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L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle
Fig. 1 Louis Datry

Comment s’est comportée la gent masculine des familles Holle, Datry et Legrand, en état de combattre, pendant les guerres

 

Dans la famille Datry, nous nous intéresserons à Louis ainsi qu’à Paul ; dans la famille Holle, à Arthur, à Rudi ainsi qu’à Arthur, fils d’Arthur, et dans la famille Legrand, à Clovis.

Pendant la première guerre, les Allemands assignent Louis à résidence dans la Ruhr. Les motifs, je ne les connais pas ; mais je pense qu’il était trop francophile. F1

Tous les dimanches, Louis rendait visite à sa fille Germaine, notre mère. Un dimanche, il lui fit part qu’Arthur, fonctionnaire français, chantait en allemand, dans les bistrots, et qu’il risquait de perdre sa place.

En 1940, lors de l’annexion, il dit à sa fille que Sophie F2, notre grand’mère, le menaçait de le dénoncer à la Gestapo. Et notre mère lui répondit que, comme d’habitude au cours de leurs disputes, il la traita de « Boche »…

 

 

Fig. 2 Sophie Weber, épouse Datry

Terminons avec la famille Datry et intéressons-nous à Paul, notre oncle F3, fils de Louis et de Sophie. En 1940, marin, il servait sur un dragueur de mines, basé à Dunkerque. Après la bataille de Dunkerque, bataille perdue, il se rend en Angleterre,     s’engage dans la marine anglaise puis dans la marine des Forces françaises libres. Ce combattant de la première heure, ne l’oublions pas, était le fils d’une Bavaroise. La sœur et le frère de notre grand’mère Sophie ont quitté la Lorraine, après l’armistice de 1918, et se sont établis en Allemagne.

Fig. 3 Paul à côté de sa soeur, notre mère, et leur cousine

Fritz, un neveu de Sophie, fils de son frère, Charles Wéber, n’a pas suivi son père en 1918. Resté en France, avec sa mère, il sert dans l’armée française. Mobilisé, en 1939, prisonnier, en 1940, Mosellan et fils d’un Allemand, il aurait pu être libéré, dès août 1940 de son stalag. Non ! il est Français, et non Allemand, change de prénom et ne sera libéré, sous le nom d’André Wéber, qu’après la fin de la guerre. Ah ! ces têtes de Hans…

Passons à Clovis Legrand, mon beau-père F4. Pendant l’occupation, il sauve plusieurs Juifs - entre autres MM Loeb et Samuel, commerçants de Metz - en leur établissant de faux papiers.

Fig. 4 Clovis Legrand, gendarme à cheval

Dans la famille Holle, Rudi Fig.5, le plus jeune frère de papa, sous-officier au deuxième bureau, entre dans la résistance, dès 1940. Poursuivi par la Gestapo qui perquisitionne son domicile, il se réfugie dans le Vercors, et ce, grâce au médecin qui l’avertit, à son lieu de travail, de ne pas se rendre chez lui, mais de fuir.

En 1944, papa, de service à son lieu de travail, le Central téléphonique de Lalande, un dimanche, est appelé à la Santé, siège de la Gestapo de Lyon. Comme il ressemblait à son frère et que ce dernier était fiché à la Santé, il s’en est tiré avec de fortes coliques…

Fig. 5 Rudi à gauche , Arthur fils, germaine, Arthur père

Avant de m’intéresser à notre père, à qui je dois beaucoup de reconnaissance, du fait que, par son aversion au régime nazi, j’ai échappé à l’enrôlement de force dans l’armée allemande. J’aurais dû être incorporé dans le Reichsarbeitsdienst, en mai 1943, et, dans la Wehrmacht, 6 mois plus tard. La moitié des incorporés de ma classe, originaires du Sablon, ont élu domicile, pour l’éternité, en Russie.

 

Pendant deux semaines avant la libération, j’ai combattu, dans un maquis de la Drôme F6 et, à la Libération, je me suis engagé dans l’armée française, pour la durée de la guerre. J’ai fait 3 campagnes et 2 occupations :

 

-       Campagne des Alpes 09 à11/ 1944 ;

-       Campagne de Strasbourg 01 à 03/ 1945 ;

-       Campagne des Alpes 04 à 05/1945.

-       Occupation d’Italie 05 à 07/1945 ;

-       Occupation de Vienne 09 à 12/1945.F7



Fig. 6 Juillet 1944, Arthur, en tenue de maquisard

En revenant d’Italie, nous étions cantonnés dans la Drôme. Une section de notre régiment dont je faisais partie, devait défiler à Paris. Pour ne pas m’emmerbêter à ce défilé de la victoire, je prétextai qu’un salopard m’avait volé ma tenue fantaisie. J’échappais de même au défilé de Valence. Après ce défilé, où j’y assistai en tant que spectateur, dans la tribune officielle, nous eûmes quartier libre, l’après-midi, ainsi qu’une permission de 24 heures, le lendemain.

 A quatre, nous nous rendons à Lyon et décidons de manger, en cours de route. Nous nous arrêtons à Tain- l’Ermitage, choisissons un restaurant cossu. et prenons place à côté d’une table, occupée par un barbon en compagnie d’un joli tendron. Pendant tout le repas, nous nous moquons gentiment de ce couple mal assorti. Après avoir réglé son addition le barbon sort de la salle, y revient, en uniforme de préfet, et passe, avec son joli tendron, en souriant et en se moquant de nous, devant notre table. Tous les quatre, comme un seul homme, en claquant les talons, nous nous mettons au garde-à-vous, l’air piteux… Dans l’armée française, il est interdit de saluer, avec la main, quand sommes découverts.



Fig. 7 Arthur fils , en tenue d'alpin, 1945,Vienne

Et maintenant, intéressons-nous à Arthur Holle, notre père.

                                           

Arthur est incorporé, en 1917, à l’âge de 18 ans, dans l’armée allemande et fera ses classes dans le Brandebourg, capital Berlin F8. Après ses classes, il rejoint une unité allemande en Finlande, chargée d’empêcher les Soviets de s’emparer de ce pays. Le traité de Versailles (28 juin 1919) confirmera ce Grenzschutz – garde des frontières.

Fig. 8 Arthur père, 18 ans, Berlin

Son fils ne rentrant pas et sans nouvelle, Catherine, sa mère, le considère comme porté disparu et fera dire des messes pour le repos de son âme, à l’église paroissiale de Saint-Martin ; nos grands-parents habitaient et travaillaient à la grande poste, dans la Bahnhofstrasse, rue de la gare, l’actuelle rue Gambetta, qui faisait partie de la paroisse Saint-Martin.. Finalement, il réintègre son foyer, le 10 février 1920, date anniversaire de notre mère ; soit 15 mois après l’armistice. Peut-être, avons-nous des frères et des sœurs en Finlande ???

Dès le lendemain, la gendarmerie l’arrête à son domicile, comme déserteur, et le remette à l’autorité militaire. Il se retrouve à Toul et y restera jusqu’en mai.

 Mobilisé en 1939, il sera démobilisé, quelques semaines plus tard, en tant que père de famille nombreuse.

Fig. 9 Les nazis nous obligeaient à mentionner notre religion

1940

Premier incident avec les nazis. J’en suis le seul responsable, et personne n’en sait rien. Octobre 1940. Je rencontre un de mes meilleurs amis d’enfance qui me demande d’adhérer aux Jeunesses hitlériennes où il détient une des premières places. Je refuse, il insiste puis je me ravise et lui promet de venir le voir, le lendemain, assis sur un banc sans y participer au gymnase de l’école Saint-Bernard. Le lendemain, j’assiste, goguenard, à leur défilé en rond en chantant « Heili…Heilo » et « Schwazbraun  ist die Haselnuss », quand un responsable adulte s’assied près de moi et me demande ce que je pense de ce spectacle ? « Dummheiten » - Stupidités - du haut de mes 15 ans.

 Deuxième incident. Un ami allemand de notre famille, ancien messin, heureux de nous revoir réunis, au sein du Reich, nous rend visite, un après-midi d’octobre. Comme papa s’attarde au Bar de la Terrasse, maman me demande d’aller avec cet ami au Bar de la Terrasse. A l’intérieur, toutes les tables sont occupées, dont trois ou quatre par des SS, sur le mur du fond, un portrait du Führer, et papa, au bout du comptoir, légèrement éméché.

Quand il nous voit entrer, il se met en colère parce qu’il savait que cet ami était un dignitaire SA et se retourne vers le portrait de Hitler et le traite de tous les noms d’oiseaux dont celui de bâtard et qu’Autrichien de naissance, il n’est pas Allemand. Lui, Lorrain, mérite plus d’être Allemand que lui, du fait qu’il avait servi dans l’armée allemande, pendant la dernière guerre. Les SS ne bronchent pas.

Après sa tirade, papa clame qu’il entre chez lui, règle sa consommation, mais voit qu’une table de SS sort pour l’attendre. Il ne se démonte pas et dit assez haut qu’il va uriner, passe par le côté privé du Bar de la Terrasse et s’enfuit avec son vélo. L’ami et moi sortons sans crainte. A peine dehors, tous les SS du café nous entourent et nous prennent à parti. Notre ami sort sa carte du parti et celle de dignitaire de SA, ce qui nous sauve, mais ne revient pas chez nous..

 Troisième incident. Après Montoire, Adolf Hitler, satisfait de l’offre de collaboration du maréchal Philippe Pétain, demande au Gauleiter J. Bürckel de cesser les expulsions, mais, en contrepartie, il exige que les fonctionnaires des trois départements annexés lui prêtent serment. Papa, comme beaucoup de ses collègues .se dérobe sous le motif « ce n’est pas les Allemands que nous avons connus ». Les fonctionnaires récalcitrants perdent leur emploi, le 31 décembre 1940, et s’en suit une nouvelle vague d’expulsions.

 Quatrième incident. En janvier 1941, l’administration allemande exige de remplir un formulaire, par famille, d’état-civil, de nationalité et de religion. Je considère le fait de déclarer sa religion comme une étoile jaune. Quant à la nationalité, mon père ne veut pas être de nationalité allemande puisqu’il se considère « Lotthringer », Lorrain. F9 et 10

Fig. 10 Carte de réintégratio dr mon père que j'ai dû présenter pour obtenir ma carte d'identité. Vexation de l'administration française...

Expulsion. Début avril 1941, papa reçoit une convocation en vue de se rendre au commissariat de la rue des Roberts pour faire valider un document d’expulsion. N’y figurent que notre mère, Lucien et Huguette. Papa s’y rend avec notre livret de famille. Le commissaire s’en tient aux personnes figurant sur le document. Mais derrière papa, se trouve un commissaire de police français,Octave Humbert F11, qui, comme papa, avait refusé de prêter serment au chef de l’Etat allemand. Au cours de leur discussion, le commissaire français convainc son collègue allemand qu’il s’agit d’une simple erreur administrative, du fait que manquait, sur ce document 2 mineurs.

En fait non, ce n’est pas une erreur. Notre sœur Marthe a été expulsée quelque temps par la suite. Notre tante Marthe Marchal s’est installée dans notre logement et la police allemande est venue avec un ordre d’expulsion concernant Marthe Holle. Elle leur a dit qu’elle était née Marthe Holle mais qu’à présent elle se dénommait Marthe Marchal.

Fig. 11 Famille Holle et Humbert 1941 Ars sur Formose. Octave Humbert se situe à droite

Notre père, je pense, figurait dans les papiers de la Gestapo, suite à son comportement au Bar de la Terrasse.

Quant à moi, suite aux 2 incidents - jeunesse hitlérienne et Bar de la terrasse -, je devais être de même que mon père fiché à la gestapo. Une fiche aux archives municipales de Metz me signale que je suis à Lyon, alors que je devrais être au RAD :

 

« 1943 nach Lyon geflüchtet. » F12

 

Réfugié à Lyon.

Fig. 12 Réponse de l'administration allemande

Pour connaître les états de service de papa, j’écrivis à l’autorité allemande, compétente en ce domaine, et lui signalai « ce réfugié à Lyon ». En réponse :

« Ce sont les autorités françaises qui nous signalaient votre présence à Lyon »

La fratrie Holle : Huguette, Marthe, Lucien, à Villeurbanne
Lyon, 7 juin 1942, 4 Lorrains qui n'ont pas prêté serment à Hitler