Suite de la page 16
Suite de la page 16
L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle

La Brasserie Amos

La Brasserie Amos

Le Sablon et la civilisation de la bière

 

La Société d'Histoire du Sablon vous présente, dans sa série "Il était une fois" le fleuron des brasseries mosellanes, « La Brasserie Amos ». Le Sablon participe ainsi, et ce pendant plus d'un siècle, à la civilisation de la bière, civilisation, très ancienne, puisque la bière préexiste au vin. En Mésopotamie, le vin prenait le nom de "Bière de la montagne". Mais le Sablon participa du 7e au 16e siècle à la civilisation de la bière, puisque l'une de ses abbayes, l’abbaye Saint-Arnoul (à l’emplacement de l’Hôpital Notre Dame de Bon Secours) abritait le tombeau du saint patron des brasseurs : saint Arnoul. (Fig. N° 1) André Jeanmaire nous relate, dans Légendes et Contes lorrains d’Autrefois, comment Arnoul devint le patron des brasseurs :

Fig. N°1 Saint Arnoul

LE MIRACLE DE SAINT ARNOULD

"Arnould, premier ministre de Clotaire II, et ensuite du fameux roi Dagobert, était un des plus illustres et des plus riches personnages de la cour d'Austrasie.

Un jour, il sentit l'appel de Dieu. Il abandonna ses hautes fonctions et devint évêque de .Metz.

Se promenant un soir au bord de la Moselle, il enleva son anneau d'or et le jeta dans le fleuve. Quelques jours plus tard. un pêcheur le retrouva dans le ventre d'un poisson et le lui rapporta. Ce joyau figure en bonne place dans le trésor de la cathédrale de Metz.

Mais l'appel divin se faisait plus pressant. Dieu demandait davantage.

Alors, Arnould se dépouilla de toutes ses richesses et les distribua aux pauvres assemblés sur le parvis de la cathédrale. I1 partit, bourdon à la main, remonta la vallée de la haute Moselle et se retira sur le Saint-Mont où Romaric, fondateur de Remiremont, avait élevé un monastère.

I1 mourut là, au bout de longues années d'austérité et de jeûne.

Après son trépas, les Messins décidèrent de ramener ses glorieux restes dans leur ville. A cet effet, l'évêque Goeric partit à Remiremont avec ses confrères de Toul et de Verdun. Une foule nombreuse les suivait.

Au cours d'une grandiose cérémonie, on plaça les précieux ossements dans une châsse d'or sertie de pierreries, et l'on prit le chemin du retour.

En arrivant à Charmes. tout le monde était bien fatigué. On demanda l'hospitalité à Nothon, seigneur du lieu, qui accueillit le cortège avec empressement.

Il présenta aux voyageurs une montagne de victuailles, mais pour le boire, il se trouvait fort démuni :

Je suis pris de court, leur dit-il, Je n'ai à vous offrir qu'un malheureux tonnelet de méchante cervoise.

 

 

C'était bien peu. Les hommes avaient marché toute la journée sous un soleil de plomb, en chantant des cantiques à la gloire de saint Arnould. Ils avaient la gorge si sèche - mes pauvres enfants ! - qu'ils mouraient quasiment de soif.

 

Que faire ?

 

Vint une idée à l'évêque de Verdun. Il se rappela le fameux miracle de saint Airy qui permit, dans des circonstances semblables, de désaltérer une multitude avec un bon petit vin des coteaux du Toulois.

 

Il s'en ouvrit à ses deux confrères, si bien que l'on décida d'amener le tonnelet auprès de la châsse du bienheureux.

 

Alors - mes amis ! - le petit fût devint intarissable. On en tira jusqu’à plus soif une boisson mousseuse, rafraîchissante. bien meilleure que l'aigrelette cervoise des Gaulois et des Francs. Car, par la grâce du miracle, saint Arnould y avait ajouté du houblon, plante amère qui donne une saveur incomparable.

 

Il venait dinventer la bière.

 

Voilà pourquoi le bon saint devint le patron des brasseurs de Lorraine."

 

 

 


Avant la deuxième guerre mondiale, l'activité brassicole se répartissait entre trois entreprises, à Metz, dont deux au Sablon :


 


  • les brasseries Union-Messine, avenue André Malraux. Elle se dénommait Brasserie de l’Union, avant sa fusion avec la brasserie Messine ;(Fig. N° 2)

  • la brasserie Amos, rue Mangin. (Fig. N° 3)


 

Avant la deuxième guerre mondiale, l'activité brassicole se répartissait entre trois entreprises, à Metz, dont deux au Sablon :

 

  • les brasseries Union-Messine, avenue André Malraux. Elle se dénommait Brasserie de l’Union, avant sa fusion avec la brasserie Messine ;(Fig. N° 2)

  • la brasserie Amos, rue Mangin. (Fig. N° 3)

Fig. N° 2 Brasserie Union-Messine
Fig. N° 3 Brasserie Amos

Gustave Amos

  

Gustave Amos, le fondateur de la brasserie, est issu d'une grande famille de Wasselonne. Né en 1840, il est le petit-fils de Frédéric Georges Amos qui s'établit, à Wasselonne, pendant la période révolutionnaire, aux environs de 1795. Issu d'une famille patricienne de réformés wurtembergeois qui remonte au début du 16e siècle, Frédéric Georges deviendra l'ancêtre d'une lignée d'industriels, d'officiers, d'ingénieurs et de médecins. De nos jours, deux rues à Wasselonne rappellent cette illustre famille.(Fig. N° 4)Si deux rues de Wasselonne honorent la famille Amos, le Canada, lui, a préféré donner le nom de cette famille à l'une de ses villes.

 

 

 

 

Fig. N° 4 Wasselonne

 

  

Au début du XXe siècle, la région de l'Abitibi-Témiscamingue ( Noms de 2 lacs au Canada) apparaissait comme une terre promise, un vaste territoire vierge qu'il fallait coloniser. Venus des régions plus au sud, des milliers d'habitants s'y installèrent afin d'en exploiter les ressources naturelles. L'occupation du territoire d'Amos (Fig. N° 5) remonte à 1910 et l'émission de la première charte municipale eut lieu en 1914. Première ville de l'Abitibi, elle fut baptisée à juste titre le " Berceau de l'Abitibi ". Elle doit son nom à Lady Alice Gouin, née Alice Amos, épouse de Sir Lomer Gouin, Premier ministre du Québec en 1914, année de la fondation de la municipalité. Alice Amos est la fille de Auguste Amos et l'arrière-petite-fille de Frédéric Georges. Auguste et Eugène, les fils de Jean Jacques, émigrent au Canada. Ils y montent un commerce de cuir qui prend les proportions d'un véritable monopole.

 

 

Fig. N° 5 La ville d'Amos

 

 

 

Selon le quotidien de la ville d'Amos, l'eau d'Amos est la meilleure du monde, et, de nos jours, un Belge fabrique une bière avec l'eau d'Amos et "ne lui applique aucun traitement pour faire sa bière".

 

Comme au Sablon, il existait une brasserie Amos à Wasselonne. (Fig. N° 6) Mais avant de revenir à Gustave Amos, (Fig. N° 7) rappelons que cette illustre famille wasselonnaise, alliée aux Tourtel, participait, et ce plus que toute autre famille, à la civilisation de la bière. Gustave Amos choisit la Lorraine parce que cette dernière est, au dix-huitième siècle, la première région d'industrie brassicole en France, avec ses 200 brasseries et malteries. A Dieulouard, au dix-septième siècle, des moines anglais plantent de nouvelles variétés de houblon. A Tantonville, à la brasserie Tourtel, Pasteur jette les bases de la brasserie moderne.

 

 

 

Fig. N° 6 Doc. Amos - Brasserie Amos à Wasselonne
Fig. N° 7 Doc. Amos - Gustave Amos, le fondateur 1868-1910

 

 


La première Brasserie Amos


 Acte de fondation de la première brasserie Amos, signé le 5 août 1868, avec entrée en jouissance, le 1er octobre 1868. (Fig. N° 8)


 

 

Fig. N° 8 Doc. Amos - Première page de l'acte de fondation de la Brasserie

  

La Brasserie et son débit de boissons se situaient à l'angle des rues Belle-Isle et Hollandre-Piquemal. (Fig. N° 9) Gustave Amos qui avait acquis une parfaite connaissance de son métier en travaillant pendant quelques années dans une dizaine de brasseries au cours du traditionnel « Tour de France » doit, à présent, s’affirmer comme brasseur, en face d’une vingtaine de concurrents.

 

 

 

Fig. N° 9 Doc. Amos - Première Brasserie Amos et son débit de boissons

 

Au cours de l'année 1870, éclate la guerre franco-allemande. Agé de 30 ans, Gustave Amos s'engage dans la Garde nationale mobile, reconstituée par la loi Niel de février 1858. Au titre de moblot, il se distingue par un fait d'armes. (Fig. N° 10 et 11) Pendant le siège de Metz, il aide son cousin Paul Amos, officier de l'armée française, à s'enfuir de la ville. Déguisé en paysan et conduisant une charrette de foin dans laquelle se cachait Paul, il franchit les lignes ennemies, dépose son cousin dans un endroit sûr et revient à Metz. En 1893, le général Paul Amos commandait la place de Saint-Dié. Après le traité de Francfort du 10 mai 1871, la ville de Metz se trouve, à présent, incluse dans l'Empire allemand. Mais à quelque chose malheur est bon : les nouveaux maîtres, en effet, préfèrent la bière au vin. De ce fait, le chiffre d'affaires de Gustave Amos, qui a repris son activité de brasseur, ne cesse d'augmenter, aussi, pour augmenter sa production, doit-il passer du stade artisanal au stade industriel : bref ! de la fermentation haute à la fermentation basse. Intéressons-nous, à présent, à la fabrication de la bière.

 

 

 

Fig. N° 10 Insigne de la Garde mobile
Fig. N° 11 Gardes mobiles

   Fabrication de la bière

         (Fig. N° 12, 13, 14, 15 et 16)

Fig. N° 12 Fabrication de la bière
Fig. N° 13 Fabrication de la bière
Fig. N° 14 Fabrication de la bière
Fig. N° 15 Fabrication de la Bière
Fig. N° 16 Fabrication de la bière

 

 

 

La seconde Brasserie Amos

 

 

Pour passer de la fermentation haute à la fermentation basse, Gustave Amos doit s'agrandir ou changer de local. Mais une clause, dans le bail de location, lui interdit :

             

 

« … le droit d’établir directement ou indirectement pendant la durée de ce bail aucune brasserie de fabrication ni aucun débit portant son nom à Metz. »(Fig. N° 17)

 

 

 

Fig. N° 17 Doc. Amos - Clause N° 7

Aussi achète-t-il "la grande Maison et la Brasserie qu'elle renferme", rue Belle-Isle, et se rend-il acquéreur d'un terrain, au Sablon, à l'angle des rues du XXe Corps et Mangin, près de la brasserie Jung, son beau-frère, marié à sa sœur Pauline ; brasserie qu'il absorbera pour s'agrandir. (Fig. N° 18)

Jusqu'à sa mort, en 1910, consécutive à un stupide accident de circulation, et ce devant la porte de la brasserie, rue du XXe Corps (son fils et successeur fermera définitivement cette porte, et l'entrée se fera dorénavant par la rue Mangin), Gustave Amos ne cessera d'investir dans son entreprise pour améliorer la production et la qualité de la bière.

 

 

  

Fig. N° 18 Rues du XXe Corps et Mangin
Hors texte - Plan Keller 1895

1874. Construction d’une petite brasserie-malterie avec des germoirs à orge et des caves glacières à sept mètres de profondeur dans le sous-sol sablonneux. Chaque hiver, dès les premiers jours de froid et de gel, les ouvriers découpent des blocs de glace dans la Seille et les entreposent dans ces caves, parfaitement isolées avec d'épais murs de pierre, de liège et des couches de sciure : ce qui maintient une température assez basse, et ce jusqu'au mois de mai. La brasserie va s'agrandir progressivement, l'activité de maltage sera rapidement abandonnée, les cuves à tremper seront remplacées par une nouvelle salle de brassage ce qui permettra de gagner de la place.

1881. La production s'élève à 22 000 hectolitres par an.

1894. Installation d'un bâtiment de chaufferie avec générateur à vapeur, transformateurs et compresseurs à ammoniaque (production 10 tonnes de glace par jour et refroidissement des caves). Mise en place de pompes électriques (eau).

1902. Nouvelle salle de brassage qui permet la fabrication de 600 hl de bière par jour.

1903. Goudronnage intérieur des tonneaux.

1904. Bâtiment à 4 étages où se déroulent toutes les opérations, depuis la fermentation jusqu'au soutirage, ce dernier pouvant atteindre 2 000 hl de bière.

Gustave Amos pressentait-il sa fin prochaine ? Toujours est-il qu'en 1908, le 16 novembre, il transforme son entreprise, jusqu'à ce jour en nom propre, en Gesellschaftvertrag, devant notaire. A présent, la brasserie Amos est une société anonyme au capital de 2 000 000 de Mark, détenue par Gustave Amos, père ; Gustave Amos, fils ; Lucian Amos ; Ernst Amos ; Emil Frantz. (Fig. N° 19)

Fig. N° 19 Doc. Amos - Première page du document notarié, lors de la transformation de la Brasserie Amos
Hors texte – Doc. Amos - Personnel de la Brasserie avant la Grande Guerre

   Gustave Amos prépare sa succession en mettant, à la tête de la direction de la brasserie, son fils et successeur : Gustave. Et, depuis la fondation de la brasserie Amos, et ce jusqu'à sa disparition, un descendant de Gustave Amos préside à sa destinée. (Fig. N° 20)

Fig. N° 20 Arbre généalogique des 6 Présidents de la Brasserie

En 1910, à la mort accidentelle de son père, Gustave Amos (Fig. N° 21), fils aîné de Gustave, le fondateur, professionnel de la brasserie (il avait reçu une solide formation dans une école de brasserie) prend la succession de son père et chaque enfant hérite de 1/6e du capital de la brasserie. (Fig. N° 22)

Gustave Amos (Fils)

Fig. N° 21 Doc. Amos - Gustave Amos, le fils du fondateur 1910-1920

Dans un premier temps, Gustave Amos maintient l'impulsion, donnée par son père, et poursuit les perfectionnements ainsi que la modernisation de l'entreprise. Mais la Première Guerre mondiale entraîne une baisse du chiffre d'affaires ainsi qu'une baisse du bénéfice : ce qui entraîne ipso facto l'arrêt des investissements. (Fig. N° 23) En outre, Gustave Amos subit, en 1917, l'amputation d'une jambe ce qui va provoquer, en 1919, sa mise en disponibilité, comme nous l'apprend une "Décision du Conseil de Surveillance du 28 octobre 1919". (Fig. N° 24)

Fig. N° 22 Doc. Amos - Copie de la liste des héritiers de Gustave Amos
Fig. N° 23 Années 1914 / 18 Baisse du bénéfice et stagnation des investissements

Suite page 20