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L'Histoire sous un autre Angle
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SAINT-LAURENT

 

Dénomination

 

« Sanctus Laurentius - Ecclesia sancti Laurentii - Parrochia s. Laurentii - S. Lorant - S. Laurent - Saint Laury - Saint-Laurent : nom régulièrement employé - St Laurent-des­Champs. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« Ailleurs nous avons fixé approximativement l'emplacement de S. L. qui a dû se trouver à l'entrée de la rue Drogon ou rue de l'Argonne » (R-S B)

 

Le sanctuaire se situait à l'angle formé par la rue Drogon et le pont de l'Argonne.

Patron tutélaire

 

« Le titulaire est connu ; son culte s'est répandu de bonne heure dans les pays d'Occident. La règle de saint Chrodegand ne mentionne pas encore sa fête, mais elle a dû être célébrée à cette date et, à la suite d'une vision de saint Ulrich, évêque d'Augsbourg (mort en 973), elle l'a été, avec plus de solennité encore. Tous nos calendriers la mentionnent (avec octave). » (R- S B)

 

Ambroise, évêque de Milan, développe, en Occident, le culte des reliques. Nous lui devons le premier récit de la Passion de Laurent, écrit plus d'un siècle après son martyre.

Les sbires du préfet de Rome arrêtent le pape Sixte, deuxième du nom, lui font subir un premier interrogatoire et le conduisent en prison. Sur le chemin, le diacre Laurent rencontre son maître et lui reproche de l'abandonner et de ne pas le faire participer à son sacrifice. Sixte lui répond qu'il ne l'abandonne pas et lui dit :

 

« Reçois les richesses de l’Église ou ses trésors et distribue-les à qui il te semblera bon. »

 

Après ce résumé, extrait de la Vie des Saints, référons-nous au texte :

 

« Laurent s'occupa aussitôt de distribuer aux clercs et aux pauvres les richesses qui lui avaient été confiées. Sur le mont Coelius, il trouva une veuve nommée Cyriaque qui cachait chez elle beaucoup de chrétiens. Il y vint de nuit en apportant des vêtements et de l'argent, lava les pieds des chrétiens et guérit Cyriaque de maux de tête en posant sur elle le linge avec lequel il avait essuyé les pieds des « saints. »

Laurent s'en fut ensuite dans la maison de Narcisse puis chez Crescentien, aveugle auquel il rendit la vue, puis dans la crypte de Népotien où il trouva soixante-trois chrétiens hommes et femmes avec le prêtre Justin ; il leur lava les pieds et les secourut.

Le pape fut jugé et condamné à être décapité sur la voie Appienne. Laurent se rendit sur son passage et cria :

 

« Ne me laisse pas, Père saint, parce que j'ai déjà distribué les trésors que tu m'as confiés. »

 

Entendant parler de trésors, les soldats s'emparèrent de Laurent et le conduisirent au tribun Parthénius, qui avertit Dèce. Heureux de cette nouvelle, l'empereur fit venir Laurent, lui ordonna sous menace de mort de livrer ses trésors et le confia à la garde d'Hippolyte. Dans sa prison Laurent guérit, convertit et baptisa un aveugle nommé Lucillus, puis il rendit la vue à beaucoup d'autres, accourus au bruit de ce miracle. Il baptisa ensuite Hippolyte avec dix-neuf personnes de sa maison. Valérien se fit amener Laurent et lui dit :

 

« Cesse de t'entêter et réponds-moi au sujet de ces trésors que nous savons amassés chez toi. »

 

Laurent lui répondit :

 

« Donne-moi un délai de deux ou trois jours et je te les apporterai. »

 

Valérien y consentit. Laurent employa les trois jours qu'on lui laissait à amener secrètement dans la maison d'Hippolyte des aveugles, des boiteux, des malades et des pauvres. Au bout des trois jours il se présenta au palais de Salluste devant l'empereur Dèce et le préfet Valérien. Dèce lui demanda :

 

« Où sont les trésors que tu as promis de présenter ? »

 

Le bienheureux Laurent amena dans le palais les pauvres et annonça :

 

"Voici les trésors éternels, qui ne diminuent jamais et augmentent toujours, qui sont répandus en chacun et se trouvent dans tous..."

 

Laurent subit plusieurs interrogatoires, accompagnés de tortures.

Un dernier interrogatoire eut lieu aux Thermes, près du palais de Salluste. Dèce ordonna de meurtrir la bouche de Laurent avec des pierres, puis il dit :

 

« Apportez un lit de fer pour que le contumace Laurent y repose. »

On apporta un lit en forme de gril et après l'avoir dépouillé de ses vêtements on y étendit Laurent, puis on l'attacha pendant qu'on mettait en dessous des charbons ardents. Dèce dit :

 

« Sacrifie aux dieux »

.

« Moi, je m'offre à Dieu en sacrifice d'odeur agréable, dit Laurent, parce qu'un esprit contrit est un sacrifice à Dieu. »

 

Les bourreaux continuaient à activer le feu et serraient le martyr toujours plus étroitement. Laurent dit :

 

« Apprends, malheureux, que les charbons m'apportent un rafraîchissement et à toi un supplice éternel. Parce que le Seigneur sait que j'ai confessé le Christ, maintenant que je suis cuit, je rends grâces... »

 

Se tournant vers Dèce :

 

« Voici, misérable, tu as cuit un côté, retourne et mange. Je te rends grâces, Seigneur Jésus- Christ, parce que j'ai mérité de franchir les portes de ton royaume. »

 

Et aussitôt il rendit l'esprit. Hippolyte et le prêtre Justin l'enterrèrent secrètement dans la propriété de la veuve Cyriaque. » (V d S)

 

Constantin fit élever une basilique au-dessus de son tombeau, sur la voie Tiburtine, dans la propriété de la veuve Cyriaque. Au cours des siècles, le sanctuaire subit plusieurs transformations, et les bombardements, en 1943, l'endommagèrent. Avec Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les-Murs, Saint-Laurent-hors-les-Murs est l'une des cinq basiliques majeures où seul le pape célèbre au maître-autel.

Quant à son culte à Rome :

 

« Dès le IVe siècle, la fête de saint Laurent comportait une veillée solennelle de prières : aucun saint en dehors des apôtres n'avait obtenu de tels honneurs, ce qui montre l'éclat extraordinaire de la fête du saint Diacre.

Le sacramentaire léonien (Vie siècle) donne douze messes pour le jour de la fête, plus une pour la vigile et une pour l'octave. Dans le haut Moyen Age, on célébrait deux messes à Saint­Laurent-hors-les-Murs le 10 août, la première auprès du tombeau, la seconde, plus solennelle, dans la grande basilique.

Au Moyen Age, il y eut à Rome au moins trente-quatre églises dédiées à saint Laurent et progressivement on y localisa tous les épisodes de la Passion. » (V d S)

 

Stationnale

 

Vingt-huitième station ; mercredi de la quatrième semaine de Carême.

 

Histoire

 

« Nous ne connaissons pas l'origine de notre église. L'obtention de quelques reliques a pu être la cause de sa fondation. Trèves avait également une église sous le vocable du diacre martyr qui remontait au moins au Ve

... elles figure dans les « Miracula sancti Clementis » antérieurs à 1121. On y raconte comment un certain Hagano pillait les pauvres et incendiait les églises, entre autres celle de S.-L. ; après l'avoir spoliée, il la réduisit en cendres. La punition ne tarda pas à suivre le crime. L'évêque Hériman la cède, en 1090, à l'abbaye de Saint-Clément. En 1177, Alexandre III en confirme la possession à Saint-Vincent. » (R-S B)

 

La destruction de l'église Saint-Laurent, comme nous le rappelle la Petite Chronique des Célestins, entre dans la stratégie militaire du duc François de Guise au cours du mois d'août de l'année 1552.

 

Anecdotes

 

Collation à Saint-Laurent

« Le Cérémonial de la cathédrale nous apprend qu'il y avait à côté une chambre ou salle (thalamus) où le jour de la fête du saint (10 août), les chanoines de la cathédrale, qui avaient pris part à l'office, prenaient une petite collation (pain, vin et fruits) qui leur était servie par ceux qui détenaient l'église, c'est-à-dire les moines de Saint-Vincent »  (R-S B)

 

Traditions populaires

 

« Laurent (Saint-) 10 août.

C'est l'époque des étoiles filantes. Une légende dit que saint Laurent versa d'abondantes larmes pendant son douloureux martyre. Un ange recueillit les pleurs dans un calice qu'il emporta au ciel devant le trône du Tout-Puissant. Chaque année, le jour commémoratif de la mort du saint, le bon Dieu prend le calice et répand dans les nues un peu du contenu. On voit alors les larmes de saint Laurent se changer en pluie d'or.

Le saint est invoqué contre les maux de dents.

 

A la Saint-Laurent, le bois perd sa sève et ne pousse plus. La Saint-Laurent belle et claire annonce un bel automne.

 

Le soleil, le jour de la Saint-Laurent est particulièrement favorable à la vigne et prépare un bon vin. Un vieux dicton des vignerons demande pour le vin :

 

Lé chalou é lé Saint-Laurent,

Lo freud é lé Saint-Vincent

La chaleur à la Saint-Laurent,

Le froid à la Saint-Vincent.

 

A la Saint-Laurent, les oiseaux perdent leur chant.

 

Si l'on sème des navets à la Saint-Laurent,

ils « tournent » mieux et deviennent beaux.

 

Quand Saint-Laurent a mis l'écorce au chanvre, le chanvre peut être arraché.

 

Autrefois, sur les bords de la Moselle, dans les églises placées sous le patronage de saint Laurent, par exemple à Mardigny, à Rettel près de Sierck, il était de coutume de placer le jour de la célébration de la fête du saint, c'est-à-dire le dimanche après le 10 août, une grappe de raisin mûr dans la main de la statue de saint Laurent. À Mardigny, dans les années 1811 (année de la comète). 1834, 1846, 1857, les vignerons ont pu suspendre à la main du saint une bouteille de vin nouveau. » (R d W)

SAINT-LOUIS

 

Dénomination

 

Sainct Louis - St Louis - Sainct Lowys - Sainct Loys - St Loys - Saint-Louys.

 

Emplacement

 

Dans le Jahrbuch de 1907, l'abbé Roch-Stéphane Bour place approximativement la Chapelle Saint- Louis et son cimetière attenant dans le secteur compris entre les rues Ausone, Sébastien Leclerc, Pasteur et La Fayette. Le coin sud-est du cimetière se situait à l'angle formé par les rues La Fayette et Sébastien Leclerc.

Patron tutélaire

 

Comme l'Église honore quelque trente Louis et que nous ne connaissons pas le jour de la dédicace du sanctuaire Saint-Louis, nous ne pouvons affirmer que ce dernier était sous le vocable de tel ou de tel Louis. Aussi procéderons-nous, dans un premier temps, par élimination; dans un second, par conjecture.

L'année 1405 - première mention du cimetière Saint-Louis dans les Chroniques messines - nous servira de référence pour éliminer tous les saints postérieurs à cette date. Il ne nous reste plus que :

 

  • Louis de Cordoue, martyrisé, le 30 avril 855, sous l'émirat de Mohamad, en compagnie d'Amateur et de Pierre le moine ;

  • le bienheureux Louis, de l'ordre des Prémontrés (XIIe siècle) vénéré à Arnstein, ancien diocèse de Trèves ;

  • le bienheureux Louis, margrave de Thuringe, mort en 1227 ;

  • Louis, neuvième du nom, roi de France (1215-1270) ;

  • Louis de Toulouse, évêque de cette ville, mort le 19 août 1297 ;

  • le bienheureux Louis le Grand, roi de Hongrie, mort en 1382.

     

    Si nous éliminons les bienheureux ainsi que les saints espagnol et occitan, il nous faut retenir Louis, neuvième du nom, roi de France, dont Philippe de Vigneulles parle avec déférence dans la préface de ses Chroniques :

     

    « Pareillement y ai escript des roys de France et combien chascun ait régné et souverainement aulcuns (quelques-uns) des faictz du noble roy Charlemagne, du glorieux sainct Loys qui vint depuis ; ... »

     

    Considérons donc Louis, neuvième du nom et roi de France, comme le patron tutélaire de notre église.

     

    « Louis IX de France. Calendrier général de l'Église romaine 25 août. Saint, roi, 1214-1270. Né à Poissy, près de Paris, il accéda au trône en 1226, sous la régence de sa mère, Blanche de Castille. Il régna quarante-quatre ans. Dans sa vie privée, il était plus austère qu'un religieux et il priait davantage. En tant que législateur, il se montra énergique mais plein de considération pour les pauvres. Guerrier courageux, il conduisit ses armées vers la victoire contre le roi Henri III d'Angleterre, à Taillebourg en 1242. Il fonda plusieurs monastères et, pour abriter sa large collection de reliques, il construisit à Paris la Sainte-Chapelle. Epoux dévoué, il était père de onze enfants. Il dirigea deux croisades ; la première fois il fut emprisonné en Egypte, la seconde il mourut de dysenterie devant Tunis. En 1297, il fut canonisé avec l'approbation de toute la chrétienté occidentale. Il est représenté comme roi, les vêtements souvent ornés de lys, tenant une croix, une couronne d'épines ou quelque autre symbole de la passion du Christ. » (D H)

     

    Stationnale

     

    Non.

     

    Histoire

     

    Les sources de première main nous font défaut pour parler du sanctuaire Saint-Louis. Dans leur Histoire de Metz, les Bénédictins n'y font qu'une seule allusion, lors de sa disparition en 1552 :

     

    « On ruina les Abbayes de saint Arnould, de saint Clément, de saint Martin, de saint Eloy, saint Pierre-aux-Arènes, et les Églises de saint Louis et de saint Jean-aux-Champs,... »

     

    Dans les Anciens Pouillés du Diocèse de Metz, Nicolas Dorvaux ne s'intéresse qu'à la fondation de quatre autels à saint Louys.

    Mais les Chroniques messines nous font découvrir l'importance que revêtait Saint-Louis et son annexe pour la cité messine : cimetière des pauvres, lieu de repos des patriciens messins, panthéon messin et terre profane ; terre profane par opposition à terre sainte.

    Au Moyen Âge, tout cimetière était considéré comme une terre sainte, parce que bénite et consacrée l'inhumation des fidèles morts dans la foi de l'Église. La portion non bénite du champ de repos était destinée aux personnes auxquelles l'Église refusait la sépulture ecclésiastique : morts dans un tournoi ou dans un duel, suicidés, excommuniés - comédiens, par exemple, « n'ayant pas renoncé à leur métier infâme » - ainsi que les enfants morts sans baptême. A Metz, la portion non bénite du cimetière Saint- Louis servait donc de terre profane à ceux qui mouraient dans l'infamie.

    Si nous connaissons la date de la destruction de l'église Saint-Louis, nous ne pouvons que conjecturer sur celle de son édification : au cours du quatorzième siècle, soit après la canonisation (1297) de Louis, neuvième du nom et roi de France.

     

    Anecdotes

     

    Chevalier en terre profane

    Au début du quinzième siècle, la Cité messine soutient plusieurs guerres contre les seigneurs voisins. La paix revenue, les autorités messines imposent lourdement leurs concitoyens. « Taillés et grassement gabellez », les gens du commun se mutinent et prennent le gouvernement de la ville. A la tête des mutins, deux bouchers : « Stevenin le bel bouchier » et « Gros Jehan ».

    Les rebelles accusent leurs anciens dirigeants de haute trahison : celle de vouloir livrer la cité au duc Charles de Lorraine, deuxième du nom. Ils les pourchassent, les obligeant à fuir ; ceux qui ne le peuvent se retrouvent en prison.

    Francequin, un lainier[1] de Porte Moselle s'empare du chevalier Nicolle Grongnat et de son serviteur Thierry et les mène au Palais[2]. Les nouveaux maîtres de la cité condamnent le chevalier à mort, sous l'inculpation de haute trahison :

     

    « Et sans avoir de ce information et sous ce que ledit seigneur fut convaincu du cas, le jour de feste sainct Pierre et sainct Polz[3] publicquement devant la grande esglise, luy firent tranchier la teste et le firent enterreir à Sainct Louis en terre prophane, et jamais ne volrent endurcir (ils ne voulurent endurer = ne permirent) qu'ilfust mis en terre sainte, quelque priere que on en puist faire. »

     

    L'année suivante, le jour de la vigile de l'Ascension, les seigneurs reprennent le commandement de la ville, s'emparent des rebelles et les poursuivent en jugement. Leur clémence se traduit par 31 noyades au Pont des morts et quelque 80 bannissements.

     

    Réfection de Saint-Louis

    Au cours de la guerre qui oppose René d'Anjou, roi de Sicile et duc de Lorraine, ainsi que Charles, septième du nom et roi de France, à la cité de Metz, la chapelle Saint -Louis subit quelques dommages :

     

    « En ladicte année (1446)... aussy fut reffaicte la chaippelle st Louis devant la porte Sainct Thiebault, qui avait esté abattue pour ladicte guerre. »

     

    Inhumation d'un chanoine

    « Le vingt septiesme jour d'aoust (1466) molrut Pierre Roucel, filz seigneur Roucel, l’anel (l'aîné) qui estoit chanoine de la grande esglise de Metz de Nostre Dame la Ronde, prevost et chanoine de Sainct Saulveur et curé de St Laidre, et fust ensepvelli à Sainct Lowys en la cipmetiere avec les pouvres. »

     

    Hommage rendu aux défenseurs de la cité

    Le 09 avril 1473, Nicolas, duc de Lorraine, tente de s'emparer, par ruse, de la cité messine. La perspicacité du boulanger Harelle, qui donne l'alarme, fait échouer cette tentative et sauve la ville. Mais les Messins perdent toute la garde de la Porte Serpenoise, ainsi qu' « ung homme, cherpentier et ung pauvre fol ». La cité reconnaissante, rend à ses morts les honneurs qui leur sont dus :

     

    « Les corps des dessusdits morts et tuez, ledit jour de l'effroy (frayeur, vacarme), furent ensepvellis en ste terre à Sainct Loys, tous en une fosse par l'ordonnance des seigneurs de justice et du conseil qui diligemment pourveurent à la garde, tuition (protection) et deffense de leur dicte cité par tous boins (bons) moyens nécessaires ;... »

     

    Manant et gentilhomme

    « Deux gens d'airmes allemans » - mercenaires à cheval de nationalité allemande - quittent la Cité de Metz. Sur le chemin du retour, ils dépouillent un marchand messin de quelque « cent florins d'or ». Peu de temps après, le 06 octobre 1491, ils reviennent à Metz et logent « en l'hostel Matisse, à la Croix Blanche, devant les Carmes ». Reconnus, ils abandonnent chevaux et harnais, chez leur hôte, et se réfugient dans la cathédrale.

    Le 08 octobre, les seigneurs justiciers interdisent, dans une proclamation publique, à toute personne de leur parler, de les nourrir, de leur procurer des vêtements, sous peine d'être jetée en prison et privée de tous ses biens.

    Le soir même, vers 21 heures, les deux mercenaires se font ouvrir la porte de la cathédrale et tentent de s'enfuir. Des « sergens qui gardoient aux huis (portes) de l'église » se saisissent des deux fuyards et les conduisent « en l'hostel du doyen ».

    Le 21, le bourreau les pend au gibet. Mais comme l'un des deux mercenaires était de condition noble, deux jours plus tard, « à la priere d'aulcuns (quelques) seigneurs de dehors, il fut despendu et mis en terre à Sainct Lowys ».

    Quant à son compagnon d'infortune, le manant, ses restes pendillèrent au gibet jusqu'à leur totale putréfaction.

     

    Inhumation d'une femme de condition

    « Audit jour vingt sixiesme de janvier (1493) molrut dame Ysaibel Baudoiche, fille seigneur Jehan Baudoiche, chevalier, et femme Michel Cunnehem, escuyer, qui par avant avoit esté femme seigneur Wiriat de Toul, laquelle fut ensepvellie à Sainct Lowys. Et fit on son service, le mardi vingtneufviesme jour dudit mois ; et chantoit la messe à St Martin en Curtis, monseigneur l'esvesque de Pavadance, souffragant de l'eveschié de Mets, et fist ung sermon de ladicte dame Ysaibel et de sa fin, en disant que on priaist pour elle et que les louanges sont bonnes apres la mort. »

     

    Supplice d'un faux-monnayeur

    Les seigneurs justiciers de la cité messine condamnent Bernard Danjou, un faux-monnayeur, « à morir d'une mort très cruelle et honteuse, c'est qu'il serait bouylli en huylle ». A cet effet, les bourreaux construisent un foyer en forme de puits.

    Le 19 septembre 1510, les Messins, venus nombreux, assistent donc à une exécution inhabituelle, au Champ à Seille. « Bernaird Danjou » quitte le Palais à 10 heures et prend place au pilori. De cet endroit, il voit l'eau et l'huile qui ne cessent de bouillonner dans la chaudière, placée sur le foyer.

    A 14 heures, il descend du pilori et prend place devant la chaudière. Assis, le dos tourné à cette dernière et face au peuple, les juges renouvellent l'acte d'accusation. Danjou reconnaît les faits et se repent.

    La sentence lue, le bourreau lie les mains du condamné sous les genoux, à l'aide d'une chaîne qu'il avait autour du cou, et tire sur la chaîne de façon que le visage se plaque sur les genoux. Il le hisse ensuite par les pieds, le descend dans l'huile bouillante et maintient la tête dans le liquide à l'aide d'une fourche « et fut tantost mort et passé ».

    « Puis ce fait, fut son corps chairgié sus ung tumerel[4] (tombereau) et fut par le devant dit bourriaud mené enterrer à St Loys en terre prophane ».

     

    Percepteur indélicat

    Jaicomin de Moyeuvre, riche bourgeois de la cité messine, « maistre gouverneur et recepveur des deniers de la maison des lombairds (lombards = banquiers) avoit mal rendu compte des argents receus (reçus) ausdits lombairs... fut condampné par sentence definitive d'estre en prison perpetuellement en pain et en yaue (au pain et à l'eau)... et y fut ledit Jaicomin, jusques à ceste presente année (Noël de l'année 1513) qu'il morut et fut mené à Sainct Loys ». 

     

    Voleur de chevaux

    Jehan Lallemant, un ancien serviteur de « messire François de Gournais », mécontent de son sort, quitte la cité messine et décide de se venger. Le jour de la Pentecôte de l'année 1514, Jehan et plusieurs compagnons s'emparent, à Jouy, de chevaux appartenant à Jehan Dollixey, « marchant de Mets ».

    Au cours du mois de février de l'année suivante, il se repent de son méfait, cherche asile à Sainte - Elisabeth[5] et demande le pardon de la justice messine. Sans réponse de la part des seigneurs justiciers, il quitte, toujours aussi vindicatif, son asile par une belle nuit de février.

    Les arbalétriers et les « collevriniers[6]» de garde le surprennent dans les fossés de la ville, le pourchassent, l'abattent, après une lutte acharnée et l'abandonnent dans ces mêmes fossés « et le lendemain, tout au matin et presque devant le jour, fut envoié cerchier (chercher) par les gaucheurs[7] (nettoyeurs) de l'hospital et porté en terre à Sainct Loys ».

     

    Martyre d'un luthérien

    Le dimanche 23 juillet 1525, trois adeptes de la « secte de luthererie », Jehan Le Clerc de Meaux, cardeur de laine et meneur du groupuscule, Pierron Gueiraird, clerc du Palais et receveur de l'abbaye Sainte-Glossinde, Jacques, libraire et imprimeur messin, profanent le cimetière et la chapelle Saint-Louis en détruisant les images ainsi qu'en mutilant les statues.

    Le lendemain, les iconoclastes, recherchés par la justice messine, tentent de s'enfuir ; seul Pierron réussit à quitter la ville, tandis que Jehan et Jacques « furent prins (pris) et menés en l'hostel de la ville ».

    Condamné à mort, Jehan Le Clerc subit, le samedi 29 juillet, le supplice du bûcher ainsi que les tortures qui le précèdent sans exhaler une seule plainte. En effet, le bourreau tente de lui arracher le nez, à l'aide d'une tenaille rougie au feu, mais ne réussit qu'à lui arracher les lèvres jusqu'aux dents. Ce n'est qu'à la deuxième tentative qu'il lui enlève le nez. Toujours avec sa tenaille rougie au feu, il lui trace deux ou trois couronnes autour de la tête et lui brûle la peau jusqu'à l'os. Ensuite, à l'aide d'un couteau et d'un maillet, il lui tranche la main droite. A chacune de ces tortures, Jehan, au lieu de se plaindre, prononce des paroles qui ne font qu'émerveiller l'assistance :

     

    « Mon Dieu, prens encor cecy de moy. »

     

    Et lorsqu'enfin le bourreau met le feu au bûcher, Jehan, tout en se consumant, récite les psaumes : Benedictus dominus Deus Israel et In exitu Israel de Egypto.

    Du haut du pilori, Jacques assiste au supplice de son coreligionnaire. Son oeuvre achevée, le bourreau se rend au pilori et coupe les oreilles à Jacques, « puis fut banni et forjugé (condamné) à tousjourmai ».

     

    Tradition populaire

    « S'il fait beau temps pendant la lune de Saint-Louis

    Tout le monde s'en réjouit » (R de W)

     

    Dicton que 6n entend en suisse romande :

     

    « Si la lune de Saint-Louis

    Se fait en beau, sois réjoui. »

     



[1] Lainier : apprêteur ou marchand de laine

[2] Palais des Treize : palais de justice et prison

[3] 29 juin 1405, soit 4 jours après l’insurrection

[4]Philippe de Vigneulles emploie le terme « tumerel » au lieu du terme « tomberel ». En Vieux Français, « tumerel » signifie machine de guerre

 

[5] Ste Elisabeth : Eglise située devant la Porte des Allemands

[6] Servants d'une couleuvrine : canonniers

[7]En vieux Français, « gaschier » laver

 


SAINTE-MARGUERITE / SAINT-EPVRE / SAINT-MAURICE


 


Voir Saint-Epvre


 


Patron tutélaire


 


« Marguerite ou Marine. Sainte, vierge, martyre. Cette vierge d'Antioche en Pisidie fut livrée au martyre sous Dioclétien. A part ce fait certain, ses « acta » sont purement fictifs, y compris, bien sûr, l'histoire du dragon farouche qui l'aurait engloutie. Néanmoins, cette vierge martyre très populaire jouit d'un culte fort ancien, qui fut toutefois supprimé en 1969. En Orient, elle est connue sous le nom de Marine. » (D H)


 


Sainte Marguerite, au dragon qu'elle tient enchaîné, faisait partie des Quatorze Saints Auxiliaires. Elle était invoquée contre les maux de reins et par les femmes qui devaient être mères.


 


Traditions populaires


 


« Marguerite (Sainte), 10 juin.


S'il pleut le jour de la Sainte-Marguerite, il y aura peu de noix.


La Sainte-Marguerite sans soleil luisant


Donne une fenaison gâtée par le mauvais temps. » (R d W)


SAINTE-MARIE / SAINT-THIEBAUT

 

Dénomination

 

« Cette église porte le nom de Sainte-Marie, sans addition topographique. Par le fait même sont exclues les autres églises qui en présentent » (R-S B)

 

Ecclesia sancta Maria - Notre Dame.

 

Emplacement

 

« Elle était peu éloignée de l'abbaye (Sainte Glossinde) à l'intérieur des murs, à une faible distance de l'enceinte, vers l'orient.. Cet emplacement n'est autre que celui de la future collégiale de Saint-Thiébaut. » (R-S B)

 

Nous situons cet édifice ainsi que Saint-Epvre dans le pâté de maisons formé par les rues du Neufbourg, des Augustins et la place Saint-Thiébault, près du square Soeur Hélène.

Patron tutélaire

 

« Marie, Mère du Seigneur. Sainte Vierge. Ier siècle. La sainte Vierge, Mère de Dieu, est vénérée d'un culte spécial, que saint Thomas d'Aquin appelle hyperdoulia, comme la plus grande des créatures. Les invocations à Marie abondent dans les liturgies catholiques, aussi bien publiques que privées. Les événements principaux de la vie de la Vierge sont commémorés par l'Eglise universelle aux dates suivantes. Le 8 décembre : la conception immaculée, c'est-à-dire le privilège que Dieu lui accorda d'être libre du péché originel à partir du premier instant de sa conception. Le 8 septembre : sa naissance, comme juive et comme descendante du roi David. Le 21 novembre : sa présentation à Dieu dans le temple de Jérusalem, par ses parents. Le 25 mars : l'annonce par l'archange Gabriel qu'elle était choisie pour être la mère de Dieu, ou Théotokos. Le 31 mai : la visite de Marie à sa nièce, - sa parente ? (Luc L36) - Elisabeth, la mère de saint Jean-Baptiste. Le 15 août, son assomption, de corps et d'âme, au ciel. Cette dernière fête, ainsi que la solennité de la Mère de Dieu, le Ier janvier, souligne l'importance que le nouveau calendrier romain attache au rôle de la Vierge dans l'incarnation et dans la rédemption suivant l'enseignement du deuxième concile du Vatican, à sa relation particulière avec son Fils et à sa qualité de modèle de l'Église. Actuellement, son culte est considéré dans la pure tradition patristique et scriptuaire, parfois sous des formes qui auraient été rejetées auparavant En outre, chaque nation et presque chaque diocèse de l'Eglise catholique vénèrent la Vierge sous un titre particulier, réalisant ainsi la prophétie que « toutes les nations me diront bienheureuse ». Les innombrables représentations iconographiques de Marie expriment ces aspects différents de sa personne et racontent les événements de sa vie. Elle est très souvent représentée en portant son jeune Enfant. » (D H)

 

Stationnale

 

Non.

 

Histoire

 

« Notre sanctuaire est mentionné dans la Vie de sainte Glossinde. Le corps de la sainte reposait depuis 25 ans dans l'église des Apôtres, appelée plus tard Saint-Arnould, quand une de ses religieuses eut une vision : Glossinde, debout sur le mur de la ville qui passait derrière le couvent, lui indiquait par une pierre qu'elle y jeta l'endroit où elle désirait voir s'élever un autel et une église en l'honneur de la Mère de Dieu, avec un cimetière où seraient dorénavant enterrées les moniales de son couvent. Elle désignait encore l'endroit du mur où devait être pratiquée une porte de communication avec la nouvelle église. Celle-ci fut construite et dédiée à Marie. » (R-S B)

 

La mort de Glossinde se situe vers 610 ; le transfert, vers 635, année de l'achèvement du sanctuaire Sainte-Marie. Mais laissons la parole aux Bénédictins :

 

« Elle fut d'abord enterrée dans l'Eglise des Apôtres, connue depuis sous le nom de S. Arnoud, ainsi qu'elle l'avoit demandé de son vivant, parce que les Religieuses de son Monastère n'avoient point alors d'autre sépulture. Elle y resta environ vingt-cinq ans ; après quai son corps fut rapporté dans son Abbaye, et déposé dans une Eglise nouvellement bâtie auprès de l'ancienne, et dédiée sous l'invocation de la Ste Vierge. Le terrain, qui l'avoisinait, fut converti en cimetière, afin, dit l'Auteur de l'Histoire de cette translation, qu'après leur mort les enfans ne fussent pas séparés de leur mere. On la mit, ajoute-t-il, dans un tombeau neuf au côté droit de l'Autel, et les personnes qui assisterent à cette cérémonie, dirent avec affirmation que son corps était aussi bien conservé que si elle eût été vivante.

Quelque temps après on ouvrit ce tombeau avec solemnité, et l'on aperçut que l'orteil du pied droit avoit été endommagé. On le referma et il resta en cet état jusqu'au temps de Louis-le­Débonnaire. »

 

Le jour de l'Ascension de l'année 840, Drogon, évêque de Metz, dépose les restes de Glossinde dans le sanctuaire qui prendra désormais son nom[1].

Agnès, abbesse de Sainte-Glossinde - la même qui permit aux Templiers de s'installer à Saint -Maurice - cède Sainte-Marie à deux jeunes clercs de Metz, vers l'année 1158.

 

« Saint-Thiébaut est la continuation de Sainte-Marie voici les raisons qui militent en faveur de cette identification :

Les documents contemporains n'indiquent pas seulement d'une manière générale l'emplacement des deux églises en se servant des mêmes termes... mais ils marquent aussi l'emplacement occupé par Saint-Thiébaut. Or ce site, directement à l'entrée de la rue du Neufbourg actuelle, répond exactement aux données fournies par l'abbé Jean[2] sur l'église de Ste. M. Le terrain sur lequel les deux églises avaient trouvé place appartenait à Sainte­Glossinde.

Cette dépendance au point de vue de la propriété explique le fait que l'abbesse avait le droit de donner l'investiture au prévôt[3] de la collégiale; droit que le pape Victor IV confirma en 1163, parce que, dit la bulle, Saint-Thiébaut se trouve sur le terrain de l'abbaye : comme reconnaissance de sa dépendance, elle aura à verser annuellement à l'abbaye un cens d'un denier d'or ou 12 sous messins. Ces attaches avec l'ancienne église Ste. Marie sont rappelées par les invocations des litanies qui se faisaient à la station du troisième jour des Rogations, dont voici l'ordre : Sainte-Glossinde (une seule invocation), Saint-Marie (deux invocations), saint Thiébaut (deux invocations). Quant aux autres saints qu'on invoque à cette occasion, il est à remarquer que ce sont toutes des vierges, preuve manifeste que l'église, à l'origine, était exclusivement dédiée à la Vierge et que saint Thiébaut, dont l'invocation est la dernière, n'est venu qu'après coup s'ajouter comme titulaire. Ceci est encore confirmé par le fait qu'en sortant de la collégiale, la procession chante une antienne « Gaude Mari »" en l'honneur de la Mère de Dieu. Sur les sceaux de la collégiale, dans ses actes et documents officiels, la première place est toujours réservée au premier titulaire. » (R-S B)

 

Avant de poursuivre la citation de Roch-Stéphane Bour, revenons aux vierges qu'invoquaient, à Saint­Thiébaut, les processionnaires :

 

« Sancta Regina, sancta Petronilla, sancta Martha... »

 

« Reine (Régine). Sainte, vierge et martyre, morte vers 286. Elle est vénérée à Autun, depuis des temps très reculés. Nous ne disposons pas d'autres renseignements à son sujet » (D H)

 

« Pétronille. Sainte, vierge, Ier siècle. Vierge romaine, elle est vénérée depuis les premiers temps. Des légendes ultérieures la mettent en rapport avec l'apôtre saint Pierre, dont elle aurait été la servante. Le Martyrologe romain d'avant 1970 va jusqu'à l'appeler fille de l'apôtre. En 1969, son culte a été confiné aux calendriers locaux. Elle est représentée en tenant des clefs, ou en étant guérie par saint Pierre. » (D H)

 

« Marthe. Sainte, vierge, morte vers 80. Soeur de Lazare et de Marie de Béthanie, elle est, en Occident, souvent identifiée avec Sainte Marie-Madeleine. Accueillant le Seigneur dans la maison de Béthanie elle « se soucia et s'agita pour beaucoup de choses. » Elle est la patronne des ménagères. Le récit de son passage en Gaule ne mérite pas de créance. Elle est représentée comme ménagère, portant souvent une quenouille ou quelque autre symbole du travail ménager. (D H)


Mais revenons à Roch-Stéphane Bour qui s'appuie sur Philippe de Vigneulles pour démontrer que la collégiale Saint-Thiébaut est la suite de Sainte-Marie :

 

"Mais l'argument péremptoire nous est fourni par Philippe de Vigneulles qui, après avoir raconté la vision de la religieuse dont il a été question plus haut, dit que l'église demandée alors par Glossinde a été construite à l'endroit indiqué :

 

« hors des murs... et tout devant l'une des portes d'icelle. »

 

Puis il ajoute aussitôt :

« Et depuis, par succession de temps fut consacrée ycelle église au nom de Sainct Thiébault et déservie par chanoinnes, comme cy après sera dit. »

 

En effet, plus loin, il rapporte au long la fondation de la collégiale :

 

« comment miraculeusement l'église collégiale de Sainct Thiébault, premier (primitivement) fondée de Notre-Dame fut plusier annre (années) apres faicte et ediffiée devent la pourte aulx Arraine », appelée dans la suite porte Saint-Thiébaut.

La dédicace en était célébrée le jour de la Saint-Laurent (10 août). Les magistrats de la ville, pour aider à sa construction, accordent aux chanoines, le 30 mars 1186 le dixième de tous les legs précieux...

A la même date, l'évêque Bertram confirme ces largesses. »

 

La fondation de la collégiale Saint-Thiébaut, nous la devons à « deux jannes (jeunes) clercs, citains (citoyens) de Metz » qui « y donnairent de leurs biens », selon les Chroniques Messines.

 

« L'église de St-Thiébault fut embellie par le chapitre et consacrée de nouveau, en 1190, par Bertram, évêque de Metz. Elle fut entièrement détruite en 1444 et les chanoines, du consentement des magistrats de Metz et du pape Nicolas V, occupèrent l'église des religieuses de la Magdeleine, laquelle, étant près des fossés, fut rasée à l'approche de l'armée de Charles-Quint, en 1552. » (Pouilles).



[1] Chapelle de l’évèché

   [2] Jean, premier du nom, abbé de Saint -Amould (960-975), auteur de la Vie et de l'Histoire des translations de sainte Glossinde

[3]Prévôt : première dignité d'un corps de chanoines d’une église collégiale

 

SAINTE-MARIE-AUX-MARTYRS

 

Dénomination

 

« Sancta Maria foras civitatem - Sancta Maria - ecclesia sanctae Mariae - Sancta Maria ante sanctum Clementum - Sancta Maria ad martyres - dedicatio sancte Marie ad martires - Ecclesia parrochialis beate Marie ad martires - Sancta Maria infra basilicas - Sancte Maria ad basilicas - Sancta Maria extra muras urbis - Nostre Dame a martres - Nostre Dame au Martire - Nostre Dame aux martres, devers Sainct-Clément - Marie-aux-Martyrs - Sainte Marie a Mairtres - Sainte-Marie-aux-basiliques : dénomination moderne. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« L'emplacement est indiqué par les épithètes topographiques. L'église est dite « hors de la ville » par opposition à celles dédiées à la Vierge qui se trouvent, soit à l'intérieur de l'enceinte, soit tout prés des murs. « Infra » ou « ad basilicas » désigne le grand quartier du Sablon ; « ante sanctum Clementum » précise encore plus l'emplacement qui est indiqué sur la planche II de l'Annuaire XIX (1907), surtout d'après le parcours des processions du Cérémonial de la cathédrale et de celui de Saint-Arnould. » (R-S B)

 

Le sanctuaire se situait rue de la Chapelle, à l'opposite de la rue Dom Calmet.

Patron tutélaire

 

Pour comprendre ce double vocable, rendons-nous à Rome :

 

« Il y avait à Rome, au VIIe siècle de notre ère, un temple païen, le Panthéon, dont les origines pouvaient se rattacher à la bataille d'Actium. Incendié en l'an 80 avant Jésus-Christ, puis sous le règne de Trajan, il avait été deux fois reconstruit sous Domitien et Adrien, restauré, en 202, par Septime-Sévère et Caracalla. Finalement, il fut fermé comme temple païen au IVe siècle, sous Théodose. Au VIIe siècle, le pape Boniface IV, avec la permission du gouvernement de Constantinople, le consacra au culte chrétien sous le titre de Sainte-Marie et de tous les martyrs, le 13 mai 610 ou 613. A cette occasion, un légende parle d'une translation considérable de reliques : 38 chariots, a-t-on dit, tirés des catacombes. L'anniversaire de la dédicace de l'église, coïncidant avec cette translation, marquerait la première phase dans l'établissement d'une fête collective en l'honneur des saints martyrs. Ainsi l'a interprété, dans son martyrologe, Adan, en rédigeant sa notice du 13 mai. » (V d S)

 

Le Panthéon de Rome. Agrippa, vainqueur à Actium, fait construire un temple qu'il dédie à Jupiter. Les deux formants, pan et théos - tous et dieux - nous apprennent qu'ensuite ce sanctuaire recevait les statues de tous les dieux. Mais, en 392, Théodose interdit l'entrée des temples et désaffecte ainsi le Panthéon. Pillé par les barbares, il menaçait ruine, lorsque le pape Boniface, quatrième du nom (608-615), le transforme en église chrétienne.

Dans un premier temps, l'Eglise fêtait tous ses martyrs, le 13 mai, anniversaire de la première dédicace du Panthéon. Sous le pontificat de Grégoire, quatrième du nom (827-844), se déroule, un premier novembre, la seconde dédicace de ce sanctuaire qui donnera naissance à notre fête de la Toussaint. Le pape Grégoire, septième du nom (1073-1085), fixera définitivement, au premier novembre la fête de tous les saints.

Notre Panthéon national suit une trajectoire inverse : primitivement destiné au culte religieux, il passe définitivement au culte républicain, en 1885.

Au cours de la guerre de succession d'Autriche, le roi Louis, quinzième du nom, se rend à Metz :

 

« Le 4 aoust, le Roy est arrivé en cette ville ; - selon Jacques Baltus - le 8, il est tombé malade ; le 13, il a reçu le Saint Viatique, et le 15, l'Extrême Onction. »

 

Contre toute attente, le souverain se rétablit et quitte notre ville, le 29 septembre 1744.

Le parti dévot considère la guérison du roi comme miraculeuse. De son côté, Louis, le Bien-aimé, pense la devoir à l'intervention de sainte Geneviève. Aussi lui rend-il une cérémonie d'action de grâce, le 17 novembre 1744, et promet-il de remplacer la vieille église Sainte-Geneviève par un nouvel édifice plus somptueux.

Le manque de fonds, la nature du terrain, les polémiques, la mort de Soufflot, le maître d'oeuvre, nuisent à l'avancement des travaux. Achevée en 1790, l'église Sainte-Geneviève est transformée, dès l'année suivante, en panthéon des grands hommes de la Nation.

 

« Rendue partiellement au culte en 1806, l'église Sainte-Geneviève redevient panthéon en 1830. En 1853, elle est de nouveau vouée au culte avant d'être définitivement désaffectée en 1885, à l'occasion des grandioses funérailles de Victor Hugo. » (Paris – « Balade au fil du temps »)

 

Après cette longue digression, revenons à notre humble sanctuaire du Quartier des Basiliques.

A quelle époque, l'un de nos prélats place-t-il, pour se conformer à Rome, ce sanctuaire, précédemment dédié à la seule Mère du Christ, sous la protection de tous les martyrs ?

Dans la liste stationnale, elle figure sous la dénomination : « Sancta Maria foras civitatem », soit Sainte­Marie-hors-les-Murs. Ce n'est qu'en 1090, dans la charte d'Hériman, notre cinquante et unième évêque, qu'elle apparaît sous la dénomination : Sancta Maria ad martyres.

 

Stationnale

 

Trente-troisième station ; lundi de la cinquième semaine de Carême, soit le lundi de la Passion.

 

 

Histoire

 

« L'origine de l'église ne nous est point connue. Aucune légende qui s’y rapporterait n'est consignée dans nos vieilles chroniques. Et pourtant, elle est un des plus anciens sanctuaires consacrés à Marie, soit à Metz, soit dans ses environs immédiats...

... Or, il est à remarquer qu'a Metz, comme le prouvent d'anciens textes liturgiques, on célébrait la dédicace de l'église du Sablon dont nous parlons ici, au 10 mai[1]. Une influence romaine, surtout à une époque où à Metz, on était très « ultramontain », est donc assez probable...

... L'église, appelée « paroisse » dans la charte de 1090 et confirmée à Saint-Clément, est donnée par Etienne de Bar, en 1137, à la Collégiale de Saint-Sauveur. » (R-S B)

 

La destruction de l'église Sainte-Marie-aux-Martyrs, comme nous le rappelle la Petite Chronique des Célestins, entre dans la stratégie militaire du duc François de Guise, au cours du mois d'août de l'année 1552.

 

Anecdote

 

Neveu meurtrier

Cet événement se situe en l'an 1372 :

 

« Audit an, fut le curé de Nostre Dame aux Martres (martyrs) devers Sainct Clement, occis et tué d'une haiche (hache) en son lit, par ung sien nepveu qui demeroit delez (a côté de) lui, et le garda ledit nepveu par l'espaice (espace) de cinq jours. Au dairien (enfin de compte), il fut sceu (on le sut), et fut prins (pris), et cognu (connu) son cas, mis au pilloris, trainé et mis sur la roue. »



[1] À Rome le 13 mai

SAINTE-MARIE-MADELEINE

 

Dénomination

 

Repenties - Seur de la Magdelaine - La Madeleine - Chanoinesses régulières de Ste-Marie-Madeleine - Renfermerie ou hôpital de Ste Madeleine - Religieuses de la Madeleine.

 

Emplacement

 

« Le plant de la ville de Mets, selon la vraye proportion », de 1552, situe « la Chappelle de la Magdelene » à la hauteur de la « porte Champeneze » (Serpenoise), mais légèrement en retrait, soit entre la rue Wilson et la rue Mozart.

Patron tutélaire

 

« Sainte pénitente. Ier s. Les Évangélistes nomment trois femmes : la pécheresse (Luc VII, 36­--40), Marie de Béthanie (Luc X, 38-42 et Jean XI, 1-44) et Marie- Madeleine ou de Magdala (Luc VIII, 2 – XXIII, 27-29 ; Matthieu XXVII, 5 ; Jean XX, 1 -18) auxquelles ce nom peut être appliqué. Sur l'identification les sentiments sont partagés. L'office de l'Église au 22 juillet fait appel au triple souvenir évangélique de la pécheresse, de la sœur de Lazare et de la fervente amie de Jésus ressuscité. L'opinion qui regarde comme une seule et même personne la pécheresse, Marie de Béthanie et Marie-Madeleine n'est pas en opposition avec le texte évangélique, elle a un appui solide dans la tradition ancienne et ne se heurte à aucune difficulté sérieuse. Sur la vie de Marie-Madeleine après la Pentecôte et sur le lieu de sa mort, on ne sait rien de certain : au VIe siècle, on vénérait son tombeau à Éphèse. En 899, disent les historiens byzantins, l'empereur Léon VI fit transporter le corps de la Sainte à Constantinople. En Occident, à cette même époque, les écrivains se contentent de marquer à propos de Marie-Madeleine, ce qui est consigné dans l’Évangile. Au XIe siècle, les moines de Vézelay prétendirent posséder le corps de la sainte. Vers la fin du XIIe siècle, on admit que Marie-Madeleine était venue finir sa vie aux environs de Marseille, à la Sainte-Baume, et, en 1283, on crut découvrir ses reliques à Saint-Maximin en Provence. » (D H 1925)

 

Dans un Dictionnaire hagiographique récent (1991), nous lisons :

 

« Ste. - Ier s. - Marie-Madeleine figure dans les quatre évangiles comme une des compagnes les plus dévouées de Notre-Seigneur. Les liturgies occidentales, principalement sous l'influence des écrits de saint Grégoire le Grand l'ont souvent identifiée avec la pécheresse anonyme (Lc 7: 37 et 8 : 2) ainsi qu'avec Marie la soeur de Marthe et de Lazare (Jn 1). Cette identification, qui fut toujours refusée par la tradition et les auteurs orientaux, n'est plus acceptée maintenant par les savants occidentaux ni par le nouveau calendrier romain. Une autre légende met Marie Madeleine en rapport avec la France. L'art la représente les cheveux défaits et portant un vase d'onguent »

 

Stationnale

 

Non.

 

Histoire

 

Avant d'aborder l'histoire du sanctuaire, intéressons-nous au problème que soulève la prostitution au Moyen âge. Nous le ferons en compagnie de Daniel Rops, « L'Église de la Cathédrale et de la Croisade » :

 

« On ne saurait énumérer toutes les formes que prit la charité chrétienne, ni les institutions qu'elle fit naître. Parmi les plus curieuses, certaines se consacrèrent au relèvement des prostituées. Cette plaie sociale exista tout au long du Moyen âge, mais s'accrut au XIIIe siècle avec le développement des villes et des universités. Il y avait des femmes de mauvaise vie partout, jusque dans les armées de Croisés. Saint Louis dut prendre des mesures pour réglementer leur trafic, et le pape Innocent III, dans une encyclique de 1198, promit une remise totale de leurs fautes aux hommes pieux qui épouseraient des femmes publiques pour les ramener au bien. »

 

Retenons, toujours en compagnie du même auteur, l'initiative d'un chanoine allemand :

 

« La plus intéressante et celle qui devait le mieux réussir fut celle du chanoine Rodolphe de Hildesheim qui, chargé par l'archevêque de Mayence de ramener au bercail les « fahrende Weiber » (les coureuses...), fonda l'ordre des Sœurs pénitentes de Sainte Madeleine, connues bientôt sous le nom de « Madelonnettes » et où, dans le cadre d'une sévère règle, les repenties couraient sur le chemin du ciel. »

 

Toujours concernant le problème de la prostitution, passons à l'Histoire des Saints :

 

« En Allemagne, un chanoine, Rodolphe de Hildesheim, fonda en 1226-1227, à l'instigation du cardinal-légat Conrad d'Urach, un ordre des Pénitentes de Sainte-Marie-Madeleine, destiné à accueillir des femmes et des jeunes filles qui s'étaient converties après avoir mené une vie dissolue et qui suivait la règle cistercienne. En 1232, elles adoptèrent les Constitutions des Dominicaines de Saint-Sixte et passèrent sous la direction des Frères prêcheurs. »

 

Les Repenties[1] de la Cité messine se rattachaient-elles à l'ordre fondé par Rodolphe de Hildes-heim ? Dans leur Histoire de Metz, les Bénédictins font remonter leur monastère « dès le commencement de l'onzième siècle...» Quant au sanctuaire Sainte-Madeleine, à hauteur de la Porte Serpenoise, pouvons- nous le considérer comme la chapelle de cet ancien monastère ? Dans l'incertitude où nous nous trouvons, laissons la parole aux Bénédictins :

 

« On ignore le temps précis de l'établissement des Repenties, autrement dites, Soeurs de la pénitence, ou Religieuses de Magdelaine de Metz ; mais il est démontré par le titre que nous venons de citer (atour du 09 avril 1304), qu'elles existaient avant l'an 1304. On trouve même, dans un acte échappé au malheur des temps, un cens qui se payoit à ce monastère dès le commencement de l'onzième siècle.

Vers le milieu du quinzième, le Pape Nicolas[2] accorda, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, aux Chanoines de saint Thiébaut, l'Église et le monastere des Religieuses de la Magdelaine, et donna en échange à celles-ci une chapelle dédiée à sainte Élisateth, située dans un vieux cimetière près des Célestins (Hôpital Sainte-Blandine), où elles sont encore aujourd'hui, et où elles ont bâti une assez belle Église. »

 

La Porte des Repenties, porte secondaire ou poterne, se trouvait, au quinzième siècle, au débouché de la rue de la Gendarmerie.

 

Traditions populaires

 

« E le Sainte-Madeleinne

les nuhotes sont pyennes

 

(À la Sainte-Madeleine

Les noisettes sont pleines.)

 

E le Sainte-Madeleinne,

Frome tè vigne

Et raye té chègne.

 

(À la Sainte Madeleine, Ferme ta vigne

Et arrache ton chanvre). » (R d W)




[1]Nom que leur donne un atour du 09 avril 1304

 

   [2]Dans son bref du 15 mars 1452, le pape Nicolas V les qualifie de Sœurs Pénitentes (Pouillés)

 

SAINT-MAURICE / SAINT-EPVRE / SAINTE-MARGUERITE

 

Voir Saint-Epvre

 

Patron tutélaire

 

Saint Maurice fait partie des Martyrs de la Légion thébéenne. L'événement se situe vers 287 :

 

« L'armée de Maximien Hercule comprenait une légion (6600 hommes) qui était recrutée parmi les chrétiens de la Haute-Egypte. L'empereur, conduisant ses troupes en campagne contre des rebelles gaulois (Bagaudes), s'arrêta près d'Agaune, dans les Alpes suisses, et ordonna des sacrifices publics pour implorer la victoire. La légion chrétienne refusa d’y participer - une autre version dit qu'elle ne voulut pas attaquer des innocents - et fut décimée à deux reprises. Persévérant dans leur refus, les légionnaires furent exécutés en masse. Parmi les victimes figurent, Maurice, le primicerius ou chef de la légion, Exupère, Candide, Vital, deux Victor, Alexandre (Bergame) et Géréon (Cologne). À Agaune, l'actuel Saint-Maurice-en­Valais, on construisit une basilique pour enchâsser les restes des martyrs. L'essentiel de cette histoire semble vrai, mais il est difficilement acceptable que tous les militaires étaient chrétiens et que la légion entière fut exterminée. Il est probable que la mise à mort d'un grand nombre de soldats ait donné naissance à ce récit. Culte confiné aux calendriers locaux en 1969. » (D H)

 

Intéressons-nous, à présent, à deux martyrs, honorés l'un à Bergame et l'autre à Cologne : Alexandre et Géréon.

 

« Alexandre, saint, martyr ; 26 août. Patron de Bergame où une église lui est dédiée depuis le IVe siècle. Un manuscrit ultérieur fait de lui un centurion de la Légion thébéenne, échappé de la prison. » (D H)

 

« Géréon, saint, martyr, IIIe siècle (?) ; 10 octobre. Deux martyrs, l'un de Xanten, l'autre de Bonn, en Allemagne, sont confondus à travers les siècles. Un des deux, probablement du nom de Géréon, aurait été soldat. L'existence d'un groupe de martyrs ainsi que des liens supposés avec la Légion thébéenne sont actuellement rejetés. »

(D H)

 

Traditions populaires

 

« Maurice (Saint), 22 septembre.

 

Le jour de la Saint-Maurice

S'il fait beau, sème à la guise ;

Mais s'il pleut,

Fais ce que tu veux.

 

A la Saint-Maurice clair temps

Annonce tempête et vent »  (R d W)

NOTRE-DAME-DES-CHAMPS

 

Dénomination

 

Beate Marie de Campis - B. Mariae in Campis - Beate Marie in Campis - Nostre Dame aux Champs - Beatae Mariae de Campis - Notre-Dame-des-Champs.

 

Emplacement

 

Notre-Dame-des-Champs se situait approximativement au milieu des voies ferrées de la gare centrale, à hauteur de la chapelle du grand séminaire.

Patron tutélaire

 

Se reporter à Sainte-Marie / Saint-Thiébault

 

Stationnale

 

Non.

 

Histoire

 

« Ce prieuré était situé hors des murs de la ville proche la porte St-Thiébaut : il fut fondé, vers l'an 1122, pour deux Bénédictins de [Abbaye de Chezi-sur-Marne (Chézy-sur-Marne, dans l'Aisne) qui, ayant apporté de leur monastère une image de la Vierge, la posèrent sur l'autel de la chapelle qu'ils y trouvèrent ; ce qui fut très agréable à Etienne de Bar, pour lors évêque de Metz, qui leur donna de grands biens et fit la dédicace de leur église.

Le prieur de ce monastère obtint, en 1250, du pape Adrien IV, des reliques de St Pierre, de St Paul, de St Etienne et de St Laurent, avec le privilège de pouvoir faire l'office dans leur église, nonobstant tout interdit, à moins que les personnes coupables et comprises dans l'interdit ne fussent présentes ; ce qui augmenta beaucoup la dévotion et le respect des peuples pour cette église.

Ce prieuré, avec son église, fut détruit en 1444, lors du siège de la ville par le roi Charles VII, et les religieux qui l'occupaient se retirèrent dans leur monastère de Chezi : ses biens furent en partie vendus aux Antonistes et le reste fut dissipé et envahi par divers particuliers. » (Anciens Pouillés)

 

Des Pouillés passons aux Bénédictins :

 

« Dans la suite, les Antonistes de Pont-à-Mousson acquirent le terrein où le prieuré étoit situé, avec une partie des fonds qui en dépendaient, rebâtirent l'Eglise, et y formerent une maison, dont le Superieur prenait le titre de Prieur de Notre-Dame-des-champs. Ce prieuré ayant été détruit une seconde fois en 1552, lors du siège de Metz par l'Empereur Charles-Quint, les Antonistes se retirerent dans la ville et se logerent dans l'hospice du Commandeur de Pont-à- Mousson, ... »

 

Anecdotes

 

Les Larmes de Jésus

Notre chroniqueur nous rapporte cet événement, mais il ignore la date à laquelle il se produit.

Un noble chevalier, de la lignée des Baudoche, se rend en Terre Sainte et y combat les « Sarrasins » Les chrétiens de Palestine, reconnaissants, lui remettent une précieuse relique : les Larmes de Jésus.

Lorsque Lazare meurt, Jésus accourt à Béthanie et pleure la mort de son ami avant de le ressusciter. Un ange recueille ses larmes et les remet à Marie-Madeleine. Au quatrième siècle, elles appartenaient à l'empereur Constantin, puis à plusieurs personnes.

Muni de son précieux trésor, le noble chevalier revient à Metz et dépose cette sainte relique à Notre-Dame-des-Champs, « où elle est soigneusement gardée et dignement vénérée pour sainte relicque ».

 

Sépulture des dignitaires messins

Le prieuré servait de sépulture aux nobles de la Cité Messine : en effet, au cours de l’année 1444, les Messins détruisent l'église prieurale et « les os des venerables, nobles et de plusieurs aultres furent apportés aux Célestins, en ladicte cité, au cloistre desdits Célestins ».

 

Processions générales

Pour s'attirer les bonnes grâces de la Providence, le clergé messin organisait des processions générales à Notre-Dame-des-Champs. Nous ne retiendrons que celle qui se déroule, le 27 février de l'année 1493 :

 

« … on fist à Metz une belle procession generale à Nostre Dame aux Champs, où furent portées la plupart des fiertes (châsse, reliquaire) et reliques, en priant Dieu pour la disposition du temps ; secondement, pour la paix entre le roy des Romains et de Fran-ce ; tiercement, pour la paix entre le duc de Lorraine et la cité ; quartement, que Dieu garde la cité d'espidemie et mortalité ; car tout le pays à l'environ en estait persecuté et fort battu. »

SAINT-PIERRE-AUX-ARÈNES

 

Dénomination

 

« Ecclesia sancti Petri in amfiteatrum - Sanctus petrus in arenam - S. Petrus in theatro ou ecclesia sancti Petri in theatro - S. Petrus in theatro - Ecclesia beati Petri quae dicitur ad harenas - S. Petrus ad (h)arenas - S. Pierre az arennes, az Erennes - S. Pierre az Arainnes, Harainnes - S. Petrus de campis - S. Petrus in campis - S. Pier aux Araine c'on dist a Champs. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« C'est dans l'amphithéâtre romain qui se trouvait en dehors et au sud de la ville, à l'entrée de la gare des marchandises actuelle, au point de jonction des quatre rues qui y aboutissent, qu'il faut chercher l'emplacement du premier oratoire chrétien du pays. Le témoignage de Paul Diacre, l'historien je dirais officiel de nos premiers évêques, ne laisse aucun doute à ce sujet. Toutes les « traditions » ou légendes qui ont été fabriquées plus tard dans un but plus ou moins intéressé, toutes les chroniques du moyen âge qui aiment tant à enjoliver les choses et qui reposent sur ces mêmes « traditions » si elles ne les ont pas créées, ne sauraient ni remplacer ni affaiblir ce que rapporte un auteur qui écrit à Metz même à la demande et sous les yeux de l'évêque de la ville, qui consigne pour ainsi dire officiellement ce qui se racontait alors dans les milieux instruits sur les origines de la foi à Metz et sur les premiers évêques, sur les anciennes « traditions ». Voilà donc la première « église épiscopale » de notre ville. Comme tant d'autres de la même époque, elle portait le nom du prince des apôtres.

Si de prime abord son emplacement dans « l'intérieur » de l'amphithéâtre parait étonnant, il faut se rappeler que d'autres églises construites à la même époque ont occupé un emplacement analogue.

D'ailleurs le témoignage de Paul Diacre suffirait ; mais il est corroboré par une addition au catalogue de nos évêques inséré vers le milieu du IXe siècle dans le sacramentaire de Dragon ; par la liste stationnale de Paris, de la même date ; par Heriger, abbé de Lobes (990-1007), au Xe siècle ; par l'interpolateur de Paul Diacre au Xle siècle ; par le Lectionnaire de la cathédrale du XIe ; par l'interpolateur de la charte de l'évêque Hériman, de 1090 ; par la charte (peut-être falsifiée, en tout cas inexactement datée) de l'archevêque Bruno de Trèves (1112-1124) ; par la bulle d'innocent II, de 1139, qui, vu son caractère de première église à Metz, accorde toutes sortes de privilèges à notre église ; par le moine Richer de Senones (diocèse de Toul) dans ses Gesta Senoniensis ecclesiae. Du reste, ce sont les premiers témoignages qui importent.

Voilà la vraie tradition sur l'ancienneté et l'emplacement de l'église ou de l'oratoire de S. Pierre-aux-Arènes. Sans doute, en l'admettant, il faut renoncer pour toujours à la prétendue origine apostolique de l'église de Metz défendue en dernier lieu par M Chatelain. Il y aura bientôt trente ans que nous avons dit que les découvertes de 1902-1903 lui ont donné le coup de mort tout en justifiant la tradition au point de vue topographique. » (R-S B)

 

L'angle Nord de l'amphithéâtre se situait à la sortie du Passage de l'Amphithéâtre, côté Sablon. L'axe Nord-Sud - l'axe de la grande ellipse - correspondait à la rue des Messageries, rue parallèle à l'avenue André Malraux, dans l'enceinte de l'ancienne gare des Marchandises.

 

  • Dimensions de l'amphithéâtre : 148 m x 124,32 m.

  • Le plus grand de la Gaule

  • Emplacement du premier sanctuaire, dans l'amphithéâtre : voir ci -dessous

  • Emplacement du second sanctuaire, dans le Jardin de Saint-Pierre : voir ci-dessous.

Emplacement du premier sanctuaire, dans l'amphithéâtre
 Emplacement du second sanctuaire, dans le Jardin de Saint-Pierre

Patron tutélaire

 

"Pierre l'Apôtre. Calendrier Général 29 juin, 22 février et 18 novembre. Saint, martyr mort vers 64. Simon, fils de Jean, pêcheur Galiléen, vivait avec sa femme à Bethsaïde. Disciple de saint Jean le Baptiste, il fut appelé par le Seigneur, avec son frère aîné André. Apôtre, il reçut du Christ le surnom de « rocher » ou de « pierre ». L'événement principal que les évangiles rapportent de lui est sa reconnaissance de Jésus comme Fils de Dieu (Mt 16: 15-19), à laquelle le Seigneur répond par la promesse « tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église, et je te donnerai les clefs du Royaume ». Le Christ ressuscité ratifia cette promesse par la triple commande de paître son troupeau (Jn 21 : 15-17).

A travers les évangiles, nous voyons Pierre toujours en compagnie de Jésus, comme un de ses intimes et comme témoin d'un grand nombre d'événements importants, telles que la résurrection de la fille de Jaïre, la transfiguration et l'agonie dans le Jardin des Oliviers. Après l'Ascension, il présida l’Église de Jérusalem et organisa le premier concile. Il se peut qu'il fut quelque temps évêque d'Antioche. Il se rendit ensuite à Rome, où il subit le martyre sur la colline du Vatican, crucifié la tête en bas.

Sa fête principale du 29 juin, avec saint Paul, date au moins du début du IVe siècle. Ses reliques reposent toujours sous le maître-autel de la basilique Saint-Pierre à Rome.

Il a d'autres fêtes mineures le 22 février et le 18 novembre.

L'art le représente comme vieillard, grand et fort, barbu et aux cheveux bouclés. Cette tradition iconographique est très ancienne. Il tient une ou plusieurs clefs ainsi qu'un livre. Ou bien il est montré crucifié à l'envers. Ou comme pape, avec une ou plusieurs clefs et tenant une double croix." (D H)

 

Stationnale

 

Vingt-deuxième station ; jeudi de la troisième semaine de Carême.

 

Histoire

 

"Voici, indiquée dans les grandes lignes, la suite de l'histoire de Saint-Pierre construit par saint Clément dans les cavernes de l'amphithéâtre :

Aménagement et agrandissement probablement encore par le fondateur, certainement par ses successeurs immédiats qui donnent, selon un usage qui commence à s'introduire, à cet oratoire le nom du prince des apôtres.

Translation du siège vers le milieu du IVe siècle : l'oratoire continue à subsister jusqu'en 451, où il a probablement été saccagé par les Huns...

...Existence vers le milieu du IXe siècle d'une église dans l'amphithéâtre : elle est attestée par la liste stationnale de Paris. Son rétablissement doit probablement remonter à l'épiscopat d'Advence ou à celui de Drogon.

Nouvel abandon au moins partiel, probablement à la suite des invasions des Normands et des Hongrois, à la fin de l'époque carolingienne et dans la première moitié du Xe siècle.

La situation, au siècle suivant, n'est pas brillante ; d'après le Lectionnaire du XIe siècle, Saint-Pierre situé dans l'amphithéâtre, sert d'église stationnale, mais une lettre de l'évêque Hériman (mort en 1090) nous la montre presque totalement abandonnée : rarement on y dit la messe ; le délabrement s'accentue ; l'autorité ecclésiastique s'en occupe trop peu ; sa desserte ne rapporte que peu de chose ; le clergé, en particulier celui de la cathédrale, vit en communauté et n'a plus d'intérêt pour cette antique fondation. Pour remédier à cet état de choses, l'évêque en charge l'abbaye de Saint-Clément : elle y fera faire l'office par ses religieux et aura soin des habitants qui demeurent dans le voisinage ; en retour, l'évêque lui accorde toutes sortes de privilèges, d'exemptions et de droits qui furent confirmés dans la suite par Bruno de Trèves (en 1094), (en 1130), par Etienne de Bar, évêque de Metz (en 1123) et (1139), par les papes Célestin II et Innocent II. Saint-Pierre était devenu prieuré. Entre-temps, construction par les moines d'une nouvelle église située un peu au sud de l'amphithéâtre dans l'angle formé par la route de Magny et l'ancienne rue de Cuvry - rue aux Arènes - et désigné sur le cadastre par "Jardin de Saint-Pierre" ou "en Saint-Pierre".

A l'époque gothique, l'église a été reconstruite dans le style alors à la mode. De nombreuses pierres moulurées faisant partie des fenêtres et en partie aussi des voûtes, ont été trouvées en 1902 lors des fouilles exécutées par notre Société et employées comme matériaux de construction pour le pavage de la place de la gare des marchandises et des rues qui y aboutissent.

En 1444, durant la guerre que faisaient à la ville le duc de Lorraine et le roi de France, Saint-Pierre fut épargné probablement à cause des souvenirs qui s y rattachaient et surtout à cause de son plus grand éloignement de la ville. La procession des Rogations continue à s’y faire.

Le siège de Metz en 1552 amena sa destruction ; Meurisse en vit les ruines dans le jardin Saint-Pierre.

Enfin, dans l'histoire du protestantisme on rapporte que les religionnaires faisaient de 1590 à 1597 leurs réunions à Saint-Pierre-aux-Champs, non pas comme à Saint-Privai, dans l'église, mais dans un jardin où se trouvait une villa. » (R-S B)

 

Consultons, à présent, les Bénédictins :

 

« La Basilique de S. Pierre-aux-Arênes était située dans l'emplacement où est actuellement la redoute, construite auprès de la porte S. Thiébault, pour couvrir l'inondation de la Seille, et où était, comme nous l'avons déjà dit, l'Amphithéâtre. C'était la plus ancienne Église de Metz, et la premiere bâtie par S. Clément. On vit longtems au portail l'Inscription suivante, écrite en lettres d'or :

 

PRIMA SEDES VENIAE

PRIMA FIDES PATRIAE,

MISSA CELEBRATIO ET SERPENTIS EJECTIO

 

C'est ici le lieu où fut érigé le premier Siege du Pardon,

où la Foi fut premierement annoncée dans le Pays,

où le saint Sacrifice de l'Autel fut célébré pour la première fois,

et l'endroit où le dragon fut vaincu et chassé.

 

Aussi ce Sanctuaire étoit-il un des lieux de dévotion le plus fréquenté de la Province : chacun le regardoit comme le berceau du Christianisme dans le Pays Messin. On voit, par une Bulle d'Innocent II, de l'an 1139, que le Peuple avait coutume d'y aller en foule tous les matins pour y assister à l'Office, et honorer la mémoire du Prince des Apôtres et de S. Clément

Le même motif qui rendoit l’Église de S. Pierre-aux-Arênes si chere au Peuple, porta les premiers Évêques de Metz, les Archevêques de Trèves et les Souverains Pontifes, à lui accorder divers Privileges. Delà vient que, quoiqu'elle servît de Paroisse à ceux qui demeuraient aux environs de l'Amphithéâtre, elle était exempte de cens et de toutes autres redevances auxquelles les Paroisses étoient sujettes envers les Archidiacres. S'il se commettoit quelque délit dans cette Église, ou dans le vestibule, il n'appartenoit qu'à l'Abbé de S. Clément, ou au Prêtre qui la desservait, de s'en mêler. S'ils ne pouvoient ni l'un ni l'autre y apporter remede, il n'y avait que la justice de l'Évêque qui pût en connoître.

Lorsque quelque personne du Diocese de Metz était obligée, soit par voeu, soit par pénitence, de faire le voyage de Rome, ou de Jérusalem, et qu'elle se trouvoit, par quelque empêchement légitime, hors d'état de le faire commodément, elle pouvoit, du consentement de son propre Pasteur, s'acquitter de son voeu, en visitant cette Eglise pendant une année, trois fois la semaine ; savoir : les Lundi, Mercredi et Vendredi.

L'abbé de S. Clément mettoit, pour la desservir, un Prêtre amovible, Moine ou Séculier, lequel étoit tenu de lui rendre compte de son administration et des revenus qu'il percevoit. Le Prêtre Séculier, qui la desservoit, n'étoit qualifié que Clerc, comme on le voit par le Nécrologe de l'Abbaye de S. Clément : Idibus Aprilis obierunt Harduinus Monachus S. Gorgonii Gorziensis ; Laurentius Clericus sancti Petri ad Arenas, qui dedit nobis octodecine denarios censuales.

L'ancienne Église de S. Pierre-aux-Arênes, après avoir subsisté jusques vers l'an 1093, fut reconstruite à neuf par les Religieux de S. Clément, et consacrée, en 1094, par Brunon, Archevêque de Treves, qui en confirma tous les privileges par une Charte datée de la même année ; mais Charles-Quint étant venu mettre le siege devant Metz, en 1552, elle subit le sort de toutes les autres Églises qui se trouvoient hors des murs de la Ville. Elle fut rasée et détruite de fond en comble. »

 

Lors des fouilles du début du siècle, l'équipe du major Schramm met à jour, dans les substructions de l'amphithéâtre, un sanctuaire paléochrétien. Cette découverte donne raison au cycle des légendes et confirme que le christianisme, en ce qui concerne notre région, prend naissance dans le secteur de l'amphithéâtre.

Si le cycle des légendes ne se trompe pas dans la topographie, le début de la christianisation relève de l'affabulation. Cela peut s'expliquer par le fait que l'ancienneté d'une Église lui conférait une certaine notoriété : le privilège de l'âge. Il nous faut donc reconsidérer le cycle des légendes, puis admettre que le christianisme du groupe pétrinien[1] ne pénètre que tardivement en Gaule. Pour nous éclairer, évoquons deux événements qui marquèrent le troisième siècle dans l'Empire romain.

Au milieu du troisième siècle, l'empereur Dèce, un Pannonien, demande un sacrifice général. Les chrétiens refusent de participer à ce sacrifice. Devant ce refus, l'empereur déclenche, en janvier de l'année 250, la première persécution générale contre la secte des chrétiens, non par fanatisme religieux mais pour des raisons politiques. Cette persécution entraînera l'apostasie de nombreux chrétiens : les « lapsi » ; ceux qui sont tombés.

Un demi-siècle plus tard, Dioclétien, à l'instigation de Galère, déchaîne, au cours de l'année 303, une seconde campagne de persécution générale contre les chrétiens. Elle ne prendra fin que huit ans plus tard, soit en 311, avec l'édit de tolérance de ce même Galère.

Dans notre région, comme dans toute la Gaule, les adeptes de la secte chrétienne échappent à ces deux persécutions générales. Il nous faut donc reconnaître que le christianisme ne s'y était pas encore implanté. Bref ! il n’existait pas… ou … si nous lui accordons un tant soit peu d'existence, il ne touchait alors qu'une infime partie de la population ; population de seconde zone vivant en marge de la société.

Cette situation de clandestinité ne prendra fin qu'au début du quatrième siècle avec les édits de tolérance : celui de Galère, en 311, celui de Maximien, en 312, et celui de Constantin, en 313, appelé à tort Edit de Milan.

Après ces édits, l'Empire romain ne reconnaît pas la religion chrétienne, mais la tolère. Le culte chrétien se déroule dans des lieux privés ou retirés. Il nous faut attendre, à la fin du quatrième siècle, sous le règne de Théodose, la reconnaissance de la religion chrétienne comme religion d'État. Chassés de leurs temples, les païens se retirent, non sans quelque réticence, et les chrétiens prennent leur place.

Mais revenons à l'apôtre messin qui s'établit dans les substructions de notre amphithéâtre et laissons la parole à Paul Diacre :

 

« Clément s'établit au dehors de la ville, dans les souterrains de l'amphithéâtre, où il construit un oratoire à Dieu, avec un autel consacré à saint Pierre son maître. »

 

Cette construction, Clément ne peut la faire qu'à partir du quatrième siècle. Il nous faut donc retarder sa venue à Metz et la situer à la fin de ce siècle. Si nous le faisons venir au milieu du siècle précédent, la construction de l'oratoire ne peut donc lui revenir.

 

Anecdote

 

« Grant jeudi » de l'année 1490

Lors de la guerre qui oppose René, deuxième du nom et duc de Lorraine, à la Cité messine, nous apprenons, dans les Chroniques messines, à la date du 08 avril 1490, que :

 

« Ledit jour, pour la crainte desdits Lorrains, on fist l’absollution generalle que on avoit accoustumé de faire, ledit jour, à St Pierre aux Arenes, par chescun an : ledit jour, on la fist en l’eglise du couvent des Augustins et ne furent les malaides à Mets pour la guerre… » (les malades ne purent se rendre à Metz du fait de la guerre).

 

Le 08 avril de l'année 1490 correspondait au jeudi de la Semaine Sainte ou Jeudi-Saint ou, comme on dit à Metz, « grant jeudi ». En France, ce jour était appelé « Jeudy absolu » ; d'après les anciens titres : « Absolutionis dies ».

Le canon 21 du quatrième Concile du Latran ainsi que les statuts du diocèse prévoyaient que :

 

« Tout fidèle, homme ou femme, est obligé de se confesser, une fois l'an, à son curé et de recevoir, de sa main, la sainte Communion, au temps de Pâques... »

 

A l'époque qui nous intéresse, la confession pascale se déroulait en trois étapes, espacées dans le temps : la confession, à proprement parler, c'est-à-dire l'aveu de ses fautes, la réparation et l'absolution.

Le chrétien qui ne se soumettait qu'à la seule obligation des confession et communion annuelles se voyait contraint de confesser ses fautes à son curé, dès la première semaine du Carême, se préparait, pendant plus de trente jours, à recevoir l'absolution et ne recevait cette dernière que le jour du « grant jeudi » ou « Jeudy absolu ».

Selon les Chroniques, les Messins se rendaient ainsi, au prieuré de Saint-Pierre-aux-Arènes et y recevaient l'absolution de leurs fautes.

 

Traditions populaires       

 

« Dictons : Saint-Pierre-aux- Liens - Ier août

 

Le jour de Saint-Pierre-aux- Liens

Prépare ta faucille et tes liens.

 

Saint-Pierre

 

La pluie qui tombe le jour de la Saint-Pierre brûle les avoines et noie les noisettes.

 

 

S’il pleut à la Saint-Pierre,

La vigne perd d’un tiers.

 

Saint-Pierre et Saint-Paul - 29 août

 

Saint-Piére et Saint-Paul pieuvious,

I n’y-é po éprès trente jos dangerous.

 

(Saint-pierre et Saint-Paul pluvieux,

Il y a pour après trente jours dandereux.)

 

Le jour de Saint-Pierre et Saint Paul clair et beau, présage de bonnes récoltes ; mais s'il pleut, les vendanges sont gâtées. » (R de W)



[1] Christianisme du groupe pétrinien ou christianisme romain, par opposition au christianisme du groupe johannique ou du christianisme grec. Celui-ci fait son apparition, au cours de la moitié du deuxième siècle, à Lyon. Il a pu, à l'instar de Lyon, pénétrer dans d'autres régions de la Gaule

SAINT-PRIVAT

 

Dénominafion

 

« (S) Rivat, Rivata - S. Privatus, ecclesia sancti Privati - Sainct Priveit - S. Priveit –

S. Privait - S. Privax - S. Privey - S. Privay - S. Privez - S. Privé - S. Privé aux champs

- S . Privés - S. Priech - S. Privat-lès-Metz - S. Privat : temps moderne. » (R-S B)

 

Emplacement :

 

« L'église démolie en 1810 était située sur le chemin d'Augny, quelques mètres au delà de la station terminus du tramway, à gauche, entre le numéro 52 et la petite maison de l'octroi, dans le jardin qui longe la route. » (R-S B)

 

« ... j'ai pu en localiser des vestiges - selon Roger Mazauric - dans la cour d'un immeuble moderne au n° 54 de la rue Général Franiatte, entre les rues Saint-Exupéry et des Volontaires. »

 

« ... Cet emplacement correspond à l'heure actuelle, - François Reitel et Lucien Arz, Montigny-lès-Metz - au bloc de maisons situées entre le n° 50 et l'immeuble qui abrite l'Hôtel de l'Air. »

Patron tutélaire

 

« Le saint titulaire de l'église serait un évêque de Mende, mort martyr, vers la fin du IIIe siècle, sous Valérien et Gallien, et honoré le 21 août, d'après le Martyrologe Romain...»(R-S B)

 

« Sous le règne de Valérien, un roi alaman, Chrocus, poussé par les mauvais conseils de sa mère, dirigea à travers la Gaule un raid dévastateur. Ne rencontrant aucune résistance sérieuse, il arriva jusqu'au Massif Central, détruisit au passage le grand temple des Arvernes élevé au sommet du Puy de Dôme et se dirigea ensuite vers le pays des Gabales, le Gévaudan. Les habitants, effrayés, se réfugièrent dans le castrum de Grèges et s'y fortifièrent si bien que Chrocus ne put s'en emparer. En parcourant la campagne environnante, les barbares découvrirent l'évêque Privat dans une caverne du mont Mimmat, au-dessus de Mende, où il se retirait pour jeûner et prier. Ils se saisirent de lui et voulurent s'en servir pour entrer dans le castrum imprenable. Ils lui demandèrent d'inviter les assiégés à ouvrir les portes ou de leur indiquer le point faible de la place. Privat résista énergiquement à ces propositions. Les barbares voulurent le contraindre à sacrifier aux idoles. Il refusa net. Ses gardiens le frappèrent violemment et l'abandonnèrent inanimé. Il mourut de ces mauvais traitements quelques jours après. Quant à Chrocus, il devait bientôt être pris et exécuté à Arles.

Héros national, autant - et peut-être plus - que martyr proprement dit, Privat fut enterré auprès de son ermitage à Mende, ville qui devait supplanter la vieille capitale des Gabales, Javols. Au temps de Grégoire de Tours, il y avait une grande basilique sur son tombeau et la renommée de « l'évêque qui n'a pas voulu livrer ses brebis aux barbares » s'était répandue fort loin.

Peu après 632, Dagobert fit porter les reliques de saint Privat à Saint-Denis d'où elles émigrèrent au prieuré de Salonnes, au diocèse de Metz, où elles se trouvaient en 777. Au XVIle siècle, on y vénérait encore la tête de saint Privat » (V d S)

 

Le prieuré de Salonnes reçoit donc les reliques de l'évêque de Mende. Salonnes, village du Saulnois, se situe à quelque quatre kilomètres au sud de Château-Salins, au confluent de la Seille et de la Petite-Seille. Entre 755 et 777, Fulrad, abbé de Saint-Denis, fonde le prieuré et le dédie à la Vierge Marie, à saint Privat ainsi qu'à saint Hilaire ; cette fondation explique 1a translation des reliques de saint Privat, de l'abbaye de Saint-Denis au prieuré de Salonnes.

Au cours de l'année 1106, Saint-Denis « cède » le prieuré à l'abbaye Saint-Michel de Saint-Mihiel. Et cette dernière « payait tous les ans - selon les Pouillés - à celle de Saint-Denis cinq marcs d'argent de reconnaissance pour ce prieuré ».

Au quatorzième siècle, date de sa fondation, jusqu'à l'année 1715, Château-Salins dépendait alternativement d'Amelécourt et de Salonnes. Mais,   «il y avait auparavant sur son emplacement - toujours selon les Pouillés - deux hameaux appelés la Haute et la Basse Courcelle, dépendant du prieuré de Salonnes et ayant une église ».

 

Stationnale

 

Trente-quatrième station ; mardi de la cinquième semaine du Carême ; soit le mardi de la Passion.

 

Histoire

 

« La plus ancienne mention connue jusqu'ici du hameau de S. Privat remonterait à l'année 893 ; elle se trouve dans la liste des biens de l'abbaye de Priim, dans l’Eifel, dressée et commentée par le moine Césaire, autrefois abbé du couvent. Cette liste renferme 118 noms de localités où l'abbaye possédait des biens. « (S) Riva, Rivata » occupe la trente-cinquième place immédiatement avant Montigny et la note explicative dit que ces localités avec quelques autres sont situées dans le diocèse de Metz. L'identification paraît donc certaine et la variante orthographique s'explique facilement. » (R-S B)

 

Que le hameau de Saint-Privat et d'autres localités de noire région aient appartenu à l'abbaye de Priim ne m'étonne nullement L'empereur Lothaire, premier du nom, abdique peu avant sa mort, partage son « empire » entre ses trois fils, Louis, Lothaire et Charles, se retire à Prüm et prend l'habit monastique. Il meurt dans ce monastère, le 29 septembre 855.

En récompense de l'hospitalité que lui offrent les moines de Prüm, l'empereur déchu leur cède, simple conjecture de ma part, quelques biens personnels, dont Saint-Privat, domaine fortifié. A la fin du dixième siècle, en effet, dans le poème de Windric, cité par Krauss, des malfaiteurs détruisent de grands murs à Saint-Privat, ce qui fait dire à Roch-Stéphane Bour, en parlant de l'église :

 

« Peut-être aussi était-elle fortifiée ou entourée d'autres constructions aussi grandes. »

 

Restons en compagnie du même auteur :

 

« On peut supposer que de bonne heure les biens de l'abbaye de Prüm mentionnées plus haut ont passé, du moins partiellement, à Saint-Clément. Peut-être est-ce vers la fin du XIIe siècle, sous l'abbé Gérard de Prüm (1184-1212), que l'opération a été parfaite. Toujours est-il que, dès la fin du Xlle siècle, Saint-Clément y établit un prieuré qui eut passablement à souffrir des invasions que les ennemis faisaient sur le territoire de la ville. »

 

Dans une note en bas de page, Roch-Stéphane Beur nous précise pourquoi il considère l'abbé Gérard comme le promoteur de ce transfert de propriété :

 

« Il est à remarquer que, seul parmi tous les abbés de Prûm, Gérard, qui gouvernait l'abbaye entre 1184-1212 et qui, par conséquent, a pu être mêlé à ce changement, figure dans le Nécrologe de Saint-Clément. »

 

Revenons à notre texte :

 

« L'année 1552 amena la fin du prieuré ; si l'église fut alors détruite, elle a dû être rebâtie peu après ; en 1561, elle servit de lieu de réunion aux protestants, qui l'échangèrent au mois de décembre de la même année contre la nouvelle église élevée au retranchement de Guise près de la porte Sainte-Barbe. Toutefois, ils y retournèrent en 1597. Entre temps, en 1591, S.-P. avait cessé d'être paroisse et était devenue annexe de Magny[1]. Mais les habitants ne perdaient pas l'espoir de redevenir indépendants. Depuis 1661, ils demandaient à avoir de nouveau la messe les dimanches et jours de fête, d'autant plus qu'ils avaient un presbytère et des revenus suffisants. Le 23 avril 1676, lors d'une seconde visite qu'il fit à S. -P., l'évêque de Metz rétablit l'ancienne cure. Malheureusement il trouva plus fort que lui, et sur les réclamations des moines de Saint-Clément, un arrêt du Grand-Conseil, du 27 septembre 1677, cassa cet arrangement et prescrivit qu'il y aurait à S.-P. un simple vicaire. Toutefois, en 1756, Mgr de Saint-Simon rétablit la paroisse de nouveau : elle dura jusqu'à la Révolution. En 1768, elle comptait 562 personnes. » (R-S B)

 

Consultons, à présent, les Fouillés :

 

« Bertram, évêque de Metz, unit cette cure, avec toutes ses chapelles et dépendances, à l'abbaye de Saint-Clément, l'an 1194: on voit par les bulles des papes Célestin III et Innocent III, données pour confirmer cette abbaye, que l'abbaye de St. Clément jouissait du patronage de cette cure longtemps avant qu'elle lui fût unie. Cette église vaquait par désertion au milieu du XVIIe siècle : le 19 octobre 1685, le sr Perceval fut nommé pour la desservir en qualité de vicaire, suivant un arrêt du Grand Conseil du Roi. On l'unit enfin à la cure de Magny, dont on l'a démembrée, le 9 février 1756, pour l'ériger de nouveau en église paroissiale, dont le pasteur, selon l'ordonnance de M de St. Simon, doit jouir de tous les droits, privilèges, prérogatives, fruits, revenus et émoluments qui doivent lui appartenir en sa qualité de curé, suivant la disposition des saints canons et conformément aux édits et déclarations. »

 

De leur côté, les Bénédictins nous apprennent que :

 

« Bertram, à la considération de l'Abbé Warin, favorisa beaucoup l'Abbaye de saint Clément. Il y unit en 1194 l'Eglise de saint Privat avec les Chapelles qui en dépendaient et le pouvoir d'y mettre des Religieux. »

 

Dans les Anciens Pouilles du Diocèse de Metz, publiés et annotés par Nicolas Dorvaux, ce dernier assimile l'église Saint-Privat à une simple paroissiale. La lecture des Chroniques Messines augmente encore notre confusion : le chroniqueur parle, en effet, des écorcheurs qui, au mois de mai de l'année 1443, se rendent à Saint-Privat « où ils pillèrent les pauvres bons mallaides ». Toujours en compagnie du chroniqueur, lors de la fête du « baccon », le 2 mai, on suspend un « baccon » (jambon) au-dessus de la « porte au baccon » de l'abbaye Saint-Clément. Et tout un chacun tente de se l'approprier. En cas d'échec, « on le donne pour Dieu aux boins mallaides de St Privez ».

Mais ces « boins mallaides de St Privez » ne seraient-ils pas ceux de Saint-Ladre ?

Dans son étude « Eglises messines antérieures à l'an mil », Roch-Stéphane Bour précise que « dès la fin du XII siècle, Saint-Clément y établit un prieuré ».

Alors, ancien prieuré devenu paroissiale ? Pourquoi pas...

 

Anecdotes

 

Personnage insolite

 

Dans les Chroniques de la Ville de Metz, le Doyen de Saint -Thiêbaut nous relate la présence d'un personnage, plus qu'insolite, près de Saint-Privat. Cet événement se situe au cours de l'année 1436 :

 

« Le XXe jour de may, vint la pucelle Jehanne, qui avait esté en France, à la grainge aux Ormes (Grange-aux-Ormes) près de Saint Privais, et y fut amenée pour parler à aulcuns (quelques) des seigneurs de Metz et se faisoit appeler Claude. Et le propre jour, y vindrent (vinrent) veoir ses deux frères, dont l'ung estait chevalier et s'appelait messire Pierre et l'autre Petit Jehan, escuier (écuyer),et cuydoient (croyaient) qu'elle fut arse (brûlée). »

 

Il s'agit bien - et vous l'avez reconnue - de Jehanne d'Arc qui se rend à Metz, « après sa mort » ..

Dans sa « Vie de Jeanne d'Arc », oeuvre parue en 1908, Anatole France se réfère à notre doyen aussi utiliserai-je son texte, pour plus de compréhension, et non celui de nos Chroniques :

 

« À cette époque, le père et l'aîné des frères de Jeanne étaient morts. Isabelle Ramée vivait ; ses deux fils cadets étaient au service du roi de France, qui les avait anoblis et faits Du Lys. Jean, l'aîné, dit Petit-Jean, avait été nommé bailli de Vermandois, puis capitaine de Chartres. Aux environs de cette année 1436, il était prévôt et capitaine de Vaucouleurs.

Le cadet, Pierre, ou Pierrelot, tombé avec Jeanne aux mains des Bourguignons devant Compiègne, venait de quitter enfin les prisons du bâtard de Vergy. Ils croyaient bien tous deux que leur sœur avait été brûlée à Rouen ; mais, avertis qu'elle vivait et les voulait voir, ils prirent rendez-vous à la Grange-aux-Ormes, village situé dans les prairies du Sablon, entre la Seille et la Moselle, à une lieue environ au sud de la Ville de Metz. Arrivés en cet endroit, le 20 mai, ils la virent et la reconnurent aussitôt pour leur sœur; et elle les reconnut pour ses frères.

Elle était accompagnée de seigneurs messins parmi lesquels se trouvait un très noble homme, messire Nicole Louve[2], qui fut chambellan de Charles VII. Ces seigneurs la reconnurent à plusieurs enseignes pour la Pucelle Jeanne qui avait mené le roi Charles à Reims. On nommait alors enseignes certains signes sur la peau...

Messire Nicole Louve lui donna un roussin et une paire de houseaux.

Nicole Grognat, gouverneur de la ville, - Nicole Gournay, ancien maître-échevin - offrit à la soeur des deux frères du Lys une épée ; Aubert Boullay - ancien maitre-échevin - un chaperon.

Elle sauta à cheval avec cette adresse qui, sept ans auparavant, si l'on en croit des récits assez fabuleux, avait émerveillé le duc de Lorraine. Et elle tint certains propos à messire Nicole Louve qui affermirent ce seigneur dans la croyance que c'était bien là cette Pucelle Jeanne qui était allée en France. Elle parlait volontiers comme une prophétesse par images et paraboles, et sans rien découvrir de ses intentions."

 

Elle se rend ensuite en plusieurs endroits et rencontre à Arlon, Robert des Armoises qu'elle épouse peu après. Et le Doyen de Saint-Thiébaut de conclure :

 

« Et puis après s'en vint ledit seigneur des Armoises avec sa femme la Pucelle, demeurer en Mets, en la maison que ledit seigneur Robert avoit devant Sainte Segulenne (Ségolène). »

 

Convaincue d'imposture par l'Université et par le Parlement de Paris la supercherie de la dame des Armoises dura quelque quatre ans.

 

« Depuis lors, elle ne fit plus parler d'elle. On croit, - selon Anatole France - mais sans raisons suffisantes, qu'elle finit par retourner à Metz, auprès du chevalier des Armoises, son mari, et qu'elle vécut, paisible et honorée jusqu'à un âge avancé... »

 

Mariage insolite

 

L'âge avancé de la fausse Pucelle lui aura sans doute permis d'avoir connaissance de ce mariage insolite qui se déroule, le dimanche 28 août de l'année 1457, dans l'église Saint-Privat.

La justice messine arrête un jeune homme, âgé d'environ dix-neuf ans, sous l'inculpation de vol. Le samedi 27 août, les seigneurs justiciers le condamnent « à être pendu et estranglé au gibet de Mets » et, sans plus attendre, le conduisent à son lieu de supplice. Parmi les assistants, une jeune fille se place devant les Treize (seigneurs justiciers), et les implore, à genoux et « pour l'honneur de Dieu », de laisser la vie sauve au coupable et de le lui donner en mariage. Plusieurs personnes présentes se joignent à la jeune fille pour obtenir la grâce du jeune homme. La justice messine se laisse attendrir et commue la peine en bannissement.

Moyennant une dispense de l'évêché, les jeunes gens se marient, le lendemain dimanche, en l'église Saint-Privat. En guise de cadeau de noces « plusieurs bonnes personnes leur donnont plus de six livres metsains» (livres messines).

 

Malheureux Marangeois


L'anecdote suivante se termine moins bien pour plusieurs habitants de Marange qui « se avoient loués à conduire des marchants de la haulte Bourgoigne ». Arrivés près de Saint-Privat, nos compagnons, rencontrent des « François de la garnison de Gorze et Haultonchaistel » (Hattonchatel). Des paroles on en vient aux mains, et « y eult sept mariangeois tués et deux Fran-çoys : et ung desdits Mairangeois fut merveilleusement navré (sérieusement blessé) et tellement qu'il emportoit ses tripes sur ses bras ».

 

Traditions populaires

 

« Privat (Saint), 21 août.

 

Ce saint évêque et martyr était invoqué pour retrouver les animaux domestiques égarés dans les bois ou dans les champs. » (R d W)



[1]Auparavant Magny n'avait qu'une chapelle et n'était alors qu'une annexe du prieuré de Saint-Privat

 

[2]« Louve (Nicole), né à Metz (V.1356-146]), maiire-échevin de Metz, conseiller de l'empereur germanique, chambellan -conseiller du duc de Bourgogne, chambellan du roi de France. Il fut fait chevalier à Reims le jour du sacre de Charles VII (à la demande de Jeanne d'Arc)... » (Charles L. Leclerc - Biographie des Grands Lorrains)

 

SAINT-SYMPHORIEN

 

Dénomination

 

« S. Simphoranus - Ecclesia sancti Symphoriani - S. Symphorianus extra muros - S. Symphorianus prope muros - Templum sancti Symphoriani - Saint Simphorien - S. Simforien - S. Symphorien - S. Symforien - S. Sinphorien - S. Syphorien - S. Syphoriain - S. Syphorijen - S. Siforien - S. Seforien - S. Syfourien - S. Siphorien - S. Simphorien - S. Simphoriens. » (R-S B)

 

Emplacement

 

« Le site de S.S. est assez facile à déterminer. En se basant sur les deux Cérémoniaux de la cathédrale et de Saint-Arnould et sur d'autres documents appartenant même à des époques plus récentes, on arrive à le fixer sur la hauteur (quelque peu aplanie aujourd'hui) au sud de l'hôtel du gouverneur, des deux côtés de la route qui va de la Citadelle à Montigny, entre l'avenue Maréchal-Joffre et les rues de Guise et du Président-Wilson, à peu près à [endroit où se trouvent les bâtiments centraux de la caserne Sidi-Brahim (ancienne caserne des Bavarois). Philippe de Vigneulles, pour ne citer que ce seul auteur, dit expressément que S.S. était « sur le hault devant Waissieulx (c'est-à-dire en face de l'île S.S.) et s'en montrent encore les ruynes ». Sur ces ruines, les moines avaient planté une croix pour marquer l'emplacement du maître-autel. Cette croix se voit sur deux plans du terrain de l'ancienne abbaye et des environs conservés dans nos archives départementales et datées de 1685 et 1729 et sur le plan de Metz dans Calmet. Comme les distances du chemin de Montigny, de la citadelle et du bras (mort de la Moselle) sont exactement indiquées, il est aussi facile de fixer l'emplacement primitif de l'abbaye. » (R-S B)

 

En clair, l'abbaye Saint-Symphorien se situait au milieu de l'actuelle avenue Jean de Lattre de Tassigny.

Patron tutélaire

 

« Symphorien : Saint. Martyr. Matyrologe Romain : 22 août. IIIe siècle.

Symphorien, d'une famille distinguée d'Autun, fut baptisé par saint Benigne que Fauste, père de Symphorien, avait reçu dans sa maison. Le mérite du jeune, quand il eut grandi, lui valut l'estime de tous. Mais un jour que les habitants d'Autun presque tous idolâtres célébraient la fête de Cybèle, Symphorien n'eut que du mépris pour cette idole, refusa de l'adorer. Conduit devant Héraclius, gouverneur de la province, il se déclara chrétien et fut condamné à périr par le glaive. Comme on le conduisait au supplice, sa mère du haut des murs l'exhortait à mourir en digne soldat de Jésus-Christ. Il eut la tête tranchée sous Marc-Aurèle (178). Des miracles à son tombeau le rendirent célèbre et l'évêque Euphrone bâtit une église en son honneur. Il a sa fête dans le nouveau propre d'Autun. » (D H)

 

Dans un Dictionnaire hagiographique plus récent, nous lisons :

 

« Il est un des plus célèbres martyrs de la France. Son culte a été confiné aux calendriers locaux à partir de 1969. »

 

Stationnale

 

Trente-septième station ; vendredi de la Passion.

 

Histoire

 

« Voici, en quelques mots, comment les auteurs rapportent les commencements de S.-S., qu'on dit être la plus ancienne abbaye d'hommes à Metz.

Cette abbaye, fondée par saint Pappole, évêque de Metz (mort vers 614), aurait porté à l'origine le nom des Saints-Innocents dont elle a dû posséder des reliques.

Partageant le sort des autres couvents de l'époque, l'abbaye serait tombée dans le relâchement, son église dans le délabrement ; en 882, elle aurait même été détruite par les Normands.

Plus heureux que son prédécesseur homonyme (929-962), Adalbéron II (984-1005) aurait réussi à relever l'abbaye. Il y aurait transféré les reliques de saint Symphorien, célèbre martyr d'Autun ; à la suite de cette translation faite en 992, l'église et l’abbaye auraient pris le nom du nouveau patron. De même, il y fit transférer les restes de saint Sigisbaud, un de ses prédécesseurs, du commencement du VIIIe siècle, qui était enterré à Saint-Avold

Examinons de plus près ces différentes données.

La fondation par Pappole, si elle n'est pas absolument sûre, revêt au moins le caractère d'une très grande probabilité. La tradition locale est unanime à son sujet, mais elle ne nous est attestée que par des documents d'une date postérieure. Ce n'est qu'au XXe siècle qu'une certaine hypercritique a mis en doute l'existence historique du fondateur lui-même. Or, le catalogue de 776, Paul Diacre et d'autres, connaissent son nom : l'existence ne saurait donc être raisonnablement mise en doute.

Il n'en est pas de même de la destruction de S.-S. en 882, par les Normands, quoi qu'elle soit affirmée au moins implicitement par Rodolphe, abbé de Saint-Trond, et répétée par des auteurs plus récents.

D'abord, il suffit de lire les paroles de Rodolphe pour constater l'exagération qui se trouve dans ses expressions. Ensuite, il est avéré par ailleurs qu'en 882 les Normands ne sont pas venus à Metz. Après la fameuse bataille de Rémich (882), où l'évêque Wala de Metz, qui était allé à leur rencontre, avait trouvé la mort, ils se retirèrent en hâte vers la mer. C'est ce que disent et le chroniqueur Réginon de Priim et les Annales de Fulda et, surtout, un auteur indigène qui écrivit un peu plus de 50 ans plus tard et qui attribue expressément la préservation de notre ville à l'intercession de sainte Glossinde. C'est donc aux invasions arrivées au siècle suivant, en 917, 926, 937 et surtout en 954, qu'est dû le délabrement du couvent qu'Adalbéron I voulait déjà relever.

La réforme de l'abbaye par Adalbéron II est certaine Son biographe nous la raconte au long. C'était un des premiers soins de l'évêque nouvellement élu : S.-S. se distinguait par le beau site, par son antiquité, sa célébrité, mais n'était plus qu'un amas de ruines.

Quant aux deux autres faits qu'on met en rapport avec ce relèvement de l'abbaye, sa-voir : la translation des reliques de saint Symphorien et le changement de nom qui en a été la suite, il faut bien l'avouer, dès qu'on se met à les étudier d'après les sources, on se trouve en présence des plus sérieuses difficultés.

Quels sont, pour commencer par là, les anciens documents qui attestent cette translation ? On est étonné de constater que l'abbé Constantin, le biographe d'Adalbéron, qui s'étend si longuement sur l'activité de l'évêque réformateur, ne dit mot d'un fait qu'il n'aurait jamais dû ni pu passer sous silence. Car on le sait, à cette époque la translation d'un corps saint était un événement de premier ordre. Il en est de même des autres documents qui remontent à la même époque. Le seul que nous avons trouvé jusqu'ici qui en fasse mention, est le calendrier de S.-S. de 1335, le même qui mentionne aussi la fête du titulaire et son octave ainsi que la dédicace de l'église. Est-ce suffisant ? On aimerait d'avoir des textes qui remontent plus haut. Mais il y a plus.

Le nom même de S.-S. est porté par l'abbaye non seulement du temps d'Adalbéron, mais déjà antérieurement.

Son biographe ne connaît que ce nom et ignore entièrement celui des Saints-Innocents. Dans le poème de Windric composé sous Adalbéron II (894-1005), il est question de S.-S., mais on y chercherait en vain la moindre allusion au prétendu premier titulaire. Il en est de même du Lectionnaire du XIe siècle et du Cérémonial de la cathédrale (de 1105), de Sigebert de Gembloux, d'un diplôme d'Othon III, de Francfort, daté du 24 janvier 992. Pour ce dernier document, il est à noter qu'il y est dit formellement qu'Adalbéron l'a demandé à l'empereur pour cette « abbaye... en ruines depuis de longues années qu'il avait commencé à réédifier par amour pour Dieu et le saint martyr Symphorien ».

Le silence des deux livres liturgiques est plus significatif encore, car dans le cas où le premier titulaire d'une église a été remplacé par un autre à la suite d'une translation de reliques, on y nomme toujours encore le premier titulaire dans les invocations des litanies qui s'y récitaient aux jours des stations, par exemple à Saint-Félix, devenu Saint-Clément Or, à S.-S. on invoque des martyrs plus ou moins connus et, en terminant, on nomme deux fois saint Symphorien et saint Sigisbaud ; des saints Innocents on ne dit rien. Il en est de même des livres liturgiques postérieurs que nous avons pu consulter.

Ces considérations, ce semble. sont plus que suffisantes pour mettre en doute la susdite translation et partant l'existence du vocable des saints Innocents. Du reste, ces changements de noms ne se faisaient pas du jour au lendemain. On l'a vu pour d'autres églises.

Mais remontons plus haut :

Le nom de S.-S. figure déjà dans la Vie de l'abbé Jean de Gorze, par Jean, abbé de Saint-Arnauld. On y cite à deux reprises un certain Randincus, prêtre de S.-S. Or l'auteur de cette Vie est mort avant 984 et l'événement qu'il raconte a dû se passer vers 930. Le même nom se rencontre antérieurement à cette date dans une charte de 880 par laquelle Bovo, abbé de Gorze, échange certains biens avec l'abbaye de Saint-Arnould. Plus haut, j'ai dit que saint Aldric, évêque du Mans (mort en 856), a imité de près ce qu'il avait vu durant son séjour à Metz. Or parmi les cinq saints auxquels il a dédié un autel dans une de ses églises, quatre étaient certainement déjà vénérés à Metz ; le cinquième est précisément saint Symphorien. Le Cartulaire de Gorze donne une charte de 864 (863), d'après laquelle S. Symphorien avait des domaines à Clusserath dans le pays de Trèves. Enfin, il y a notre liste stationnale qui remonte jusqu'au milieu du IXe siècle et qui, elle aussi, ne connaît qu'un nom, celui de S.-S.

Comme on le voit, le nom « S.-S. » est même antérieur à Adalbéron I (929-962) ; il est déjà attesté pour l'épiscopat de Dragon (823-855). Il ne faut donc pas s'étonner si certains documents même de date postérieure attribuent à saint Pappole lui-même l'érection de l'abbaye sous le vocable de S.-S., par exemple le Chronicon sancti Clementi, écrit avant 1212, qui met sur le même pied saint Pappole et Adalbéron II, et le martyrologe Gallican qui donne pour la fête de saint Pappole la notice suivante :

 

(Pappolus) ub urbis suae moenia monasterium ascetarum Ordinis sancti Benedicti sub patrocinio beati Symphoriani martyris, cui speciali devotione affectus erat, fundavit.

 

Cette dévotion de l'évêque messin pour le martyr d'Autun ne présente rien d'extraordinaire, au contraire. Le culte de ce saint n'était pas seulement très ancien, mais encore très répandu. A Autun, une basilique fut construite sous son vocable avant 475 ; à Tours, on célébrait sa fête au Ve siècle, sous l'évêque Perpetuus ; ailleurs on voyait également des basiliques en son honneur ; l'évêque Modaldus de Trèves (622-640) fonda sous son nom un couvent de femmes dont sa propre soeur Severa était abbesse. Pourquoi notre ville serait-elle restée en arrière ?

D'après ce qui vient d'être dit, il semble donc bien prouvé que saint Symphorien est le premier et seul titulaire de notre abbaye. Comment alors Gallia christiana (tome XIII, 844) peut-elle affirmer que S.-S. portait jusqu'à Adalbéron II le nom des Saints-Innocents et s'appuyer comme preuve sur la « tradition et tous les documents du monastère » !...

...Est-ce que les moines de S.-S., à un moment donné de leur histoire, par exemple, à la suite de leur réforme par Adalbéron II, auraient usé d'un procédé analogue, soit pour relever leur origine première, soit pour « authentifier » une relique des saints Innocents que leur abbaye aurait reçue à une date qu'il n'est plus possible aujourd'hui de préciser davantage ?...

...Lors de la guerre faite à la ville en 1444, par le duc de Lorraine et le roi de France, l'abbaye fia détruite à la suite d'un ordre de la municipalité. » (R-S B)

 

Nicolas Dorvaux, dans les Pouilles du Diocèse de Metz, nous donne quelques détails supplémentaires, concernant l'abbaye :

 

« Pappole, évêque de Metz, fonda, vers l'an 609 l'abbaye des Sts. Innocents, connue aujourd'hui sous le nom de St-Symphorien, et lui donna pour dot les églises d'Ancy, Nomeny et Louvigny, avec la majeure partie de ses biens patrimoniaux. Dès l'année 984, cette abbaye éprouva le sort funeste auquel elle fut si sujette dans la suite : elle fut détruite de fond en comble et ses biens dissipés pour la plupart ; mais Adalbéron II, qui monta cette année sur le siège épiscopal de la ville de Metz, fit reconstruire ses bâtiments, lui fit restituer les biens qu'elle avoit perdus et lui en donna de nouveaux. L'empereur Otton III, à la sollicitation d'Adelaide son épouse, confirma par un diplôme ses biens et privilèges, à condition qu'on y entretiendrait des religieux écossais, s'il était possible, et qu'on y prierait pour la famille impériale et pour les évêques de Metz, dont plusieurs s'étaient montrés les bienfaiteurs de ce monastère, et dont un plus grand nombre encore mérita dans la suite toute la reconnaissance de cette abbaye, et par le bien qu'ils lui firent, et par la protection dont ils voulurent bien l'honorer. La guerre que les troupes françaises vinrent faire à la ville de Metz, en 1444, fut cause que les Messins détruisirent encore une fois cette abbaye, qui, étant située hors des murs de la ville, près de la porte Serpenoise, aurait pu servir de logement à l'ennemi. »

 

Après Nicolas Dorvaux, consultons les Bénédictins, nos historiens de la ville de Metz :

 

« Un des premiers soins, lorsqu'il - Adalbéron, deuxième du nom - fut sur le siège épiscopal de Metz, fut d'effectuer les projets qu'Adalberon I, son oncle, avait formés sur l'Abbaye des Saints Innocens, connue aujourd'hui sous le nom de S. Symphorien. Touché de la belle situation, de l'antiquité & de la célébrité de cette Abbaye qui ne présentoit plus qu'un amas de pierre, & une masure, il en répara les édifices, lui fit restituer ses biens, lui en donna de nouveaux, & y mit pour Abbé le B. Fingenius. Il étoit Ecossois d'origine, avoit succédé en 978 à S. Cadroê dans le gouvernement de l'Abbaye de S. Clément, & était en même tems abbé de S. Vannes de Verdun. »

 

Dans son Histoire des Evéques de Metz, Paul Meurisse s'intéresse à l'abbaye :

 

« Les Religieux furent soigneux, en toutes ces transmigrations, d'emporter toujours les plus chers gages qu'ils possedoient, qui sont les corps des six Évêques qui reposent encore aujourd'hui dans leur Chapelle, savoir :

 

  • d'Agatombe (Agathimbre, 512-525);

  • de Pappole (610-611);

  • de Sigibauld (Sigebaud, 716-741) ;

  • de Godegrand, ( ?) ;

  • de Codon (646-656) ;

  • et d'Adalberon second (984-1005),

     

    avec le chef de s. Goèric. Neanmoins, Pappole, qui avoit été ensevely dans leur premiere et ancienne Eglise, en laquelle il avoit luy-mesme eslu sa sépulture, estoit demeuré dans son premier tombeau, non seulement jusqu'aux ruines de Monastere, mais mesme long-temps apres ; car son sepulchre, qui estoit beau et magnifique, et taillé de marbre diversifié à la mosaïque, ne fut découvert que l'an mil cinq cent treize. Comme on travailloit, ces années dernieres, aux fossés de cette piece de corne qui est devant la Citadelle, hors de la Ville et qui est justement assise à l'endroit où fut autrefois ce Monastere, on découvroit tous les jours de tres-belles et tres-anciennes sépultures et tombeaux ; et parce que le cimetiere des Religieuses de S. Pierre estoit dans l'enclos de ce mesme Monastere, l'on y trouvoit aussi souvent de leurs corps, tesmoing celui d'une jeune Dame, nommée Walburge, qui fut trouvé ayant encore les souliers aux pieds, et au col duquel pendoit une Croix... »

     

    Anecdotes

     

    Avant la destruction de l'abbaye, nous ne trouvons aucune anecdote la concernant. Après sa destruction, elle ne fait plus partie du Quartier des Basiliques.

     

    Traditions populaires

     

    "Le saint martyr d'Autun paraît avoir été invoqué à Metz contre les dangers survenus pendant la chasse au faucon, ainsi qu'en témoigne une oraison rapportée dans le Journal de Philippe d'Esch, maître-échevin de Metz. » (R d W)

SAINT-THIEBAUT / SAINTE-MARIE

 

Voir Sainte-Marie

 

Patron tutélaire

 

« Thibaud. Saint, ermite, O.S.B. Camaldule[1] (1017-1066). Français, natif de Brie comme fils du comte de Champagne, il fut d'abord soldat. A dix-huit ans, il ressentit le désir d'une plus grande perfection à la suite de la lecture des vies des saints. Pèlerin puis ermite à Pettingen, dans le Luxembourg, il se fixa enfin à Salanigo, près de Vicence en Italie, où il fut ordonné prêtre. Ayant accueilli quelques disciples autour de sa cellule, il rejoignit les camaldules peu avant sa mort. Canonisé en 1073, par Alexandre II »

(D H)

 

Traditions populaires

 

Thibaud meurt, le 30 juin 1066, le corps entièrement couvert d'ulcères. Après sa mort, toute trace d'ulcère disparaît, aussi

 

Saint Thiébaut Guérit-il tous les maux.

 

« Le premier juillet de chaque année a lieu à Gotze le pèlerinage de Saint-Thiébaût. Il y a environ 80 ans[2], on estimait à une dizaine de mille les personnes qui assistaient à la grande procession, laquelle commençait à 4 heures du matin et se terminait vers 10 heures.

Pour les uns, le pèlerinage était une excursion d'agrément ; pour les autres, il était accompagné de toutes sortes de privations. Maints pèlerins quittaient pieds-nus leur village souvent lointain et ne se chaussaient qu'à l'entrée de Gorze. Bon nombre parmi eux étaient commissionnés par des malades incapables d'aller implorer eux-mêmes leur guérison au pied de la statué du saint. Les pèlerins consciencieux restaient à jeun jusqu'à l'heure de midi. Après la procession, ils défilaient devant l'image de saint Thiébaut. On faisait toucher aux malades, aux enfants « en châte » (malingres) les reliques et la statue du saint. Aux malades absents on rapportait de Gorze des petits pains, ou les objets appartenant aux malades, lesquels avaient été mis en contact avec les reliques et la statue. Le pèlerinage s'achevait par une offrande mise dans le tronc de la chapelle de Saint-Thiébaut

Ensuite, le pèlerin allait acheter un panier d'osier qu'il faisait remplir de cerises fraîchement cueillies, s'asseyait dans l'herbe et prenait son rustique repas. Puis il quittait Gorze pour regagner son village.

Puisque saint Thiébrati guérit tous les maux, les jeunes filles et les garçons venaient également à Gorze pour y trouver un mari, une épouse. C'étaient, la plupart du temps, des demoiselles et des jeunes hommes invitée d'avance par l'une et l'autre familles gorziennes en vue d'un mariage. Après le dîner, la jeunesse se rendait du côté de la chapelle de Saint­-Thiébaut, le garçon achetait et offrait à sa préférée des faveurs roses, blanches et bleues auxquelles pendait un petit sifflet de plomb. Le soir, au crépuscule, il y avait bal champêtre, sous l'orme. Un peu plus tard, un bal de nuit donné à l'Hôtel de Ville réunissait les jeunes gens et filles de bonne famille et souvent cette fête était suivie de fiançailles. » (R de W)



[1] Congrégation Bénédictine des Moines-ermites Camaldules

[2] Vers le milieu du dix-neuvième siècle