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L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle

B.E.U.R. et V.R.P.

 

Comme tous les Mosellans, issus de Mosellans, je ne suis qu’un BEUR.

B, comme Boche.

Boches, puisque nos parents sont nés dans le Saint Empire germanique, consécutivement à l’article premier du traité des préliminaires de Versailles du 27 février 1871 :

 

« Art. 1er. La France renonce, en faveur de l'Empire allemand, à tous ses droits et titres sur les territoires situés à l'est de la frontière ci-après désignée … » Il s’agit, en fait, de la cession des territoires de l’Alsace, moins l’arrondissement de Belfort et de l’actuel département de la Moselle.

 

Dès le lendemain, l’Assemblée Nationale, siégeant à Bordeaux, ratifie les préliminaires. Le 10 mai 1871, Jules Favre et Adolphe Thiers concluent, au nom de la France, le traité de paix définitif avec l'Allemagne : traité de Francfort, qui comprend quelque 18 articles, dont l’article premier, avec de légères variantes, confirme la cession des territoires, prévue lors des préliminaires. L’Assemblée Nationale, pressée de se débarrasser de ses BEUR, entérine l’accord des plénipotentiaires, huit jours plus tard, soit le 18 mai.

E, au choix : Evacués, Evadés, Expulsés.

E, comme Expulsés.

Si la France nous considère comme des « boches », pour l’Allemagne nous ne sommes que des « dreckige Franzosen », dont il fallait se débarrasser, comprenne qui pourra… En France comme en Allemagne, nous ne sommes plus maîtres « cheuz nos »… Alors, il s’ensuivit 300 000 expulsés. Quel département de la France peut-il rivaliser « aveu nos » ?

E, comme Evadés.

En octobre 1942, l’Allemagne nazie avait épuisé toutes ses ressources humaines, et ce malgré l’abaissement de la majorité (18 ans), aussi pallie-elle cet inconvénient en mobilisant les Allemands ethniques. Sa seule ressource, insuffisante, était la classe 25. A la fin, elle n’hésitera pas à incorporer des ados de 17, voire de 16 ans. Comme nous étions enfin des Allemands ethniques - nécessité oblige-, beaucoup de jeunes s’évadèrent laissant leurs parents comme otages.

Nombre d’incorporés, dans les trois départements annexés : 130 000 dont 40 000 morts (31 %) : 22 000 au combat et 18 000, disparus ou morts dans les camps de prisonniers russes. A quand la demande de pardon de la part de la Présidence de la République française ?

E, comme Evacués.

En 1939, les BEUR de la zone des combats durent évacuer leurs habitations. A leur retour, ils ne purent que constater des spoliations. L’armée, n’ayant pu défendre le territoire national, était encore plus inapte et moins encline à défendre ainsi qu’à protéger les biens des BEUR.

U, comme ulcéré.

Dans les livres traitant de la Résistance, la première manifestation antinazie se déroule à Paris, le 11 novembre 1940… Des étudiants - des lycéens en plus grand nombre - défilent sur les trottoirs des Champs Elysées aux cris de « Vive la France !», « Vive de Gaulle !», « A bas Hitler !». Alors que la première manifestation antinazie se déroule à Metz, le 15 août 1940, suivie le lendemain de la première vague d’expulsion…

Passons à un autre fait de résistance : la libération de Paris. Paris se « libère » entre les 19 et 26 août 1944. Qu’ont-ils fait nos braves combattants pendant les 4 ans d’occupation ? Ils ont, haut fait d’armes, chassé le bifteck plutôt que l’occupant…

Oradour-sur-Glane. Des Alsaciens (13 ou 14) parmi les bourreaux, des BEUR de Charly parmi les victimes. Lors du procès de Bordeaux, l’Alsace s’enflamme pour ses incorporés de force. Le tribunal les condamne à des peines d’emprisonnement et l’Assemblée nationale - autorité de la chose jugée ???- vote une loi d’amnistie… Il fallait ménager les incorporés de force alsaciens… Quant aux habitants d’Oradour, quant aux BEUR qu’ils reposent en paix… Merci ! messieurs les représentants de la Nation, défenseurs du droit et de la loi… Suis-je vindicatif ? Que non ! Le seul Alsacien que je respecte, est celui qui était volontaire dans ce régiment d’élite, « Der Führer », de la division d’élite « Das Reich ». Vous pouvez vérifier dans les minutes de ce procès ce qu’il leur reprocha :

 

« Le soir d’Oradour, je ne vous ai pas vu en larmes. Mais vous avez bu le vin que nous avions pillé et chanté avec nous. » Ce n’est pas les termes exacts, mais le sens y est.

 

Fallait-il vraiment amnistier ces paillards ?

R, au choix : Réintégré, Repli.

R, comme Réintégré.

Ce cas m’est personnel, mais je ne suis pas le seul ayant dû subir cet avatar : pour obtenir ma carte d’identité nationale, après la guerre, l’administration exigeait une copie de la réintégration de mon père. Je ne suis Français que par réintégration… Consultons l’annexe de la section V – Alsace-Lorraine du traité de Versailles du 28 juin 1919 :

 

« § 1 A dater du 11 novembre 1918, sont réintégrés de plein droit dans la nationalité française :

1° Les personnes qui ont perdu la nationalité française par application du traité franco-allemand du 10 mai 1871, et n’ont pas acquis depuis une nationalité autre que la nationalité allemande.

2° Les descendants légitimes ou naturels des personnes visées au paragraphe précédent,… » Le cas de mes grands-parents et de mes parents, et non le mien…

 

Pourquoi cette vexation ? Quand je me suis engagé dans l’armée française pour la durée de la guerre, personne ne m’a demandé de justifier la réintégration dans la nationalité française de mon père.

Passons à un autre sujet. En demandant le certificat de réintégration de mon père, aux Archives municipales, je profitai de consulter ma fiche signalétique. Nouvelle surprise :

 

« 1943 nach Lyon geflüchtet ». 1943 Réfugié à Lyon.

 

J’écrivis à l’administration allemande et leur demandai le pourquoi de cette remarque. Réponse :

 

« Comme vous étiez un Allemand ethnique, vous nous deviez le service militaire, et ce sont les autorités françaises qui nous signalaient votre présence à Lyon. »

 

J’étais - et je le suis encore - un Français de seconde zone que les autorités françaises n’hésitaient pas à livrer aux nazis.

R, comme Repli.

Lors de la capitulation de l’armée du Rhin, le 27 octobre 1870, nos vaillants soldats nous abandonnèrent et nous livrèrent à la Prusse. Pour ne pas ternir l’honneur militaire, nos stratèges appelèrent ce fait d’armes : Capitulation de Metz… Merci !

En 1940, nos stratèges nous livrèrent aux nazis … en faisant des replis stratégiques…

Pour honorer la vaillance de nos défenseurs de 1870 et de 1940, à titre posthume, créons, sans plus tarder, un nouvel ordre : l’Ordre de l’Ecrevisse. (Ecrevisse, petit crustacé d’eau douce, connu pour ses pinces et pour sa natation vers l’arrière en cas de danger)

 De nos jours, en repliant l’Armée de notre département, nos stratèges militaires ne font qu’imiter leurs anciens, aussi n’hésitons pas à les honorer de l’Ordre de l’Ecrevisse.

Mosellan ! Qu’attends-tu de ta belle-mère patrie ? Ne te fais plus d’illusion, tu n’es qu’un B.E.U.R. ainsi qu’un V.assal R.éprouvé P.aria.

 

Arthur Holle