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L'Histoire sous un autre Angle
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Page 29 Le Maréchal Philippe Pétain a t’il trahi la France à Montoire

Le maréchal Philippe Pétain a- t-il  trahi la France à Montoire ?

 

 

« Français, j'ai rencontré jeudi dernier le chancelier du Reich. Cette rencontre a suscité des espoirs et provoqué des inquié­tudes [...] Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le prin­cipe [...] Cette collaboration doit être sincère. »

Par ce discours aux Français le 30 octobre 1940, le maréchal Pétain faisait entrer son pays dans la voie de la collaboration. Montoire soulève deux questions : qui, de Pétain ou de 1 aval, a voulu la rencontre. Quelle fut sa portée concrète ?

Pierre Laval s'est attribué à mérite Montoire. Une rencontre au « sommet » lui apparaissait d'autant plus urgente qu'après les espoirs entretenus à l'occasion de ses entrevues avec Otto Abetz à Paris depuis l'été 1940, aucun résultat concret ne s'en était suivi ; l'étau de l'armistice ne s'était pas desserré, l'Alsace et la Lorraine mosellane avaient été annexées de fait. De son côté, Pétain, inquiet de l'activisme de son dauphin tout autant que du blocage dans les contacts franco-allemands, n'était pas resté inactif. Coup sur coup, en septembre, puis en octobre 1940, il avait mandaté à Berlin Georges Scapini (peu après nommé « ambas­sadeur » des prisonniers de guerre) et le colonel Fonck, sans succès. Dans le « montage » de l'opération, Laval apparaît toutefois comme le véritable metteur en scène. Informé par Abetz au dernier moment, il rencontre Hitler le 22 octobre dans la petite gare de Montoire. Arrivé à Vichy, il presse le Maréchal — non informé — de rencontrer à son tour le chance­lier le surlendemain 24. En dépit des réticences et résistances de l'entourage de Pétain pour le retenir, celui-ci se décide.

C'est sans Paul Baudoin, ministre en titre des Affaires étrangères, que Pétain et Laval quittent Vichy au matin du 24 octobre. La rencontre avec Hitler se déroule à Montoire entre 17 heures et 18 h 30.

On est ainsi en présence de deux Montoire, séparés par la rencontre, le 23 octobre, à Hendaye, entre Hitler et Franco. C'est le Führer qui a proposé à Laval le 22 d'avoir, le surlendemain, une entrevue avec Pétain. Seul Laval a participé aux deux réunions.

Le contenu des deux entrevues est connu avec beaucoup d'exactitude. La première a fait l'objet d'un procès-verbal de Paul Schmidt, l'interprète d'Hitler. La seconde est également connue par les souvenirs de Du Moulin de Labarthète, directeur du cabinet civil à qui Pétain a résumé l'entretien. Un « protocole final » a été rédigé par Abetz qui l'a publié en 1943 dans un mémorandum.

A leur lecture, Montoire frappe par la minceur de son contenu concret. Pour l'essentiel : conti­nuation du réarmement de l'empire en vue de sa défense, amélioration du modus vivendi franco-allemand sans collaboration militaire ; pas de fixation d'un statut des relations franco-allemandes avant la fin de la guerre ; participa­tion de la France à la « nouvelle Europe ».

Et pourtant, quelle postérité symbolique ! Pour les maréchalistes (ainsi Louis-Dominique Gérard), Montoire est demeuré un « Verdun diplomatique », Pétain sauvant la France une nouvelle fois en détournant Hitler de l'Afrique du Nord. Quant à la poignée de main de Montoire on sait sa valeur de charge contre le régime de Vichy : la « collaboration » était consacrée.

De Montoire, ne devaient sortir que des mesures symboliques : libération de quelques dizaines de milliers de prisonniers et la reconnaissance pour la France de sa qualité de puissance protectrice pour ses prisonniers. La délégation allemande de Wiesbaden ne céda rien de ses exigences. Jusqu'au bout, Laval se dira toujours convaincu (une ren­contre Laval-Ribbentrop était prévue pour le 22 décembre) que son renvoi, le 13 décembre 1940, avait ruiné d'immenses potentialités. De son côté, Pétain s'est rendu à Montoire  sans plan préconçu, dans un but avant tout exploratoire.

Montoire apparaît au fond comme un « coup » monté par Abetz, soucieux de créer un choc susceptible de faire basculer les rapports franco-allemands dans le sens d'une étroite collaboration. » (Dictionnaire historique de la France sous l’occupation)

 

 

Si nous nous en tenons à cet écrit ainsi qu’à ce document photographique, le maréchal Philippe Pétain a trahi la France. Mais, il y a un Mais…

Je considérais Montoire comme une revanche  de Verdun :

 

Un maréchal de France offrait sa collaboration à un caporal bohémien…

 

Mais que se passa-t-il, les 22, 23 et 24 octobre 1940 ? Il y eut une bataille diplomatique qui se tint, le 22 à Montoire, le 23 à Hendaye et, le 24 à Montoire, que j’appellerais :

 

Montoire, Hendaye, Montoire

A Montoire : Pierre Laval-Adolf Hitler, le 22 ;

à Hendaye : Francisco Franco-Adolf Hitler, le23 ;

à Montoire : Philippe Pétain et Pierre Laval-Adolf Hitler, le 24.

 

Nous disposons, à présent, d’un témoin de ces entrevues d’une très grande importance: Paul-Otto Schmidt, traducteur d’Adolf Hitler et des principaux hiérarques nazis que nous consultons, ci-après.

 

Montoire 22octobre 1940

 

« Nous fîmes un grand tour par Paris et arrivâmes le lendemain soir dans le centre de la France. Hitler y était également arrivé avec son train spécial. Il eut, dans son wagon-salon, un court entretien avec Lavai, alors vice-président du Conseil. C'était la première fois que j'avais à travailler pour celui-ci depuis les conversations de 1931 à la chancellerie de Berlin et celle de Cracovie en 1935. Il me salua très amicalement, éprouvant un soulagement manifeste en apercevant au moins un visage connu, et, dans le cours de son entretien avec Hitler, fit appel à mon témoignage pour démontrer que dès 1931 il s'efforçait d'opérer un rapprochement entre son pays et l'Allemagne. Dans cette conversation de Montoire qui se déroula dans une atmosphère assez amicale, en présence de Ribbentrop, il n'apparut aucun élément nouveau. Elle servit presque exclusivement à préparer une rencontre avec le maréchal Pétain qui eut lieu deux jours plus tard au même endroit. »

 

Hitler n’appréciait nullement Pierre Laval : l’entretien fut bref.

 

Pendant la guerre, j’habitais Villeurbanne et poursuivais mes études dans un séminaire. Pendant mes vacances scolaires, je m’occupais de jeunes ouvriers qui, comme Hitler, n’aimaient pas Pierre Laval et se moquaient de lui, en ces termes :

 

«  Quand Hitler dégueule Pierre l’avale… »

 

Rendons-nous à Hendaye, en compagnie de Paul-Otto Schmidt.

 

Hendaye 23 octobre 1940

 

« A la nuit venue, nous poursuivîmes notre route en direction de la frontière espagnole où les deux trains spéciaux arrivèrent le lendemain après-midi. Comme au Brenner, l'entrevue devait se dérouler dans le train, à l'intérieur du wagon-salon de Hitler, à la petite gare-frontière où j'étais passé officiellement pour la dernière fois en 1928, en me rendant avec Stresemann à Madrid, quand la Société des Nations s'y était réunie. Le train spécial de Franco, qui devait venir sur la voie parallèle à grand écartement des rails, comme en Espagne, avait une bonne heure de retard. Mais comme il faisait un soleil magnifique, les esprits n'en furent nullement abattus. Hitler et Ribbentrop restèrent à bavarder sur le quai.

« Nous ne pouvons remettre aux Espagnols aucun engagement écrit concernant des attributions de colonies françaises, dit le premier au second. S'ils recevaient le moindre bout de papier sur cette délicate question, les Français finiraient certainement par l'apprendre, étant donné l'indiscrétion bien connue des Latins. Puis, il énonça une raison intéressante : « Mais je veux essayer, dans l'entretien avec Pétain, de jeter les Français dans une guerre active contre l'Angleterre. Je ne peux donc exiger d'eux de semblables cessions de territoires, sans compter que, si un tel accord avec les Espagnols était connu, l'Empire français passe­rait probablement en bloc à de Gaulle. » Ces quelques phrases prononcées sur le quai de la gare d'Hendaye me montrèrent, mieux que de longs mémoires, tous les problèmes qu'allait com­porter la rencontre imminente des dictateurs, et me dévoilèrent une des raisons qui en causèrent l'échec.

Le train espagnol parut vers 15 heures sur le pont internatio­nal de la Bidassoa. Musique militaire, défilé devant la compagnie d'honneur, bref, cérémonial habituel d'une rencontre dictato­riale. Puis s'engagèrent aussitôt les conversations, si lourdes de conséquences, qui devaient mettre fin à la sympathie existant entre Hitler et Franco.

Celui-ci, petit et gros, la peau foncée, avec des yeux noirs très vifs, s'assit dans le wagon-salon allemand. Sur les images que j'avais vues de lui, il m'avait toujours paru plus grand et moins gros. Je me pris à penser que s'il portait un burnous, on le prendrait tout à fait pour un Arabe... Je fus également frappé par sa manière hésitante et réservée de parler et de discuter. Je compris bien vite qu'en négociateur prudent il ne tenait pas à se lier.

Hitler dépeignit tout d'abord la situation allemande sous les plus brillantes couleurs. « L'Angleterre est déjà définitivement vaincue, dit-il pour terminer la partie de son discours qui par­lait des chances de la victoire allemande. Tout simplement elle n'est pas encore disposée à reconnaître le fait. »

Puis il fut question de Gibraltar. Si les Anglais pouvaient en être chassés, la Méditerranée et l'Afrique leur seraient interdites.

   Hitler abattit alors son jeu. Il proposa à Franco de conclure une alliance immédiate et lui demanda d'entrer en guerre en 1941. Le 10 janvier, Gibraltar serait enlevé par les mêmes équipes spéciales qui s'étaient emparées du fort d'Eben-Emael, près de Liège, grâce à un procédé entièrement nouveau, dans un temps étonnamment court. Les méthodes d'attaque allemandes, où l'utilisation des angles morts jouait un rôle capital, avaient reçu entre-temps de tels perfectionnements techniques que le succès de l'opération ne pouvait être mis en doute. Comme je l'avais entendu dire, des détachements allemands s'entraînaient déjà dans le sud de la France à l'attaque de Gibraltar, sur un modèle exactement reconstitué.

Sans grands détours, Hitler offrit Gibraltar à l'Espagne ainsi que, par une formule vague, des territoires coloniaux en Afrique.

   Tout d'abord Franco resta silencieux. Il était tassé sur lui-même. Son visage impénétrable ne me permit pas de voir s'il était déconcerté par la proposition ou s'il préparait simple­ment sa réponse en toute tranquillité. Il accomplit alors une manoeuvre de dérobement, comme son confrère italien au début de la guerre. La situation alimentaire était très mauvaise en Espagne. Le pays avait besoin de blé : plus de 100 000 tonnes. L'Allemagne était-elle en état de les fournir demanda-t-il avec l'air, à ce qu'il me sembla, d'être aux aguets. L'Espagne avait également besoin d'armes modernes. De l'artillerie lourde était nécessaire contre Gibraltar. Franco énonça un nombre de canons très élevé qu'il désirait obtenir de l'Allemagne. En outre, il lui faudrait défendre sa longue ligne de côtes contre les attaques de la marine britannique. 11 manquait aussi d'artillerie anti­aérienne. Comment l'Espagne empêcherait-elle la capture des Canaries qui était à prévoir ? D'autre part, l'orgueil espagnol n'accepterait pas de se faire offrir Gibraltar en cadeau après sa conquête par des soldats étrangers. La forteresse devait être enlevée par l'armée ibérique elle-même.

En profane, je fus fort intéressé d'entendre Franco répliquer à une déclaration de Hitler qu'avec Gibraltar comme tête de pont, l'Afrique pouvait être débarrassée des Anglais grâce à des troupes blindées. « C'est très possible jusqu'à la bordure du grand désert, dit-il, mais l'Afrique centrale restera protégée par la ceinture désertique contre toutes les grandes attaques terrestres, exactement comme une île par la mer. J'ai beaucoup combattu en Afrique et j'en suis certain. »

Même l'espoir démesuré, presque poussé à la certitude, qu'avait Hitler de pouvoir vaincre l'Angleterre se vit mettre une sourdine. Franco pensait que les îles Britanniques pouvaient peut-être être conquises. Mais, dans ce cas, le gouvernement et la flotte poursuivraient la lutte à partir du Canada, avec l'appui américain.

Tandis que Franco continuait à parler d'une voix calme, douce, monotone et chantante, rappelant celle des muezzins, Hitler commença à devenir de plus en plus inquiet. L'entretien lui portait manifestement sur les nerfs. Il se leva même à un moment en déclarant qu'il était inutile de continuer à discuter, mais se rassit aussitôt et reprit ses tentatives pour faire changer d'avis Franco. Celui-ci se déclara prêt à conclure un traité, mais à des conditions telles relatives au ravitaillement, à l'armement ainsi qu'au moment de son intervention active que cet accord n'était plus qu'une façade derrière laquelle il n'y avait rien.

Les pourparlers furent interrompus. Ribbentrop et Stiller poursuivirent la conversation dans le train des Affaires étran­gères. Le pénétrant Espagnol, devenu dans l'intervalle ministre de la Politique extérieure, ne manqua pas de constater le chan­gement qui s'était produit dans l'attitude allemande, changement dont Hitler avait parlé à Ribbentrop sur le quai de la gare avant l'arrivée de Franco. « L'Espagne recevra des territoires de l'empire colonial français. » Telle était à peu près la for­mule qui avait été employée lors du voyage de Stifier à Berlin. « L'Espagne recevra des territoires de l'empire colonial français, dans la mesure où des compensations pourront être trouvées pour la France dans l'empire colonial britannique. » Telle fut la formule que Ribbentrop offrit comme concession ultime à la gare d'Hendaye. Avec sa logique impeccable, l'Espagnol rétor­qua que son pays pouvait ne rien recevoir du tout s'il n'était pas possible de trouver cette compensation pour les Français.

Un dîner fut offert dans le grand wagon-restaurant amené spécialement d'Allemagne et qui constituait avec sa longue table et son éclairage indirect une luxueuse salle à manger. Franco et Hitler exprimèrent le désir de partir aussitôt après, en laissant le soin aux deux ministres des Affaires étrangères de trou­ver une formule d'accord au cours de la nuit. Mais, après le dîner, les deux dictateurs voulurent s'entretenir encore une fois sérieusement au moment des adieux. Le départ des trains s'en trouva reculé de deux heures ; cependant Hitler et Franco ne parvinrent pas à rapprocher leurs vues. Bien au contraire, un refroidissement très sensible de leurs sentiments respectifs s'était produit.

Ribbentrop se chargea de démolir ce qui pouvait encore sub­sister de l'entente germano-espagnole. Il s'y employa de toutes ses forces jusqu'au lendemain matin, en face de son interlocu­teur de plus en plus réticent, essayant de lui imposer, pour le traité, des formules que celui-ci ne cessait de repousser. Fina­lement, Ribbentrop renvoya les Espagnols à Saint-Sébastien, comme des écoliers, pour préparer un pensum. « Il faut que le texte soit ici à 8 heures, dit-il en précepteur sévère. Je dois partir, car nous rencontrons le maréchal Pétain demain. »

Mais les écoliers ne reparurent pas le lendemain. Ils envoyèrent leur pensum par Espinosa de los Monteros, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, homme aimable et doux qui avait été jadis ambassadeur à Berlin et parlait allemand comme un Vien­nois, ayant été élevé dans la capitale autrichienne. Le précep­teur jugea le devoir « insuffisant ». Un peu avant notre départ d'Hendaye, il fut encore mis sur pied une formule prévoyant une entrée en guerre de l'Espagne, après consultation préalable, mais sans aucune réserve relativement aux livraisons de vivres et d'armes. Le charmant Espagnol promit, dans son agréable allemand de Vienne, de présenter ce projet à Franco et de faire connaître sa réponse en Allemagne.

Ecumant de rage, Ribbentrop gagna avec moi le plus proche aérodrome, à Bordeaux. Nous dûmes, comme quand nous étions allés à Compiègne, mener un train d'enfer afin d'arriver à temps à Montoire pour la conversation avec Pétain. Ribbentrop jura tout le long du parcours contre ce « jésuite » de Siifier et contre ce « sale ingrat » de Franco « qui nous devait tout et mainte­nant ne voulait plus rien savoir ». Les compresseurs eux-mêmes semblaient cracher des injures comme le ministre. »

 

Montoire 24 octobre 1940

 

« Nous volâmes ensuite jusqu'à Tours par un temps très mau­vais. Le brouillard eût certainement empêché tout autre que le capitaine Bauer d'atterrir. Mais il nous amena sains et saufs au sol et nous étions auprès de Hitler quand le maréchal Pétain se présenta.

   En ce 24 octobre 1940, dans la nuit commençante, sous la lumière indécise des falots éclairant le quai de la petite gare, il était difficile, au premier regard, de distinguer le vainqueur du vaincu. Bien droit, malgré son grand âge, dans sa tenue toute simple, Pétain eut presque un geste de souverain en tendant la main au dictateur, tout en le fixant d'un oeil inquisiteur, glacial et pénétrant. Je savais toute la considération dont il jouissait auprès de Hitler, de Goering et de beaucoup d'autres hautes personnalités nationales-socialistes. Il incarnait pour la plupart des Allemands les vertus militaires françaises, et ce sentiment pesa manifestement sur l'attitude qu'eut Hitler pour l'accueillir. Il ne fut pas plus le triomphateur, enflé de ses victoires, que représentent certaines de ses photographies de 1940 qu'un caporal intimidé par la présence d'un maréchal, comme l'ont prétendu, à tort, certaines publications françaises parues dans l'intervalle. Il se comporta sans morgue et aussi sans raideur.

Les deux hommes se serrèrent silencieusement la main sans qu'un sourire vînt éclairer leur visage. En leurs personnes, la France et l'Allemagne semblaient s'affronter. Tous les assistants, y compris les sentinelles présentant les armes, sentirent passer le souffle de l'Histoire.

D'un geste, Hitler invita le maréchal à monter dans son wagon-salon. Je m'assis moi-même devant Pétain et me trouvai admirablement placé pour l'observer tout au long de l'entre­tien. Ses traits, qui m'étaient apparus un peu pâles sur le quai, avaient légèrement rosi, on percevait nettement l'émotion et la tension intérieure sous son masque d'impassibilité. Ribbentrop, témoin muet et, en quelque sorte, toléré, ainsi que Lavai, portant son inévitable cravate blanche, assistèrent à la conversation. Le ministre français ne cessa de scruter alternativement le visage de Hitler et celui de Ribbentrop pendant ma traduction. Je parlai assez fort, quelqu'un m'ayant dit que le maréchal était dur d'oreille.

Hitler commença par ce préambule : « Je regrette, Monsieur le Maréchal, que nous nous rencontrions dans de pareilles circons­tances. Personnellement, je le sais, vous n'avez pas voulu cette guerre, déclarée par un gouvernement français aux ordres de l'Angleterre, et n'en portez point la responsabilité. » « La France a été vaincue », et Pétain n'eut pas de réaction quand je lui traduisis ces paroles. « Je suis certain de vaincre également l'An­gleterre bientôt », continua Hitler, en haussant graduellement le ton pour aboutir à un véritable hymne de haine contre ce pays qui avait non seulement repoussé à différentes reprises la main qu'il lui avait tendue, mais qui avait constamment poussé au conflit, se mêlant de choses qui ne le regardaient nullement.

   « Nous avons déjà gagné la guerre, dit Hitler en répétant ses propos d'Hendaye. L'Angleterre est battue, il faudra bien, tôt ou tard, qu'elle en convienne. » Puis il ajouta : « Il est évident que quelqu'un doit payer les frais de cette guerre perdue. Ce ne peut être que la France ou l'Angleterre. Si c'est cette dernière, la France pourra reprendre en Europe la place qui lui revient et conserver pleinement sa situation de puissance coloniale. »

La formule était si vague, conformément à son habitude, qu'elle ne pouvait que déplaire à l'esprit français, amoureux de précision et de logique. J'eus l'impression qu'elle produisait un effet plutôt défavorable tant sur Pétain que sur Laval.

Hitler souligna ensuite ce qu'il croyait être la magnanimité dont il avait fait preuve lors des négociations d'armistice. « Les conditions sont dures, mais il n'y a rien contre l'honneur », avait dit le général Huntziger à Compiègne. « La France a conservé ses colonies et sa flotte. »

Pétain observait toujours le silence, mais à l'attention avec laquelle il écoutait ma traduction, je me rendais bien compte qu'il suivait les déclarations de Hitler avec le plus vif intérêt, sous son apparence glaciale, presque absente. Laval, en revanche, manifestait plus de nervosité, essayant de deviner les pensées des deux hommes.

« L'énergie avec laquelle la flotte française s'est défendue à Mers el-Kébir, sans reculer devant de graves pertes en hommes et en matériel, a fortement impressionné l'Allemagne », pro­nonça Hitler, qui aborda alors le problème crucial « La France continuera-t-elle à défendre son empire colonial contre toute attaque, comme à Dakar ? Est-elle prête à reconquérir les ter­ritoires passés à la dissidence du général de Gaulle ? »

Pétain ne répondit pas. Hitler redemanda avec insistance ce que ferait la France si l'Angleterre l'attaquait de nouveau. Le maréchal déclara alors que son pays avait trop souffert, morale­ment et matériellement, pour se lancer dans un nouveau conflit.

Hitler en fut manifestement irrité. « Si la France ne veut pas se défendre elle-même et nourrit encore des sympathies pour les Anglais, s'écria-t-il d'un ton hostile, elle perdra son empire colonial à la fin de la guerre et se verra imposer des conditions de paix aussi dures qu'à l'Angleterre.

  • Jamais une paix de représailles n'a eu de valeur durable dans l'Histoire, répliqua le maréchal d'un ton glacé.

      ---  Je ne veux pas de paix de représailles, et suis prêt, au contraire, à favoriser la France, s’exclama Hitler. Ce que je veux, c’est une paix basée sur une entente mutuelle, garantissant la paix européenne pour plusieurs siècles ! Mais je ne le puis que si la France est décidée à m'aider à battre les Anglais. » C'était l'unique façon d'accélérer la défaite, d'ailleurs inéluctable, de la Grande-Bretagne.

    Pétain saisit habilement l'occasion de se dérober en deman­dant comment Hitler envisageait le traité de paix définitif « pour que la France connût clairement son destin et que les deux millions de prisonniers pussent revenir le plus tôt possible dans leurs familles ».

    Ce fut au tour de Hitler d'éluder. Le traité de paix définitif ne pouvait être envisagé qu'après la défaite ultime de l'Angleterre. Pétain fit observer que, dans ces conditions, il fallait au moins prendre des mesures pour assurer un retour prochain des prisonniers. D'autre part, la séparation de la France en deux zones créait une situation intolérable, des assouplissements étaient à apporter aux règles de franchissement de la ligne de démarcation. Enfin, la charge causée par les frais d'occupation était écrasante, il serait indispensable de la réduire.

    Je m'attendais à voir Hitler, devant l'attitude négative du maréchal français, rejeter sur-le-champ toutes ces demandes. Il n'en fit rien cependant, peut-être par estime pour son inter­locuteur, peut-être parce qu'il n'avait pas abandonné l'espoir d'entraîner quand même la France dans un conflit avec l'Angle­terre. Il se lança dans des généralités, faisant l'éloge des soldats français dont il avait admiré la bravoure au cours de la Première Guerre mondiale, bravoure qui ne s'était pas démentie cette fois, vantant la valeur des artisans et les qualités des paysans fran­çais. Il exprima son enthousiasme pour la beauté architecturale de Paris auquel il venait de faire, peu auparavant, une visite tenue secrète. Il déclara que les prisonniers se comportaient très bien et se faisaient apprécier en Allemagne par leur application et leur adresse. Les bons rapports qu'ils avaient noués avec la population allemande étaient, prononça-t-il, de très bon augure pour une collaboration entre les deux peuples.

    Ce fut alors que le mot de « collaboration », appelé à tant de retentissement, fut prononcé pour la première fois après l'armistice dans des discussions franco-allemandes. Si les deux pays tombaient d'accord à ce sujet, la France pouvait espérer des concessions sur tous les points soulevés par le Maréchal. »

     

    Que représente le dossier Collaboration pour le maréchal Pétain ?

     Référons-nous à Henri Amouroux La grande histoire des Français sous l’occupation.

     

    « …LE POIDS DES ALLEMANDS

     

    … Lorsqu'il quitte Vichy pour Montoire, le Maréchal a, dans ses dossiers, une note résumant, sous le titre « Collaboration avec l'Allemagne dans le domaine économique », les exigences allemandes. Elles portent sur la bauxite, l'aluminium, le magnésium, le caout­chouc, l'huile d'arachide, le phosphate, le bois d'okoumé, représen­tent plus de deux milliards de francs pour la zone occupée et 2 500 avions à construire en moins d'un an en zone non occupée 30,… »

    30. Bauxite : nous avons accepté, en juillet 1940, de livrer 75 000 tonnes à l'Allemagne en six mois, le 8 octobre ils réclament 400 000 tonnes supplémentai­res. Aluminium et magnésium : un contrat d'une valeur de 600 millions de francs est signé le 3 septembre. Caoutchouc : les Allemands réclament 15 000 tonnes, nous en fournirons 5 000. Nous fournirons également 25 % de l'huile produite par les arachides importées des colonies, 25 % des bananes et 50 000 tonnes de bois d'okoumé.

     

Dès les premières semaines d'occupation, l'Allemagne a précisé ses intentions sur notre économie. Elles apparaissent si contraignantes que le général Huntziger déclare, le 21 août, au ministre Hemmen que la collaboration qu'il propose « ne doit pas être celle du cheval et du cocher » et que le « gouvernement français ne veut pas dépasser certaines limites ».

Cependant, il a beau se débattre, protester, ruser, il est comme un poisson ferré qui s'épuisera avant de fatiguer le pêcheur. Les courts répits qu'il obtient ne peuvent aucunement changer son sort.

Il en va ainsi dans tous les domaines. Notamment dans celui — capital — des frais d'occupation puisque nous voilà contraints de mettre quotidiennement à la disposition des Allemands les sommes énormes grâce auxquelles ils pillent la substance française.

L'article 18 de la Convention d'armistice prévoyait « que les frais d'entretien des troupes d'occupation allemandes sur le territoire français [seraient] à la charge du gouvernement français » mais, très vite, le gouvernement allemand s'est refusé à faire la distinction entre troupes d'occupation statiques et troupes d'opération contre l'Angle­terre. Les 400 millions de francs que nous devons verser QUOTI­DIENNEMENT permettraient ainsi, sur la base de 22 francs par jour et par homme, l'entretien de dix-huit millions de soldats alors qu'il en faut environ 300 000 pour occuper la France 31

Qu'importe. Lorsque les Français avancent ces chiffres, Hemmen ne se laisse nullement démonter : les versements français, réplique-t-il, resteront toujours inférieurs au budget du temps de guerre. De même ne l'émeuvent pas nos innombrables protestations sur le taux de change du mark arbitrairement fixé à 20 francs, alors que sa valeur ne dépasse sans doute pas 12 francs. Les Allemands disposent ainsi de sommes énormes et bénéficient, pour tous leurs achats, d'un mark surévalué. Mais, quoi, ne sont-ils pas vainqueurs, c'est-à-dire libres de traiter à leur gré la nation défaite ?

C'est ce que dit, en termes à peine voilés, Hemmen au général Huntziger au cours de cette importante conversation du 21 août où les voiles se déchirent car, depuis juillet, nous nous refusons à régler les frais d'occupation et les Allemands réclament et menacent.

31. Le général Huntziger rappelle qu'en 1919, après sa victoire, la France n'avait que 200 000 hommes sur la rive gauche du Rhin. La même somme (400 millions)  permet la construction d’un croiseur de 10 000 tonnes. »

 

 

Que demande le Maréchal Pétain ?

 

 

  1. Le retour prochain des 2 millions de prisonniers.

     

  2. La fin de la séparation de la France en

     

  3. La diminution de la charge causée par les frais d'occupation.

     

     

     

    Le retour prochain des 2 millions de prisonniers

     

    Intéressons-nous au peuple des captifs, avec Henri Amouroux 

     

    «… LE PEUPLE DES CAPTIFS

     

    Lorsqu'ils voudront définir l'état d'âme des prisonniers, un certain nombre d'intellectuels libérés réunis, dans l'hiver 1941-1942 au château de Crépieux-la-Pape, près de Lyon, parlant en leur nom, mais aussi au nom de leurs camarades toujours captifs, adopteront des formules qui, depuis l'origine, sont celles de Vichy. Influence de la propagande ? En partie. Je préfère écrire influence de la situation.

    « Le prisonnier a reconnu que la défaite était méritée, qu'elle n'était pas un accident imprévisible. La défaite militaire a hâté une décompo­sition déjà profonde, mais non encore consacrée, du tissu social français. En un certain sens, elle a heureusement mis fin à cette décomposition. Mais cette reconnaissance n'est pas du tout synonyme d'abandon... Reconnaître la défaite a conduit le prisonnier à une.sorte d'examen de conscience... Cette volonté de transformation person­nelle s'est traduite de deux manières dans nos camps.

Par une pratique de réflexion et de silence vis-à-vis de soi.

Par une habitude de travail et de vie en commun avec les autres."

Dans ce texte — composé certes par des hommes de droite —, référence est souvent faite au Maréchal. Habitude ? Révérence obligée ? Clause de style ? Allégeance à un chef porteur d'idées réactionnaires ?

Il y a autre chose.

Dans l'ignorance de ce qui se passe en France, de ce qui se passe dans le monde, n'ayant pour les politiciens qui ont décidé la guerre, et qui l'ont perdue, que souverain mépris, ne connaissant rien de Charles de Gaulle et ne croyant guère aux chances anglaises, affamés, démoralisés, les prisonniers se « raccrochent » naturellement au Maréchal comme au seul homme capable d'obtenir des Allemands leur libération (ce qui explique que Montoire ne fut pas d'abord jugé sévèrement) ou, tout au moins, susceptible d'agir pour que leur sort soit amélioré.

A la vague de pétainisme qui déferle sur la France, correspond, dans les camps, une vague de pétainisme différente dans ses manifestations, mais non dans ses motivations.

A l'occasion des fêtes de Noël 1940, un prisonnier du stalag VII a noté que « d'immenses portraits du Maréchal », dessinés par les captifs ont été apposés aux murs et encadrés de tricolore et surtout que les cartes postales qui le représentent, épinglées sur le montant des couchettes, sont « fleuries » à l'aide de papier coloré, de buis ou de sapin.

L'abbé Flament, qui se montre sensible à toutes les réactions de ses compagnons, écrit, évoquant l'oflag II D que, « pour l'ensemble des prisonniers du camp, le Maréchal représentait alors (en 1940) la continuité nationale... Matériellement et moralement, le maréchal Pétain était celui qui se penchait vers eux (les prisonniers), qui leur adressait des paroles d'estime, de soutien, d'espoir. C'est pourquoi, très vite, il personnifia pour eux la Patrie ; il apparaissait comme un élément de ralliement national pour une masse exilée en terre étrangère ».

Le ler mai — fête de la Saint-Philippe célébrée avec le maximum d'éclat — les 3 000 officiers du II D adressent donc un message de voeux au chef de l'État. « D'une âme commune, tous prient Dieu de vous garder longtemps à votre haute mission et de rendre celle-ci légère à vos épaules chargées de toutes les gloires et de toutes les peines de la France de Jeanne d'Arc et de la France de Verdun.

« Anxieux, ils se tournent vers vous pour recevoir les consignes sacrées qui doivent les faire meilleurs et vous permettre de réaliser avec eux le redressement de la Patrie. »

Sans doute une plume suffit-elle pour rédiger les voeux de tous et 3 000 hommes n'ont-ils pas une âme collective. Mais, en janvier 1942, lorsque la même « opération » se renouvelle et que les officiers du camp sont conviés à venir apposer leur signature sur un Livre d'or destiné au Maréchal, très peu se dérobent. Selon l'abbé Flament, l'adhésion, à trois exceptions près, fut unanime et nul ne songe à nier d'ailleurs — parmi ceux qui s'opposeront plus tard à Pétain — que, pour mille et une raisons, les camps aient été longtemps favorables au Maréchal.

   Il y aura donc des « journées Pétain » ; des loteries de camps, dont la première tranche s'appellera « tranche Maréchal Pétain » ; des phrases du Maréchal dans certaines baraques et, parmi toutes les phrases reproduites, la plus souvent citée est sans doute celle qui ouvre sur l'espérance : « Prisonniers, mes amis, c'est sur vous que je compte pour être l'aile marchante du grand mouvement de redressement national, le véritable ciment de cette unité française que j'ai le devoir de maintenir. » Il y aura des messages lus, non seulement officielle­ment devant tous les captifs assemblés, mais encore commentés, au milieu d'auditoires généralement sympathisants, par des propagandis­tes bénévoles ou — cela arrive — par des hommes qui espèrent se faire « bien voir » et accélérer leur rapatriement ; des envois conformistes ou touchants, cannes sculptées, adresses de confiance enfermées dans un bâton aux sept étoiles, poèmes enluminés, maquettes de navires ou d'avions qui ont, dans les salons de Vichy où sont rassemblées les « offrandes », la place d'honneur ; et cette montre, toute simple, cadeau des prisonniers du Doubs, que Philippe Pétain conservera avec lui jusqu'à la mort ; des fêtes de charité organisées à l'intérieur du camp, pour le Secours national, les captifs dépouillés se dépouillant à l'intention des pauvres de France.

La propagande éclate partout.

Grâce à cette chanson Mon petit papa, quand tu reviendras 16, émouvante, malgré sa naïveté fabriquée, dont le texte court les camps.

16. Paroles de Jean Nohain, musique de Paul Misraki

Mon petit papa quand tu reviendras

Ah ! la belle, la belle, la belle journée,

Je cueillerai des fleurs pour toi,

Tu me prendras dans tes bras,

Ce seront des rondes folles,

Chez nous le bon vin coulera,

Et chacun s'embrassera.

 

Chanson qui bouleversa jusqu'aux plus lucides et qui, imprimée, véhicule, au verso, quelques-uns des slogans de la propagande pétainiste.

 

C'est à un redressement intellectuel et moral que d'abord je vous convie

Philippe PÉTAIN

C'est à un redressement intellectuel et moral que d'abord je vous convie

Philippe PÉTAIN

Travail, Famille, Patrie

Telle est la tâche à laquelle nous vous convions

Tel est le but de Pavillon HAUT !

 

Des milliers, des dizaines de milliers de prisonniers écrivent au Maréchal. Parmi tant de lettres, voici celle de l'abbé Dillard, qui mourra dans un camp de concentration. Il écrit après Montoire et son message traduit, sans doute fidèlement, l'opinion de bien des deuxième classe, ses codétenus, pour qui la valeur d'un acte politique se juge à l'influence qu'il peut avoir sur la libération.

 

 

  • Monsieur le Maréchal... C'est un poilu quelconque, un poilu inconnu prisonnier qui, du fond de son stalag, vous écrit... Voyez-vous, M. le Maréchal, je ne sais pas si je me trompe, mais je me fais de vous une image très familière... On peut bien dire que vous avez: conquis les plus farouches. Vous êtes un chef, il n'y a pas de doute, vous savez parler en chef et mettre de l'ordre dans le pays. Il le fallait, il le faudra encore. Mais vous êtes un père aussi et vous savez parler en père.

  • Et puis, nous autres, prisonniers, on se rend compte que vous pensez à nous... Vous ne vous êtes pas résigné à notre captivité... Si vous êtes venu à Montoire, si vous avez noblement « surmonté notre défaite » comme vous dites, pour tendre la main au vainqueur, c'est en pensant à nous que vous l'avez fait...

  • Nous autres prisonniers, on ne sait pas grand-chose... Mais on vous fait confiance M. le Maréchal et vous pouvez compter sur nous. »

    Ce sont des idées identiques qu'exprimera — en bien mauvais vers — un recueil de sonnets vendu en zone libre « au bénéfice des prisonniers de guerre ».

     

    Le beau navire France allait bientôt sombrer

       Sans pilote, il errait sur une mer démente

       Des tas d'inconscients, sans force résistante

       Et manquant à l'honneur, cherchaient à le livrer !

       Parmi d'aigus récifs il allait s'enferrer

                  Quand Pétain se leva, tenace en la tourmente...

     

       Ce sont des idées à peu près identiques que développent l'immense majorité des journaux de camps, beaucoup affichant en première page, près du titre, une photo ou un portrait du Maréchal. Ces journaux sont-ils inspirés, télécommandés? Non, ils vont, simplement, dans le sens du vent. Françis Ambrière qui, avec quelques camarades, crée un journal 17 qui, jusqu'à sa suppression, au onzième numéro, le 29 mai 1941, n'écrira jamais le nom de Pétain, ne fera aucune allusion à la collaboration ou à Vichy, pourra légitimement demander, en faisant allusion à son non-conformisme : « Combien de journaux de captivité pourraient en dire autant ? »

    Bien peu, en effet...

    17. L’an quarante, vendu dix pfennig, quatre pages grand format. Tirage, 8 000 exemplaires.

     

    Ce sont des idées naturellement conformistes que développent les « Cercles Pétain » qui se créent dans la seconde moitié de 1941 et dont le nom dit assez le but. Conférences sur la Révolution nationale, affichages, envois de messages de fidélité au Maréchal. L'activité des Cercles Pétain et leur orientation dépendent essentiellement, en vérité, du caractère et de l'opinion des officiers qui les dirigent. Dans tel camp, l'action est concentrée sur les questions sociales ou folklori­ques ; les provinces se trouvant, à la suite de la défaite, et presque au même titre que la religion, remises à l'honneur. Dans tel autre, le bruit court qu'il suffit de s'inscrire pour être porté sur la liste des libérables.

    Ici, les adhérents sont nombreux. Là, le journal du stalag X A signale — mais c'est en septembre 1942 —, alors que le nombre des inscrits dépasse 6 500, que « trop de camarades restent indiffé­rents 18 » .

    18.Gascar indique (mais ne précise pas les dates) que le cercle Pétain du stalagXII ne compte que 800 adhérents sur un effectif de 40 000 hommes, celui du  IV C 1 000 sur 26 000. Il est difficile, il est vrai, ajoute-t-il, de recruter dans les petits kommandos isolés.

 

Dans certains camps, il est décidé (II D), pour éviter toute tentative de « récupération » par des partisans de la collaboration, qu'il n'existera pas d'adhésion individuelle et que le Cercle sera implicite­ment constitué par tous les officiers et systématiquement dirigé par le doyen du camp.

   Pour les uns, les Cercles Pétain constituent la meilleure manière d'aider et de soutenir le Maréchal mal entouré, soumis aux pressions allemandes. D'autres vont beaucoup plus loin. Le général Didelet qui arrive au camp de Stablack, en Prusse-Orientale, où 3 500 aspirants prisonniers ont finalement été regroupés, leur dit, le 14 août 1941 : « Ce que l'on a fait, ici, pour la première fois, c'est d'affecter un général et des officiers à un camp de prisonniers pour permettre à un chef d'État d'exercer une action sur des hommes en captivité ; ce qui se fait aussi pour la première fois, c'est que le gouvernement français charge un général d'une action politique ; j'entends, bien entendu, ce mot « politique » dans son sens noble... C'est d'un coeur ardent que, dans toutes vos pensées et dans tous les détails de votre action journalière, vous devez suivre le chef de l'État. Il ne suffit pas seulement de crier « Vive Pétain », il faut vouloir ce qu'il veut et il faut se pénétrer de sa doctrine. » Mais il ajoute, après ces banalités d'usage : « C'est la première fois de l'Histoire européenne qu'un État français, dégagé, selon le mot de son chef, des amitiés et des inimitiés anciennes, c'est-à-dire dégagé du passé, négocie avec une Allemagne nationale-socialiste dont la conception du monde est quelque chose d'entièrement nouveau... Notez qu'en des temps antérieurs un vain­queur eût aimé voir la désunion et le désordre s'installer chez le vaincu... Aujourd'hui, rien de tel, l'Allemagne semble ne rien tant désirer que de nous voir tous groupés derrière Pétain 19. »

A Stablack, les choses sont poussées si loin que, chaque jour, a lieu, dans toutes les baraques, « le quart d'heure Pétain » au cours duquel un aspirant explique à ses camarades les idées directrices de la Révolution nationale. A l'aide des textes officiels arrivés de France, les aspirants résument ainsi la doctrine sur laquelle vivra désormais la France nouvelle : Reconnaissance de la primauté de la famille, de le hiérarchie, de l'agriculture... et de la race. »

Passns,à présent, à la deuxième demande du Maréchal Philippe Pétain.

 

La fin de la séparation de la France en deux zones

 

En réalité, la France est divisée en 6 zones :

 

1 ZA         Zone annexée, Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin. Wikipedia : L'Alsace-Lorraine est annexée de facto au troisième Reich nazi le 27 novembre 1940. Les Allemands ne se contentent pas d’occuper la région, mais l'intègrent à leur territoire, revenant ainsi sur les termes du traité de paix de Versailles de 1919, qu'ils qualifient de Diktat.

2  ZB      Zone rattachée à la Belgique, Nord et Pas de Calais

3  ZI    Zone interdite. Définition Wikipedia : « une vaste étendue de territoire au nord et à l’est de la France occupée (grossièrement, nord des départements de la Somme, de l’Aisne, des Ardennes, Lorraine — en dehors de la Moselle, rattachée au Gau Westmark et de l'Alsace, rattachée au Gau Baden-Elsaß —, Franche-Comté (Territoire de Belfort) sauf le sud du Jura, moitié est de la Haute-Marne, et quelques communes de la Marne et de la Côte-d'Or, ainsi que le Nord et le Pas-de-Calais). Ces régions sont coupées du reste de la France par la Nordost Linie ou ligne noire (également appelée ligne du Führer), crée le 7 juillet 1940 et mise en fonction le 20 juillet de la même année[1], qui s'étend de la Somme à la frontière suisse[2] ; les personnes ayant fui l’avance nazie se voient interdire de revenir dans leurs foyers. La plupart de ces territoires devenus « zones réservées » (notamment les régions de l'Est) étaient destinés à devenir des zones de peuplement allemand (Hitler souhaitant la constitution d'un « Pays thiois » germanisé jouant le rôle de zone-tampon à l'ouest de l'Allemagne). »

4  ZI     Zone occupée par l’Italie. Définition Wikipedia : « Cette zone d'occupation est d’importance réduite : 800 km2, 28 000 habitants[3]. Quatre départements sont ainsi partiellement occupés : Alpes-Maritimes, Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence depuis 1970), Hautes-Alpes, Savoie[3]. D’autres sources (cartes [4]) indiquent que la Haute-Savoie était aussi concernée. Cette zone occupée (Menton pour l'essentiel de la population) fut annexée de facto à l'Italie. »

5  ZNO Zone non occupée, faussement appelée Zone libre ;

6  ZO   Zone occupée par l’armée nazie, les 3/5 du territoire, y compris la zone interdite.

Certaines personnes lui reprochent d’avoir occulté l’annexion de la ZA.

 

La diminution de la charge causée par les frais d'occupation

   Selon l’article 18 de la Convention d’armistice :

 

« Les frais d'entretien des troupes d'occupation allemande sur le territoire français seront à la charge du Gouvernement français. »

 

Référez-vous au paragraphe, ci-dessus : « …LE POIDS DES ALLEMANDS.

 

Que-dit Paul-Otto Schmidt, traducteur d’Adolf Hitler ?

 

« Ce fut alors que le mot de « collaboration », appelé à tant de retentissement, fut prononcé pour la première fois après l'armistice dans des discussions franco-allemandes. Si les deux pays tombaient d'accord à ce sujet, la France pouvait espérer des concessions sur tous les points soulevés par le Maréchal. »

 

Qu’obtient le maréchal Philippe Pétain de l’entrevue de Montoire ? Rien… Mais les gangsters nazis continuent à vivre à nos crochets…Pouvons-nous le rendre responsable de ce refus ?

Avant de conclure, rappelons que ce sont nos politiciens de la IIIe République qui ont déclaré la guerre à l’Allemagne nazie. En plein désarroi, ils font appel à Philippe Pétain pour arrêter le désastre de nos armées et ne cessent, du fait que son gouvernement signe l’armistice, de le rendre responsable de la collaboration, de tous les maux qu’engendre l’occupation et de le couvrir de leur opprobre…

 

Quelle hypocrisie !

 

Que faut-il penser de l’entretien de Montoire ? Un maréchaliste compara Montoire à Verdun… Mais revenons à Paul-Otto Schmidt :

 

« Je n'ai compris qu'après la guerre l'attitude que le maréchal Pétain avait eue à Montoire en apprenant que le jour même de cette entrevue fameuse, le professeur Rougie(15) discutait en son nom avec Churchill, apportant à celui-ci l'assurance que la France n'entreprendrait jamais rien d'incompatible avec l'hon­neur contre son ancienne alliée. Aujourd'hui, quand je compare le compte rendu de cet entretien de Londres, autrement plus concret, avec celui de Montoire, et en tenant compte des évé­nements ultérieurs, je suis enclin à conclure que le maréchal Pétain fut le vainqueur diplomatique de Montoire. »

 

15. Le philosophe Louis Rougier rencontre secrètement lord Halifax le 24 octobre 1940, soit le jour même de l'entrevue de Montoire. Il lui donne l'assurance que jamais la France n'attaquera son ancien allié.

 

Recourons à Henri Amouroux :

 

« A la fin de juin 40, ceux qui dirigent la France  pouvaient, sans déraison, imaginer une guerre courte se terminant par la conquête de l'Angle­terre ou, plus vraisemblablement, par un traité germano-anglais au terme duquel l'Angleterre aurait reconnu l'hégémonie allemande sur l'Europe continentale, donc sur la France, principale victime de l'arrangement entre Berlin et Londres.

A la fin de septembre, il serait fou de songer à autre chose qu'à une interminable guerre, la bataille étant portée partout dans le monde.

Pétain, comme Churchill, comme Hitler, agit donc dans la perspec­tive d'une guerre longue, mais la situation de la France n'étant, naturellement, comparable ni à celle de l'Angleterre, ni à celle de l'Allemagne, d'une conception identique des événements, il tire des enseignements originaux. L'Angleterre et l'Allemagne veulent élargir le champ de bataille et porter notamment la guerre sur les terres de l'Empire français. Pétain souhaite non seulement préserver autant que faire se peut la métropole et ses colonies de toute extension du conflit mais atténuer les conséquences de la défaite, desserrer les deux branches de l'étau qui se referment sur la France. Aussi n'est-il nullement étonnant que son action s'exerce aussi bien en direction des Anglais que des Allemands. A Montoire, souhaité par Pétain avant d'être voulu par Hitler, correspondent donc de nombreux contacts entre ambassadeurs et « officieux » français et anglais à Madrid, à Lisbonne, à Tanger, ainsi que l'envoi à Londres du professeur Louis Rougier. Il part avec l'accord total de Pétain, qui l'a reçu le 20 septembre, non seulement pour rencontrer son ami Lionel Robbins, et plaider auprès de lui le dossier de la France, mais surtout pour demander à Churchill d'assouplir le blocus, de mettre fin aux attaques contre nos territoires coloniaux et de modérer une propagande qui s'exerce contre un gouvernement en majorité hostile aux entreprises de Pierre Laval.

Rougier sera reçu par Churchill... au moment même où Pétain et Hitler se rencontrent à Montoire et il n'est pas sans intérêt de noter que c'est à la suite de la visite de Rougier que, malgré Montoire, sera mis un frein aux attaques contre Pétain et son gouvernement.

Certes, Londres a d’abord cru qu’Hitler venait d’offrir au maréchal une paix « douce » et, dans un télégramme à de Gaulle, en date du 28 octobre, le Foreing Office a indiqué au Général les grandes lignes de ces propositions supposées qui mettraient les bases navales africai­nes sous le contrôle de l'Axe 50, mais, trois jours plus tard, les Anglais, détrompés et rassurés, préviennent de Gaulle, qui se trouve à Brazzaville, de leur volonté de ne rien envenimer désormais. Que de Gaulle et les gaullistes ne donnent donc aucun prétexte à Vichy afin que la balance ne penche pas du mauvais côté « particulièrement en ce qui concerne la question primordiale de la flotte et des bases navales ».

Sans même solliciter l'accord de De Gaulle — à qui l'on fait payer son échec de Dakar, les Anglais « censurent » immédiatement informations et commentaires émanant des gaullistes et transmis par la B.B.C.

Voici comment de Gaulle sera mis au courant le 31 octobre.

« Étant donné les circonstances et lg/ fait que nous n'avions pas le temps de vous consulter, nous avons été dans l'obligation de prendre des mesures pour empêcher votre organisation de publier, à la radio et dans la presse, la dénonciation du Gouvernement de Vichy ; celle-ci aurait été amplement justifiée au cas où la trahison aurait déjà été un fait acquis. Nous avons estimé que vous ne pouviez pas être informé des aspects de la situation d'une manière aussi complète que le Gouvernement de Sa Majesté.

» Nous espérons que vous approuverez notre intervention qui a eu effet d'éviter une divergence indésirable dans les grandes lignes suivies par le Gouvernement de Sa Majesté et les Forces Françaises Libres, en ce qui concerne la presse et la propagande. »

De Gaulle répondra le 2 novembre, depuis Brazzaville, en s'effor­çant d'expliquer pourquoi l'attitude anglaise envers Vichy volontaire­ment, et peut-être légitimement, indulgente, ne saurait influencer l'attitude gaulliste, volontairement et tout aussi légitimement, intransi­geante. »

 

50. D'après ce télégramme, les propositions allemandes « seraient » les suivantes : « L'Alsace-Lorraine et certaines parties du Maroc (dont une part pour l'Espagne) iraient à l'Allemagne ; Tunis irait à un condominium franco-italien ; Nice, la Corse et les autres possessions d'outre-mer resteraient à la France ; les bases navales et « l'artillerie aérienne aux colonies » iraient à l'Axe ; Hitler, Mussolini, Pétain et Franco feraient à la Grande-Bretagne une offre combinée de paix, avec des conditions de « générosité », comprenant le renoncement à la Hollande et à la Belgique. Ces offres seraient faites avant le 5 novembre, de façon à influencer les élections présidentielles aux États-Unis d'Amérique. »

 

Il serait temps de reconnaitre qu’Hendaye et Montoire sont une défaite pour Hitler et non une trahison du Maréchal Philippe Pétain. Le Général Franco et le Maréchal Pétain se sont  joués du caporal bohémien : tous deux n’ont pas déclaré la guerre à l’Angleterre, ils ont, en outre, sauvé l’Afrique du Nord. Car, tout comme Churchill, ils considéraient l’Afrique du Nord comme la base de départ pour envahir l’empire nazi par l’Italie.

 

Hendaye et Montoire ont facilité cette opération des Alliés.

 

Intéressons-nous à cette base de départ en consultant

 

« Les 1001 batailles qui ont changé le cours de l’Histoire ».

 

« Opération Torch 8-10 nov. 1942

 

Près de 65 000 soldats alliés débarquèrent à Casablanca, Alger et Oran sur la côte française d'Afrique du Nord dans le cadre de l'opération Torch, premier assaut amphibie d'envergure mené par les Alliés durant la guerre. L'opération prit en tenailles l'armée de Rommel tandis qu'elle fuyait El Alamein. »

 

Henri Amouroux nous apprend ce qui se passe, ce jour, à Vichy :

 

« LA SURPRISE DU 8 NOVEMBRE

 

 Dans la chambre de Fernand de Brinon, ambassadeur de France, la sonnerie de l'un des trois téléphones, celui qui relie Paris à Châteldon, retentit. Il est 5 heures du matin, le dimanche 8 novembre 1942. Au bout du fil, Pierre Lavai.

- C'est vous, Brinon ?... Je vous réveille ?... Eh bien ! ils ont .débarqué... Levez-vous, mettez-vous en rapport avec Abetz et je vous passerai les nouvelles au fur et à mesure qu'elles me parviendront.

Lorsque Lavai alerte Brinon il y a deux heures déjà que le commandant Simon, du ministère de la Guerre, a téléphoné à M. de Béarn afin qu'il prévienne Jardel, chef du cabinet civil du Maréchal 1, du débarquement de forces américaines en de nombreux points des côtes d'Afrique du Nord.

Quels points ? Il l'ignore. D'ailleurs, les câbles qui relient l'Algérie à Ia métropole sont coupés et c'est en vain que l'on s'efforce d'établir des contacts par radio.

A 4 heures du matin, Vichy a été informé de l'arrivée d'un message adressé par le président Roosevelt au maréchal Pétain. Les six cents mots du texte vont être hâtivement traduits, puis communiqués au président Laval qui, à peine arrivé de Châteldon, réunit pour une conférence improvisée Jardel, Guérard, Rochat, Bousquet et Méné­trel.

I    Poste dans lequel il a remplacé du Moulin de Labarthète.

 

Ces six hommes vont rédiger un projet de réponse à Roosevelt, discuter de l'offre d'assistance allemande transmise par le consul général d'Allemagne Krug von Nidda, étudier les informations très fragmentaires qui leur sont communiquées par le général Revers, chef, à Vichy, du cabinet militaire de l'amiral Darlan 1.

A 7 heures, Laval, Jardel et le général Campet décident que le moment est venu de mettre le Maréchal au courant des événements. C'est Ménétrel qui pénètre dans la chambre du chef de l'Etat. A peine a-t-il prononcé les premiers mots que Philippe Pétain réplique qu'il n'est nullement surpris. Dans la nuit n'a la -t-il pas rêvé d'un débarque­ment américain en Afrique du Nord 2 ?

Si Pétain n'est pas surpris, les Allemands, eux, vont l'être.

Dans le camp de l'Axe, on avait certes remarqué — comment ne pas le remarquer ?-- l'énorme convoi de 310 navires en formation à Gibraltar. Et l'on s'était interrogé sur sa destination. Un homme, le comte Ciano, avait vu juste et, dès le 4 novembre, évoqué dans son journal la possibilité d'un débarquement au Maroc. Mais pourquoi les Allemands tiendraient-ils compte de l'avis des Italiens 3 ?

Depuis le 4 novembre, le front italo-allemand a été rompu à El-Alamein et les forces de Rommel se replient en désordre vers l'ouest. N'est-il pas logique d'imaginer que l'immense convoi amène à Montgomery armes et troupes qui lui permettront d'accélérer encore son offensive ? »

  1. C'est de Casablanca qu'arrivent, entre 3 h 50 et 4 h 38, les premières informations. Elles indiquent qu'un mouvement gaulliste « a éclaté à zéro heure avec participation général Béthouard annonçant débarquement américain ». (sic)

  2. Il faut toutefois indiquer que le général Bergeret, ancien secrétaire d'Etat à l'Air du cabinet Darlan, en contact avec les Alliés, avait le 30 ou le 31 octobre, mis le Maréchal au courant d'un débarquement qu'il pensait devoir se produire après le 15 novembre. Alerté par un message secret le 5 novembre au soir, Bergeret quittera, par avion, Vichy pour Alger le 6 sans avoir revu le Maréchal.

  3. Mussolini et l'état-major italien partagent l'opinion de Ciano qui le rapporte dans son à la date du, 7 novembre.

 

Si les services nazis n’étaient pas au courant de ce débarquement, le Maréchal l’était …

 

L’invasion de la ZNO ou la réaction nazie 11/11/1942

 

Ayant recours à Henri Amouroux :

 

« Laval sera averti le premier.

Le 11 novembre, à 4 heures du matin, alors qu'il repose au Vier Jahreszeiten-Hotel (cet hôtel des Quatre-Saisons qu'avait habité Daladier au moment des accords de Munich), Abetz lui téléphone pour l'informer que dans deux heures l'armée allemande et l'armée italienne franchiront la ligne de démarcation.

Comme Laval proteste, Abetz répond qu'il n'a aucune autorité pour discuter.

- C'est une décision du Führer, il n'y a rien à faire. La France a rompu elle-même les clauses militaires de l'armistice en Afrique du Nord.

- Voyons ! Sommes-nous responsables des décisions militaires américaines ? Je vais protester par écrit.

- Je vous en conjure, n'élevez pas de protestation en des termes aussi violents. N'élevez même aucune protestation, vous seriez en danger et je ne pourrais rien pour vous.

Je sais, murmure tristement Laval, que nous avons à subir une fois de plus la triste condition d'un pays vaincu, mais pourquoi nous imposez-vous cette humiliation de faire pénétrer chez nous des troupes italiennes qui, elles, ne nous ont pas battus ?

Que dit encore Laval ? Qu'il va donner sa démission. Argument négligeable pour Abetz, déjà touché par la disgrâce, et qui répond que le Führer ne sera pas en peine d'installer en France un autre gouvernement.

5 h 25. C'est Vichy maintenant que les Allemands informent d'une décision exécutoire dans quelques minutes. Vichy où, depuis qua­rante-huit heures, l'on redoutait une proche invasion.

   Car il n'y a pas surprise.

Dès le 9 novembre les responsables français ont été alertés par l'état-major de la 7e division militaire signalant que 24 trains transpor­tant des troupes allemandes doivent passer en gare de Paray-le-Monial dans la nuit du 9 au 10, que les troupes de la région de Digoin-Paray-­le-Monial-Chalon-Chagny sont consignées, voitures chargées prêtes à partir, que 12 trains de troupes venant de Paris sont attendus à Chalon. que le terrain d'aviation de Chalon a été rééquipé afin de pouvoir accueillir des appareils provenant d'Amiens.

Le rapport — inédit 1 — s'achève ainsi :

 

« 10. De bonne source, on signale que les Allemands à Chaton paraissent satisfaits de la tournure des événements. On note dans leurs rapports avec la population une amabilité anormale.

       11. Impression générale : un mouvement de troupes important dans une direction inconnue est en préparation et imminent.

      12 .Origine des renseignements : interrogatoire de frontaliers et de cheminots de zone occupée rentrant en zone libre fournis par 8 postes différents de la ligne de démarcation de Saône-et-Loire. » »

  1. Il est de 22h30 le 9 novembre.

     

    Le but de cette invasion est de s’emparer des unités basées à Toulon.

Opération Lila 26/11/1942 en compagnie de Henri Amouroux

 

« Les blindés qui se mettent en route le 26 novembre, une heure avant minuit, pour obéir à l'ordre d'opération « Lila » (dernier avatar d' « Attila ») signé par Hitler le 19 novembre 1, procèdent suivant une technique rodée au fil des années de guerre et qui allie un secret total à une excellente coordination des différents éléments engagés.

1. L'opération d'invasion de la zone libre avait été étudiée dès le 10 décembre 1940

 

Le premier groupement blindé, qui doit parcourir une centaine de kilomètres, a reçu pour mission, après être passé par Solliés-Pont et s'être introduit dans Toulon par la nationale 97, d'occuper le fort Lamalgue, de se saisir de l'amiral Marquis, préfet maritime, et d'empêcher les autorités françaises de donner l'alerte. Des éléments détachés de ce premier groupement doivent, dans le même temps, envahir l'arsenal du Mourillon, neutraliser la station de radio, s'emparer des sous-marins à quai et pousser une batterie d'artillerie à la pointe sud du Mourillon d'où elle battra la petite rade et la passe, interdisant ainsi toute sortie des navires français.

L'opération est prévue pour 4 h 30.

A soixante kilomètres de son point de départ, le second groupement blindé allemand a pour objectifs la base navale de Saint-Mandrier, l'Arsenal principal, les appontements Milhaud, c'est-à-dire le Stras­bourg, le Colbert, l'Algérie, la Marseillaise et cinq contre-torpilleurs.

Comme à l'ordinaire, les blindés allemands en marche vers Toulon sont précédés de motocyclistes qui arrachent les câbles téléphoniques. Si bien que les gendarmes français, ceux de Le Camp, de La Valette, d'011ioules, qu'alertent les bruits de chenilles, se trouvent dans l'incapacité de prévenir Toulon. Leurs téléphones demeurent muets. Sans doute auraient-ils la possibilité d'envoyer l'une ou l'autre de ces estafettes motocyclistes prévues par ce que l'on n'ose appeler le « plan de protection » de Toulon. Mais les gendarmes du poste de La Valette sont neutralisés avant d'avoir pu intervenir, l'un d'eux, le gendarme Le Moign, se voyant même contraint de servir de guide à la colonne allemande.

Seul le chef du poste placé à la sortie est d'011ioules aura la possibilité de réagir. A défaut d'avoir vu les blindés allemands qui, sans entrer à 011ioules, ont emprunté la départementale 11 pour rejoindre Sanary, il a entendu et compris 1.

Un peu après 3 h 30, une estafette motocycliste quitte donc 011ioules pour Toulon où elle se présente à 4 heures au lieutenant de vaisseau Morel, chef du poste de garde de la porte Castigneau. Immédiate­ment, Morel alerte l'enseigne de vaisseau Piéters, officier de perma­nence à la préfecture maritime. A cet instant, les Français disposent encore de vingt-cinq petites minutes de liberté avant l'arrivée des Allemands prévue, par un plan qui sera remarquablement respecté, pour 4 h 30. Ces vingt-cinq minutes, ils vont les perdre. Ayant ouvert la fenêtre, n'entendant, lui, aucun bruit suspect, Piéters demande à Morel de renvoyer le gendarme à 011ioules (huit kilomètres). Si les bruits sont toujours perceptibles, s'il se confirme que des blindés allemands « azimutent » sur Toulon, alors le gendarme reviendra à toute allure.

1. Le chef de la brigade de gendarmerie d'011ioules enverra, avec retard, deux gendarmes à Toulon. N'ayant que des bicyclettes et devant, cette fois, éviter les blindés et motocyclistes allemands qui les ont devancés, ils n'arriveront pas à Toulon avant 6 heures du matin.

 

Il ne reviendra pas.

Moins fiable, en effet, que les machines allemandes, la moto française tombera en panne entre Toulon et 011ioules.

   Cependant, à 4 h 15, l'enseigne Piéters rappelle la porte Castigneau. Le gendarme ? Non, on ne l'a pas revu, mais, comme la ville demeure silencieuse, Piéters laisse passer quelques minutes avant d'appeler le fort Lamalgue. Il est 4 h 25. La communication est difficile à obtenir. Lorsque Piéters entre enfin en contact avec le fort Lamalgue et demande l'amiral Robin, il s'entend répondre :

  • Impossible... les Allemands sont là !

  • Les Allemands ? Quels Allemands ? Ceux de la Commission d'armistice ?

  • Je vous répète, lieutenant, que les Allemands sont là.

    Ils sont effectivement au fort Lamalgue depuis quelques minutes. A 4 h 25, le premier char — celui qui porte le gendarme Le Moign, qui s'était vainement efforcé d'égarer les Allemands dans les rues de la ville — est arrivé devant la porte du fort. Officiers et soldats allemands se mettent immédiatement à la recherche de l'amiral Marquis. Il est 4 h 30.

    4 h 30, l'heure prévue non seulement pour l'occupation de Toulon, mais également pour l' « information » du gouvernement français, qui se trouvera placé ainsi devant le fait accompli.

    A 4 h 30, très exactement, Krug von Nidda, consul général d'Allemagne, remet à Pierre Laval, chef du gouvernement français, que l'on a tiré de son sommeil, une lettre d'Abetz et le double de la lettre adressée par Hitler au maréchal Pétain.

    Une heure plus tôt, Krug von Nidda avait réveillé Charles Rochat, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères.

  • Je suis chargé par mon gouvernement de remettre une communi­cation urgente au président Laval.

  • Le président est chez lui, à Châteldon...

  • Je sais. Je dois m'y rendre immédiatement. Si vous voulez bien m'accompagner, je passe vous prendre...

    Krug von Nidda se présente quelques minutes plus tard et, bien entendu, pendant le trajet de Vichy à Châteldon (vingt kilomètres), il ne dit rien à Rochat du message dont il est porteur mais dont tout, et d'abord l'heure insolite, laisse supposer qu'il ne peut être que d'une gravité extrême.

    A 4 h 25, la voiture de Krug von Nidda stoppe devant le château de Châteldon, exactement comme, à la même minute, les chars alle­mands, à Toulon, ont stoppé devant la porte Castigneau. Rochat, qui piétine dans le froid, veut, sans plus tarder, faire ouvrir la porte du château. Krug von Nidda intervient.

    — Non, attendons la demie...

    4 h 30. Laval, que Rochat a alerté depuis Vichy, ignore tout du message que va lui transmettre von Nidda. Il devine cependant, et comment pourrait-il en être autrement, qu'un nouveau coup va atteindre la France déjà accablée.

    Krug von Nidda qui est informé de l'assaut donné à la Flotte française, comme aux casernes où dort l'armée de l'armistice, et qui sait qu'aucune réaction n'est possible, livre à Laval l'information essentielle — occupation de Toulon, démobilisation de l'armée française — avant de lui remettre les deux lettres qui lui ont été confiées, lettres dont la lecture retardera — et ce ne sera pas sans influence sur la suite des événements — le retour de Laval à Vichy.

    La lettre d'Hitler à Pétain est longue (huit feuillets dactylographiés), tout entière occupée d'abord de ces réminiscences historiques que le Führer développe systématiquement pour se donner bonne conscience : l'Allemagne n'a pas déclaré la guerre en septembre 1939 ; Montoire aurait « pu jeter les bases d'une détente générale », le retour des cendres de l' « Aiglon » ne constituait nullement un prétexte pour attirer Pétain à Paris et l'y retenir prisonnier ; les généraux et amiraux français ont « failli à leur parole d'honneur à l'égard d'organismes allemands et cela un nombre incalculable de fois ».

    « C'est pourquoi, poursuit Hitler, après avoir eu connaissance de nouvelles violations de leur parole d'honneur commises par des officiers, des généraux, des amiraux-.français qui ont l'inten­tion, maintenant trouvée, d'ouvrir aux fauteurs de guerre anglo‑ juifs la France après l'Afrique du Nord, j'ai donné l'ordre d'occuper immédiatement Toulon, d'empêcher le départ des navires ou de les détruire et de briser par la force, en cas de besoin, toute résistance. Cela ne constitue pas une lutte contre les officiers ou les soldats français conscients de leur honneur, mais seulement contre les criminels fauteurs de guerre, pour lesquels il n'a pas encore aujourd'hui coulé assez de sang et qui cherchent toujours de nouvelles possibilités pour prolonger et pour étendre la catastrophe.

    « J'ai, en conséquence, donné l'ordre de démobiliser toutes les unités de l'armée française qui, à l'encontre des ordres de leur propre gouvernement, sont excitées par leurs officiers à une résistance active contre l'Allemagne. »

    La lettre d'Abetz à Pierre Laval reprend les accusations d'Hitler.1 Elle les amplifie même, notamment en ce qui concerne la Marine, sans toutefois apporter de précisions convaincantes, car rien ne pouvait laisser croire à une volonté de concertation entre les amiraux français et les alliés, si bien que Laborde protestera violemment, dans les jours qui vont suivre, contre des allégations qui, en ce qui le concerne, sont effectivement sans fondement 2.

  • 1 Après les événements de Toulon, Abetz traversera une longue période de disgrâce.

  • 2 « La ville et le port de Toulon, affirme la lettre d'Abetz, n'ont pas été occupés à la demande formelle du gouvernement français et après que les amiraux français eurent donné leur parole d'honneur de défendre Toulon contre toute attaque anglo-américaine. Mais le gouvernement du Reich a été maintenant mis en possession de documents qui prouvent, de façon indiscutable, que les amiraux et officiers dirigeants de la flotte française à Toulon non seulement n'ont pas l'intention de défendre Toulon, mais qu'ils favorisent en secret un débarquement anglo-américain à Toulon et qu'ils veulent passer à l'adversaire au moment fixé. Des parties de l'armée et de l'aviation françaises sont également mêlées à ce nouveau complot fomenté par les ennemis éternels d'une compréhension franco-allemande. »

     

       Occupation de Toulon, démobilisation de l'armée française, espoir que toute effusion de sang sera évitée, assurance que, si des résistances se manifestent, elles seront brisées, affirmation que le « nettoyage » de tous les éléments hostiles à un rapprochement franco-allemand servira finalement le bien des deux peuples, Abetz énumère et développe plus ou moins longuement ces différents points. Avant de terminer en transmettant à Laval les remerciements d'Hitler pour la « cession » de la flotte marchande française, Abetz précise que le Führer est décidé « de faire tout ce qui est en son pouvoir et de vous aider pour créer une force militaire absolument sûre pour le gouverne­ment français ». Quelle sera la vocation de cette « force absolument sûre » ? Aider l'armée allemande à lutter « par tous les moyens contre tout essai de débarquement des forces américo-anglaises débarquées en Afrique et à combattre pour regagner l'empire colonial français I ».

  • 1 « ... Je suis persuadé, poursuit Abetz, que la fraternité d'armes, créée par la lutte commune à venir qui sera ressentie par les soldats français et allemands inspirés du même esprit européen, contribuera plus que tout à servir de base à une amitié durable entre l'Allemagne et l'Italie, d'une part, et la France d'autre part. »

     

Ces mots sont écrits par des hommes — Hitler, Abetz — qui sont en train de détruire ce qui reste encore des forces françaises et, par leur action, rendent leur reconstitution moralement et matériellement impossible...

On comprend que Laval, dans un bien inutile mouvement de colère, ait froissé les deux lettres qui portaient un coup mortel à sa politique et aux illusions sur lesquelles elle reposait.

Après avoir demandé à Rochat de convoquer un conseil restreint, il lui reste à partir en hâte pour Vichy. Il y arrivera à 5 h 15. Trop tard pour que son désir de « parlementer » encore, de « négocier », d'éviter le sabordage en élaborant, pour la flotte de Toulon, un statut équivalent à celui que les Anglais avaient accepté, en juillet 1940, pour la flotte d'Alexandrie 2, puisse, désormais, aboutir.

reconstitution moralement et matériellement impossible...

On comprend que Laval, dans un bien inutile mouvement de colère, ait froissé les deux lettres qui portaient un coup mortel à sa politique et aux illusions sur lesquelles elle reposait.

Après avoir demandé à Rochat de convoquer un conseil restreint, il lui reste à partir en hâte pour Vichy. Il y arrivera à 5 h 15. Trop tard pour que son désir de « parlementer » encore, de « négocier », d'éviter le sabordage en élaborant, pour la flotte de Toulon, un statut équivalent à celui que les Anglais avaient accepté, en juillet 1940, pour la flotte d'Alexandrie 2, puisse, désormais, aboutir.

2 A Alexandrie, alors base anglaise, où se trouvaient en juin 1940, un certain nombre de navires de guerre français que Churchill avait donné ordre, le 3 juillet, de saisir ou de couler, l'amiral Godfroy et l'amiral Cunningham s'étaient mis d'accord pour que la flotte française immédiatement désarmée puisse demeurer sous pavillon français.

 

A Toulon, en effet, l'alerte a été donnée par l'enseigne Piéters et par le commandant Biseau qui, rappelant le fort Lamalgue, obtiennent un interlocuteur allemand — mais aussi par l'amiral Robin. Dans le fort envahi, Robin réussit à s'enfermer dans son bureau et à joindre téléphoniquement l'amiral Dornon, major général.

— Les Allemands occupent Lamalgue, c'est la prise de Toulon par la force…Il faut agir en conséquence : appelle le Strasbourg et préviens Guérin.

Dornon prend immédiatement le relais de Robin.

A 4 h 40, la communication avec le Strasbourg est établie et l'amiral Guérin, chef d'état-major des Forces de Haute Mer, mis au courant de la situation. A 4 h 45, l'amiral de Laborde réveillé, et qui refuse de croire à la réalité (pourquoi les Allemands ne seraient-ils pas fidèles à leur parole puisqu'il est, lui, Laborde, fidèle à la sienne), demande à l'amiral Guérin d'appeler l'amiral Marquis... qui ne répond pas. Et pour cause : il est arrêté.

  • Essayez Robin, demande Laborde.

       Au fort Lamalgue, l'amiral Robin se trouve, lui, en liberté surveillée.

  • Il y a quelqu'un dans mon bureau... Je ne peux plus parler. Raccrochez, ne téléphonez plus. L'amiral de Laborde, qui a pris l'écouteur, n'hésite plus.

  • Faites faire le branle-bas sur tous les bâtiments.1.

  • 1. « Pour avoir négligé d'isoler totalement le central téléphonique du fort Lamalgue, écrit Noguères, les Allemands ont perdu le bénéfice de la surprise réalisée au moment de l'occupation du fort. L'alerte qu'ils redoutaient est maintenant donnée. » Elle l'est par l'amiral Robin, mais également par le capitaine de corvette Le Nabec, qui a pu s'enfermer dans le local des transmissions du fort Lamalgue et qui, indifférent aux coups des Allemands, qui s'efforcent d'enfoncer la porte, prévient le le commandant du Front de Mer, le P.C. de la D.C.A., la ire flottille de patrouille, la division métropolitaine de police, le Mourillon et le Ve Dépôt des équipages.

Il est 4 h 57.

L'ordre de branle-bas, transmis par ondes très courtes, par télé­phone, par signaux touche d'abord les croiseurs de la première escadre. Le Colbert, l'Algérie, la Marseillaise, qui, aux appontements de Milhaud, se trouvent proches du Strasbourg, sont alertés immédia­tement ainsi que les cinq contre-torpilleurs voisins. De navire à navire, avec parfois des retards explicables par l'absence d'écoute radio pendant les heures de nuit, l'ordre est ainsi répercuté. Au quai Noël, les contre-torpilleurs et torpilleurs, placés sous le commandement du contre-amiral Négadelle, enregistrent à 5 h 4 et 5 h 6 le message émanant du Strasbourg. Ailleurs, et c'est le cas pour les équipages des sous-marins amarrés à la darse nord du Mourillon, ce sont les Allemands qui ont donné l'alerte en pénétrant à 5 h 5 sur les quais. Bruyamment, puisqu'ils tirent plusieurs rafales de mitrailleuses. Sur certains navires éloignés, ou d'équipage réduit, la Provence, le Dunkerque, ce n'est pas avant 5 h 15, voire 5 h 35 que les comman­dants seront avertis.

Le branle-bas ordonné, voici les bordées de quart prêtes à allumer les feux ou, plus vraisemblablement, à effectuer les opérations de sabordage. La décision appartient à l'amiral de Laborde. Et cet homme de décision hésite un instant.

— Avant de faire un geste aussi effroyable que de saborder les bateaux, dira-t-il à son procès, je voulais aller jusqu'à la dernière extrémité.

Pour lui, la « dernière extrémité », ce sera le moment où, par la porte Castigneau, les Allemands pénétreront dans l'Arsenal.

C'est fait à 5 h 25, cependant que, par la Pyrotechnie, une autre colonne blindée menace les appontements de Milhaud. Alors, sur 4 m 94, l'émetteur du Strasbourg lance à tous le message : « Ici amiral F.H.M., sabordez la flotte... sabordez la flotte... »

Il est 5 h 29.

Sur le Strasbourg, la signalisation optique répète le même ordre. Du cuirassé, partent, pour régularisation, des messages écrits à l'intention de tous les commandants.

EXÉCUTEZ IMMÉDIATEMENT

SABORDAGE DE VOTRE BÂTIMENT AMIRAL DE LABORDE

C.E.C. LES F.H.M.

Voici comment, le 27 mars 1947, devant la Haute Cour de justice, l'amiral de Laborde devait décrire le déroulement des opérations de sabordage à bord du Strasbourg et son récit épargnera au lecteur les fastidieuses explications indispensables à la compréhension de manoeu­vres complexes et dont la réalisation réclame plusieurs heures.

— ... Vers 6 heures moins le quart, je crois, nous avons vu envahir les quais, autour des appontements où était amarré le Strasbourg, il faisait toujours nuit, naturellement, puisque c'était en novembre. Nous les avons vus envahis par des soldats allemands qui se sont postés sur les quais ; il y en avait un certain nombre qui entouraient l'appontement du Strasbourg. J'avais fait supprimer la passerelle et toute communication était impossible autrement qu'à la nage. Nous avons été parfaitement tranquilles pour le sabordage qui a commencé d'abord en ouvrant les prises d'eau de tous les compartiments. Un homme est en bas et casse la manoeuvre, distend la prise d'eau avec une masse, de façon que, la prise d'eau étant tout de suite noyée, personne ne puisse la refermer. Le sabordage principal consiste, avec un chalumeau, à ouvrir la porte de visite des grandes roues qui atteignent trois mètres de diamètre sur le Strasbourg, des roues dentées, des turbines, des transmissions de mouvement aux hélices. Le chalumeau atteignant les dents en acier, la roue est finie pour toujours et, par conséquent, les machines sont sabordées instantanément. Pour les chaudières, si elles n'ont pas assez de pression, on est obligé de mettre un pétard pour les faire sauter ; pour les canons, on met un pétard dans la pièce de façon à couler la pièce ou à la faire sauter. »

 

Cet échec de l’opération Lila à qui le devons-nous ?

 

« Le Maréchal Philippe Pétain remet, le 6 décembre 1940, à Pierre Dupuis, « ministre du Canada, en poste à Vichy » le mémorandum Halifax, « secrétaire d’Etat au Foreign Office ». Il Y aura plusieurs intermédiaires : Jacques Chevalier, Paul Baudoin, Pierre-Etienne Flandin, le prince Xavier de Bourbon. » (Arrangement de la note 51 de la page 413 du tome 2 de Henri Amouroux. »

 

Dans ce mémorandum  que je relève, dans cette note, et qui comprend 6 articles, je lis :

 

« 3) La flotte se saborderait plutôt que de tomber entre les mains des Allemands ou des Italiens. »

 

Le Maréchal Philippe Pétain me semble être à l’origine de l’échec de l’opération Lila…

 

Poursuivons avec « Les 1001 Batailles »

 

« Kasserine 14-15 février 1943

 

Kasserine, en Tunisie, fut le théâtre du premier affrontement entre les forces de l’Axe et l’armée américaine lors de la guerre de 39-45. .En dépit de leur revers humiliant, les Américains se reprirent rapidement et empêchèrent les forces adverses d’exploiter leur avantage initial. »

 

« Invasion de la Sicile 9 juillet 17août 1943

 

L’invasion et la prise anglo-américaine de la Sicile constituèrent un tremplin vital pour la campagne d’Italie, même si les alliés ne purent empêcher les puissances de l’Axe d’évacuer avec succès leurs meilleures divisions de l’île pour poursuivre cette bataille défensives sur le continent. »

 

« Salerne – Assaut amphibie contre la péninsule 9-16 septembre 1943

 

La signature de l’armistice entre l’Italie et les Alliés le 3 septembre 1943 aurait pu sembler donner raison à Churchill, qui prétendait que l’Italie était le « maillon faible de l’Europe », mais la résistance acharnée et stratégique des Allemands à Salerne augurait mal la suite de ces évènements. »

 

Churchill, Pétain et Franco ne se rendaient pas compte que la tige de la botte italienne, à son point le plus large, ne mesurait pas plus de 210 kilomètres, avec, en son centre, la chaîne des Apennins, d’une longueur de 1 500Kilomères, ce qui réduisait en plus la largeur des vallées qui permettait à l’armée allemande de se défendre avec facilité.

 

« Monte Cassino 17janvier 18 mai1944

 

La lutte pour Monte Cassino jeta les troupes alliées présentes sur le front italien dans une bataille sanglante qui dura quatre mois. Alors que la supériorité matérielle des Alliés allait faire pencher la balance en leur faveur, les Allemands démontrèrent une fois de plus leur détermination et leur habileté dans les opérations défensives. »

 

« Le Garigliano 11-17 mai 1944

 

Dans une région chargée d’histoire, tout près de la via Appia, et sur les lieux mêmes d’une bataille où s’était illustré le chevalier Bayard, le général Juin dirige une manœuvre audacieuse pour contourner l’obstacle du Monte Cassino et enfoncer la ligne Gustav. »

 

« Débarquement de Normandie 5-6 juin 1944

 

Le 4 juin, le général des forces armées américaines Dwight Eisenhower, chef suprême des forces alliées, décida de lancer l’opération Overlord : l’invasion de l’Europe par les Alliés. Le débarquement fut différé d’un jour en raison du mauvais temps mais une accalmie officialisa le 5 juin comme le jour « J ». »

 

Pourquoi cette ouverture du troisième front ? Pour soulager leur allié soviétique ? Non ! Pour que l’Europe occidentale, délivrée de la dictature hitlérienne, ne soit pas  victime de la dictature stalinienne.

 

De Gaulle et Pétain

 

« Charles de Gaulle, après avoir fait l’Ecole de guerre, entre, en 1925, au cabinet du maréchal Pétain, alors vice-président du Conseil supérieur de la guerre, puis est affecté au secrétariat général de la Défense nationale (1932-1937) ». Larousse des noms propres

 

Le Maréchal Philippe Pétain représentait pour Charles de Gaulle – c’est mon opinion personnelle – l’exemple à suivre. Et comment se prénomme son fils, l’amiral de Gaulle ? Pourquoi Philippe ?

Pendant son procès (23 juillet-15 août 1945), le Maréchal Philippe Pétain observe un mutisme absolu. Condamné à mort, le chef de gouvernement, Charles de Gaulle commue sa peine en détention perpétuelle à l’île d’Yeu.

 

C’est à vous, chère lectrice ou cher lecteur de conclure, en votre âme et conscience,  si le maréchal Pétain a trahi la France à Montoire...

 

Post-scriptum

 

L’auteur britannique de « Les 10001 Batailles qui ont changé le cours de l’Histoire » ne mentionne pas l’ouverture d’un quatrième front, par l’armée française, le 15 août 1944 : le débarquement de Provence C’est une nouvelle bataille de France. L’armée du général de Lattre deTassigny chassera la lie nazie de notre territoire et terminera son périple, le 4 mai 1944, à l’Obersalzberg, le Nid d’Aigle du caporal bohémien…

 

« La conquête de l’Obersalzberg était une entreprise de prestige de premier ordre. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir les troupes américaines et françaises réclamer la gloire d’avoir été les premières à être arrivées là-haut. Ce qui est sûr, c’est que les deux troupes ont atteint l’Obersalzberg le 4 mai. Etant donné que ce territoire est relativement étendu, il ne se laisse pas clairement conclure à partir des rapports laquelle des deux troupes était la première et où. » L’Obersalzberg – Ernst Hanisch

 

Arthur Holle