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L'Histoire sous un autre Angle
L'Histoire sous un autre Angle
Le château Fabert, siège de la seigneurie de Moulins

« Il était une fois MOULINS ...

 

… AU FIL DE L'EAU. »

 

   Moulins se situe de part et d'autre du lit de la Moselle et, de ce fait, profitait des avantages ou subissait les inconvénients d'une telle situation. Intéressons-nous, par conséquent, aux différents avantages (moulins, passages, plaisirs de l’eau, voyages en bateau) ainsi qu’à l’inconvénient majeur de cette situation , les inondations. Et, pour ce faire, remontons quelque peu le temps.

 

 

LES MOULINS

 

 Si Moulins tire son toponyme de la présence de moulins sur son territoire et dans les environs, l'énergie hydraulique qui les mouvait ne provenait pas de la Moselle mais du ruisseau de Montvaux. En remontant le cours de ce dernier, à partir de son ancienne embouchure, en amont du vieux pont de Moulins, jusqu'à la sortie de Châtel-Saint-Germain, côté Amanvillers, nous parcourons environ trois kilomètres et rencontrons quelque dix moulins qui répondent aux noms suivants :

 



 v Moulin du Poncet ;

 v  Moulin du Cugnot ;

 v  Moulin de la Cueillerotte ;

 v  Moulin du Goglo ;

 v  Moulin du Longeau ;

 v  Moulin-neuf ;

 v  Petit-moulin ;

 v  Moulin aux oies ;

 v  Moulin Dourois ;

 v  Moulin haut.

 

 Si ce nombre impressionnant de moulins sur une si courte distance justifie le toponyme, seuls, le Poncet et le Cugnot, se situaient sur son territoire. Cette absence de moulins sur les rives de la Moselle, nous la devons à la digue de Wadrineau qui alimentait en eau les moulins de la cité messine. Par un effet pervers, le barrage provoquait des inondations en amont de celui-ci et rendait difficile la domestication de l'énergie hydraulique. En outre, un atour du 21 juin 1425.....

   Jusqu'en 1425, les propriétaires des moulins et des différents ports de Metz assuraient l'entretien de la digue de Wadrineau. Au cours de cette même année, une brèche priva les moulins et les ports de l'eau nécessaire à leur fonctionnement, et la Moselle envahit les champs. Le coût du rétablissement du barrage étant trop élevé, la cité messine se substitua aux propriétaires et procéda aux réparations. Pour s'assurer du monopole de la mouture des grains, les édiles municipalisèrent moulins et ponts, indemnisèrent les propriétaires et interdirent, par cet atour, l'établissement de moulins sur le cours de la Moselle.





Moulins Haut
Moulins Haut
Moulins Dourois
Moulins Dourois
Petit Moulin
Petit Moulin
Moulin du Goglo
Moulin du Goglo
Moulin de la Ceuillerote
Moulin de la Cueillerote
Moulin du Poncet
Moulins du Poncet
Moulin du Poncet
Moulin du Poncet

LE VIEUX PONT

 

 

Seuls de tous les habitants du Val de Metz, les Moulinois disposaient d'un pont pour passer d'une rive à l'autre de la Moselle. Les mentions du vieux pont, nous les trouvons dans les “Preuves de l'Histoire de Metz” des Bénédictins. Le 3 avril 1227, un différend opposait la Cité à son évêque. Ce dernier, Monseigneur Jean d'Apre-mont, revendiquait ses droits sur le pont. Les deux parties acceptèrent la médiation du chapitre cathédral. Deux de ses membres, les archidiacres Wiri et Huiguignon le Bègue, déposèrent leurs conclusions. Le prélat messin renonça, bon gré mal gré, à ses prétentions.

 

   Cet événement, je le rapproche de la situation créée par la disparition du dernier comte de Metz, Albert, mort en 1214, sans laisser d'héritier mâle. Jean d'Apremont, premier évêque de Metz, élu canoniquement par le chapitre cathédral, en 1224, saisit l'occasion pour rentrer en possession de tous les biens que le comte tenait en fief de l’Église de Metz. Le château de Moulins, sentinelle du pont, situé sur le ban l'évêque appartenait à celui-ci. Dans l'esprit du prélat messin, le passage de la Moselle que défendait sa forteresse relevait du domaine épiscopal. Monseigneur d'Apremont dut se rendre à la raison : le pont que ses vassaux protégeaient dépendait de la ville de Metz.

 

Il faut attendre plus d'un demi-siècle, le 27 juin 1282 pour découvrir une deuxième mention du pont. Les édiles messins, par besoin d'argent, vendent “le Pont-à-Moulins, les Pons des Morts et le Pont Thiefroit au grant Hospital sainct Nicolay de Metz”. Prix de la transaction : onze cents livres messines. La cession se fait, sans aucune restriction, avec toutes les charges ainsi que tous les produits.

 

Les charges consistaient à :

 

1 - entretenir les ponts en bois ;

   2 - les construire en pierre à raison d'une arche par an, à partir d'une certaine date.



Ces servitudes nous renseignent sur la nature des matériaux de ces trois passages de la Moselle, au XIIIème siècle.

Les produits, destinés à leur entretien et à leur construction, étaient de trois sortes mais variaient suivant les usagers :

 

  • le péage ;
  • le pain ;
  • les "warnemens".

 

Le péage

 

Le compte-rendu de la séance du conseil, en date du 2 juin 1282, fixe le tarif du passage :

 

  • un char attelé d'un cheval : un denier ;
  • un char attelé de deux ou trois chevaux : deux deniers ;
  • un char à boeuf : deux deniers ;
  • etc.

 

Les habitants de Moulins, de Châtel-Saint-Germain, de Lessy, de Chazelles, de Sainte-Ruffine, de Jussy et de Scy “sont quittes au Pont à Moulins”. Toutefois, s'ils louaient, pour leur usage personnel, un char dans une autre paroisse que celles énumérées ci-dessus, ils acquittaient le droit de péage.

 
Le pain

 

En compensation de cette franchise, les Moulinois et leurs voisins remettaient, tous les ans, à Noël, un pain à l'hôpital Saint-Nicolas.

 

Les "warnemens" 

 

En clair, les vêtements que devait léguer, à sa mort, tout habitant de Moulins et des paroisses environnantes à l'hôpital Saint-Nicolas. Variable en fonction de la qualité et du sexe du défunt, il se composait :

 

  • pour un ecclésiastique, de la robe, de la soutane et du bonnet ;
  • pour un paroissien, du manteau, du pourpoint et du chapeau ;
  • pour une paroissienne, de la robe, de la cotte et de la coiffe.

 

Les héritiers qui, par piété filiale, ne voulaient pas se dessaisir de ces habits, remettaient au curé de leur paroisse - l'agent centralisateur de l'habillement et du pain - l'équivalent en espèces trébuchantes et sonnantes, dans un délai de huit jours.

En cette même année 1282, les Bénédictins, dans leurs “Preuves de l'Histoire de Metz”, citent encore le pont, à deux reprises.

Une première fois, le 8 juillet. Dans un atour, les Treize confirment que toutes les personnes de qualité, fussent-elles duc, comte, dame ou écuyer, doivent acquitter le péage. Ce jugement fait suite à l'incident qui dut opposer les « péagers » - préposés au péage - à un écuyer qui refusait de payer.

La seconde, vers la fin de l'année. Le Conseil décide d'élire, chaque année, huit jours avant la Chandeleur, un Treize et lui confie la charge de prélever les revenus des ponts afin de les transmettre à l'hôpital.

Trente années plus tard, les magistrats se rendent à l'évidence : pas une arche de pierre. Aussi, par un atour du 1er décembre 1312, enjoignent-ils aux Maîtres de l'Hôpital Saint-Nicolas de procéder, l'année suivante, à la construction de la première arche du Pont-des-Morts, à la cadence d'une par année, terminée à la Saint-Rémy. Dès l'achèvement du pont des Morts, ils entreprendront celui de Moulins et, ensuite, le Pont Thiefroy. En calculant le nombre d'arches que comportaient le Pont des Morts et celui de Moulins, à l'époque de leur construction, tout un chacun peut déterminer l'âge du vieux pont.

Sans affiner mes calculs, je peux, sans me tromper, faire remonter son ancienneté au deuxième quart du XIVème siècle.

Au cours des nombreuses guerres qui opposèrent la Cité messine à ses voisins, le Vieux pont sera l'objet de convoitise des assaillants. Et ce, jusqu'au phénomène de défluviation de la Moselle, phénomène inexpliqué à ce jour.

Lors des séances des 5 mars et 16 avril 1931, l'Académie nationale de Metz débat du déplacement du lit de la Moselle. Je remercie le docteur François Jung de m'avoir communiqué la copie des procès-verbaux de séance.

Monsieur Prével attribue cette défluviation à un éboulement de la colline “qui a obstrué complètement le cours de la rivière, la forçant à se frayer un nouveau lit”.

Monsieur Hegly admet cette cause, mais la conjugue avec une autre qui “réside dans le fait du débouché notoirement insuffisant du vieux pont de Moulins”. En outre, il émet une troisième hypothèse : celle de l'alluvionnement.

Pour comprendre ce phénomène de défluviation, essayons de l'expliquer. Le lit fluvial se compose de deux lits : le lit ordinaire ou apparent, marqué par les berges, et le lit majeur, occupé par les eaux, lors des crues. Lorsque l'alluvionnement - dépôt des alluvions - exhausse le niveau du lit ordinaire au-dessus du lit majeur, le cours d'eau emprunte, après la décrue, le canal du lit majeur dont le niveau se trouve au-dessous du lit ordinaire.

La géologie nous apprend que le ralentissement du flot entraîne un état de surcharge, donc un alluvionnement. Nous pouvons conjecturer que le Vieux pont de Moulins ainsi que la digue de Wadrineau ralentissaient le flot de la Moselle et provoquèrent, au cours du printemps de l'année 1614, le déplacement de son lit.

Revenons à la communication du 16 avril 1931, qui s’intéresse à notre Vieux pont. Monsieur Hegly nous informe que :

 

“... le service des Ponts et Chaussées projette de le démolir partiellement, dans sa superstructure, pour le remplacer par une chaussée sur remblai...”

En compulsant les registres des délibérations du Conseil municipal de Moulins, je ne trouve aucune mention d'un projet de démolition du Vieux pont, de 1918 à 1939, alors que, sous l'annexion, il existe un tel projet. En effet, le 11 mai 1889, je lis :

 

“Considérant, en outre, que ce pont est un monument historique, encore très solide, qui serait facile à conserver, car de mémoire d'homme il n'a jamais bougé, et on l'a toujours vu tel qu'il est : on n'en a jamais vu tomber aucune pierre. L'administration supérieure dépense des sommes importantes pour conserver des monuments his-toriques inutiles qui sont près de la ruine, tandis que celui-ci est utile et est d'une rare solidité. Le conseil municipal trouve la somme portée au devis exorbitante et exagérée. Il ne voit pas la nécessité de faire de si fortes réparations, et il est convaincu qu'une somme bien moindre serait suffisante pour consolider le pont ; et qu'en outre de bons emplois de pierres ou de crasses empêcheraient les voûtes de s'user...”

 

Le 25 juin suivant, le conseil municipal délibère à nouveau sur ce sujet :

 

“M. l'Adjoint donne ensuite des détails sur l'entretien qui eut lieu le 22 juin (courant), à Metz, entre les 5 délégués du Conseil municipal et M. le Kreis-Direktor, assisté de M. l'Ingénieur des routes d'arrondissement, et il demande au Conseil de délibérer à cet égard.

Le Conseil municipal, après avoir mûrement délibéré,

Considérant que d'après le projet de démolition du pont, les arches qui devraient disparaître sont précisément les meilleures et relativement bonnes ; celles au contraire qui seraient à conserver et à réparer sont mauvaises ;

Considérant que ce monument ancien, quoique laid et presque dénué de valeur artistique, fait partie de l'aspect qui donne un cachet particulier au village du Moulins ;

Considérant que ce pont utile est aimé de tous les habitants de Moulins, qui ne voudront jamais se résoudre à croire que 5 arches suffiront à garantir complètement leurs moissons, terrains et récoltes contre les fortes inondations ;...”

 

Finalement, les Moulinois obtiennent gain de cause puisqu'un an plus tard, une délibération du Conseil municipal du 25 août 1890 nous apprend que le pont sera réparé :

 

“... M. le Maire soumet au conseil municipal les pièces de l'enquête concernant la réparation du vieux pont de la Moselle, ainsi que les plans y relatifs. Il communique ensuite aux conseillers qu'aucune observation n'a été présentée pendant tout le temps qu'a duré l'enquête, c.à.d. du 17 au 31 juillet 1890.

Le Conseil municipal, considérant que le nouveau projet de réparation est fait selon ses vues, ne présente aucune objection contre le projet en question.”

 

Mais revenons à la délibération du 11 mai 1889. Nous y découvrons l'existence d'une prison communale, sous le pont. La décision de construire cette prison remonte au 7 février 1876 :

 

“M. le Maire expose que depuis longtemps le Conseil municipal lui a exprimé le voeu qu'un lieu de sûreté soit établi sous une des arches du pont et l'invite à mettre à sa disposition les fonds nécessaires pour cet objet.

Le Conseil Municipal ayant reconnu depuis longtemps le besoin d'établir un lieu de sûreté hors du village afin d'éviter les accidents qui pourraient résulter en plaçant les gens sans aveu, les tapageurs ou les vagabonds dans l'intérieur du village où ils troubleraient le repos public, décide qu'une prison ou lieu de sûreté sera établi sous une des arches du pont de Moulins et vote à cet effet pour la fermeture de cette arche en maçonnerie et pour la pierre de taille des ouvertures, la somme de deux cent quatre-vingts marks à prendre sur les fonds communaux en caisse de l'exercice 1875.

Le Conseil nomme une commission composée de MM. Bello, Clément et Cuny pour surveiller et diriger les dits travaux avec M. le Maire.”

 

Dès le 10 février 1876, le Kreisdirektor Freyberg approuve ce projet. Si le vieux pont, devenu inutile comme point de passage de la Moselle, accueillait “les gens sans aveu”, un bac le remplaçait, depuis des lustres, dans cette fonction de passage.

 

 

  LES BACS

 

 

 

Du 17ème au 20ème siècle, un seul bac, celui de Moulins, offrait aux habitants du Val de Metz la possibilité de franchir la Moselle. Alors pourquoi ce titre au pluriel ? ... parce que nous nous intéresserons au bac précité, à l'existence réelle, ainsi qu'à la “Fähre bei Sauvage“, le bac du Sauvage, à l'état virtuel, sous l'annexion.



 

Bac de Gharron (Charente Maritime

   LE BAC DE MOULINS

 

Après la défluviation de la Moselle, le vieux pont ne servait plus qu'aux personnes empruntant la route d'étape de Metz à Gorze. Aussi monsieur de Fabert, seigneur de Moulins, établit-il un bac sur le nouveau lit de la Moselle, et pour les Moulinois, et pour les personnes étrangères à la paroisse désirant passer de la rive gauche à la rive droite de la rivière. Trois documents officiels confirment la présence d'un bac sur le territoire de la seigneurie de Moulins :

 

v  un plan des ponts et chaussées du 18ème siècle ;

v  les plaids annaux de la seigneurie de Moulins ;

v  le registre de déclarations de grossesse de Metz.

 

Le plan des ponts et chaussées du 18ème siècle

 

Grâce à ce plan, nous savons que le bac se situait à l'emplacement du nouveau pont.

Plan des Ponts er Chaussées du XVIIIe siècle

 

Les plaids annaux de la seigneurie de Moulins

 

Au cours de ces assemblées annuelles, le seigneur de Moulins et les “porteriens” de sa seigneurie - les propriétaires ; en patois roman mosellan, la propriété communale se nomme le “portèréje” - se concertaient, fixaient le montant du péage ainsi que la réglementation. Grâce à cette dernière, nous savons que le passage était interdit “après le soleil couché jusqu'au soleil levé” et que les bateaux - il devait y en avoir au moins deux - étaient “rangés, bien fermés et cadenassés de nuit”.

 

 

Le registre de déclarations de grossesse de Metz

 

Celui-ci nous informe que :

 

“Le trois septembre mil sept cent soixante, Barbe Lelorrain fille âgée de vingt ans, de Henry Lelorrain, laboureur a Moulin et de Jeanne Champigneulle, a déclaré, pour se conformer aux ordonnances qu'elle est enceinte, d'environ sept mois et demy des oeuvres du nommé Dominique ..... passager en barque qui l'a surpris dans sa barque ou il la fait entrer et violenté laquelle déclaration elle dit ne pouvoir faire qu'au procureur du roy ayant ses raisons pour ne point la faire à M. Lieutenant criminel de Metz les jours et mois susdits et a signé."” (sic)

 

À mon avis, il s'agit d'un viol bien caractérisé, mais les gens de justice n'y donnent aucune suite. En août 1762, soit deux ans plus tard, les registres paroissiaux mentionnent la naissance de Marie Anne, fille de Dominique Nicolas, batelier. Le violeur exerce toujours la même fonction, continue de procréer en toute impunité et mourra, le 27 décembre 1785, à l'âge de 49 ans. Au moment des faits, il avait 24 ans.

En 1882, le bac cède sa place à un pont flottant de l'armée (voir page suivante) allemande et facilite les mouvements de troupes qui se rendaient sur le terrain de Frescaty ainsi qu'au champ de tir d'Orly.

L'année suivante, la municipalité de Moulins vendit “à l'enchère l'ancien ponton de la commune au passage du bac près de Maison-Rouge”.

Avant de nous intéresser au bac virtuel, rappelons que, sous l'Ancien Régime, chaque seigneurie fixait la réglementation du passage d'un cours d'eau. Sous l'annexion, elle émanait de la Présidence de Lorraine :

 

v  Concession : mise en adjudication pour une durée de 9 ans ;

v  Bateau : vide d'eau et sièges en bois pour les passagers ;

v  Embarcadère : aménagement des rives, sur une distance de 1 000 mètres – soit 500 mètres en aval et 500 mètres en amont ;

v  Employé : âgé de 21 ans, de bonne vie et de bonne mœurs ;

v  Traversée : interdite de nuit, par grand vent, en cas de crue et de charriage de glaces ;

v  Temps d'attente : 1 heu-re pour les piétons, 1/2 heure pour les voitures à cheval, sans délai pour les fonctionnaires ;

v  Gratuité : président de département, directeurs d'arrondissement, mai-res, personnel de police, de justice, de la navi-gation, des ponts et chaussées, ministres du culte et militaires de tous grades.




Carte Cassini (Fin du XVIIIe Sickle

Passons, à présent, au bac virtuel.

 

LE BAC DU SAUVAGE

 

La gestation du projet de ce bac durera quelque trois années et nous suivrons son évolution en compulsant les délibérations des conseils municipaux de Longeville et du Ban-Saint-Martin.

En 1881, la direction du cercle  (sous-préfecture) proposa de transférer le bac de Blettange (annexe de Bousse) à Longeville, au-dessus de la digue de Wadrineau, en face de la route militaire (Boulevard Saint-Symphorien). L'entretien du bac serait à la charge de l’État. Les communes intéressées ne subviendraient qu'aux dépenses d'entretien de la route militaire, pendant une période de 5 ans. Le coût annuel de l'entretien, réparti entre les administrations civile et militaire et quelque 7 communes, s'élevait à 1000 marks. Longeville participait pour 10 marks ; le Ban-Saint-Martin, pour 5,85 marks.

En décembre 1882, l’acquisition et l’aménagement des rives ainsi que la réparation et l’installation du bac s’élevaient à la somme de 5 000 marks dont 1 000 marks étaient à répartir entre plusieurs communes. Longeville vota une subvention de 200 marks ; Le Ban-Saint-Martin, de 50 marks.

En août 1883, les conseils municipaux de Longeville et du Ban-Saint-Marin votèrent une prolongation de leur participation à l'entretien de la route militaire, prévue initialement pour une durée de 5 ans. Longeville admit une durée illimitée ; Le Ban-Saint-Martin, une durée de 20 ans.

En mars 1884, les deux communes exigèrent un bac à voitures et refusèrent de verser les subventions votées pour un bac à usage des seuls piétons.

En juillet de la même année, l'armée allemande établit un pont flottant, destiné à ses manoeuvres d'été. En exceptant les périodes d'inondation, les pionniers de l'armée allemande ne démontaient pas le pont.

Comme l'administration militaire autorisait la circulation des piétons et des voitures civiles sur le pont flottant, Longeville et Le Ban-Saint-Martin décidèrent d'abandonner le projet de la “Fähre bei Sauvage”.

Ce pont flottant et celui de Moulins ne disparurent qu'au début de notre siècle, lors de la mise en service des deux ponts stratégiques de la Moselle : le pont de Maison-Rouge (l’actuel pont de Moulins) et le pont du Sauvage (l’actuel pont de Verdun).



Ponton de Maison Rouge

LES DEUX PONTS STRATÉGIQUES DU

 

VAL DE METZ 

 

En cas d'attaque, les ouvrages de l'enceinte fortifiée de la ville de Metz, situés sur la rive gauche de la Moselle, se trouvent quelque peu isolés. Les troupes de renfort ne peuvent qu'emprunter le Moyen-Pont ainsi que le Pont des Morts. Ce dernier pont franchi, elles buttent contre le passage à niveau.

Pour pallier cet inconvénient majeur, l’État-Major général crée une route stratégique - Kriegstrasse - (l'actuel boulevard Saint Symphorien). Un pont de bois enjambe le canal ainsi que le Bras mort et la relie à la ville ; un pont flottant sur la Moselle permet sa jonction à la rive gauche de la rivière. Cette solution, provisoire, ne satisfait nullement l’État-Major général, aussi décide-t-il de construire deux ponts en maçonnerie, en amont de Metz, de supprimer le passage à niveau et de construire un pont au-dessus des voies ferrées - le fameux pont de fer.

Itinéraire des troupes en renfort, suivre les flèches : Boul. Poincaré – Moyen Pont – Rue du Pont des Morts Pont des Morts – Rue de Paris. A cet endroit, elles butent sur la voie ferrée

 

 

BAU FESTER BRÜCKEN ÜBER DIE 

 

 MOSEL OBERHALB METZ

 

Dans une requête qu'il adresse, le 21 avril 1902, à Sa Majesté impériale Guillaume, deuxième du nom, le général d'infanterie von Gossler, ministre d’État et de la Guerre, se fait le porte-parole du chef d’État-Major général.

Dans le cadre de l'exercice, les troupes, cantonnées sur la rive gauche de la Moselle se rendent soit sur le terrain militaire de Frescaty, soit au champ de tir d'Orly. Pour traverser la Moselle, elles empruntent un pont flottant, celui de Préville-Maison-Rouge, installé depuis plusieurs années.

D'année en année, le coût d'entretien de ce pont flottant ne cesse d'augmenter ; augmentation due à l'usure, au démontage, pendant les mois d'hiver et lors des inondations, ainsi qu'au remontage. Stratégiquement, il s'avère indispensable que l'Armée dispose, à cet endroit, d'un passage en permanence. À cet effet, elle projette d'y construire un pont en maçonnerie. Comme le pont sera ouvert à la circulation, l'administration militaire souhaite que les pouvoirs publics participent financièrement à l'élaboration du projet.

Entre temps, le déclassement de l'ancienne enceinte fortifiée de la ville permet l'extension de la cité et l'aménagement du nouvel ensemble ferroviaire (gare des marchandises et gare des voyageurs). Dans ces conditions, l’État-Major général se demande s'il n'est pas préférable de transférer au Sauvage la construction, initialement prévue à Maison-Rouge.

Après mûre réflexion, il projette de construire deux ponts en amont de Metz : le pont de Maison-Rouge et le pont du Sauvage. Si la construction du premier se justifie dans le cadre de l'exercice déjà cité, s'y ajoute, à présent, l'exercice de deux bataillons d'infanterie et d'un bataillon d'artillerie à pied (Fussartillerie), cantonnés dans la nouvelle caserne (occupée actuellement par le 1er Régiment de Santé). Quant au second, il est indispensable à la défense des fortifications, sans oublier que, dans un proche avenir, la circulation prendra largement le pas sur les besoins de la défense.

Le coût de l'opération se monte à :

 

v  500 000 marks, pour le pont de Maison-Rouge

v  800 000 marks, pour le pont du Sauvage.

 

Après concertation avec les pouvoirs publics, ceux-ci sont disposés à participer financièrement à la construction du pont du Sauvage, à raison de 150 000 marks, ainsi qu'à son entretien, au prorata de leur participation financière. Quant au pont de Maison-Rouge, ils se refusent à payer la moindre somme.

En tenant compte de ces considérations, il ne fait aucun doute que la construction de deux ponts en maçonnerie, en amont de Metz, s'avère indispensable : celle du pont de Maison-Rouge, dans une perspective de stratégie militaire, et ce dès à présent ; celle du pont du Sauvage, dans une perspective de stratégie militaire, dès à présent, et d'augmentation de la circulation, due à la future extension de la ville de Metz et de ses faubourgs. Aussi l’État-Major général préconise-t-il que le Ministre de la Guerre prenne en charge la construction du pont de Maison-Rouge ; les pouvoirs publics, celle du pont du Sauvage.

Dès le 5 mai 1902, le secrétariat de l'empereur expédie une lettre au Statthalter, le prince von Honenlohe-Langenburg (gouverneur de la Terre d'Empire d'Alsace-Lorraine), à Strasbourg. Dans cette lettre, il se range aux idées de l’État-Major général et demande au gouverneur de se concerter avec les pouvoirs publics et de leur faire admettre qu'ils prennent entièrement à leur charge la construction du pont du Sauvage.

Le 21 mai 1902, le Ministère de la Guerre envoie une copie de sa requête à l’État-Major du XVIe corps d'armée de Metz et lui demande d'en faire part au “Gouvernement militaire von Metz”.

Le 17 juin 1902, ce même ministère s'enquiert auprès du “Gouvernement militaire von Metz” de l'état d'avancement des négociations, l'informe qu'il débloque un acompte de 5 000 marks pour l'étude du projet de construction du pont de Maison-Rouge.

À présent, j'anticipe quelque peu. Le pont de Moulins sera livré à la circulation, au cours de l'automne de l'année 1905. Le pont du Sauvage sera achevé au cours de l'automne de l'année 1907, mais ne sera pas livré à la circulation, au grand dam du public. Et dans l'édition du 24 novembre 1907 du journal de langue française, mais d'orientation allemande, “La Gazette de Lorraine”, nous lisons :

 

“Monsieur le Gouverneur de Metz nous informe que la route militaire de l'île Saint-Symphorien n'est pas ouverte à la circulation des voitures et que les riverains seuls sont autorisés à utiliser cette route. Cette décision de l'administration militaire n'est pas faite pour contenter le public, dit “Le Messin”.

Tout le monde supposait que la construction du pont du Sauvage par le fisc militaire n'était qu'une compensation pour le pont de Moulins qui, lui, est ouvert aussi à la circulation militaire et n'a pas coûté un pfennig au fisc militaire. Il faut espérer que l'administration départementale et l'administration de la ville de Metz feront valoir leurs droits. Si l'administration militaire a construit et entretient cette route avec ses ponts, il ne s'ensuit pas encore qu'elle ait le droit de la réserver pour elle seule...”

En définitive, nous pouvons affirmer que les pouvoirs civils construisent le pont de Moulins ; l'armée, le pont du Sauvage.

 



Pont du Sauvage (Extrait de Longeville-lès-Metz / Alain Gatti)

LE PONT DU SAUVAGE 

 

  

Dès la fin de l'année 1901, le XVIe corps d'armée s'adresse au Ministère d'Alsace-Lorraine à Strasbourg et lui fait part de la nécessité et de l'urgence d'une “Verbindungsstrasse zwischen Longeville und Montigny”. Cette voie de communication entre Longeville et Montigny passe par l'Île Saint-Symphorien. Elle implique, en outre, la construction de deux ponts en maçonnerie : le premier enjambe le canal et le Bras-mort de la Moselle ; le second, la Moselle et la voie ferrée.

Dans sa réponse, le Ministre d'Alsace-Lorraine demande au général Stoetzer de se concerter avec les pouvoirs civils et d'exiger de ces derniers une participation financière à la réalisation du projet. Après concertation, les pouvoirs civils proposent, comme précédemment dit, une participation d'un montant de 150 000 marks.

Mécontent, l'État-Major général s'adresse au Ministère de la guerre à Berlin et lui soumet une autre solution : la construction de deux ponts en amont de Metz. Le premier, celui du Sauvage, serait à la charge des pouvoirs civils ; le second, celui de Maison-Rouge, à la charge de l'administration militaire...

Après d'ultimes négociations, l'armée prend en charge les ponts de l'île Saint-Symphorien ; les pouvoirs civils, le pont de Moulins. Entre 1905 et 1908, “La Gazette de Lorraine” nous donne quelques informations sur l'évolution de la construction des ponts de l'Île Saint-Symphorien.

 

La Gazette de Lorraine

 

2 mars 1905

“L'administration militaire demande 70 000 mètres cubes pour combler les rampes d'accès (des ponts).”

25 juillet 1905

“Simultanément avec le pont du Sauvage, on construit un nouveau pont sur le bras mort de la Moselle en remplacement du vieux pont (en bois) ...

Les travaux ont commencé et sont exécutés par la maison Heydt, de Strasbourg. Le nouveau pont aura trois piliers.”

15 avril 1906

“Eh bien. ce vieux Sauvage, comme bien d'autres choses aux environs de Metz, est en train de disparaître. Oui, on démolit la vieille maison où ont eu lieu jadis tant de parties de plaisir ; mais on l'a remplacé par un autre répondant mieux aux exigences du confortable moderne...”

27 juin 1906

"Le vieux restaurant du Sauvage avec ses beaux arbres et arbrisseaux a été détruit, dans la nuit de vendredi à samedi (22 au 23 juin 1906) par le propriétaire, dit-on, du nouveau restaurant. Au 1er juillet, l'ancien restaurant devait être réouvert."

28 septembre 1906

“... La première arche est déjà achevée à peu près jusqu'à la voûte en granit...

À l'extrémité de la route militaire de l'île Saint-Symphorien s'élèvent les bâtiments pour le logement des ouvriers avec l'inévitable cantine...”

20 novembre 1906

“Jeudi dernier, au bureau de fortification de Metz, a eu lieu l'adjudication des travaux de construction des rampes pour les nouveaux ponts sur la Moselle sur la route stratégique passant dans l'île Saint-Symphorien.”

29 mars 1907

“Le pont du Sauvage prend tournure. Les deux arches sont complètement achevées et on va commencer les travaux de maçonnerie pour le tablier. Un petit échafaudage en charpente surmonte les travaux ; un wagonnet y circule, qui sert à transporter le béton nécessaire à la construction de la rampe d'aboutissement. Cette rampe passe en droite ligne au-dessus du chemin de fer pour continuer en biaisant vers Longeville où se trouve l’embranchement conduisant au passage à niveau actuel. En amont du pont, une drague fonctionne pour canaliser les eaux et les diviser en deux courants placés dans l'axe de chaque arche. Le gravier retiré sert, en partie, aux travaux de maçonnerie. Sauf imprévu, le nouveau pont sera livré à la circulation à l'automne prochain.”

30 juillet 1907

“Sur la route impériale entre le Sauvage et Longeville, on a commencé vendredi (26 juillet) l'opération de goudronnage.”

31 août 1907

“Le nouveau pont en amont du Sauvage est plus ou moins achevé depuis plusieurs semaines déjà et il est permis aux piétons de passer. Cependant, le passage est encore interdit aux voitures.”

20 septembre 1907

“Les travaux d'achèvement du nouveau pont près du Sauvage sont poussés très activement, et actuellement on termine les deux rampes d'accès des deux côtés de la Moselle. Les deux autres ponts correspondants sur le canal et le bras mort de la Moselle sont également achevés...”

12 novembre 1907

“La route militaire qui traverse l'île Saint-Symphorien vient d'être livrée à la circulation des voitures.”

24 novembre 1907

“Monsieur le Gouverneur de Metz nous informe que la route militaire n'est pas ouverte à la circulation des voitures et que les riverains seuls sont autorisés à utiliser cette route.”

2 juin 1908

“... Mais le chemin, quand donc le mettra-t-on en état ? Pour un chemin dit stratégique, c'est véritablement pitoyable. La moindre pluie le transforme en marécage où il est impossible de s'aventurer sans des bottes à l'écuyère de première dimension.”

18 juillet 1908

“Le 20e bataillon de pionniers, mardi (14 juillet) a démonté le pont en bois sur le bras mort.”

 

Et l'inauguration du pont du Sauvage ? A-t-elle vraiment eu lieu ? Je ne saurais vous le dire... Mes investigations s'arrêtent au 31 décembre 1908 sans rencontrer une seule information à ce sujet.


LE PONT DE MOULINS

 

ARCHIVES MUNICIPALES 

 

Dans sa séance du 12 janvier 1903, le Conseil municipal de Moulins prend connaissance du projet de construction du pont et le trouve conforme aux besoins des habitants :

“M. le Maire expose à l'assemblée que de différents côtés on envisage la construction d'un pont sur la Moselle près Moulins comme une possibilité, voire même comme une nécessité, que la commune de Moulins est appelée à prendre position dans cette question.

Le Conseil Municipal prend en considération les points suivants :

1° les 6/7 du ban de Moulins sont sur la rive droite de la Moselle. Ces 600 ha ne seront    

d'aucune utilité remarquable pour les habitants de Moulins, tant qu'une communication    

pratique fera défaut ;

2° Toute communication avec Metz, surtout avec la gare principale, avec Montigny, Sablon,

est entravée.

3° Les relations avec la vallée de la Seille sont presque impossibles, - etc. ;

et décide, en soumettant la présente délibération de prier très respectueusement Monsieur le Kreis-Direktor de bien vouloir prendre et défendre en haut lieu les intérêts de la commune, afin que la construction d'un pont sur la Moselle près Moulins devienne une réalité.

Le 7 novembre 1903, il examine le plan :

“Par le conseiller de Préfecture, M. l'architecte Süssdorf, il a été présenté un plan pour la construction du nouveau pont sur la Moselle, avec invitation verbale de faire prendre une délibération par le conseil, par laquelle celui-ci accorde son consentement. À en juger d'après le plan, la partie nord du pont et la route d'accès se trouveront sur terrain communal.

Le conseil municipal appelé à délibérer donne son consentement en tant que le terrain communal entre en ligne de compte, mais il se réserve le droit à indemnité tout en remarquant dès à présent que la commune n'a pas l'intention de présenter des demandes d'indemnité exorbitante.”

 

Le 24 décembre 1903, il ne formule aucune objection au projet de construction du pont :

“Monsieur le Maire soumet à la délibération du conseil l'arrêt de Monsieur le Président du 28.11.1903 - J N° V 4017, la lettre de Monsieur le Directeur de l'arrondissement de Metz, du 2.12.1903, J. N° 12277 et le plan concernant la route d'accès au nouveau pont à construire sur la Moselle et communique au Conseil qu'aucune réclamation contre le projet en question n'a été présentée pendant les délais de l'enquête."

 



   Le Conseil municipal appelé à délibérer ne trouve de son côté rien à objecter contre ce projet et désire qu'il soit exécuter

 

 

Le 18 février 1905, il délibère sur le montant de l'indemnité :

 

“La nouvelle route d'accès au pont de la Moselle passe sur le terrain communal de la Saussaie. Pour l'établissement du remblai de la route on drague une partie des rives qui appartiennent à l'administration des eaux et probablement aussi à la commune.

 

Le conseil municipal décide de ne plus élever de prétentions pour ce qui concerne les rives appartenant à l'administration des eaux.

 

Par contre, il saisit l'occasion pour déclarer qu'ici, à Moulins, les terres ont une bien plus grande valeur qu'à Mallingen et Hauconcourt. Sous une mince couche de terre, la propriété communale recèle une couche de sable de 5 à 6 m. de profondeur. Par contrat passé avec M. Heisler pour l'exploitation du sable, il est prouvé que la commune a loué l'are à 150 M.

 

En ne demandant que 80 M. l'are, la commune reste fidèle à une décision prise précédemment par une délibération déclarant ne pas vouloir poser de conditions exagérées.

 

En ne demandant que 80 M. l'are, la commune, de son plein gré, fournit au pont et à la route une subvention à laquelle elle n'était obligée pas plus que beaucoup d'autres communes qui n'allouent aucune subvention.

 

Le morcellement du terrain communal, l'impossibilité d'étendre d'avantage l'exploitation du sable, l'empêchement par le remblai de la route mis à l'irrigation éventuelle du pré, ont contribué à diminuer sensiblement la valeur de ce beau terrain d'une contenance d'environ 24 ha.

 

Pour ces motifs il y a lieu de considérer la demande de la commune, c.à.d. 8O M. de l'are, comme étant très modérée. Cette demande s'étend aussi sur les rives draguées qui font partie de la propriété communale.”

 

 

 

Le 27 mai 1905, il se défend d'avoir exagéré dans sa demande d'indemnité :

 

“Se conformant aux avis de M. le Président de la Lorraine en réponse à la délibération du conseil du 18.2.1905, l'administration des Ponts et Chaussées fait remarquer que la demande d'indemnité de la commune est exagérée quant au terrain destiné à la nouvelle route, que pour les 59 ares environ des rives, la commune pourrait recevoir 1500 M.

 

Le conseil municipal décide d'exposer à l'administration que la demande de 80 M. l'are n'est qu'une moyenne pour le terrain de la route et pour les rives ; que primitivement, en prenant la décision à la date

 

précitée, le conseil avait l'intention de demander 40 M. de l'are pour le terrain destiné à la route et 120 M. pour celui des rives. Les deux terrains étant à peu près d'égale étendue on avait fixé la moyenne de :

 

40 + 120   = 80 M..”

                                                     2              

 

  

Le 4 juin 1905, il justifie le montant de l'indemnité en exposant toutes les dépenses auxquelles la commune doit faire face :

 

  

“Après les explications données par M. l'Inspecteur des Ponts et Chaussées et faisant suite à ses délibérations des 12.2.05 et 27.5.05, le conseil municipal décide de faire remarquer ce qui suit :

 

Par l'indemnité qu'il espère obtenir, le Conseil municipal n'a aucunement l'intention d'augmenter les finances communales, lesquelles vont être entièrement absorbées par la construction d'écoles communales, dans un avenir rapproché, et, plus tard, par la construction d'une église ; cette indemnité devra, au contraire, être employée à l'exécution de travaux urgents et d'utilité publique.

 

La construction prochaine d'une caserne près de Moulins, l'établissement du nouveau pont, l'agrandissement du village même, qui est désigné comme banlieue ou faubourg de la ville de Metz, font naître, pour la commune d'importants devoirs et problèmes, comme par exemple l'élargissement du chemin de la gare, la canalisation du village, l'établissement de caniveaux et de trottoirs. Pour ces travaux urgents et d'intérêt public, il faut des sommes importantes.

 

Le conseil municipal, en conséquence, prie très respectueusement Monsieur le Président de Lorraine de vouloir mesurer le montant de l'indemnité de façon que l'on puisse exécuter sur les chemins communaux, les travaux au moins les plus urgents, sans que la commune soit obligée à contracter un emprunt ou d'augmenter les centimes additionnels.”

 

 

 

 

 

Le 23 novembre 1905, il vote le crédit pour la réception du pont :

 

“Le président présente les factures concernant la réception du pont. Les factures connues jusqu'ici dépassent quelque peu la somme de 100 M.

 

Le conseil municipal décide de faire payer ces dépenses par la caisse municipale et vote un crédit d'environ 120 M."

 

 

 

Après les Archives municipales, consultons la presse locale.

 

  

 

LA GAZETTE DE LORRAINE

 

 

 

22 juin 1905

 

“Le nouveau pont s'élève sur trois arches très vastes, les deux extrêmes de 40 m. d'ouverture et celle du milieu de 44 m. Le pont a donc un longueur de 124 m. Ces trois arches vont être, pour ainsi dire, soudées ensemble par une couche de béton de sorte que toute la construction ne formera qu'un seul morceau et pourra résister aux plus lourdes charges. La largeur de la chaussée du pont a été mesurée trop parcimonieusement. Le pont n'a que 7 mètres de large en tout, dont un mètre de chaque côté pour le trottoir.”

 

 

 

30 juillet 1905

 

“... Quant au superbe pont en pierres qui conduit de Moulins à la ferme de Maison Rouge, il est pour ainsi dire terminé et sera livré à la circulation au commencement du mois d'octobre.”





 

 

4 octobre 1905

“Le nouveau pont sera livré à la circulation le 15 octobre...”

 

11 novembre 1905

“L'inauguration du nouveau pont sur la Moselle aura lieu le 16 courant en présence de M. le Président de Lorraine, de M. le Maire et du Conseil municipal. Le Conseil général, qui siège du 13 au 15, y est invité également.”

 

14 novembre 1905

“L'inauguration du nouveau pont sur la Moselle aura lieu jeudi prochain, 16 novembre, à 11 heures du matin. Les invités partiront à 11 h.1/2 de la place de Chambre par tramway spécial.” (sic)

 

15 novembre 1905

“L'inauguration du nouveau pont sur la Moselle aura lieu demain, jeudi à 11 h.30, et non pas 11 h, comme il avait été dit tout d'abord.”

 

Jeudi 16 novembre 1905

A l'entrée du pont, un arc de triomphe souhaite la bienvenue à “M. le Secrétaire d’État, à M. le Président du département” ainsi qu'aux “hôtes vénérés”. Les élèves des écoles - les filles, de blanc vêtues, portant des bouquets - le personnel enseignant, les pompiers, le Conseil municipal, le maire, ceint de son échar-pe , et le curé, attendent leurs invités et les officiels. Au fur et à mesure de l'arrivée des invités, Monsieur le comte Antoine de Villers-Grignoncourt, directeur d'arrondissement, les accueille. Parmi ceux-ci, nous distinguons monsieur Edouard de Jauney, conseiller d’État et président du Landesauschuss, monsieur le Dr. Max de Jauney, député au Reichstag, “la presque totalité des membres du Conseil Général”, le général Stötzer, commandant le 16e corps d'armée, le général de Hagenow, gouverneur de Metz, monsieur le Dr. Freudenfeld, conseiller supérieur de gouvernement, le Dr. Lang von Langen et Federspil, assesseurs de gouvernement, François Stroever, maire de Metz, Chrétien Heister, son adjoint, le maire de Montigny, et d'autres personnalités.

11 h.50, arrivée des officiels. MM. le baron Zorn de Bulach, sous-secrétaire d’État, le comte de Zeppelin-Aschausen, président du Département et le Dr. Albrecht, conseiller intime du gouvernement, descendent d'un landau découvert.

M. Süssdorff, inspecteur des travaux, fait brièvement l'historique des travaux. Travaux exécutés dans l'espace de 15 mois et achevés le 1er octobre.

Les matériaux viennent tous du pays : le ciment de Diesdorf (?), les pierres de Gravelotte et d'Amanvillers et le fer des Forges lorraines à Ars. Les travaux du chemin d'accès ont été exécutés par M. Jung, entrepreneur au Sablon, tandis que le pont a été construit par la maison Windschild et Langelot de Dreste (?). La somme totale des frais s'élève à 400 000 marks...

Après plusieurs discours, le général Stoetzer présente ses remerciements et ceux du gouverneur pour l'invitation dont on les a honorés :

“Le nouveau pont rend aussi des services notables à l'armée et contribuera sans nul doute à entretenir et à affermir les bonnes relations existant entre la population civile et la population militaire.”

  

Le baron Zorn de Bulach tranche le cordon “tricolore”, tandis que 22 coups de canon portent la nouvelle de l'événement historique par monts et par vaux. (tiré et arrangé d'un article paru dans la “Gazette de Lorraine” du 18.11.1905)

À l'issue de la cérémonie, la municipalité moulinoise offre le vin d'honneur. Vin du pays et macarons.



Pont du canal Moulins-Saint-Pierre

LES ÉTABLISSEMENTS DE BAINS DE

 

L’ARMÉE ALLEMANDE

 

Le lancement du pont du Sauvage sur la Moselle entraîne le démantèlement d'un établissement de bains militaires. À ce sujet, le comte Gottlieb von Haeseler, commandant le XVIe corps d'armée adresse une lettre au gouverneur de Metz. Dans cette dernière, datée du 4 juin 1902, le maréchal informe le général que la garnison possède, sur la rive gauche de la Moselle, un établissement de bains. Il lui faut, à présent, trouver, dans les parages, un terrain pour y transférer les installations. Aussi exige-t-il que l'armée reçoive un dédommagement pour les frais afférents à ce transfert.

Baignade interdite aux civils

   À quel endroit l'administration militaire transfère-t-elle ses installations du Sauvage ? sur l'île du Saulcy ? à Longeville ? Sur un plan de Metz de 1910, que nous a remis le docteur François Jung, figurent trois "militärische Schwimmanstalten" : un sur l'île du Saulcy ; deux à Longeville. Le premier se situait sur la rive gauche du bras de la Moselle, à hauteur de l'actuel pont de l'autoroute. À Longeville, les deux établissements de bains se trouvaient sur la rive gauche de la Moselle : l'un, dans le prolongement de la rue de la Tuilerie ; l'autre, dans celui de la rue du Lavoir. Pour accéder à ce dernier, les soldats empruntaient une passerelle qui enjambait les vieilles eaux.

Abandonnons Longeville, remontons le cours de la Moselle, arrêtons-nous à la Saussaie : légèrement en aval du pont de Moulins. À cet endroit, se trouvait, pendant l'annexion, un établissement de bains militaires qui donnera naissance à Moulins-Plage.

 

 

Les 24 avril et 8 mai 1891, l'administration militaire écrit à la municipalité de Moulins et lui demande :

 

  

“la location d'une partie de la Saussaie communale d'une longueur de 140 m. sur une largeur de 30 m., à environ 50 mètres en aval du passage près de Maison-Rouge, et devant servir à un emplacement de bains de rivière, y compris un chemin d'accès qui prendrait du chemin du bac, contre une location annuelle à fixer.”

 

"... le prix de location annuel serait à partir du 1er avril dernier pour la quantité de terrain sus-demandé, de cent cinquante marks (150 M) seulement pour la première année. Pour les années suivantes, le conseil verra à en fixer le prix. Le terrain loué devra être, par les soins de l'administration militaire, entouré d'un fil de fer, afin qu'il n'y ait aucun doute sur la limite. Le locataire devra aussi pourvoir à ce que des lieux d'aisances convenables y soient établis.

 

Le droit de venir se baigner est aussi spécialement réservé pour les hommes de la commune de Moulins. Il sera nécessaire que le temps des bains pour les militaires soit fixé et réglé à l'avance, pour que les hommes de Moulins aient le temps et l'occasion de pouvoir se baigner. Les saules qui se trouveront sur la partie louée ne devront être ni coupés ni endommagés, et le locataire sera responsable de tous les dégâts qui pourraient être faits par les soldats."

 

 

 Le 12 août de la même année, la même administration adresse une nouvelle lettre à la municipalité. Et cette dernière délibère à nouveau sur le sujet des bains militaires :

 

 

“Suivant délibération en date du 16 mai 1891, un emplacement a été loué à l'administration militaire dans la saussaie communale pour bains des soldats par location annuelle et moyennant certaines conditions et réserves. La dite administration, par une lettre du 12 août 1891, dont le maire donne communication, "demande le changement de trois des conditions, à savoir :

 

 

v  1° le remplacement par une palissade en planches de la clôture en fil de fer ;

 

v  2° la dispense de l'établissement de lieux d'aisances ;

 

v  enfin, l'exclusion des baigneurs civils de l'enclos réservé aux militaires.

 

 

Ces modifications sont successivement examinées et comme il est reconnu qu'elles peuvent être acceptées sans préjudice pour les intérêts de la commune, après en avoir délibéré, le conseil y donne son consentement, sous réserve des droits du domaine sur le franc bord de la rivière.

 

Le Conseil accepte aussi qu'il ne soit fait aucun bail spécial."

 

    Quelques années plus tard, le Conseil municipal, dans sa séance du 18 avril 1900, renouvelle le contrat de location :

 

 

“Avant la levée de la séance, monsieur Bourgeois propose que lors de la passation du nouveau contrat avec l'administration militaire pour les bains militaires, il soit fait une réserve afin que les habitants de la commune puissent eux-mêmes faire usage de la place des bains militaires sans avoir à redouter d’être molestés par ces derniers .”

 

 

 

Moulins-Plage

 

  

Après l'armistice de 1918, l'armée française se désintéresse des établissements de bains militaires de l'armée allemande, et les civils prennent le relais de celle-ci. Dans sa séance du 23 août 1928, le Conseil municipal de Moulins s'intéresse aux "tentes de toile" :

 

  

“M. Émile Schreiner - rue du Chanoine Collin à Metz - sollicite l'autorisation, pour cinq ans, d'installer à Moulins-Plage, une cinquantaine de tentes en toile dans le genre de celles qui sont usitées au bord de la mer.

 

Comme il ne peut plus être question de cette entreprise pour 1928, le Conseil est d'avis d'attendre et de voir M. Schreiner pour donner des précisions et s'expliquer.”







Le 18 mai 1929, nouveau débat sur les "tentes en toile" :

  

“Monsieur Schreiner Émile, à Metz, rue du Chanoine Collin 2, qui avait demandé, en août dernier, l’autorisation d'installer des tentes à "Moulins-Plage", a renouvelé sa demande au printemps. Il se propose d'établir des cabines et des tentes pour les baigneurs, avec des jeux pour les enfants, et une buvette. Il engagerait un garde assermenté pour surveiller le tout sous le rapport de la moralité et de la sûreté. Les habitants de la Commune auraient, cela va sans dire, le droit d'aller se baigner sans frais, comme auparavant.

Après en avoir délibéré, le Conseil se déclare d'accord et charge "Monsieur le Maire de passer avec le demandeur un contrat de location pour cinq ans, soit jusque y compris 1933, de la portion du pré située entre la Moselle et la Sablière Heister, à partir des places de déchargement de sable jusqu'à la Sablière du Chemin de fer, aux conditions essentielles suivantes :

 

a)       L'entreprise a lieu aux risques et périls du seul demandeur ;

b)       En cas d'empêchements futurs, soit du fait de la canalisation de la Moselle, soit pour tout

autre motif, celui-ci n'aura aucun droit de recours contre la commune ;

c)       M. Schreiner s'engage à établir une surveillance effective de lieux et de protection contre

les dommages aux arbres et au foin dans les prés ;

d)       Il devra rester un passage libre pour tout le monde ;

e)       Monsieur Schreiner supportera les frais de timbre et d'enregistrement ;

f)        payera annuellement 200 (deux cents) francs à titre de location du pré en question.”

Le 18 juillet de la même année, le Conseil municipal se réfère à sa délibération du 18 mai et décrète ce qui suit :

“À la demande de Monsieur Émile Schreiner le locataire de la partie de prairie communale dite "Moulins-Plage" qui déclare ne rien pouvoir organiser de convenable tant que cette prairie restera ouverte.

Le Conseil décide d'autoriser le demandeur à entourer "Moulins-Plage" de fil de fer ou de maillage, mais à la condition que l'accès en restera libre en tout temps

 

a)       aux habitants de Moulins - lesquels seront tenus de se légitimer par une carte de plage munie d'une photographie avec le cachet de la mairie ;

b)       aux pêcheurs munis de leur attirail de pêche ;

c)       ainsi qu'aux voitures pour la sortie du foin et du regain des portions communales.

 

Monsieur Schreiner payera le 1er septembre prochain à la Caisse communale une somme de 500 (cinq cents) francs pour 1929 et le 1er juillet de chacune des années suivantes une redevance à fixer d'accord avec le conseil municipal avant l'ouverture de la saison sur la base des résultats de la saison précédente, mais qui ne pourra être inférieure à 1 000 (mille) francs.

Dans ces conditions, Monsieur Schreiner pourra percevoir des personnes autres que celles désignées plus haut un droit d'entrée à fixer d'accord avec l'autorité communale.”

 

 Les Moulinois s'insurgent contre "la carte de plage" qui leur est imposée :

 

“Monsieur Paul Meyer, conseiller municipal se fait le porte-parole de plusieurs habitants de Moulins qui protestent contre le fait qu'on ne leur permet l'accès gratuit aux bains de Moulins-Plage que contre présentation d'une carte munie d'une photographie. Il propose que l'on renonce à exiger la photographie qui occasionne des frais et qu'il soit laissé un passage libre pour tout le monde le long de la rivière.

Mais le Conseil, qui l'a ainsi décidé par délibération du 18 juillet 1929, maintient qu'il n'était pas possible de faire autrement.”

   Malheureusement, Moulins-Plage et tous les autres établissements de bains des rives de la Moselle ont disparu, suppléés par les stations balnéaires du littoral.

    De nos jours, il ne nous reste plus que la “Pharmacie de la Plage” pour nous rappeler cette zone de loisirs, tant appréciée par nos parents. Mais, et ce grâce à la municipalité actuelle, de magnifi-ques terrains de tennis remplacent, à la Saussaie, les “tentes en toiles” – autre temps, autres mœurs...

 

   Avant de nous intéresser aux moyens de locomotion – tramway, train et bateau - qu’empruntaient les Messins pour se rendre à Moulins, rappelons que, sous l’annexion, Moulins-Plage n’existait pas, mais ils s’y rendaient par bateau pour passer une après-midi à la campagne et pour se dépayser, à peu de frais.

 

Les guinguettes de Moulins

 

   Les cartes postales nous font découvrir qu’il en exsitait deux : la Villa Mosella et le Faisan d’or. La première, au bord la Moselle, près du nouveau pont, à l’em-barcadère du bateau.



La seconde, « Le Faisan d’or », rue de Verdun, à l’emplacement du Crédit Mutuel.

Les moyens de locomotion

 

   Le train

 

   Le train de la ligne Metz-Amanvillers desservait la commune de Moulins.

Le tramway

 

   Moulins était le terminus de la ligne de tramway qui des-servait Le Ban Saint-Martin, Longeville et Moulins. L’été, des tramways à claire-voie transportaient les voyageurs.

tramway à claire-voie du Caire

Tramway à traction hippomobile

Le bateau

 

Un indicateur ainsi qu’un règlement que je découvre dans les archives municipales de Moulins, nous apprennent qu’il existait, à la fin du 19e siècle, une ligne fluviale qui desservait Longeville et Moulins. En partance de Metz, dix navettes assuraient, tous les jours, le transport des voyageurs. À cette époque, Longeville et Moulins étaient desservies par trois lignes de communication : ferroviaire, fluviale et tramway : on ne peut mieux …

   Le Camping de Moulins

 

   Avant de terminer avec les inconvénients des bords fluviaux, rappelons que Moulins accueillait, après la seconde guerre mondiale, les adeptes d’une nouvel-le activité touristique : les campeurs.

Les Inondations

 

La commune de Moulins subit deux grandes inondations : décembre 1947 et avril 1983.

Rue de Metz (1947)

Rue de Nancy (1947)