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L'Histoire sous un autre Angle
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La Cathédrale Saint-étienne (Fig. N° 49 et 50)

 

 

Nous ne nous étendrons pas sur ce sanctuaire qui a fait l'objet de nombreuses monographies et d'études très poussées. Les auteurs de ces œuvres se contredisent : certains détermi­nent, en effet, qu'il s'agit de travaux de construction alors que d'autres spécifient qu'il ne s'agit que de travaux d'embellissement ou d'agrandissement de la cathédrale. Nous relevons, en outre, un autre sujet d'oppo­sition : la date de translation du siège épiscopal à Saint-Étienne. Nous ne nous intéresserons donc qu'à la période entre le début du quatrième et le milieu du cinquième siècle.

 

Recourons à Roch-Stéphane Bour qui nous résume, en quelques mots, les événements afférents à notre cathédrale :

 

 

 

« Voici les grandes dates de l’histoire de S.-É., telles qu’on les admet généralement aujourd’hui :

 

 

 

  1. En 451, S.-É. n’était qu’un "oratoire-oratorium".

2. La prise de Metz par les Huns a eu comme suite la translation à S.-É. du siège épiscopal placé jusque là dans un des faubourgs au sud de la ville.

3. Sous les évêques Villicus (552-577) et Pierre (578 ( ?)-587), l’église a été entièrement re­construite.

 5. Cette construction reçoit des aménagements et embellissements par Chrodegang, évêque de 742-766.

 5. Les évêques Advence (958-875) et Robert (883-917) continuent à l’embellir et à l’enrichir.

 6. Thierry Ier (965-961) abat l’ancien édifice et commence une construction nouvelle qui est achevée par Thierry II (1005-1046) ».

 

 

 

Fig. N° 49 Profil et élévation de la cathédrale de Metz par le sieur François Bournac (Études sur la Cathédrale de Metz)

En compagnie du même auteur, examinons les deux premiers points :

 

« 1. On s’appuie sur le terme "oratorium-oratoire" employé par Grégoire de Tours en parlant de S-É. pour dire qu'en 451 cette église était réellement un oratoire, une église de très petites di­mensions.

L'argument ne nous paraît pas bien solide. Nous seulement on peut dire que toute église est un oratoire, c'est-à-dire une maison de prière, mais il est également certain que les auteurs anciens, loin de se servir d'une terminologie constante et exclusive, emploient très souvent, l'un pour l'au­tre, les termes oratoire, basilique, église, temple, etc. Les preuves ne manquent pas. En voici quelques-unes tirées de notre histoire locale."

« 2.La prise de Metz en 451 eut pour conséquence (presque) immédiate la translation à S.-É. du siège épiscopal ; cela s’explique. Les autres églises des faubourgs étaient ruinées ; la catastro­phe dont on venait d’être témoin pouvait se reproduire dans un avenir plus ou moins rapproché ; seule l‘enceinte fortifiée de la ville qui avait souffert, mais sans être complètement détruite, pré­sentait encore quelque garantie ; S.-É, du reste, avait fait ses preuves par sa conservation inat­tendue qu’on ne tardera pas à attribuer à une intervention supérieure. Ainsi son choix comme église épiscopale s’imposait et par la force des circonstances et aussi par mesure de prudence. 

 Mais alors le prétendu "oratoire" deS.-É.  aurait dû subir un changement radical : seule une nouvelle et grande construction répondait aux besoins de la situation dans laquelle était placée l’église de Metz. D’ailleurs, à en juger d’après ce qui se faisait ailleurs, il semble peu probable qu’on ait attendu cent ans et plus pour entreprendre cette construction et si on voulait ménager S.-É à cause de l’auréole dont l’avait entourée sa préservation de l’incendie des Huns, on n’avait qu’à élever une nouvelle église à un autre endroit de la ville. Metz, devenue bientôt capitale de l’Austrasie, ne pouvait se contenter longtemps d’une cathédrale de dimensions insignifiantes. »

 

Plusieurs auteurs ainsi que Roch-Stéphane Bour contestent le point 3 :

 

« 3. C'est surtout M. Wolfram, ancien archiviste de la Moselle, qui est le grand champion de l'opi­nion qui attribue aux évêques Villicus et Pierre (552-587) la construction d'une nouvelle cathé­drale. Pour la motiver, il a mis en avant un document que nous connaissions déjà : une lettre en­voyée à l'évêque Pierre par un certains Gogus (+ 581), haut employé de la cour, et terminée par des compliments à l'adresse d'un personnage dont il est dit "qu'il visite sans cesse les sanctuaires des saints et qui, comme on peut le voir maintenant, a construit sur les rives de la Moselle les combles élevées (parce que très haut placés) d'un temple et dont la science est un ornement des palais des rois". »

Pour bien comprendre ce qui va se passer en 451, remontons le temps et intéressons-nous au règne de Théodose le Grand, empereur romain de 379 à 395 :

 

« Le règne de Théodose marque aussi une étape importante dans l’histoire des rapports de l’Église et de l’État : le christianisme, qui n’était sous Constantin qu’une religion tolérée, allait devenir sous Théodose une véritable religion d’État. Dès son avènement, Théodose entreprit, sur le plan légal, la lutte contre le paganisme : il interdit successivement les opérations divinatoires (381), l’entrée des temples (392) et même le culte domestique des dieux (392). En même temps, il donnait aux chrétiens les anciens temples, soulevant parfois de véhémentes protestations. » (Dictionnaire d’Histoire Universelle de Michel Mourre)

 

 

 

Nous pouvons donc affirmer que le christianisme devient religion d’état en 392. Après les édits de tolérance de Galère (311), de Maximin ((312) et de Constantin (313) - plus connu sous le nom d’édit de Milan - les édiles des cités romaines voient leurs prérogatives en ma­tière religieuse quelque peu diminuées. Le césaropapisme de Théodose leur rend ce pouvoir reli­gieux. Tous les prélats du Bas-Empire et du Haut-Moyen Âge sortaient, ne l’oublions pas, des fa­milles de l’aristocratie locale. Examinons, à présent, ce qui se passe à Metz.

À la fin du quatrième siècle, deux sectes chrétiennes - tolérées - coexistent au Sablon : le groupe paulinien (les laissés-pour-compte de la société) à Saint-Pierre-aux-Arènes et le groupe johannique (les negociatores) à Saint-Jean. Aussi, dès l’édit de 392, les édiles messins tentent-ils de reprendre le pouvoir religieux dans son intégralité et, dans un premier temps, ferment-ils tous les temples dont celui de leur ancienne divinité tutélaire. Intéressons-nous donc à ce temple qui, à notre avis, avait les proportions de la maison carrée de Nîmes.

De forme oblongue, il n’était pas un lieu d’accueil ni de recueillement, mais le tabernacle du dieu présent et non figuratif dans la "cella", et seuls les desservants y pénétraient. Le rite sacrificiel ro­main se pratiquait, il est bon de le rappeler, à l’extérieur, côté occidental, la porte du temple ouverte, et le sacrificateur officiait la tête tournée vers l’est et regardait le dieu présent dans la "cella".

Comme le rite sacrificiel chrétien se célèbre à l’intérieur du sanctuaire et que celui-ci est un lieu d’accueil et de recueillement, les édiles messins doivent l’adapter au nouveau rite. Perpendiculaire à la nef de la cathédrale actuelle, et situé dans cette dernière, ils l’agrandissent dans le sens de la lar­geur en allongeant l’édifice vers le sud de l’orientation de la ville. L’ancien temple du dieu tutélaire devient ainsi le chœur de l’oratoire Saint-Étienne, la nouvelle construction, la nef des fidèles. Et, pendant les travaux de construction, de restructuration et d’aménagement de la nouvelle église-mère, les édiles messins se rendent à Saint-Jean pour assister aux cérémonies religieuses. Les tra­vaux terminés, ils procèdent à la dédicace de la nouvelle église-mère. L’invention du corps d’Étienne (415) vient à point nommé pour nos dirigeants puisque Rome et Metz sont les premières villes d’Occident à recevoir des reliques : probablement l’un des cailloux ayant servi à sa lapidation. La translation du siège épiscopal se réalise donc, non en 451, mais entre 392 et 451. Romains et Grecs boudent la nouvelle église-mère et continuent d’officier les uns à Saint-Pierre, les autres à Saint-Jean, mais ignorent … l’arrêt de la Cour suprême du Ministère de la Justice qui siège au Para­dis. Rappelons-nous la légende de la destruction de Metz :

 Pierre, le chef de l’Église, préside à cette session entouré de deux assesseurs, les apôtres Paul et Jean. Le procureur n’est autre que l’empereur Théodose le Grand. Trois avocats défendent respecti­vement le groupe paulinien, le groupe johannique, le groupe messin. L’Histoire n’a retenu que le nom du défenseur de ce dernier groupe : Étienne. Ce jeune avocat, plein de fougue et de talent, dé­fend avec brio sa cause en s’appuyant sur le fait que les Messins obtempèrent, et ce dès 392, aux édits de Théodose.

 Ne chassent-ils pas les idoles des temples ? Ne transforment-ils pas le sanctuaire de ce faux dieu tutélaire de la ville en un magnifique oratoire pour accueillir les adeptes de la vraie Foi ? Pourquoi Romains et Grecs dédaignent-ils ce nouvel espace de prières et de sacrifices ? Pourquoi ne l’acceptent-ils pas comme l’Église-mère ?

Étienne obtient gain de cause et sauve son oratoire. Pierre et Jean l’estimaient. Quant à Paul, ne devait-il pas faire oublier Saul ? L’arrêt de la Cour suprême, nous le connaissons : celle-ci décide d’envoyer le "fléau de Dieu" sur la Gaule pour la ravager. Arrivé devant Metz, le 7 avril 451, il détruit la ville ainsi que les deux sanctuaires, Saint-Pierre et Saint-Jean, mais préserve de la flamme l'oratoire Saint-Étienne…

 Après cette sanction divine, Romains et Grecs reconnaissent, avec quelque retard, que
Saint-Étienne est désormais l'église-mère du diocèse. Seul Saint-Jean sera reconstruit mais se pla­cera sous la protection des Douze Apôtres : qui peut le plus, peut le moins … Pierre abandonne pro­visoirement la périphérie messine et entre dans le domaine épiscopal - Saint-Pierre-le-Vieux. Dans ce même enclos, Paul s'honore d'une collégiale et deviendra le patron du chapitre cathédral. Aban­donnons le domaine épiscopal et intéressons-nous à l'enclos canonial.

Fig. N° 50 Cathédrale Saint-étienne / ancien portail Louis XV ( Conrard)

L’Enclos Canonial

 

La Clôture et le Cloître

 

Le mot "cloître" a deux définitions :

 

« Partie d’un monastère interdite aux profanes et fermée par une enceinte. »

ou

« Lieu situé à l’intérieur d’un monastère ou contigu à une église cathédrale ou collégiale, et com­portant une galerie à colonnes qui encadre une cour et un jardin carré.

 

Nous emploierons le terme Clôture pour désigner la partie interdite aux profanes ; Cloître pour désigner la galerie. (Fig. N° 51) Dans son œuvre "La Cathédrale de Metz", Auguste Prost appelle "claustra", la clôture, et "claustrum", la galerie. Clôture et cloître dérivent du latin "claustrum" - "claustra"- au pluriel : enceinte, clôture, fortification, retranchement.

Les claustraux - l'ensemble des bâtiments à l'intérieur de la clôture - comprennent, en plus du cloî­tre :

 

  • l'habitat ;

  • les écoles ;

  • la salle capitulaire ;

  • les édifices religieux.

     

    En compagnie d'Auguste Prost, intéressons-nous à la fondation de la clôture et du cloître. À juste raison, il se réfère à Paul Diacre, ainsi qu'à Jean de Gorze et l'attribue à Chrodegang, évêque de Metz (742-766).

     

    « Le Cloître, claustrum, dont l'existence était la condition essentielle de la vie régulière en com­mun, avait été en même temps que cette régularité, institué par Chrodegang et construit par lui au VIIIe siècle… Ainsi s'expriment Paul Diacre et d'après lui Jean de Gorze, dans ce qu'ils disent de la communauté de clercs réguliers instituée près de St. Etienne par Chrodegang. ».

     

    Clôture et cloître subiront, au cours des siècles,, deux transformations, dues à l’agrandissement de la cathédrale :

     

  • une première fois, au XIe siècle (cathédrale romane) ;

  • une seconde fois, au XIIIe siècle (cathédrale gothique).

     

    Auguste Prost nous le confirme :

     

    « Nous admettons donc comme possible comme probable même que le cloître dont il est question dans le Cérémonial du XIIe siècle ait succédé, sur le même emplacement à peu près, à celui de Chrodegang, dans l’endroit précisément où se trouvait, lorsqu’il fut renversé au siècle dernier pour l’ouverture de la place d’armes, celui qui lui avait succédé ; car ne n’était certainement pas alors le même qu’au XПe siècle. » (1)

     

    La clôture implique une voire plusieurs issues :

     

    « Le cloître proprement dit, claustrum, était en communication permanente avec les divers locaux compris dans la clôture, claustra. Il communiquait, depuis le matin jusqu'après complies seule­ment, avec le dehors, par sa porte principale, ostia claustri, et par les portes particulières ou­vertes sur les trois églises de St. Étienne, de St. Pierre, de Ste. Marie dites dans la maison, portes surveillées les unes et les autres par des gardiens spéciaux. » (2)



(1) "La Cathédrale de Metz" – Auguste Prost

(2) ibidem

 

 

Fig. N° 51 Cloître au XIIe S.

Avant de nous intéresser à la destruction du cloître, essayons de localiser les trois différents cloî­tres. Selon Auguste Prost, " Le cloître du XIIIe siècle, parfaitement connu, occupait suivant toute apparence l’emplacement même de celui du XIIe siècle " (1)

Quant au cloître du VIIIe siècle, selon le même auteur, "la façade est du cloître se limitait aux entrées ouest des églises Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Paul et Saint-Pierre-le-Majeur", alors qu'il nous apprend qu’ "au Xe siècle au moins, St. Pierre le Vieux était, suivant le témoignage de Jean de Gorze, dans le cloître."(1) Comme ce sanctuaire se trouvait à la même hauteur que la collégiale Saint-Paul, pourquoi ne pas admettre que cette dernière se situait également dans le cloître. En conséquence de quoi nous pouvons conjecturer que la limite orientale du cloître est restée la même du VIIIe au XVIIIe siècle et que seules les limites méridionale, occidentale et septentrionale ont été déplacées, au cours des siècles.

Comme prévu, abordons, à présent, la démolition du cloître, en compagnie de Jeanne Lejeaux :



(1) "La Cathédrale de Metz " - Auguste Prost

(1) "La Cathédrale de Metz " - Auguste Prost

«  les chanoines de la cathÉdrale et le marÉchal de Belle-Isle

  

  À plusieurs reprises, entre 1728 et 1752, le Maréchal de Belle-Isle, gouverneur de la province des Évêchés, avait envisagé l’idée de doter Metz d’une place monumentale. L’examen d’un grand nombre de projets le conduisit enfin, en 1752, à l’idée d’agrandir l’ancienne place devant le Mou­tier, devenue beaucoup trop exiguë pour les exercices militaires. Celle-ci s’étendait, assez irrégu­lièrement, sur la partie actuelle de la place d’Armes comprise à peu près entre la statue de Fabert et le Café Central, la rue Fournirue et le pavillon de l’Hôtel de la Lune. Pour lui donner de plus vastes dimensions, la démolition du cloître de la cathédrale et de cinq églises attenantes (Saint Pierre le Vieux, Notre-Dame de Lorette et Saint Paul superposées, Saint Pierre aux Images et la Chapelle des Lorrains) était prévue. Ces monuments vénérables, objets du culte des Messins, ap­partenaient tous au Chapitre de la cathédrale. Des fondations s’acquittaient dans ces chapelles ; le cloître, utilisé pour les processions, abritait, dans sa partie supérieure, les archives, la biblio­thèque, les salles de réunion. Dans des logements adjacents habitaient les chantres, le maître de musique et les enfants de chœur.

   Les chanoines, particulièrement lésés dans leurs biens, s’opposeront de toutes leurs forces à l’entreprise du gouverneur. Ils commenceront à défendre leurs droits, avec âpreté, dès le 23 août 1752, moment où Belle-Isle leur signifie sa décision, dans une longue lettre, plus riche en justifications que précise en son exposé.

  

 

Le Chapitre de la Cathédrale

 

  

  En contrariant les intérêts des chanoines, Belle-Isle s’attaque à forte partie. Le Chapitre, véri­table puissance, tient à ses biens. Sa richesse s’est accrue sans cesse depuis 50 ans ; devenu le plus gros propriétaire de la ville, il possède, à Metz, près de 400 maisons. Les canonicats, qui ne valaient pas

  l 00 écus, en 1728, rapportent, en 1750, 4 000 livres de rente au moins.

  Ces messieurs de la cathédrale ont sur Belle-Isle l’avantage d’être sur les lieux et de pouvoir entraver facilement ses desseins. Il leur est possible de créer un mouvement dans l’opinion et d’entraîner à leur suite les mécontents. De plus, les appuis ne leur manquent pas en haut lieu.

  Malheureusement ils vivent, depuis quelque temps déjà, en mauvaise intelligence avec leur évêque et doivent, pour essayer de le gagner à leur cause, faire tout d’abord amende hono­rable. Le maréchal, de son côté, tente d’associer à ses projets le prélat avec lequel il entretient des rapports très cordiaux. Monseigneur de Saint-Simon ne soutiendra donc guère ce chapitre, objet de son mécontentement.

  La grande entreprise de Belle-Isle trouble profondément la quiétude des chanoines. Quel boule­versement dans la tranquille vie canoniale où, pendant plus de deux ans, se succèdent, sans arrêt, les réunions capitulaires. Le désir de conciliation est plus apparent que réel ; les formules de po­litesse masquent mal tantôt une opposition sourde, tantôt des attaques directes contre le gouver­neur et ses projets.

 

    

Les Chanoines contre Belle-Isle

  

 

  Belle-Isle ne croyait pas rencontrer de si redoutables adversaires. Sa lettre aux chanoines, per­suasive, conçue dans des termes modérés, permettait de nombreuses compensations :

  

"... Il sera également pourvu au dédommagement de tout ce qui vous procure du re­venu, ou des logements dans le cloître. L'on fera aussi bastir les logements convenables à vos chantres et enfants de chœur de manière qu'ils seront et plus commodément et tout aussi près de la cathédrale. Il y a même un arrangement pris, pour vous procurer le long de la nouvelle place qui sera formée dans ce terrain, des arcades et des boutiques, qui augmenteront vos revenus, en sorte que je peux dire et çà a été une de mes principales at­tentions, que le Chapitre gagnera, bien loin de perdre."

 

  Le maréchal demande même aux chanoines de nommer des députés pour examiner les plans et discuter avec lui pendant son séjour à Metz ; il ne s'attend pas à une prompte réponse du côté du chapitre, ayant bien des objections à résoudre, des intérêts particuliers à concilier et des expli­cations à faire…

 Quelques conflits avec les chanoines paraissent donc inévitables au maréchal ; néanmoins, il es­père par de larges concessions, obtenir, sans top de peine, leur adhésion. Une opposition vio­lente, systématique, se manifeste, au contraire, à la cathédrale.

  Le 26 août 1752, Messieurs du chapitre prennent connaissance de la lettre du Maréchal de Belle-Isle. Vu l'importance de l'affaire et l'absence de plusieurs membres, la compagnie décide de se réunir quatre jours plus tard.

  Le 30 août, un chapitre expressément commandé, M. le Princier présent, examine les proposi­tions de Belle-Isle, refuse à l'unanimité d'entrer en composition et d'aborder toute discussion.

 

 

Les Chanoines cherchent des protecteurs

 

 

   C'est un refus pur et simple, une déclaration de guerre, si le maréchal insiste. Aussi, tout émus de leur coup de théâtre, les chanoines ne perdent pas de temps pour gagner des partisans à leur cause. Dès le lendemain, 31 août ils conviennent de prévenir le ministre, Comte d'Argenson, de leur récente délibération. L'Évêque de Metz sera prié d'appuyer de son crédit leur résistance.

  Ces mesures valent aux chanoines un premier succès. Un lettre adressée par eux, le 1er octobre 1752, à un haut personnage de l'administration centrale (marquis de Paulmy, peut-être) est ainsi annotée :

 

 

"me représenter les papiers qu'il y a déjà sur cette affaire et les plans du lo­cal s'il en a."

 

 

  Enfin écoutées, les revendications canoniales vont être examinées. Belle-Isle, prié de chercher un terrain d'entente, consent à reprendre son projet sur d'autres bases, comme le prouve la note sui­vante :

 

  

"M. le Maréchal de Belle-Isle est en terme d'accommodement sur cette af­faire au moyen de quoy il n'y a pas lieu de donner suite quant à présent."

 

  

"Rendu compte à M. le Marquis de Paulmy le 28 octobre 1752."

  

  Le chapitre conserve les yeux ouverts. Un de ses chanoines, alors à Paris, M. Dorigny, suit de près la marche de l'affaire.

 

  

Les Chanoines défendent leurs biens

 

  

  Belle-Isle, de son côté, ne perd pas son temps. Mémoires et plans sont hâtivement remaniés, tan­dis qu'il utilise ses influences auprès du pouvoir central. Il obtient du ministre, le 24 avril 1753, une lettre assez tranchante pour les chanoines, conseil ou plutôt ordre de soumission.

 Grande émotion à la cathédrale à la réception de cette missive. Le 29 avril première lecture en est donnée : un chapitre est expressément commandé pour le 1er mai "auquel chacun sera averti de se trouver". Très sensible au soupçon qui pèse sur elle d'avoir manqué de zèle pour le service du roi, la Compagnie se propose d'envoyer un mémoire justificatif au Ministre. L'appui de l'Évê­que et de l'Intendant sera également sollicité.

  La première décision se modifia. Le chapitre, en son assemblée du 4 juillet, arrêta de s'adresser à la seule justice de Belle-Isle et de lui soumettre d'abord l'exposé de ses justes revendications. Un mémoire soumis à l'appréciation de ces Messieurs, le 7 juillet, est, après avoir subi de légères modifications, relu et approuvé le 10. Le 14, enfin, le Doyen, le Chancelier et M. Mamiel sont désignés pour le remettre aux mains du gouverneur.

  La réponse du maréchal tarde à venir. Pressé par les chanoines, il leur donne, au commence­ment d'août quelques paroles rassurantes, promet de leur communiquer les différents plans en préparation et de les discuter avec eux.

 Rassurés par ces garanties, Messieurs de la cathédrale attendent, avec confiance, la décision du gouverneur. Un mois passe ; l'inquiétude les reprend. Ils réitèrent leur démarche auprès de Belle-Isle et obtiennent, en retour, le 14 septembre, un nouveau projet.

 Bien différent du premier, il surprend par son caractère d'illogisme et d'étrangeté. La disparition du cloître et des chapelles n'y est pas mentionnée : aucune modification n'est explicitement ap­portée à l'ancienne place d'Armes.

  Celle-ci, tout en conservant ses dimensions exiguës, obtient pourtant une nouvelle issue : une communication s'établit à travers le cloître jusqu'à la rue du Vivier où deux débouchés, au choix, sont proposés, pour atteindre le pont Saint-Georges : l'un par une rue que l'on ouvre sur le pen­chant de la montagne, du côté des maisons et des jardins (la rue des Jardins actuelle), l'autre, par les rues du Haut-Poirier, de Chèvremont, de la Boucherie.

  Ce plan est au moins bizarre : une rue au travers du cloître, comportant une partie des chapel­les, risque leur effondrement total et l'on imagine mal ces monuments tronqués. Le cloître n'au­rait pas été moins lésé que précédemment. La ville y gagnait une communication pouvant s'éta­blir ailleurs plus aisément. On ne réservait même plus d'espace libre pour les évolutions militai­res : la vieille place d'Armes subsistait avec ses inconvénients.

  La stupéfaction des chanoines dépasse peut-être leur mécontentement. Le passage projeté au travers du cloître et des chapelles semble un défi au bon sens. Aussi, trois réunions capitulaires ont-elles lieu successivement, pour aboutir, le 20 septembre, au refus formel des nouvelles pro­positions du gouverneur.

  N'ayant plus aucun ménagement à garder, les chanoines remanient aussitôt leur précédent mé­moire - il n'atteint pas moins de 54 pages manuscrites - pour l'expédier au ministre et à tous les personnages d'importance. Ils jugent nécessaire d'ajouter encore, le 8 décembre, un supplément à ce long exposé.

 

Les objections des Chanoines

 

  Toutes les raisons d'ordre pratique, religieux, sentimental et financier susceptibles de s'opposer au projet sont longuement développées ; les arguments des précédentes lettres aux ministres, à l'Évêque, à toutes les autorités, sont repris un à un.

  Tout d'abord, les communications envisagées ne sont d'aucune utilité. En 1744, pendant le séjour du roi et de toute la cour dans la ville de Metz, l'armée de Flandre passa à travers la ville avec ses équipages de vivres et d'artillerie sans qu'il y eut le moindre embarras. Si l'on tient essen­tiellement à un nouveau débouché, la rue de la Boucherie, dont la pente pourrait s'adoucir jus­qu'à la place des maréchaux, en fournirait un plus commode et moins coûteux que ceux prévus par Belle-Isle.

  Depuis une vingtaine d'années, de nombreuses places ont été créées dans la ville ; plus d'une, celle de la Comédie, en particulier, peut servir aux exercices militaires.

  L'importance des destructions n'échappe pas aux chanoines ; ils prévoient, en plus de la démoli­tion du cloître et des chapelles, celle de l'église Saint-Gorgon, de la Princerie, des greniers du Chapitre, de plusieurs maisons canoniales si l'on veut donner à la place des proportions norma­les. Ils envisagent aussi l'énormité de la dépense, tout en se défendant de combattre le projet par intérêt. D'ailleurs, même si l'on parvient à compenser leurs pertes matérielles, le préjudice moral restera irréparable. Cette atteinte aux biens sacrés portera le trouble dans l'âme des fidèles et ébranlera leur foi.

  Ce danger n'est pas le seul. La sécurité de la cathédrale peut être menacée par la démolition des chapelles et des bâtiments qui la protègent, au levant et au midi, des vents et de la pluie ; la des­truction du cloître, construit 400 ans avant la cathédrale, pourrait entraîner celle du merveilleux édifice, gloire de la cité. On ne parlera pas, disent les chanoines :

 

"de l'utilité dont le cloître pourrait être en cas de siège : personne n'ignore à combien d'usages il seroit propre par sa situation sous un édifice sacré qu'on découvre de tous côtés et qui seroit sans doute respecté par la bombe et le canon d'une armée chrétienne."

 

  Nos bons chanoines supposent à l'ennemi l'esprit chevaleresque dont les nôtres avaient toujours fait preuve et, notamment, quelques années auparavant, à Fontenoy ; pour nous, hélas ! cette phrase évoque le souvenir, récent et douloureux, d'armées, dites chrétiennes, massacrant systé­matiquement nos cathédrales et nos plus beaux monuments.

  Le chapitre, gardien fidèle des biens de l'Église, insiste sur les arguments d'ordre religieux ; uti­lité du cloître pour les processions ; vénération inspirée par les chapelles dont l'une a été cons­truite du vivant même des apôtres ; fondations qu'on y acquitte ; gêne apportée au service divin et au recueillement des fidèles par le bruit des tambours et des trompettes ; de plus, le cloître est un lieu de sépulture, et, même y ont été enterrés, à deux reprises, au siècle dernier, nombre de gens morts de la peste. "Ici se présente le respect dû aux tombeaux et le danger de les ouvrir" ; tant au point de vue sentiment que par raison d'hygiène, le cloître doit être respecté.

  L'alarme est grande dans la ville ; les maisons ne peuvent plus ni se louer, ni se vendre. "Per­sonne n'est rassuré par l'espérance du remboursement de la valeur ; les estimations qu'on fait faire ne sont ni justes ni régulières." Le chapitre prévoit la ruine des propriétaires par une di­minution de leur fonds et un dépense au-dessus des forces de la cité. Le roi est supplié de tenir compte comme à Paris, lors de l'établissement de la place Royale, des intérêts de la ville.

 

"Les motifs d'humanité et de condescendance qui ont engagé sa Majesté à abandonner le projet de la nouvelle place de Bussi et de sacrifier les mo­numents de sa gloire à l'amour de son peuple, l'exciteront encore à traiter en père des sujets prêts à répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour luy témoigner leur zèle et leur fidélité."

 

Belle-Isle réfute les arguments du chapitre

 

  Dans deux mémoires destinés à l'administration centrale. Belle-Isle répond, point par point, au réquisitoire dressé contre lui par les chanoines. Il s'étonne des difficultés soulevées aujourd'hui par le chapitre, alors qu'il s'agit de la reprise d'une idée déjà ancienne.

  L'esprit de conciliation, la condescendance dont il a fait preuve sont bien rares chez un gouver­neur de province. Il s'empresse de ramener à leurs justes proportions les grands arguments du chapitre. Tout d'abord, la cathédrale n'est en aucune façon menacée. Les chanoines veulent, à présent, préserver les lieux saints de toute profanation ; mais leur vigilance a subi bien des éclipses. La partie antérieure de Saint-Pierre aux Images a été démolie par eux. L'utilisation du cloître (où beaucoup des leurs dormaient leur dernier sommeil), comme jardin potager n'indique pas une profonde vénération.

  Les communications proposées vers la rue de la Boucherie avaient été déjà "étudiées par les of­ficiers de l' École de l'artillerie les plus expérimentés, et les architectes les plus capables et les plus intelligents". Il s'est trouvé une impossibilité physique à leur exécution. Pour rattacher la place des Maréchaux à la rue des Trinitaires, il faudrait sacrifier les plus belles demeures de Metz. Ces démolitions, il est vrai, ne porteraient aucun préjudice au chapitre ; il n'est proprié­taire d'aucune maison dans ce quartier.

  Tout en signalant l'égoïsme des chanoines, le maréchal défend l'honnêteté de ses experts :" il a choisi les plus expérimentés de la ville qui ont fait les estimations en toute liberté". Le désintéres­sement du chapitre, au contraire, est suspecté. S'il a fait des dépenses assez importantes à Metz depuis plusieurs années - il exagère d'ailleurs beaucoup leur valeur - elles ne se rattachaient guère au bien public, mais plutôt à des embellissements particuliers. L'accroissement des reve­nus capitulaires permettait aussi quelques sacrifices.

  Pour faire triompher plus sûrement sa cause, Belle-Isle envoie au roi lui-même un long mémoire ; il y renouvelle, contre les pauvres chanoines, ses accusations de mauvaise foi, d'égoïsme, d'en­têtement, d'avarice, et revient à un plan très voisin du premier projet adopté ; il propose nette­ment l'agrandissement de la place d'Armes aux dépens du cloître et des chapelles, avec deux voies de dégagement, l'une vers le Pont Saint-Georges, par les jardins, l'autre vers la Place de Chambre, en passant devant la cathédrale. Les dépenses prévues sont de 144 686 livres, 17 sols 9 deniers. Un projet d'arrêt, daté du 24 janvier 1754, accompagnait ce mémoire.

 

  Belle-Isle triomphe

 

  L'arrêt du Conseil du 14 mars 1754, annoncé par un autre projet non daté , correspond en tous points aux desiderata de Belle-Isle et lui donne pleins pouvoirs pour agir à son gré. Copie en est envoyée à Metz avec les lettres patentes dès la promulgation.

  Malgré la présence à Paris de son mandataire habituel, le chapitre n'est pas immédiatement averti de son échec. Trois mois seulement après la signature royale, la Compagnie, enfin préve­nue, se réunit pour délibérer.

  Ayant fait le serment de défendre les lieux saints, elle croirait le violer en ne s'efforçant pas d'empêcher par tous les moyens l'entreprise si néfaste du maréchal. Une délégation est chargée d'exprimer à Belle-Isle, avec la profonde douleur des chanoines, l'espoir qu'il ne donnera pas suite à ses projets.

  Immédiatement, des députés se rendent auprès du gouverneur. Ils en sont pour leurs frais d'élo­quence : rhétorique, persuasion, menaces restent vaines. Le maréchal se montre inflexible. Il tient enfin son arrêt et veut en poursuivre, sans retard, l'exécution. Les chanoines décident alors de s'adresser directement au roi. Belle-Isle, prévoyant de nouvelles attaques, presse les choses ; pour mettre l'adversaire devant un fait accompli, l'Intendant nomme les experts chargés des estimations et avise officiellement le chapitre de la mise en marche très prochaine des travaux.

  Un dernier effort est alors tenté auprès de l'Évêque. Celui-ci n'a jamais soutenu énergiquement les revendications canoniales : il s'est contenté du rôle de témoin sans prendre parti dans la que­relle ; il mêle le blâme pour leur conduite passée à des conseils de résignation et de confiance en la Providence pour un avenir meilleur.

  Abandonné par l'Évêque et par le roi, les chanoines n'ont plus qu'à se soumettre. Loin d'écouter les conseils de leur prélat, ils resteront à l'état de paix armée ; s'ils ne peuvent désormais empê­cher les travaux, leurs chicanes porteront sur les estimations ; ce ne seront que réclamations in­cessantes durant plusieurs années. Longtemps encore après la mort du maréchal, ils rappelleront le dommage causé à leurs biens par cette grande entreprise et essayeront d'en tirer quelque avantage.

  L'ère de la lutte est cependant close : chacun doit s'incliner et faire taire momentanément ses rancunes. Belle-Isle triomphe sur toute la ligne. Sa victoire lui permet d'éventrer la ville ; mais il ne sut pas poursuivre son avantage en réalisant une place digne de lui et de la cité. À sa mort, les travaux d'embellissement de Metz, étaient, depuis plusieurs années, abandonnés et rien n'avait été édifié.»

 

 

Le sort du cloître connu, passons aux bâtiments claustraux.

Les Bâtiments Claustraux (Fig. N° 52)

 

   En nous référant à Auguste Prost (1), les bâtiments claustraux comprenaient :

 

  • la cuisine, coquina ;

  • le réfectoire, refectorium ;

  • le poêle, carminata ;

  • le dortoir, dormitorium ;

  • les chambres particulières, mansiones.

La Cuisine

« La cuisine » - selon Auguste Prost - « n'est nommée qu'une fois dans la règle, pour dire que tous les chanoines y doivent servir à leur tour. » (2)             

 

   Le chapitre 24 de la Règle de Chrodegang nous apprend effectivement :

 

« Tous les Chanoines faisoient la cuisine tour à tour, excepté l'Archidiacre et quelques autres Of­ficiers employés à des choses plus utiles : de ce nombre étoient le Cellérier (3) et les Custodes ou gardiens des trois principales Eglises : savoir de S. Etienne, de S. Pierre et de Ste Marie. » (4)

 

De la cuisine passons à la table.

Le Réfectoire

   Dans un premier temps, nous consulterons Auguste Prost (5), puis les différents chapitres de la Rè­gle de Chrodegang que nous relevons dans l'"Histoire de Metz":

 

« Le réfectoire, refectorium, était affecté aux repas des clercs réguliers. L'évêque y mangeait aussi, mais dans certaines circonstances seulement, à ce qu'il semble ; car on voit que dans d'autres cas il prenait son repas dans sa demeure in domo.

Les chanoines étaient appelés au réfectoire au son de la cloche, signum. Il s’y trouvait une place pour un lecteur et sept tables. » (6)  

« Il y avait ſept tables dans le réfectoire : la premiere étoit pour l’Evêque avec les Hôtes & les Etrangers ; l’Archidiacre & ceux que l’Evêque y appelloit ; la ſeconde pour les Prêtres : la troiſieme pour les Soudiacres : la cinquieme pour les autres Clercs ; la ſixieme pour les Abbés ou pour ceux que le Supérieur vouloit ; la ſeptième pour les Clercs de la Ville, les jours de Diman­ches & de grandes Fêtes. Le repas étoit précédé de prieres, & l’Evêque ou un autre Prêtree bé­niſſoit les viandes. On gardoit le ſilence au réfectoire, afin que l’on pût entendre la lecture. La quantité de pain n’étoit point bornée : chacun en prenoit ſuivant ſes beſoins. A dîner ils avoient un potage, une portion de viande entre deux, & une portion de légumes ; à souper ils n’en n’avoient qu’une ſeule. Les jours de jeûne de Carême on pouvoit ajouter une troiſième portion ; mais le fromage étoit compté pour une. Quant au boire, les Prêtres & les Diacres avoient trois taſſes de vin à dîner, à ſouper deux : les Sous-Diacres deux à dîner & deux à ſouper : les moin­dres Ordres deux à dîner & une à ſouper. Les jours-mêmes, où l’on ne faiſoit qu’un repas, on n’ajoutait rien à cette quantité. S’il arrivoit que le vin fût rare, on diminuoit cette portion. Ceux qui ſ‘abſtenaient de vin buvoient de la bierre. » (Chapitres 21 à 23) (7)



(1) La Cathédrale de Metz, par Auguste Prost

(2) ibidem

(3) Cellérier, celui qui a soin des provisions et de la nourriture

(4) Histoire de Metz, par les Bénédictins

(5) La Cathédrale de Metz, par Auguste Prost

(6) ibidem

(7) Histoire de Metz, par les Bénédictins

Fig. N° 52 Bâtiments claustraux

«S’il arrive que l’on donne à manger à quelqu’un dans le réfectoire, il laiſſera ſes armes à la porte, & auſſitôt après le repas, on le fera ſortir du Cloître. » (Chapitre 3) (1)

 

 

« Depuis Pâque jusqu’à la Pentecôte on faiſoit deux repas, & on pouvoit manger de la viande, excepté le Vendredi ſeulement. On en faiſoit auſſi deux de la Pentecôte à la S. Jean, mais ſans manger de viande. De la S. Jean à la S. Martin il y avoit deux repas par jour, comme aupara­vant, & l’abſtinence de viande n’étoit que pour le Mercredi et le Vendredi. Depuis la S. Martin juſqu’à Noël tous ſ’abſtenoient de viande & jeûnoient juſqu’à Nones. De Noël au Carême on jeû­noit juſqu’à Nones, le Lundi, le Mercredi & le Vendredi ; mais on ne ſ’abſtenoit de viande qu’en ces deux derniers jours. Les autres jours de la ſemaine on faiſoit deux repas. S’il arrivait une Fête le Mercredi ou le Vendredi, pendant cet intervalle, le Supérieur pouvoit permettre l‘uſage de la viande. En Carême, on jeûnoit juſqu’à Vêpres, excepté les Dimanches, & il n‘étoit permis à perſonne de manger hors du Cloître, pas même dans les Abbayes de la Ville, ſi ce n’eſt à ceux qui, étant éloignés, ne pouvoient revenir à l’heure pour prendre leur repas avec les Freres. » (Chapitre 20) (1)

« Aux principales Fêtes de l’année, nommément à Noël & à Pâque, l’Evêque donnoit à manger aux Chanoines dans ſa maiſon épiſcopale. En d’autres Fêtes, comme à l’Epiphanie, à la
mi-Pâque & Pâque clos, à l’Aſcenſion, à la Pentecôte & le jour de la naiſſance de l’Evêque, il leur donnoit à manger au Réfectoire à l’heure de Sexte. Il y avoit auſſi certaines Fêtes, où le re­pas étoit à la charge de l’Archidiacre ou de celui qui le représentait. »
(Chapitre 30) (2)

 

Au cours de la journée, les chanoines, s’ils disposaient de temps libre, se rendaient dans une pièce où ils avaient la possibilité de se désaltérer, entre autres…

Le Poêle

 

Il s’agit en fait du chauffoir "endroit d'un monastère, d'un hospice où l'on vient pour se chauffer." (3)

 

« Le poêle – si nous nous référons à Auguste Prost – « était un lieu où les chanoines pouvaient se réunir, à ce qu’il semble, et où ils venaient, s’ils en éprouvaient le besoin, boire deux ou trois fois sans excès, en dehors des heures de réfectoire. » (4)

 

Quant à "sans excès", la Règle précise :

 

« et ebrietas non dominetur… » (Chapitre 30)

 

   En clair, la Règle demandait aux Chanoines d’éviter l’état d’ébriété.

Comme tout un chacun, leur journée terminée, les chanoines se mettaient au lit.

Le Dortoir

 

« Tous coucheront dans des dortoirs communs, mais en des lits séparés, & logeront dans un Cloî­tre exactement fermé, où nulle femme ni aucun laïc ne pourront entrer ſans la permiſſion de l’Evêque, ou de l’Archidiacre, ou du Primicier. » (5)

 

Les chanoines ne pouvaient pas se permettre de coucher à l’extérieur :

 

« Les Chanoines avoient la liberté de ſortir de la clôture pendant le jour ; mais tous devoient, à l’entrée de la nuit, ſe rendre à l’Egliſe de S. Etienne, c’eſt-à-dire, à la Cathédrale contiguë au Cloître, pour chanter Complies, après leſquelles il n’étoit plus permis de boire, de manger, ni de parler : le ſilence devant être gardé juſqu’au lendemain après l’Office de Prime. Celui qui ne s’étoit pas trouvé à Complies ne pouvoit rentrer, ni même frapper à la porte, juſqu’à ce que l’on vint aux Noctuurnes, c’est-à-dire là l’Office de nuit (Office auquel le Peupleaſſiſtoit alors).

  L’Archidiacre, le Princier, ni le Portier, ne pouvoient donner aucune diſpence de cette Regle, à moins qu’ils ne fuſſent en état de rendre compte à l’Evêque pourquoi ils l’avoient accordée. S’il arrivoit qu’un Clerc eut couché dans la Ville, on ſe contentoit, pour la premiere fois, de l’en re­prendre de paroles ; s’il récidivoit, il étoit mis en pénitence au pain & à l’eau le même jour ; & enfin, s’il ne ſe corrigeoit point, on lui impoſoit quelque pénitence plus forte ou on l’excommunioit (ce qui, ſans doute, doit s’entendre de l’excommunication reguliere, qui prive le Chanoine ou le Religieux de la Compagnie de ſes Frères au Chœur & au Réfectoire). » (1)

 

L'évêque, dans la Règle, dispensait certains chanoines du dortoir.

Les Chambres particulières

 

« On prenoit un grand ſoin des Chanoines malades ; s’ils n’avoient pas de leur patrimoine ou de bénéfices particuliers ce qui leur étoit néceſſaire en cet état. Ils avoient un logement ſéparé un Clerc chargé de les soulager. »(2)

 

« Défense aux Chanoines de donner à manger ou à boire à d’autres Clercs ou à des Laïcs dans le logement qui leur eſt deſtiné dans l’intérieur du Cloître, ni de les y laiſſer coucher, ſi ce n’eſt que ces Clercs ou Laics ſervent quelques Anciens par ordre de l’Evêque. »  (3)

 

« Des chambres distinctes, mansiones, se trouvaient dans des conditions diverses au dedans de la clôture, mansiones intra claustra. Telles étaient celles notamment affectées aux gardiens des trois églises de St Etienne, de St Pierre et de Ste Marie, infra domum. Ces gardiens devaient cou­cher, est-il dit, soit dans ces églises, soit dans des chambres qui les avoisinaient. Cette alterna­tive ou opposition montre que ces chambres, qui n’étaient pas comme on le voit dans les trois églises, étaient nécessairement dans la clôture. Il est parlé dans les mêmes termes des chambres particulières, mansiones, destinées aux malades ; mais ce qui nous semble surtout intéressant, c’est la mention des chambres habitées séparément par les chanoines auxquels l’évêque accor­dait exceptionnellement cette faveur. Il leur était naturellement défendu d’y introduire des étran­gers. Ils étaient de plus tenus d’y observer le silence pendant la nuit, de telle sorte, est-il dit, que le bruit de leur voix ne fût pas entendu de leur chambre dans la chambre voisine ; par où l’on voit que ces chambres étaient vraisemblablement disposées régulièrement les unes à côté des autres.

  La jouissance de ces chambres séparées, mansiones, de la seule volonté de l’évêque, et qui doit être, on peut le croire, très recherché, il n’y a pas de doute que les intéressés n’aient rien négligé pour étendre cet usage, et pour en développer l’application. On sait d’un autre côté que la vie commune et la clôture n’ont pas duré toujours pour les chanoines de la cathédrale, et qu’ils fini­rent même par avoir chacun une maison, et par occuper ainsi des demeures particulières plus ou moins considérables dans la ville, sans qu’on connaisse aucune mesure prise expressément pour l’introduction de ce régime nouveau, à un moment quelconque. Ce grave changement pourrait bien être simplement le résultat de modifications graduelles insensiblement apportées aux dispo­sitions premières, pour ce qui concerne l’habitation. Les développements donnés à l’usage des chambres distinctes, mansiones, peuvent avoir été un acheminement vers la situation dans la­quelle on voit finalement les membres du chapitre occuper individuellement, en dernier lieu, les grands hôtels qui ont subsisté avec cette destination jusqu’à la fin du XVIIIme siècle, dans la ville… » (4)

« Les chambres, mansiones, dont il est question dans la règle de Chrodegang, étaient originaire­ment peu nombreuses selon toute apparence, et nécessairement comprises, cela est dit formelle­ment, dans la clôture. Mais l’espace en dedans de celle-ci était limité, et lorsque, en multipliant comme on dut y être graduellement entraîné ces installations particulières, on eut occupé cet es­pace tout entier, il fallut un jour se décider à en sortir. » (5)

 

En quittant leur dortoir, leurs chambres, la clôture pour s’installer commodément en ville, les cha­noines se détourneront de leur devoir religieux, de leur devoir de charité et s’attireront le mépris, voire la haine de leur prochain ; haine que traduit, avec outrance, ce passage de la lettre qu’adresse François Mallarmé, représentant du peuple dans les départements de la Meuse et de la Moselle, pour l’organisation du gouvernement révolutionnaire, aux Corps administratifs, aux Sociétés populaires, aux autorités révolutionnaires ainsi qu’aux citoyens de ces deux départements :

 

« ….. l’autre, chanoine indolent, nourrissait dans l’oisiveté sa vaste corpulence….. »

 

  Abandonnons les chanoines à leur indolence pour nous intéresser aux écoles du Chapitre.



(1) Histoire de Metz, par les Bénédictins

(1) "Histoire de Metz", par les Bénédictins

(2) ibidem

(3) Littré

(4) "La cathédrale de Metz », par Auguste Prost

(5) "Histoire de Metz", par les Bénédictins

(1) "Histoire de Metz", par les Bénédictins

(2) ibidem

(3) ibidem

(4) "La Cathédrale de Metz ",par Auguste Prost

(5) ibidem

 

 

 

Les Écoles

 

Dans son œuvre précitée, Auguste Prost ne trouve les écoles dans les dépendances de l'enclos ca­nonial qu'à partir du XIIe siècle :

 

« Les écoles, scolae, sont au XIIme siècle, dans les dépendances du cloître, une chose toute nou­velle par rapport à ce que nous avons trouvé exister au VIIIme siècle dans ces conditions. Nous ne connaissons du reste de ce qui les concerne que leur emplacement. Il serait bien intéressant de savoir ce qu'on y enseignait et à qui l'on y enseignait. Le Cérémonial ne nous apprend rien à cet égard.

   Les écoles donnaient sur la branche occidentale du cloître, vis-à-vis la place occupée de l'autre côté, sur la branche orientale, par le réfectoire. C'est ce qui résulte du rapprochement qu'on peut faire des itinéraires de processions à travers le cloître, pour se rendre à St Pierre le vieux ou re­venir de cette église qui, le long de la branche septentrionale de celui-ci, en occupait la partie extrême. Le parcours de ces processions est indiqué tantôt comme passant devant le réfectoire, per ante refectorium, tantôt comme passant devant les écoles, per ante scolas. L'alternative ainsi posée ne permet aucun doute sur la position relative du réfectoire et des écoles. Ces deux dépendances du cloître se faisaient face dans les deux grandes branches orientale et occidentale de ce cloître. Le réfectoire donnant comme nous l'avons montré sur la première, les écoles de­vaient régner nécessairement sur l'autre, c'est-à-dire occuper l'espace compris entre le cloître et les édifices de la cathédrale. Nous savons ainsi où étaient au XIIme siècle les écoles du cloître ; mais c'est tout ce que nous en savons. » (1)

 

En consultant Jean Faviès, ce dernier nous apprend :

 

« Dispensant l'enseignement en Occident, les écoles médiévales sont nées de l'obligation faite par Charlemagne, en 789, à tous les évêques et abbés d'ouvrir à l'ombre de leur église ou monastère une école où seraient poursuivies des études conduisant à une meilleure connaissance de la Bible et des Pères, ainsi qu'à une plus large diffusion des moyens élémentaires de l'administration. Dans l'esprit de Charlemagne et de son entourage (Alcuin, Théodulfe, …), il s'agissait aussi d'as­surer l'unité du royaume franc et de la chrétienté occidentale par l'unité de la culture et des ri­tes ». (2)

 

   Et Metz disposait donc d'une école épiscopale, dès la fin du VIIIe siècle, comme nous le confir­ment les Bénédictins :




(1) "La Cathédrale de Metz", par Auguste Prost

(2)   "Les Écoles médiévales" - Encyclopædia Universalis

 

« Metz fut une des premieres Villes où l'on ſeconda les louables intentions de Charlemagne. Nous verrons dans la ſuite combien fut célebre l'Ecole de la Cathédrale ſous l'Evêque Drogon : celle de Gorze durant pluſieurs ſiècles ; celle de S. Arnoul ſous l'abbé Jean I du nom ; celle de S. Vincent ſous Sigebert de Gemblours. » (3)

 

Si Auguste Prost ignore l'enseignement donné dans ces écoles, les Bénédictins nous informent que, du temps de Drogon (IXe siècle), on n'y cultivait "que des sciences utiles" ainsi que le "Chant Ro­main" :

 

«Mais quelques grandes que fuſſent ſes occupations à la Cour, jamais elles ne lui firent perdre de vue le gouvernement de ſon Diocèſe. Sous ſon épiſcopat les Ecoles de Metz furent très-brillantes ; auſſi lui confia-t-on le jeune Peppin, petit-fils de Louis-le-Débonnaire, pour le former dans les Lettres : d’où Réginon conclut, avec raiſon, que les Arts Libéraux fleuriſſoient alors dans cette Ville. On doit même ajouter, à la louange de Drogon, qu’il ne permit d’y cultiver que des ſcien­ces utiles & ſolides : ce qui n’étoit pas peu de choſe dans un tems où l’Aſtrologie Judiciaire étoit fort à la mode. 

Le Chant Romain fit ſous lui de grands progrés, que non ſeulement il ſe répandit par ſon moyen dans toute la France, mais même qu’il prit le nom de Chant Meſſin, genre de réputation que l’Eglise de Metz ſ’eſt confervée durant pluſieurs ſiècles, juſques-là que les premiers Peres de l’Ordre de Citeaux, dit S. Bernard, voulant établir dans leur Congrégation la méthode la plus exacte pour chanter les louanges de Dieu, eurent recours à l’Egliſe de Metz. » (1)

 

Ces mêmes Bénédictins nous définissent la fonction du "directeur des études" :

 

« L'Ecolâtre est le premier des Officiers de la Cathédrale de Metz. La nomination en appartient au chapitre dans ſes mois. Elle ſe fait non en corps, mais comme celle aux canonicats, aux cures, & à quelques chapelles, par le Chanoine tournaire. Cet officier a place au chœur à la droite après l'Archidiacre de Vic. Sa manſe eſt ſéparée de celle du chapitre. Il a une inſpection générale ſur toutes les écoles de la ville, mais ſubordonnée à la juridiction épiſcopale.» (2)

 

Grâce à une "toiture défectueuse", nous savons que le bâtiment des écoles abritait la bibliothèque ainsi que le bureau des contrôleurs des comptes :

 

« 




(3) "Histoire de Metz", par les Bénédictins

(1) "Histoire de Metz" , par les Bénédictins

(2) ibidem

(3) "Études sur la Cathédrale de Metz", par Mgr J.-B. Pelt

(4) ibidem

« 1535, 3 juillet.- Toitures défectueuses.

A esté dit que le toict sur la fabrique de l’église sen vait à ruyne et guste l’escolle et la librairie et controlle (a) par neges quant elles habondent et grosses eauves. »

 

  1. Les écoles étaient dès le XIIe siècle au cloître, dans la branche qui longeait la cathédrale.

    La librairie ou bibliothèque et le contrôle, c’est-à-dire le bureau des huit contrôleurs chargés de vérifier les comptes, se trouvaient encore à la fin du XVIIIe siècle, à l’extrémité nord de cette même branche du cloître. » (3)

     

    Au XVIe siècle, "plusieurs choses deshonnestes et malséantes… se commettent tant à l’école qu'au cloistre"  :

     

    « 1571, 20 juin.- Entrée de l’école du chapitre au cloître.

    Pour obvier à plusieurs choses deshonnestes et malséantes qui journellement se commettent tant à l’école qu’au cloistre par soldatz et aultres manieres de gens qui y entrent à toute heure du jour, messieurs ont conclud que dores en avant la porte proche Saint Pierre le vieux sera fermée à la clef et ne sera commune sinon à monsieur le princier et à ses gens qui en auront la clef. Et pour l’entrée des escaliers, elle se fera à la ruelle entre l’église de St Pierre aux Images et le lo­gis Droinory le marchant. Et pour ce les sieurs maisonniers avecques monsieur Benfiny sont commis pour y vacquer. » (4)

     



(3) "Études sur la Cathédrale de Metz", par Mgr J.-B. Pelt

(4) ibidem

Grâce à une "toiture défectueuse", nous savons que le bâtiment des écoles abritait la bibliothèque ainsi que le bureau des contrôleurs des comptes :

 

« 1535, 3 juillet.- Toitures défectueuses.

A esté dit que le toict sur la fabrique de l’église sen vait à ruyne et guste l’escolle et la librairie et controlle (a) par neges quant elles habondent et grosses eauves. »

 

  1. Les écoles étaient dès le XIIe siècle au cloître, dans la branche qui longeait la cathédrale.

    La librairie ou bibliothèque et le contrôle, c’est-à-dire le bureau des huit contrôleurs chargés de vérifier les comptes, se trouvaient encore à la fin du XVIIIe siècle, à l’extrémité nord de cette même branche du cloître. » (3)

     

    Au XVIe siècle, "plusieurs choses deshonnestes et malséantes… se commettent tant à l’école qu'au cloistre"  :

     

    « 1571, 20 juin.- Entrée de l’école du chapitre au cloître.

    Pour obvier à plusieurs choses deshonnestes et malséantes qui journellement se commettent tant à l’école qu’au cloistre par soldatz et aultres manieres de gens qui y entrent à toute heure du jour, messieurs ont conclud que dores en avant la porte proche Saint Pierre le vieux sera fermée à la clef et ne sera commune sinon à monsieur le princier et à ses gens qui en auront la clef. Et pour l’entrée des escaliers, elle se fera à la ruelle entre l’église de St Pierre aux Images et le lo­gis Droinory le marchant. Et pour ce les sieurs maisonniers avecques monsieur Benfiny sont commis pour y vacquer. » (4)

     

    Abandonnons ce lieu d’infamie pour nous rendre au Chapitre



(3) "Études sur la Cathédrale de Metz", par Mgr J.-B. Pelt

(4) ibidem

Le Chapitre ou la Salle Capitulaire

 

Auguste Prost nous apprend :

 

« … que la règle ne mentionne aucun lieu qualifié capitulum, spécialement affecté aux réunions du chapitre. Elle met au contraire en regard, dans un de ses articles, le 21me, le cloître où se te­naient, à une place indéterminée ce semble, ces réunions du chapitre, et le réfectoire bien déterminé expressément, consacré aux repas.

De là on peut inférer que dans la clôture du VIIIme siècle il n’y avait pas de lieu qualifié capitu­lum destiné spécialement à la tenue des chapitres. (5)

 

Toutefois, s’il n’y avait pas de lieu… spécialement affecté aux réunions du Chapitre, l’article 20 de la Règle précise que :

 

« Ils (les chanoines) s’occupoient à la lecture depuis Prime juſqu’à Tierce, & après Tierce ils te­noient Chapitre. » (1)

 

Toujours en compagnie d’Auguste Prost, intéressons-nous à ce lieu où se tenait habituellement le Chapitre :

 

« Le chapitre, capitulum. Dans la clôture du VIIIme siècle il n’existait pas, comme nous l’avons dit, de salle capitulaire. Les assemblées du chapitre se tenaient alors dans le cloître, à une place indéterminée, à ce qu’il semble. Au XIIme siècle, les choses ont quelque peu changé, par suite d’une simple modification paraît-il des usages originaires. Il existe à cette date une salle capi­tulaire ; mais celle-ci n’est autre chose qu’une des branches du cloître, la branche méridionale, le long de St Pierre le majeur. Il résulte de là que, jusqu’à un certain point, on tenait alors cha­pitre comme au VIIIme siècle dans le cloître, in claustro, ubi clerus ad capitulum venit. Cette singulière installation de la salle capitulaire dans une des branches du cloître est parfaitement d’accord avec la manière dont il est parlé de cette salle dans le Cérémonial, quand il est ques­tion des processions qui se faisaient autour du cloître, en passant successivement à travers le chapitre, per capitulum, per medium capitulum, puis par devant le réfectoire, et par devant les écoles, per ante refectorium, per ante scolas.

La branche du cloître consacrée au XIIme siècle aux assemblées capitulaires était-elle pourvue de portes qui, sans interdire la circulation dans le cloître, permissent de fermer ce lieu de réunion pendant la tenue de ces assemblées ? Cela est probable. Il est en tout cas certain qu’il en était ainsi au XIVme siècle, comme le prouve le document de 1368 que nous avons cité tout à l’heure. Cette pièce mentionne les deux portes du grand chapitre, l’une près de celle du cloître, voisine de St Pierre aux Images ou St Pierre le majeur, l’autre près du réfectoire et de la porte du cloître ouvrant du côté de St Gorgon. Ce qu’on sait du réfectoire donnant sur la branche orientale du cloître, et de St Pierre le majeur qui en longeait la branche méridionale, montre que c’était cette branche méridionale du cloître qui, au XVI me siècle, et selon toute vraisemblance, dès le XIIme siècle, servait de salle capitulaire, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure.

Nous trouvons encore dans le Cérémonial quelques notions à ajouter aux précédentes, touchant la salle du chapitre. Il s’y trouvait une place fixe destinée au lecteur, lector sedens in loco suo, avec un pupitre soutenu par une colonne ; d’où l’expression legere super columpnam, appli­quée à la fonction du lecteur dans le chapitre. On y usait aussi quelquefois de pupitre mobile, pulpitum etiam conpertum feratur.

On se rendait au chapitre tous les dimanches, dit le Cérémonial du XIIme siècle. Il y était donné connaissance des indications chronologiques fournies par le calendrier, et des morts advenues depuis la dernière réunion ; on y faisait des lectures pieuses, et on y récitait la Règle ; on y dési­gnait l’ebdomadaire, le diacre et le sous-diacre de semaine ; on y faisait les admonitions ; on y délibérait enfin sur les affaires du chapitre et on finissait par le chant du De profundis.

Pendant la séance on y apportait, dans certaines circonstances, le vin aux chanoines et au lec­teur. Le Jeudi saint, on faisait dans la salle du chapitre la cérémonie du lavement des pieds des chanoines. Celui des pauvres se faisait dans le réfectoire.

Nous ne savons pas si, dès le XII me siècle, existait un usage singulier dont on ne connaît pas l’origine et dont il nous reste à dire deux mots, à propos de la salle du chapitre. Au XIII me siè­cle et jusqu’en 1315, les magistrats de la cité y rendaient la justice. A cette date de 1315, par un accord intervenu entre le chapitre de la cathédrale et la Cité, celle-ci renonce à l’usage immé­morial, est-il dit, de tenir dans le cloître, les audiences, ce qu’on appelait tenir clostre, pour y chanteir droit, oyr les ajornels, faire leire les bans.

Pour s’affranchir de cette sujétion, le chapitre cède en vertu de ces arrangements une maison du voisinage, où l’on bâtit alors le palais de la cité, le Palais qui remanié à diverses époque a duré jusqu’au XVIII me siècle. La suite de l’acte de 1315 prouve que, sous le titre général du cloître, c’est en particulier de la salle du chapitre qu’il y est question. Il est spécifié que, pour empêcher qu’on y pénètre, les chanoines de la cathédrale pourront dorénavant le clore, en élevant est-il dit un mur depuis l’entrée de cette salle jusqu’aux deux piliers qui sont au "chief du dit chapitre par devers l’église Saint Gorgon". Ceci est bien d'accord avec les indications fournies par le titre de 1368 qui met l'entrée du chapitre près de celle de St Pierre le majeur, et signale vers St Gorgon, avec une seconde porte du côté du réfectoire, la partie opposée de cette salle, son chief ou chevet, comme il est dit dans la pièce de 1315. La forme du chevet fermé s'accentuant formellement à cette extrémité de la salle du chapitre permit d'y installer ultérieurement un vé­ritable sanctuaire, la chapelle Notre-Dame de Lorette ou des Foës. C'est dans cette condition qu'elle est figurée en coupe en bas de la planche XXV jointe par les Bénédictins au tome I de leur histoire de Metz.

Il n'est fait dans le cérémonial du XII me siècle aucune mention de la tenue ordinaire des audiences de justice dans la salle du chapitre. Nous ne trouvons dans ce document qu'un passage qu'on puisse rapprocher de ce fait, sans qu'il le concerne cependant. C'est un texte où il est question de ceux sur qui la justice a mis le ban, et dont les noms sont proclamés dans l'église de St Pierre (le majeur ?) en présence d'un échevin du palais. » (1)

 

À un moment donné, la chapelle Notre-Dame de Lorette succède à la salle capitulaire :

 

« Au milieu du XVIII me siècle, à la veille de sa destruction, le cloître de la cathédrale, formant un carré allongé passablement irrégulier, était composé de quatre galeries dont trois seulement étaient librement praticables ; l’une d’elles, la galerie méridionale étant occupée par la chapelle de Notre-Dame de Lorette ou des Foës, qui avait remplacé en ce lieu l’ancienne salle du chapi­tre. » (2)

 

Auguste Prost ignore la date de l’institution de cette chapelle :

 

« Nous n’avons trouvé nulle part la date de l’institution de cette chapelle de Notre-Dame de Lo­rette, dans le lieu même qui servait jadis de salle capitulaire au chapitre de la cathédrale. » (3)

 

Mgr Pelt vient à notre secours, aussi laissons-lui la parole :

 

« 1533, 13 août. Gilles Foës a l’intention de convertir en chapelle dédiée à Notre-Dame de Lo­rette la salle capitulaire du cloître. Hugues Matthié s’y oppose, parce que son oncle, Jean Char­delli, a déjà fait orner cette salle d’une image de Notre-Dame et y a fondé le chant d’une an­tienne aux cinq fêtes de la Vierge. Le chapitre cherchera un accord.

 

"Quant à l’érection d’aultel sub invocations Beate Marie de Lorecto et lieu de dévotion, que sieur E. Foës a commencé on cloistre de ceste église, où on liet par chacune feste de double le martilogue (le martyrologe), espé­rans le poursuyre et mener à fin et le fonder, et que néantmoins sieur messire Hugue Mathie, chantre, prétendans iceluy lieu premierrement avoir esté mélioré par son feu oncle Chardelli, et dont y a fundation d’une antienne par chascune des 5 festes ladite benoitte Dame par devant une aultre image de icelle, illecques mise par ledit feu Chardelli, et que ledit sieur chantre ne veult souffrir estre transporté hors du lieu où elle estoit, suppliant y avoir regard, que le cas fut mieulx ordonné pour plus grant devotion, messieurs, après le cas discuté, sont d’adviz y observer la fundation dudit feu Chardelliy, sans néantmoins nuyre a l’intention dudit sieur E . Foës, et y ordonner par l’adviz et accorder des parties, en sorte que l’ordre sera louable et en dévotion." » (4)

 

Quant à la date de l’institution de la chapelle, restons en compagnie du même auteur :

 

« 1533, 6 septembre.- Gilles Foës invite ses confrères à assister à la consécration de sa chapelle en l’honneur de Notre-Dame de Lorette, qui aura lieu le jour de la Nativité de la Vierge
(8 septembre). Il aura sa vie durant l’administration de cette chapelle.

 

"Sieur Egid Foes, allegans le commencement de son aultel, qu'il a fa ériger on cloistre a l'honneur de la Vierge de Loreta, et disans qu'il est d'intention avec l'aide du Créateur d'y lasser et la doter de la pluspart de ses biens, prie tous messieurs ad ce que leur plaisir soit l'assister a la bénédiction, consécration et dédicace de sadite chappelle, que se fera die Nativitatis ciiusdem Virginis proxime futura meymement il prie au disné tous mesdits sieurs. Encor prie durant sa vie avoir l'administration et gouvernement des oblations et de tous aultres biens d'icelle chappelle, offrans d'en rendre bon compte a chapitre par chascun an. Sur Quoy mesdits sieurs, considé­rans sa bonne intention, annueront unanimes eius voto et petitioni consenserunt in omnibus et qu'il y met ung troncq, dont arra l'adminis­tration." » (1)

 

Avec la disparition de la salle capitulaire et son remplacement par la chapelle des Foës, nous avons anticipé sur le chapitre suivant : Les Édifices religieux, qui appartenaient au Chapitre cathé­dral et qui se situaient dans l’enclos canonial.

Le fait que la salle capitulaire occupait l’aile sud du cloître n’est nullement particulier à Metz. Rendons-nous à Cluny : le cloître qui se situait sur le flanc gauche de la deuxième abbatiale (Cluny II ou Saint-Pierre-le-Vieux - fin du 10me siècle), abritait dans son aile orientale la salle capitulaire.

Si Auguste Prost nous apprend, et ce grâce à un document de 1368, que le "grand chapitre" pos­sédait deux portes, nous pouvons affirmer au vu d'un document du 24 décembre 1367, que la galerie sud de notre cloître était vitrée :

 

« 1367, 24 décembre. – Le coûtre Foulques Bertrand et Jean de Saint-Maurice sont désignés pour examiner à qui incombe la réfection des ferrures des portes de Notre-Dame, ainsi que des fenêtres de la crypte et de la salle capitulaire.

 

"Li coustres et li sieur Morisse sont pris par chapitre pour enquérir et raporteir, qui doit refaire les ferrures et les serres et clefs des huixes de Nostre-Dame et des fenestres des crotes, et chapitre doit faire accomplir ceu qu'il en raporteront." » (2)

 

Avant de nous intéresse aux édifices religieux, reve­nons à Auguste Prost qui applique à la salle capitulaire le terme de "grand chapitre " : effectivement il existait dans la cathédrale, derrière l’autel de saint Nicolas, le  "petit chapitre".



(5) "La Cathédrale de Metz", par Auguste Prost

 

(1) "Histoire de Metz" , par les Bénédictins

 

(1) "La Cathédrale de Metz", par Auguste Prost

(2) ibidem

(3) ibidem

(4) "Études sur la Cathédrale de Metz", par Mgr J.-B. Pelt

 

(1) "Études sur la Cathédrale de Metz", par Mgr J.-B. Pelt

(2) ibidem

Hors-texte / Portrait d'un chanoine (Jean Quartenoud / www.co-jolimont.ch)

Les Édifices Religieux (Fig. N° 53)

 Au nombre de trois :

  • La collégiale Saint-Paul ;
  • l'église Saint-Pierre-le-Vieux ;
  • la chapelle Notre-Dame de Lorette (voir chapitre précédent).

.

Fig. N° 53 Edifices religieux du Chapitre
La Collégiale Saint-Paul (Fig. N° 54)

 

Le chapitre 31 de la Règle précise que :

 

« Chrodegang n’avoit pas engagé les Clercs de ſa Communauté à une pauvreté abſolue, mais il or­donna que ceux qui y entreroient fiſſent une dona­tion ſolemnelle de tous leurs biens à l’Egliſe de S Paul, c’eſt-à-dire, au Chapitre, leur permettant toutefois de ſ’en réſerver l’uſufruit & de diſposer de leurs meubles pendant leur vie. » (1)



(1) "Histoire de Metz" par les Bénédictins

Fig. N° 54 Coupe de Saint-Paul et des Foës (Études sur la Cathédrale de Metz)

« Dès les premières années de ſon pontificat, il fonda, dit Paul Diacre, deux Monaſteres, l’un dédié à

S. Pierre, dans la Paroiſſe de S. Etienne, ſituée dans le Pays de Moſelle, l’autre, nommé Gorze, dans le Scar­ponnois. Il les dota de biens conſidérables, & y mit des Moines qui pratiquoient la Regle de S. Be­noît ; mais autant le ſecond eſt connu dans l’Hiſtoire, autant eſt-il peu parlé du premier, du moins ſous cette dénomination.

Quelques-uns pensent que ce Monaſtere de S. Pierre eſt le même que celui de S. Avold, fondé par S. Fridolin, rebâti par S. Sigebaud & augmenté par Chrodegang, mais nous ne voyons dans aucun monument que S. Avold ait porté le nom de S. Pierre ; il faut donc cher­cher ce dernier ailleurs.

Philippe de Vigneules, Dom Deſcrochets, connu par ſes Mémoires imprimés dans la Gaule Chrétienne de MM. de Sainte-Marthe, & le P. Benoît Piquart croient, avec aſſez de vraiſemblance, que ce riche Monaſtere n’eſt autre que celui que Chrodegang conſtruiſit pour ſes Chanoines, auprès de la Cathédrale, & dont l’Egliſe, connue ſous le nom de S. Pierre le Vieux, a ſubſiſté juſqu’à nos jours. Sans cela il faut avouer que l’on ignore abſolument où étoit ſitué le Monaſtere de S. Pierre, fondé par Chrodegang.

Il est vrai que Paul Diacre, en parlant de ceux qui l’habitoient, les appelle Moines, & qu’ils vivoient ſelon la Regle de S. Benoît ; d’où Philippe de Vigneules & quelques autres Ecrivains concluent qu’il y avoit originairement des Bénédictins ; mais les termes de Moines & de Monaſtere doivent ici ſe prendre dans un ſens plus étendu, & ſ‘entendre de Chanoines vivans en commun & pratiquans une Regle tirée, pour la plus grande partie, de celle de S. Benoît.

En effet, Chrodegand, dans le deſſein de faire ſuivre à ſon Clergé la vie commune, pratiquée par les premiers Fideles, & voulant rétablir dans toute ſa pureté l’ancienne diſcipline de l’Egliſe, mit les Chanoines & les Clercs en Communauté, leur donna une Regle, & les obligea à vivre dans un Cloître comme des Cénobites. C’eſt pourquoi il eut ſoin que tous les lieux réguliers, qui ſe voient aujourd’hui dans les Maiſons Religieuſes, ſe trouvaſſent dans celle qu’il fit bâtir pour eux auprès de ſon Egliſe Cathédrale. Il y ajouta deux Egliſes, celle de S. Pierre-le-Vieux, appellée par cor­ruption S. Pierre-le-Vif, & celle de S. Paul. La premiere étoit ſur le côté Septentrional du Cloître, & régnoit ſur la moitié de ſa longueur : la ſeconde fermait ſeule l’aile du côté opposé. Quoique de nos jours elle fût double, nous préſumons que la partie inférieure convertie en une Chapelle, dédiée ſous l’invocation de Notre-Dame de Lorette & connue depuis ſous le nom de Chapelle des Foës, étoit originairement le Chapitre, au deſſus duquel & au niveau du dortoir étoit l’Egliſe de S. Paul. Comme ces deux Egliſes de S. Pierre-le-Vieux & de S. Paul étoient dans l’intérieur du Monaſtere, l’entrée en étoit interdite aux femmes. » (1)

 

 

 

Roch-Stéphane Bour nous décrit son emplacement et nous relate son histoire :

 « 1° - Emplacement.- Cette chapelle, à une nef et avec l’entrée du côté de la cathédrale, longeait le petit   côté septentrional du cloître. À sa place s’élève en partie l’ancien corps de garde.

2° - Histoire.- L’origine de l’église est inconnue. La légende attestée au moins depuis les premiè­res années du XIVe siècle (1314) et reproduite ensuite par les chroniqueurs des XVe et XVIe siè­cles, par Meurisse, au XVIIe, en attribue la fondation à S. Clément. D’autres, en ont attribué la fondation à Chrodegang en expliquant dans ce sens un passage peu clair de Paul Diacre.

En réalité, S.-P. est antérieur à Chrodegang, antérieur même à S.-P.-le-Majeur qui remonte à la première moitié du VIIe siècle. Au XIIe siècle, il n’y avait qu’un autel à S.-P. Les procès-verbaux nous apprennent qu’il y en avait deux en 1584 qui ne faisaient que gêner (donc trois en tout). Aussi le princier d’alors, Antoine Fournier, propose au Chapitre de leur trouver ailleurs un meilleur emploi. L’église fut reconstruite à l’époque gothique (en 1314) ainsi que le prouvent et son plan et une inscription rapportée par Meurisse ; au témoignage de Baltus, elle était fort éle­vée et bien voûtée, mais elle fut rasée avec d’autres sanctuaires lors des travaux de 1754-1755.. » (2)

 Consultons, à présent, Auguste Prost :

 « Suivant Meurisse, qui attribue à Chrodegang la translation du siège épiscopal de St Pierre le vieux à St Etienne, ce prélat aurait à cette occasion reconstruit de fond en comble cette dernière église. Paul Diacre à peu près contemporain de Chrodegang ne dit rien de semblable, et rap­porte seulement à l’œuvre de ce prélat des travaux d’embellissement ou tout au plus de restaura­tion, rebam, altare, cancellos, presbyrerium, arcus que per gyrum. Reba et altare c’est le maître-autel avec l’édicule qui le recouvre, le ciborium. Cancellos ce sont les clôtures qui l’enveloppent. Presbyterium, arcus que per gyrum, c’est le chœur exclusivement réservé au clergé, l’abside des basiliques primitives, avec la décoration qui l’entoure. » (3)

 Poursuivons en compagnie du même auteur :

 « L’église de Saint-Pierre le vieux, sanctus Petrus senior, sanctus Petrus minor, est en communi­cation immédiate avec le cloître dont elle longe le petit côté septentrional. Des deux dénomina­tions que nous venons de signaler, la première est celle qui se présente le plus fréquemment dans le Cérémonial. Nous n’avons relevé dans ce document que deux exemples seulement de la se­conde, sanctus Petrus minor.

Elle est peu usitée et n’est appliquée à St Pierre le vieux que par opposition à celle qui désigne
St Pierre le majeur. Elle répond à la moindre importance constatée de ses édifices. Quant à la qualification de sanctus Petrus senior, elle indique l’antériorité bien établie d’origine de cette église par rapport à l’autre. Toutes deux existaient au VIIIme siècle comme nous l’avons dit, et dès cette époque les relations que nous indiquons entre elles étaient déjà reconnues, au témoignage de Paul Diacre et suivant les explications qu’y ajoute Jean de Gorze : basilica Sti Petri… quœ ideo major appellatur, quia in eodem claustro habetur ecclesia eidem sacrata, minoris et vetus­tioris manus. La dénomination de StPierre le vieux a toujours été réputée pour son antiquité. On a même prétendu qu’elle avait été bâtie par St Clément, et qu’elle avait possédé le siège épisco­pal de Metz, avant qu’il fût transféré à St Etienne. C’est là une pure légende, d’assez récente in­vention, et que rien ne justifie.



(2) "Les Eglises messines antérieures à l'An Mil", par Roch-Stéphane Bour

(3) "Histoire de la Cathédrale", par Auguste Prost

 

 Le Cérémonial du XIIme siècle ne nous fournit sur l’église de Saint-Pierre le vieux qu’un seul renseignement ; c’est qu’elle ne possédait alors qu’un autel unique dédié à Saint-Pierre son pa­tron.

Cette indication confirmerait jusqu’à un certain point l’idée qu’on peut se faire de son exiguïté. Nous ne savons pas si l’édifice du XIIme siècle était encore celui qu’avaient vu, au VIIIme et au Xme, Paul Diacre et Jean de Gorze ; mais ce dont nous sommes certains, c’est que cette église a dû être reconstruite ultérieurement dans le style ogival, telle que nous la montre pour l’époque où elle a été détruite au XVIIIme siècle le dessin donné par les Bénédictins. C’était alors, d’après ce dessin, une église voûtée de peu d’étendue, composée de trois travées seulement en avant du chœur. Elle avait été en effet réédifiée en 1314. » (1)




(1) "Histoire de la Cathédrale", par Auguste Prost

(2) ibidem

(3) "Études sur la Cathédrale de Metz", par Mgr. Jean-Baptiste Pelt

 

Et terminons avec le même auteur :

 

« Saint-Pierre le vieux est décrit par Baltus comme une très vieille église, fort élevée et bien voû­tée "terminée, dit-il,par une coquille formant sanctuaire." Ces données sont d'accord avec cel­les qui ressortent des croquis publiés par les Bénédictins au XVIIIe siècle où une coupe longitu­dinale indique pour St Pierre le vieux une nef ogivale entièrement voûtée, composée de trois tra­vées avec une abside pentagonale.

Baltus mentionne à son occasion comme n'existant plus de son temps, à ce qu'il semble, une ins­cription qui surmontait son entrée, et que cite Meurisse, à l'année 53 de l'abrégé chronologique placé en tête de son histoire des Evêques de Metz. Suivant cette inscription, l'église de St Pierre le vieux aurait été rebâtie en 1314 et enrichie de quelques donations par Goubers, doyen du Chapitre de la cathédrale. Nous signalerons en passant cette particularité, mentionnée encore par Baltus à propos de la même église, que en fouillant le sol après sa démolition on dé­couvrit en 1755, dans l'emplacement occupé par elle et par la branche voisine du cloître, une salle antique dont les murs étaient revêtus d'enduits peints, et dont le pavé était formé d'un car­relage de pierre noires et blanches, recouvrant un hypocauste bien conservé. » (2)

 

D'aucuns nous reprocheront de ne pas avoir parlé de la chapelle des Lorrains. Nous en laissons le soin à Mgr Jean-Baptiste Pelt :

 

« La Chapelle des Lorrains, dont les registres capitulaires ne font jamais mention, fut construite par la Ville en reconnaissance de l’échec infligé aux Lorrains qui, le 9 avril 1473, avaient essayé de s’emparer par surprise de la ville. Les plans furent dressés par maître Clausse de Ranconval, qui fit aussi des travaux à l’église Saint-Eucaire en 1474, et érigea quelque temps après le por­tail, encore existant, de l’hôpital Saint-Nicolas. La chapelle des Lorrains ou de la Victoire, dite aussi de la Miséricorde, fut consacrée, le 29 septembre 1478, par Didier Noêl, chanoine de la cathédrale, évêque de Panade, in partibus infidelium, suffragant de l’évêque Georges de Bade.

Cette chapelle construite, nous dit Baltus, "dans le goust gottique" était "proprement voutée". On l'appelait aussi "la chapelle de l'Hôtel de ville parce qu'on y célébroit la messe deux fois la semaine, les jours d'assemblée de Messieurs du Magistrat." (Baltus, 288). »(3) (Fig. N° 56)

 

 

 

Fig. N° 56 Portail de la chapelle des Lorrains (Études sur la Cathédrale de Metz)

Postface

 

Par cette étude, j'ai tenté de faire connaître et de faire revivre la ville sainte de notre cité dont l'existence remonte à la nuit des temps et qui disparaît au cours du Siècle des Lumières. Mais ce siècle en porte-t-il l'entière responsabilité ? Je ne le crois pas…

Dès le XIIme siècle, le chapitre cathédral n'assure plus son devoir de charité, après la "municipali­sation" de l'hospice Saint-Nicolas, et les fonds dont il disposait pour ce faire, les consacrait-il à l'AMDG (1) ? Oh ! que non ! Au XVIIIme siècle, les édifices religieux dont il avait la charge tom­baient en déshérence, mais il investissait ses fonds dans un patrimoine foncier qui, financièrement, lui rapportait plus qu'un investissement dans les édifices cultuels : l'économique primait sur le reli­gieux. En conséquence de quoi, l'administration royale ne fit que démolir des bâtiments vétustes, négligés par nos bons chanoines qui, et ce depuis le XIIme siècle, appliquaient une charité bien or­donnée qui commençait… et finissait par eux-mêmes.



(1) ad majorem Dei gloriam : pour la plus grande gloire de Dieu (devise des Jésuites)