc., nous pouvons situer notre église entre l'ancienne et la nouvelle église paroissiale, tout près de la première. » (R-S B)

Patron tutélaire

 

« Clément (St), évêque IIIe siècle.

Venu de Rome dans les Gaules, Clément prêcha l'évangile à Metz, y forma un troupeau de chrétiens qu'il gouverna saintement jusqu'à sa mort. Son corps fut enterré dans une chapelle qu'il avait fait construire hors de la ville. En 1090 on en fit l'élévation pour l'exposer dans la cathédrale ; on le porta ensuite au monastère de saint Félix qui fut alors nommé saint Clément. En 1552 un nouveau monastère fut construit et on y déposa les reliques. Les nouveaux propres de Metz et de Nancy ont la fête au 23 novembre. » (D H)

 

Comme Clément appartient à la légende plutôt qu'à l'histoire, empruntons à Paul Diacre le récit de sa venue à Metz, dans une traduction que nous devons à Auguste Prost :

 

« Après la résurrection de Jésus-Christ, les apôtres se rendent chacun dans le lieu qui leur a été assigné par le Sauveur. Saint Pierre vient à Rome, et de là il dirige ses disciples vers les grandes villes de l'occident. Il envoie à Metz un homme éminent et d'un mérite éprouvé qu'il a auparavant élevé à la dignité pontificale, c'est saint Clément. Suivant l'antique relation, ajoute Paul Diacre, d'autres pieux docteurs partent en même temps pour aller convertir les peuples des principales cités des Gaules.

Parvenu à Metz, saint Clément s'établit, à ce qu'on rapporte, au dehors de la ville, dans les souterrains de l'amphithéâtre, où il construit un oratoire à Dieu, avec un autel consacré à saint Pierre son maître. Là il prêche le peuple, et l'arrachant au culte des idoles, il le convertit à la vraie foi. Ceux qui connaissent cet endroit, dit l'auteur, assurent que jusqu'à ce jour nul serpent ne peut y demeurer et que toute influence pestilentielle est écartée du lieu d'où s'est répandu le souffle du .salut »

 

Le culte de saint Clément relevait de la dévotion populaire. Le haut clergé semblait s'en désintéresser. Ce n'est qu'à partir du onzième siècle que l'un de ses successeurs s'intéresse à ce personnage légendaire. En effet, Adalbéron, troisième du nom et cinquantième évêque de Metz, se rend, en 1058, à l'abbaye Saint Félix « faire sa prière au tombeau de l'Apôtre du Pays messin ».

Hériman, l'un de ses successeurs, introduira le culte de saint Clément, dans l'Eglise de Metz et opérera la translation des reliques, le mercredi Ier mai de l'année 1090. Dans le Cérémonial de l’Église de Metz, cette translation se fêtait le 2 mai de chaque année.

Après son exposition à la cathédrale, la nouvelle châsse de saint Clément prend le chemin de l'abbaye Saint-Félix et remplace les reliques de ce dernier. Depuis cet événement, la célèbre abbaye du Sablon porte le nom de l'Apôtre messin.

Si la branche occidentale du transept de la cathédrale romane comportait, au 12e siècle, un autel dédié à saint Clément, Notre-Dame-la-Tierce lui succédait dès avant le milieu du 14e siècle. Décidément, le chapitre cathédral n'appréciait nullement l'Apôtre messin...

 

Stationnale

 

Trentième station ; vendredi de la quatrième semaine du Carême.

 

Histoire

 

« Dans l'intérêt de la clarté, il faut distinguer deux choses :

1) la crypte ou l'église souterraine de Saint-Pierre ;

2) l'église supérieure de S. F(élix) ou de S. C(lérnent).

Voici les données principales que nous fournissent les sources par rapport à la première :

Sans la nommer expressément, Paul Diacre connaît la crypte, comme le montre le passage déjà mentionné plus haut qui concerne saints Rufe et Adelphe qui y étaient enterrés. Le biographe de saint Chrodegang, l'abbé Jean de Gorze, est plus explicite : Nos trois premiers missionnaires sont venus ensemble à Metz ; ils ont construit une crypte dédiée par saint Clément à saint Pierre (ce qui n'est pas historique) ; ils sont enterrés tous les trois dans cette demeure cellulaire ; par attachement au premier apôtre, les évêques successeurs « se sont fait inhumer dans la même petite sépulture », les uns dans la crypte, les autres à côté. Le moine (de Saint-Clément), qui au Xe siècle a interpolé Paul Diacre, attribue à saint Clément la construction de Saint-Pierre à l'amphithéâtre qu'il regarde comme la première église ; celle de Saint-Jean enfin celle d'un troisième sanctuaire situé également au Sablon, dans les fondations duquel le saint aurait établi une crypte d'une beauté admirable avec une source à eau très hygiénique et très salutaire, quand elle est bue avec confiance, et un autel dédié à saint Pierre et placé « devant l'entrée » ; c'est là qu'il a été lui-même enterré.

Dans son poème de la fin du Xe siècle, le moine Windric nous répète ces mêmes cho-ses ; puis il ajoute qu'à un certain moment, c'est-à-dire à l'époque des invasions du IXe et de la première moitié du Xe siècle, le vénérable sanctuaire avait été saccagé et abandonné ; la crypte, en particulier, avait perdu son riche revêtement de marbre, etc. Mais, sous l'évêque Thierry 1 (965-984), le princier Wigeric avait procédé à une restauration complète du saint lieu : la crypte agrandie et embellie avait été consacrée le 5 des nones de mai en l'honneur de saint Pierre et de plusieurs autres saints. Dorénavant, on pouvait lui donner le nom de « Basilique de Saint Pierre », ainsi que le fait le prieur Hézelin de Saint-Clément dans son récit de la translation du saint titulaire faite par l'évêque Hériman, en 1090. Si elle n'était pas une église à très grandes dimensions, elle était en tout cas d'un bel aspect, comme s'exprime un auteur du Xlle siècle.

Voici, maintenant, comment, à l'aide des données fournies par l'histoire locale et des résultats des fouilles pratiquées à différentes époques au Sablon, nous pouvons nous représenter l'origine et les transformations successives de ce sanctuaire.

Conformément à la loi et aux usages romains observés par la population de notre pays qui interdisaient les inhumations à l'intérieur des villes, saint Clément a trouvé sa sépulture dans un tombeau situé dans la partie sud de ce cimetière du Sablon... À l'origine, ce tombeau a été une simple crypte : corridor plus ou moins large, chambre funéraire ou caveau sombre, creusé assez profondément dans le sol, voûtée et, à cause du terrain sablonneux, soutenu par des murs, ressemblant par sa forme aux hypogées païens ou chrétiens que l'on voit à Rome ou ailleurs. Le témoignage de Jean de Gorze, qui dit que saint Clément et ses deux compagnons se sont préparé eux-mêmes cette sépulture étroite, concorde parfaitement avec ce que nous venons de dire.

Toutefois, comme les successeurs, suivant en cela les usages en vigueur, se faisaient inhumer le plus près possible du premier apôtre du diocèse, la crypte primitive ne suffisait bientôt plus : il fallut y ajouter au fur et à mesure des besoins quelques couloirs ou compartiments de caveaux servant aux nouvelles inhumations qui devaient atteindre le nombre de 16 ou 17. La même chose a été constatée ailleurs et le premier hypogée chrétien du Sablon a dû ressembler assez à ceux de Saint-Mansuy, à Toul, de Saint-Mathias, à Trèves, de Saint-Thaumaste, à Poitiers, de Saint-Allyre, à Clermont-Ferrand, etc..., et comme il servait de sépulture à de saints personnages, il a dû recevoir aussi, non pas par saint Clément, comme le veut la légende, mais sous ses successeurs immédiats, quelques ornements en stuc, des peintures, etc. Les commencements des sépultures les plus honorées, a dit un auteur, n'ont pas été plus pompeux.

Mais, comme l'oblation du saint Sacrifice qui était le grand acte cultuel en l'honneur des saints et de leurs restes, ne pouvait se faire commodément dans cette crypte à dimensions très restreintes, un premier oratoire ou édicule fut bâti au-dessus : ce sanctuaire, d'abord très exigu, fut agrandi au plus tard à l'époque mérovingienne, afin de mieux répondre au développement de la piété et de la vénération des fidèles envers leur premier apôtre.

En même temps, peut-être même déjà auparavant, la crypte a dû subir des changements importants. Comme ailleurs, il a fallu la rendre plus spacieuse, pour recevoir de nouvelles tombes, plus accessible, pour faciliter la circulation des pieux visiteurs. Comme ailleurs, on a dû établir une chapelle ou sacellum avec un autel, pour y dire la messe le plus près possible du corps saint, et orner ce nouveau sanctuaire d'une manière conforme à la sainteté de l'endroit et à la célébrité des personnages qui y étaient déjà enterrés. Ce travail, qui ne peut être attribué en aucun cas à saint Clément, ni à ses premiers successeurs, est peut-être l'oeuvre de saint Urbice, quinzième évêque de Metz, à qui la tradition attribue également la fondation ou du moins la consécration de l'église supérieure sous le vocable de saint Félix, prêtre et martyr de Nole en Campanie, et l'établissement d'une communauté de clercs qui devaient la desservir.

Quel que soit, du reste, le fondateur de cette dernière église, » - selon la revue de l'art chrétien – « nous pouvons être certains qu'elle est différente de la fondation personnelle de Clément, nous le savons par l'histoire générale de toutes les églises : le premier apôtre a été enseveli dans le cimetière commun ; il y est demeuré jusqu'au jour où l'un de ses successeurs a eu le zèle de procéder à une translation et de construire une église avec confession sous le maître-autel.»

Que faut-il penser de la source aux eaux courantes dont il est question dans les textes à partir du Xe siècle ? Sa présence n'a rien d'extraordinaire. Nous en avons vu plusieurs (sources ou puits) dans les catacombes romaines : l'une ou l'autre a même servi de baptistère. On en rencontre même dans les hypogées païens. Celle du Sablon peut bien remonter à l'époque de saint Clément - sans avoir été creusée par lui. On peut aussi admettre - et c'est ce qui nous parait assez probable - qu'en agrandissant la crypte primitive on soit tombé sur une source, comme nous en rencontrons plusieurs au Sablon. Bientôt, à cause du voisinage des corps saints, son eau fut regardée comme un remède contre toutes sortes de maux. A l'époque, où on nous parle de cette qualité de l'eau, aux Xe et Xle siècles, le merveilleux avait le plus de prise sur les foules et il était si facile d'y mêler le nom de saint Clément

Dans ce qui précède, nous avons déjà touché les commencements de l'église supérieure à Saint-Clément. Nous avons également fait allusion au rôle que la tradition de l'abbaye attribue à l'évêque Urbice : rôle qui n'est nullement en opposition avec les données de l'histoire générale de ce temps. En effet, le titulaire, saint Félix, était en grand honneur dans les Gaules, ses reliques étaient très recherchées. C'est ce qui nous explique comment son nom a été donné à notre église et maintenu pendant des siècles. Quant à la vie de communauté des clercs, nous savons qu'elle était entrée en vigueur dans beaucoup de villes épiscopales dès la fin du IVe siècle. Mais cette vie en commun présuppose aussi une église et des habitations adaptées à ses exigences et besoins. Toutefois, il faut bien nous le dire, si probable que soit ce rôle de saint Urbice, aucun texte ancien ne peut être cité en sa faveur.

Pour les siècles suivants, nous ne sommes pas très bien renseignés. La tradition clémentine, représentée par Dom d'Armène et Dom Jean François, admet que vers 610, sous le roi Théodebert II (mort en 612), Saint-Félix a été peuplé de moines de saint Colomban. Ici encore les attestations contemporaines du fait manquent.

Saint-Félix n'a certainement pas été détruit par les Normans (sic) en 882, mais a dû souffrir beaucoup par les invasions à d'autres moments, comme semble bien le dire le poème de Windric. Dom Calmet dit qu'en 938, Adalbéron I rebâtit l'église et y remit les religieux qui s'étaient retirés à Luxeuil depuis 40 ans. Je ne sais sur quoi l'illustre bénédictin appuie son affirmation si ce n'est sur le témoignage de Dom d'Armène. Ce qui est mieux garanti, c'est la réforme de Saint-Félix par le moine écossais Kadroë, qui sur les instances de l'évêque que nous venons de nommer, se fixa à Metz en 946 avec les moines bénédictins de Waulsort : les bâtiments claustraux furent relevés de leurs ruines ; une nouvelle vie fit son entrée à Saint- Félix. Après la mort de Kadroë (968 ou 978), son oeuvre fut continuée par l'abbé Fingenius (mort vers 1002). Il fut aidé par l'évêque Thierri I (965-984). Grâce aux ressources fournies par le princier de la cathédrale Wigeric, la crypte fut refaite, agrandie et embellie ; des travaux non moins considérables furent exécutés dans l'église supérieure et le cloître. Une double consécration couronna cette oeuvre de restauration.

En 1178 un incendie détruisit l'église ; la consécration de la crypte de la nouvelle eut lieu deux ans après sous l'évêque Bertram. Son sort en 1552 est connu.

Nous avons vu plus haut comment la légende s'était occupée de la crypte de Saint-Clément pour rattacher peu à peu le nom de notre premier évêque à tout ce qu'on y voyait. L'église supérieure n'en fut pas épargnée. La notice nécrologique du saint insérée dans le catalogue du sacramentaire de Drogon, qui remonte vers le milieu du IXe siècle, lui en attribue formellement la construction comme aussi celle de l'église de l'amphithéâtre à qui elle donne encore la priorité. L'interpolateur de Paul Diacre au Xe siècle fait de même. Les Gesta episcop. Mett., composés entre 1132 et 1142, vont plus loin : l'église-crypte du Sablon est la première fondation de notre évêque, comme l'appelle une vie déjà mentionnée du saint du XIIe siècle, conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris. Inutile de dire que dans les siècles suivants, ce travail de la légende continue et renverse entièrement l'ordre des faits tels qu'ils sont attestés par l'histoire. Ce n'est pas en la suivant ou en essayant de justifier son travail qu'on arrive à un résultat vraiment sérieux. » (R-S B)

 

Nicolas Dorvaux, dans les Pouilles du Diocèse de Metz nous donne quelques détails concernant l'abbatiale :

 

« L'église de St. Clément fut d'abord érigée en collégiale, mais nous apprenons par une charte d'Hériman, évêque de Metz, que dès le temps d'Abbon, qui monta sur le siège de cette ville en 690, elle était occupée et desservie par des moines.

St. Cadroè, fils du comte Fochertach, descendant des rois d'Ecosse, fut fait abbé de St- Clément vers le milieu du Xe siècle et y mit la réforme dont elle avait grand besoin. Sept ans après, Adalbéron, évêque de Metz, charmé du bon ordre qu'il voyait régner dans cette abbaye, lui unit l'église de St-André avec permission d'y établir un prieuré conventuel, et l'empereur Otton Ill la confirma dans la jouissance de ses biens et privilèges, la mit sous la protection immédiate de l'Empire et l'exempta de toute juridiction séculière. Adalbéron II, qui gouvernait l'église de Metz sur la fin du Xe siècle se montra bien moins favorable à cette abbaye : il fit tout ce qu'il put pour l'unir à celle de St -Arnauld, dont il reçut pour prix de son injustice la châtellenie de Rémilly. Léon IX, trompé par les émissaires de l'évêque, confirma cette union et fit défense par une bulle à toute autre personne que l'abbé de St-Arnould de porter le bâton pastoral dans l'abbaye de St-Clément, parce que (dit ce Souverain Pontife) l'abbé seul de St-Arnould a droit de la gouverner.

Mais Haimon, que les religieux avaient choisi pour abbé, défendit vigoureusement les droits de son abbaye, fit connaître les manoeuvres de l'évêque de Metz et de l'abbé de St-Arnould et maintint son abbaye dans le droit d'avoir des abbés particuliers. On ne voit en effet aucune interruption dans la suite de ses abbés, on voit au contraire que dès le commencement du XIIIe siècle ils étaient en si grande réputation qu'ils méritèrent que le pape Innocent III leur donna la qualité de protecteurs et de conservateurs de l'ordre de Cîteaux, commission épineuse dont cependant plusieurs d'entre eux se sont acquittés avec succès, preuve qu'ils étaient très puissants ou que les enfants de saint Bernard, quoique alors sortis de l'enfance, étaient encore dans un état de grande faiblesse. On détruisit l'abbaye de St-Clément lorsque Charles-Quint vint mettre le siège devant Metz, et Dom Girardin, qui en était abbé, la fit reconstruire où nous la voyons encore aujourd'hui. »

 

Consultons, à présent, les Bénédictins. Dans leur Histoire de MW, ils consacrent plusieurs chapitres à l'abbatiale :

 

« La tradition attribue à S. Urbice l'érection de l’Église de S. Clément en Collégiale. Pour donner une juste idée de ce célèbre Sanctuaire, il faut reprendre les choses de plus haut. Il étoit situé hors de la Ville, dans un canton nommé jadis les Basiliques, « ad Basilicas », aujourd'hui le Sablon, à l'endroit précisément, où l'on voit encore une grande Croix de pierre, érigée dans l'emplacement du Maître-Autel. S. Clément, dit-on, y bâtit d'abord une crypte ou des catacombes, avec un Oratoire au dessus, qu'il dédia sous l'invocation du Prince des Apôtres. L'ancien Nécrologe de S. Clément en marque la dédicace au troisième jour de Mai. Quinto Nones Mali, ad Basilicas, dedicatio cryptae in Ecclesia Beauf Clementis in honore Sancti Petri Apostoli & aliorum plurimorum Sanctorum. S. Clément y fut inhumé, ainsi que ses saints Successeurs : Céleste, Felix, Victor I, Victor II, Simeon, Sambace, Rufe, Adelphe, Legonce, Auteur et Explece ; de sorte que cet Oratoire fut, pour ainsi dire, l'ancien Mausolée des premiers Évêques de Metz. Au dessous était une fontaine, pour laquelle, dit Paul Daicre, S. Clément fit faire un bassin et dont nos Pères regardoient les eaux comme miraculeuses.

L'Eglise de S. Pierre-aux-Catacombes subsista, dans sa première, forme, jusques vers le milieu du cinquième siècle ; tems auquel S. Urbice en fit construire, au même endroit, une autre plus magnifique, qu'il dédia sous l'invocation du Martyr S. Félix, Prêtre de l'Église de Nole. On prétend même que S. Urbice ne détruisit point l'Oratoire de S. Pierre, et qu'il se contenta d'élever au dessus la nouvelle Eglise de S. Félix ; de manière que, la grotte comprise, il y avoit trois Temples l'un sur l'autre, à-peu-près comme la Collégiale de S. Simeon à Trèves, et delà vient, ajoute-t-on, que ce lieu fut nommé aux Basiliques, ad Basilicas. D'autres au contraire prétendent que cette dénomination vint de ce que les premières Églises de Metz avoient été bâties là et aux environs.

Quoiqu'il en soit, celle de S. Félix demeura encore isolée jusqu'au commencement du septième siècle, que la desserte en fut confiée à des Moines, qui bâtirent auprès un Monastère, nommé, dans les anciens monumens, tantôt Abbaye des Basiliques, tantôt de S. Félix, tantôt de S. Félix et de S. Clément, et continue aujourd'hui sous le seul nom de S. Clément. »

 

Toujours en compagnie des Bénédictins, passons à la fondation de l'abbaye :

 

« On rapporte, à-peu-près au même tems, l'introduction des Religieux de S. Benoît dans l'Église de S. Clément, dite depuis de S. Félix, et la fondation du Monastère de ce nom. Cette tradition est confirmée par une Chartre d'Hériman, Évéque de Metz, de l'an 1090, dans laquelle il est dit que, sous l'épiscopat d'Abbon, élevé sur la Chaire épiscopale de cette Ville, en 690, il y avoit des Moines de l'Abbaye de S. Clément, et cela depuis long-tems.

Quoique ce Monastère ait été bâti sous le règne de Theodebert II, on ne voit pas qu'il ait été doté par ce Prince ni par aucun Séculier. Sa dotation se fit, selon toute apparence, comme celle des premiers Monastères de l'Ordre de S. Benoît, c'est-à-dire, des biens propres de ceux qui s y réunissoient pour vivre en Cenobites. Si le nouvel arrivé ou novice étoit adulte, il falloit, qu'avant sa réception, il distribuât tous ses biens aux pauvres, où qu'il en fit une donation solennelle au Monastère. Si c'était un enfant en bas âge, offert par ses parens, et que ceux-ci voulussent donner quelques biens au Monastère, ils avaient la liberté de s'en réserver l'usufruit leur vie durant : usage qui a duré jusqu'au douzième siècle, et d'où viennent à plusieurs Abbayes les biens qu'elles possèdent.

À quelque distance en deçà de l'Église de S. Clément ou de S.Félix, étaient deux autres Basiliques, celle de S.Pierre-aux-Arènes et celle de S. Jean-Baptiste, toutes deux unies au Monastère de S. Clément, dès le tems de sa fondation. »

 

ANECDOTES

 

Tentative d'empoisonnement

Thiébault Louve, frère du maître-échevin Nicole Louve, succède à Jean Ancel en tant qu'abbé de Saint- Clément, au cours de l'année 1390. Constatant un certain relâchement dans les moeurs de ses moines, il tente de les réformer. Mais les moines, « obédients » (obéissants) comme des mulets », ne veulent pas changer leurs habitudes.

Trois d'entre eux complotent de supprimer leur supérieur et tentent de 1' « enherber » (empoisonner) avec la complicité de deux valets. Nos deux compères se rendent aux cuisines et versent le poison dans le « tuppin » (pot) où se préparent les viandes. Mais l'abbé manque d'appétit, ce jour-là, et laisse sa viande aux chats qui se tiennent devant sa table. La viande aussitôt avalée, les deux chats tombent raides morts.

L'abbé fait venir le cuisinier et l'interroge. Etonné, celui-ci se rappelle que deux valets « trouillaient » (furetaient) dans son domaine, mais qu'il n'y avait pas prêté plus d'attention. Appréhendés, les deux empoisonneurs passent aux aveux et dénoncent les trois moines qui avaient commandité l'acte criminel pour que l'un d'eux prit la place de l'abbé.

Accusés de tentative d'empoisonnement, les trois inculpés s'enfuient. Deux sont repris chez leurs parents et jetés en prison (celle de l'abbaye) où ils ne tardent pas à mourir. Le troisième reviendra d'exil, après la mort de Thiébault Louve, obtiendra le pardon de son successeur et finira paisiblement ses jours à l'abbaye Saint-Clément.

Et nos deux valets ? Comme ils n'étaient pas clercs, ils ressortissaient à la justice messine et « furent pendus et estranglés au gibet de Mets ».

 

Le Hahai

En 1444, une guerre oppose la Cité messine à Charles, septième du nom et roi de France, ainsi qu'à René, premier du nom et duc de Lorraine. Pendant les hostilités, les autorités messines interdisent la sonnerie des cloches. Pour annoncer les offices, le clergé ne peut donner qu'un seul coup de cloche avec la plus petite, avant dix-neuf heures, sous peine d'amende.

Les seigneurs de la guerre établissent « ung gait (guet) en la tour et clochier de St Clement » pour surveiller les mouvements des troupes ennemies. Et si « les gens de guerre venoient faire course (une invasion), approchant les bourgs, on sonnait le hahay (hahai, en vieux Français : cri d'alarme ou de guerre) et l'alarme, pour estre un chascun sus (sur) sa garde et pour alleir sus ceulx qui faisoient icelles courses ».

 

Tours de guet

En 1490, une guerre oppose la Cité messine à René, deuxième du nom et duc de Lorraine. Les autorités messines interdisent à nouveau la sonnerie des cloches « forsque (excepté) les petittes, affin que on puist oyr et entendre les bruyts, alarmes et hahay qui se polroient (pourraient) faire en la cité ».

Pour surveiller les mouvements des troupes lorraines, les seigneurs de la guerre établissent « au clochier de Meuttte (Mutte), au clochier de St Clement et en cellui de St Vincent, mesmement sus (sur) la porte Champenoise (Serpenoise), en chascun (chaque) lieu, une gaitte (un guet) pour sonner l'alarme ».

 

Décision conciliaire contestée

Le chroniqueur messin situe cet événement, en 1445. Nicolas Dorvaux, dans les Pouilles, en 1443. Au cours de l'une de ces deux années, Jacques Travaux, abbé de Saint-Clément, « considerant qu'il estoit viel (vieux) et ancien » et que ses moines « lui estoient inobediens » (désobéissants), décide de se démettre de son abbatiat. Comme, à cette époque, les pères conciliaires siègent à Bâle et que ces deniers considèrent le concile supérieur au pape, l'abbé de Saint-Clément envoie un émissaire aux Pères et leur demandent d'accepter sa démission et de « pourveoir ung sien cousin moine de Saint Arnoult, nommé messire Pierre Travalt (al = au, en vieux Français), qui estait reputé boin religieulx et de bonne vie ».

Le Concile accepte la démission de Jacques et nomme Pierre à la tête de l'abbaye de Saint -Clément. En désaccord avec les décisions conciliaires, Conrad Bayer de Boppart, notre soixante-dix-septième évêque, s'adresse aux moines de l'abbaye et les relève de leur devoir d'obéissance à l'égard de leur nouvel abbé.

Sept semaines après sa prise de possession, Pierre Travaux renonce à l'abbatiat, rentre dans le rang et perd son titre de maître, et ce sous la pression des moines. Ces derniers élisent un nouvel abbé : Jehan Noixe, prieur claustral et « prieur de St. Pierre aux champs » (Saint-Pierre-aux-Arènes).

 

La Porte au « baccon »

En vue de perpétuer la mémoire de la translation des reliques de l'apôtre messin, Hériman, notre cinquante et unième évêque, accorde, au cours de l'année 1090, à l'abbaye Saint-Clément une foire franche qui durait quelque huit jours. Elle débutait par une course de chevaux et par l'épreuve du « baccon » (jambon).

Le 2 mai 1452, Dediet, « le hault maistre d'oeuvres, nommé vulgairement bourreaul », de la cité messine, para un jambon « de rosiers et d'espines » et « le pendit à la porte qu'on dit au baccon  à Saint­Clement ». Seules, les filles abandonnées pouvaient se présenter à l'épreuve du « baccon » pour s'en emparer, à l'aide d'une serpe. Si aucune fille ne pouvait l'emporter, le « baccon » revenait aux « boins mallaides (bon malades) de St Privez » (Privat) ; en fait, il s'agit des lépreux de Saint-Ladre.

Ce jour-là, une fille abandonnée « nommée la Gayette » qui avait gagné plusieurs fois le « baccon », se présenta à l'épreuve. Dediet, connaissant la Gayette et voulant se moquer d'elle, tirait le « baccon » vers lui, pour l'empêcher de s'en emparer. Il le fit si bien qu'il en perdit l'équilibre et « cheut (tomba) de hault en bas et en molrut (mourut ; ol = ou) dont ladicte fille en fut fort joyeuse, car elle gaingnait (gagnait) ledit fart (lard) sans contredit ».

 

Election et impétration

En 1467, Poince de Champel, abbé de Saint-Symphorien, se démet de son abbatiat et remet sa crosse et sa mitre à Didier Foullet. L'année suivante, Paul de Foligny, abbé de Saint -Clément, meurt. Les moines élisent un nouvel abbé et portent leur choix sur Didier qui, à son tour, se démet en faveur de Simon du Buisson, évêque de Panade et suffragant de l'évêque de Metz. Mais Jouffroy, cardinal d'Alby, avait impétré, en cour de Rome, les abbayes Saint-Clément et Saint-Symphorien.

Ces deux nouveaux abbés, avertis qu'ils ne pouvaient s'opposer à l'impétration, se rendent à Saint-Denys et y rencontrent le cardinal. Finalement, ils trouvent un arrangement : Didier conserve l'abbatiat de Saint-Clément ; Jehan, celui de Saint-Symphorien, et Simon gouverne cette dernière abbaye en tant que vicaire du cardinal d'Alby.

Didier n'entrera en possession de Saint-Clément qu'en 1475, moyennant 6 000 ducats ainsi qu'une pension annuelle de 4 000 livres à Philippe Lévis, qui avait impétré, en cour de Rome, Saint-Clément et qui ne résigne l'abbaye qu'après cette transaction.

 

Ensevelissement à Saint-Clément

Le samedi 25 septembre 1473, Jeannette, fille du seigneur Wiriat de Toul et d'Isabelle Baudoche ainsi qu'épouse de Collignon Remiat, aman, meurt à Metz. Dame de condition, Jeannette reçoit la sépulture dans l'abbatiale « devant le cueur (choeur) de Nostre Dame à Sainct Clément, tout empres (auprès) dudit seigneur Wiriat, son peire."

 

« Oyes et ossons » de Saint-Cléément

Au mois de juin de l'année 1480, plusieurs plaisantins de Metz se rendent au ban Saint-Clément et y dérobent « oyes et ossons » (oies et oisons). Appréhendés par la justice messine, cette dernière les condamne à une amende de 60 sous tournois (soit 3 livres tournois), à trois mois de bannissement ainsi qu'« à reporter les oyes à Sainct Clement, avec quatre sergens, deux devant et deux daier » (derrière). En cas de non-restitution, l'amende s'élevait à 100 sous tournois (soit 5 livres tournois).

L'un des plaisantins ne restitue pas les oies et demande à son oncle de se porter garant pour lui. L'oncle verse au neveu la somme qu'il devait à la justice messine. Mais au lieu de la remettre au « chaingeur des trese (trésorier municipal), il alla vers une fille ou femme..., et avec l'argent qu'il avoit receu (reçu) pour ladicte amende, avec ses amis, il se partit de Mets, et en allerent à leurs plaisirs... »

Et l'oncle, garant de son neveu, paya l'amende au « chaingeur des trese ».

 

Election du maître-échevin

 

Le 01 septembre 1490, « Perrin Roucel, qui estait maistre eschevin », meurt. Le lendemain, « tous les seigneurs de Mets » se réunissent pour élire un nouveau maître-échevin. Comme la peste sévit dans la cité messine, les « seigneurs » hésitent à s'y rendre et s'assemblent dans l'abbatiale Saint-Clément. Ne pouvant se mettre d'accord sur une candidature, « ils se départent (partent) sans rien faire ».

Le 23 septembre, en l'église Saint-Pierre-aux-Images, les « seigneurs de Mets » - le princier du chapitre cathédral et les cinq abbés de l'ordre de Saint-Benoît - élisent « le sieur Nicolle de Heu » du « paraige de Porte Muzelle ».

 

Foire de Saint-Clément et course de chevaux

En 1517, « le duc de Suffort (Suffolk), dit la Blanche rose », réside à Metz, fréquente les aristocrates messins, passe son temps à chasser à courre en leur compagnie, ne cesse de vanter les mérites de son coursier et prétend que l'on ne peut trouver son pareil à quelque dix lieues à la ronde. Parmi l'élite messine, Nicole Dex lui rétorque que son cheval vaut largement le sien. Pour se mettre d'accord, les deux seigneurs décident de se mesurer dans une course, engagent un pari et versent « en main neutre », quatre-vingts écus d'or.

Le 02 mai, jour de la foire de Saint -Clément, où « se courre l'avoine et le baccon », Blanche rose et Nicole se lèvent de bon matin, se font ouvrir la porte Saint-Thiébault et se rendent « à l'Orme à Augney » (La Grange-aux-Ormes ?), point de départ de la course.

Avant l'épreuve, chaque compétiteur avait préparé avec soin son coursier. « Comme il fut dit et certifié, Nicole Dex ne donna point de foin à son cheval » qui, en outre, « n'avait beu (bu) aultre brevaige que vin blanc ». Ce jour-là, il monte son cheval à dos, c'est-à-dire sans selle, et n'est pas chaussé.

Dès le départ, Blanche rose devance son adversaire. A Saint-Privat, Nicole le dépasse et maintient son avance jusqu'à l'arrivée, et ce malgré les coups d'éperon du duc, à tel point « que le clair sang en saillait (jaillissait) par les costés ».

 

Processions à Saint-Clément

Pour préserver la population messine de la peste, des épidémies et de la mortalité en général, ainsi que pour rendre grâce à Dieu, le clergé messin organisait des processions à Saint-Clément :

 

« ... Le vendredy apres feste Toussaint (de l'année 1451) fut faicte une moult (très) belle procession en l'esglise de Sainct Clement, hors de Mets, à laquelle procession on porta la fierte (châsse) de Sainct Clement, la fierte Sainct Livier et le chief (tête ; il s'agit d'un morceau de crâne) Sainct Estienne, priant Dieu qu'il nous veulle gardeir d'epidemie qui alors regnoit à Colloigne (Cologne), à Trieve, en Loraine et Barrois, comme à Nancy, Sainct Nicollais et ez (dans les) villes joindant (tout près) autour, au Pont à Mousson, à Preney (Prény)...

... Le jour de feste sainct Jehan decollaistre (Décollation de saint Jean-Baptiste, soit le 29 août 1465) audit an, les gens d'esglise et seigneurs de Mets firent faire une procession generale, et furent à Sainct Clement pour prier Dieu, qu'il volcist (voulût) secourir son pouvre peuple de Mets, racheté de son precieulx sang, qui estoit persecuté, poursuivi de la peste qui accommençoit (commençait) fort à persecuteir et alleir par la cité...

... Le vingt huisitiesme jour de may (1466), on fist une tres belle procession generalle à Sainct Clement, pour la mortalité qui estoit fort penetrante. Et y fut porté le chief sainct Estienne, le chief et la fierte sainct Livier et fut rapporté à Mets, le corps du benoit (béni) St Clement en la grande esglise...

... Le septiesme jour de mars (1482), les seigneurs de justice et conseil de Metz ordonnont de faire une procession generale à st Clement. Et à ceste procession furent portez le corps sainct Clement, st. Livier, le chief st. Estienne et monseigneur st Sebastien, priant Dieu, le createur, qu'il volcist gardeir et preserveir la cité de guerre et de mortalité, car on commençait fort à molrir de la peste..

... Le vendredi, neuviesme jour dudit mois de jullet (1490), la cité estant delivrée et quicte desdits gens de guerre, apres avoir communicqué par ensemble, la clergie et la noblesse, pour rendre graice à Dieu et impetreir (obtenir) sa miséricorde, on fist faire une procession generale à Sainct Clement où fut porté le chief Sainct Estienne, la vraye croix, la fierte St Clement, la fierte Sainct Livier et celle de Sainct Sebastien ; et pour prier Dieu pour les biens de la terre qui lors estoient de belle appairence, et aussi qu'il volcist gardeir et preserveir les manans et habitans de Mets et du pays de la peste et mort subitte ; car alors on acomençoit fort à molrir de ladicte peste...

... Le vendredi devant les palmes (palmes = Rameaux de l'année 1495), qui fut le dixiesme jour d'apvril, on fist la procession à Sainct Clement de la victoire heue (obtenue) contre l'entreprise faicte par le duc Nicollais de Loraine sus la cité; et à icelle y eult moult de gens ; car il faisoit beau temps...

... Le quatorziesme jour de décembre (1498), on fist une procession generalle à Sainct Clement, en priant Dieu qu'il volcist gardeir la cité et le pays en paix et amener à murson (maturité ; meurisson, en vieux Français ; meurson, en patois lorrain) les biens de la terre, et, par especial, garder le peuple de pestilence (peste) ; car elle commençoit fort à regner par la cité et mouroient plusieurs de mort subite. Et fut apporté monseigneur st Clément à Mets en la chappelle de Graice, devant la grande esglise (chapelle des Lorrains). »

 

Exposition de la châsse de l'apôtre messin :

 

« En celle année (1420), advint que pour grande pestilence et mortalité de gens qui estoient en la cité, la justice et conseil de la cité firent apporter la fierte où le corps du benoît Sainct Clement gist, en la cité, sur le grand autel Sainct Estienne. Et tout le temps qu'il y fut, il y eut ung des seigneurs moines de l'abbaye dudit Sainct Clement ordonné pour gardeir et pour toucher de la main du benoît sainct Clement ; et dont la justice et conseil de la cité ordonna à paier de graice audit seigneur moine pour chascun jour qu'il toucheroit de la main dudit sainct Clement, deux sols (sous) de metsain. »

 

Le chroniqueur s'exprime d'une façon confuse. Il me semble que les fidèles remettaient au moine de Saint-Clément soit un morceau de tissu, soit un objet de piété. Le religieux le déposait sur la châsse pour le sanctifier, et ce moyennant finance.

Traditions populaires

 

Saint Clément, 23 novembre.

« Passé la Saint-Clement,

On ne sème plus de froment. »(R de W)

ST-EPVRE / ST-MAURICE / STE-MARGUERITE

 

Dénomination

 

« Sanctus Aber - S. Aper - S. Eivre - S. Epvre. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« ... l'église mentionnée dans la liste stationnale se trouvait également en dehors mais près de l'enceinte aux environs de l'église de la Vierge... » (R-S B)

 

Dans la liste stationnale, Saint-Epvre se situe à la vingt-sixième station : « 26. feria II statio ad sanctum abrum quae subiacet ecclesiae sanctae Mariae », que Roch-Stéphane Bour traduit en ces termes :

 

« Station à Saint-Epvre qui se situe près de Sainte-Marie. »

 

Or le verbe « subjacet » comporte plusieurs acceptions :

 

  • est placé ou situé dessous ;

  • dépend de ;

  • fait partie de.

     

    Dans la première acception, le sanctuaire se situe soit sous celui dédié à la Vierge - il s'agit alors d'une crypte - soit plus bas en se dirigeant vers la Seille. Dans les deuxième et troisième acceptions, le sanctuaire n'est qu'une dépendance de Sainte-Marie et se situe dans les environs de cette église. Comme nous le verrons ci-après, Saint-Epvre n'est pas une crypte mais une chapelle. Nous situons cet édifice, ainsi que Sainte-Marie, dans le pâté de maisons formé par les rues du Neufbourg, des Augustins et par la place Saint-Thiébault.

Patron tutélaire

 

« Saint Epvre était un évêque des plus connus de son temps. Après sa mort, nous dit M. Martin, son tombeau ne tarda pas à devenir l'instrument de grâces précieuses, le théâtre de beaucoup de miracles, le centre de fréquents pèlerinages. Son culte se répandit rapidement dans les diocèses avoisinant celui de Toul, où plus de cinquante paroisses lui étaient dédiées... » (R-S B.)

 

« Aper ou Epvre (saint), évêque de Toul, au Ve siècle. Né à Troyes, il succéda sur le siège de Toul à Ursus, ou le précéda. Il se fit remarquer surtout par l'esprit de prières et de charité.

Le saint évêque jeta les fondements d'une église dans l'un des faubourgs de Toul et mourut, avant que les travaux fussent terminés, après sept années d'épiscopat, vers 507...

L'église construite par saint Aper portait son nom dès avant le VIIIe siècle : elle conservait les reliques de son fondateur et devint le siège d'une célèbre abbaye de bénédictins. » (V d S)

 

Stationnale

 

Vingt-sixième station ; lundi de la quatrième semaine du Carême.

 

Histoire

 

« C'est la première et unique fois qu'il est question d'un sanctuaire - une chapelle plutôt qu'une église proprement dite - dédiée à Saint-Epvre (S. Aper) évêque de Toul mort vers 507. Dans les stations des Rogations du Xle siècle on ne parle plus de cette église. » (R-S B)

 

L'Histoire des Diocèses de Toul, de Nancy et de Saint-Dié, que nous devons à Eugène Martin, nous apprend qu'Epvre avait une grande dévotion à saint Maurice. Aussi élève-t-il, dans les faubourgs de Toul, un sanctuaire qu'il place sous le vocable de ce saint. Cette fondation reçoit sa dépouille ainsi que celles de ses trois successeurs et prendra le nom de son fondateur.

Mais revenons à Roch-Stéphane Bour :

 

« Nous connaissons également à Metz une chapelle dédiée à saint Maurice : elle était située en dehors des murs, tout près de l'ancienne porte de Saint-Thiébaut. L'abbesse de Sainte Glossinde, dont elle dépendait la mit à la disposition des premiers Templiers qui s'y établirent, probablement en 1133 ou peu après. »

 

Les Bénédictins, dans leur Histoire de Metz, s’intéressent à l'établissement des Templiers à Metz :

 

« Nous fixons à l'an 1133 l'établissement des Templiers dans la ville de Metz. Ils eurent d'abord, pour Église, une chapelle dédiée à saint Maurice, qui leur fut donnée par Agnès, Abbesse de sainte Glossinde, du consentement de sa communauté et qui dans la suite fut cédée aux PP. Augustins de Metz.

Il est à présumer que dans les commencemens, ces Chevaliers vécurent comme ils avoient d'abord fait à Jérusalem, c'est-à-dire, de charités et d'aumônes, conformément à l'esprit de pauvreté dont ils faisaient profession, et qui les fit appeler les pauvres Chevaliers du Temple ; mais ayant acquis bientôt après de grandes richesses, ils quittèrent leur premier emplacement, et allèrent se loger beaucoup mieux dans une maison connue encore de nos jours dans la citadelle, sous le nom de Temple, et dont il est fait mention dans un procès-verbal de l'an 1565, inséré dans les registres du Présidial de Metz. »

 

Vers l'année 1260, les Augustins s'installent à Metz et prennent possession du sanctuaire dédié à saint Maurice. Les Bénédictins, nos historiens, adoptent les déclarations de Philippe de Vigneulles :

 

« Il y avait, dit-il, auparavant, dans l'endroit où ils sont établis, un petit oratoire où demeuraient des espèces de Religieux nommés Cesses et que l'on croit être des Templiers ou Hospitaliers de Jérusalem. Les Augustins, ajoute-t-il, doivent tous les ans aux Dames de sainte Glossinde une rente pour une partie du terrain qu'ils occupent, et qui appartenait à cette Abbaye. Leur maison ne fut point amenée tout à coup à sa perfection : l'un, à l'aide des aumônes de personnes charitables, fit voûter l'Eglise ; un autre fit faire le dortoir ; et un troisième, qui étoit confesseur de la Duchesse de Lorraine, fit faire les stalles. »

 

Si les Augustins succèdent aux Templiers, le sanctuaire, sous sa dénomination « Saint-Maurice », se substitue-t-il à celui sous la dénomination « Saint-Epvre » ? Nous pouvons l'admettre puisque Saint-Epvre n'apparaît plus dans les différentes listes stationnales et que ces deux édifices se situent près de Sainte- Marie, dans un domaine appartenant à l'abbaye Sainte-Glossinde. La raison du changement de dénomination nous échappe, mais n'est-il pas bon de le rappeler, Epvre, de son vivant, avait une grande dévotion à ce saint.

L'église conventuelle des Augustins échappe à la destruction, lors du siège de 1552, mais disparaîtra en 1739 :

 

« M le Maréchal de Belle-Isle » - selon les Bénédictins - « ayant formé le projet d'agrandir la ville de ce côté-là, et de reculer la porte de saint Thiébaut d'environ deux cents pas, les Augustins, qui en étaient voisins, rebâtirent leur couvent dans leur jardin, et profitèrent de quelque peu de terrain qu'on leur abandonna, pour bâtir à l'entour des maisons bourgeoises. »

 

Après la prise de possession de Saint-Maurice par les Augustins, ce sanctuaire changera-t-il à nouveau de dénomination ? Nicolas Dorvaux, dans ses Pouilles, nous apporte « quelques détails intéressants » :

 

« Benoît Picard[1] ferait croire à deux établissements existant d'une façon distincte, lorsqu'il traite en un double article : Les Augustins de Metz..., Les Augustins Ermites de Metz toutefois il ajoute quelques détails intéressants :

Ce monastère fut fondé... comme un collège destiné pour toutes les personnes de l'ordre, ce qui fut statué dans le chapitre général de l'an 1338... L'église est sous le nom de Ste-Marguerite ; on y conserve quatre épines de la couronne de N.S.J.C. »

 

Anecdotes

 

Hospitalité à risque

Les Augustins de Metz avaient un sens de la charité hors du commun, comme nous l'apprennent les Chroniques messines :

 

« En ce meisme temps -1511- avint (advint) une grande esclandre au couvent des Augustins de Metz. Le cas fut tel qu'il y eult ung josne (jeune) religieulx d'icelluy convent qui avoit mis et logié en sa chambre une josne femme mal privée (dépravée). Et pource que le temps estoit froid, avoit ledit Augustin donné du charbon a celle pouvre malheureuse ; mais pource que en celle chambre il n'y avoit point de cheminée, la fumée d'icelluy charbon estoufa tellement la pauvre fille et en fut si tres prinse (prise) qu'elle morut soudainement en la plaice. Et avec elle il y avait ung petit novice qui paireillement fust esté mort, si daventure ung aultre religieulx ne fust venu qui le tiroit dehors et à bien grant peine luy donna secours, car s'il fust ung peu plus demouré, jamais n'y fust venu à temps. Parquoy pour ces choses fut ledit convent fort scandali-sé ; et avec ce leur furent fermées et murées les portes, les fenestres et les huis (portes) qui alors sailloient (donnaient) en la rue du costé de sainct Thiebault, de coste la tour des merciers, ne depuis ce temps n'y eult en ce lieu plus d'entrée. Et fut le poure (pauvre) religieulx mis en chairtre (prison), par moult loing temps (pour longtemps), et puis fut transmué (déplacé) en ung aultre couvent. »



[1]Picard (Benoît), né à Toul (1663-1720), ecclésiastique et historien; auteur, entre autres , d'une Histoire de la ville et du diocèse de Toul.

 

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